Dimanche des Myrrhophores et du juste Joseph

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Boris le 15 mai 2005

Troisième dimanche après Pâques
Lecture des Actes des Apôtres Ac 6,1-7
Évangile selon saint Marc 15,43-16,8

Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Le Christ est ressuscité,
En vérité Il est ressuscité !

Ce dimanche, fête des saintes femmes myrrhophores, est une fête absolument étonnante par sa délicatesse et sa richesse, étonnante par cet enseignement intérieur que nous pouvons en tirer.

Cet évangile que nous venons d’entendre commence par la mise au tombeau de Jésus. C’est le seul dimanche de l’année où la lecture de l’évangile recouvre à la fois la mort de Jésus, Sa mise au tombeau et Sa résurrection, et c’est particulièrement intéressant que ce soit justement autour du service de ces femmes que s’opère, que se vit et s’actualise ce mystère de la mort et de la résurrection du Fils de Dieu, devenu Fils de l’Homme.

Au moment même où les apôtres sont dispersés dans la crainte et l’angoisse – plus tard ils se réuniront toutes portes closes par crainte des Juifs –, les femmes, quant à elles, ne cessent d’être présentes – avec Joseph et Nicodème qui mettent au tombeau Jésus et qui sont aussi des myrrhophores –. Elles suivent, assistent et participent jusqu’au soir, puis, après le sabbat elles seront là très tôt le matin.

Avant même la mort de Jésus, Son embaumement avec une huile odoriférante ou un parfum de grand prix avait déjà été annoncée deux fois, par la femme pécheresse et par Marie, sœur de Lazare.

À cette occasion, Jésus avait déjà rappelé que « Cette femme a fait une bonne action […] en
répandant ce parfum sur mon corps, elle l’a fait pour ma sépulture et je vous dis en vérité partout où cette Bonne Nouvelle sera prêchée – la bonne nouvelle de la résurrection, de l’Évangile –, dans le monde entier, on racontera aussi en mémoire de cette femme ce qu’elle a fait.» 

Nous pouvons élargir cette parole du Seigneur et affirmer que partout où la Bonne Nouvelle de l’Évangile et de la Résurrection sera prêchée dans le monde on rappellera ce que ces femmes myrrhophores ont fait : en servant le Seigneur, Le couvrant de parfum, baisant Ses pieds et L’enveloppant dans un linceul pour être, ensuite, les premiers témoins de la résurrection.

Cette onction a évidemment une valeur symbolique, elle signifie que nous sommes, nous aussi, appelés à oindre le Seigneur avec l’onction de nos larmes, de notre amour le plus profond et de notre désir. Cette onction veut dire que, pour nous également, pour nous maintenant, Jésus peut être aussi

Celui qui est au tombeau, Celui qui est entouré de toute notre tendresse, de tout notre amour, de tout notre désir, de toute notre tristesse aussi mais encore de toute notre espérance : Une espérance plus forte que l’angoisse et la tristesse, une espérance qui est, en vérité, certitude de la Résurrection.

Évidemment, lorsque les femmes allèrent au tombeau elles ignoraient que la pierre, fort lourde, serait mystérieusement déplacée, elles n’imaginaient pas qu’elles ne verraient qu’un ange assis – selon certains évangélistes, ou bien deux anges selon d’autres –, et elles ne savaient pas que le tombeau serait vide.

Quand elles arrivent auprès du tombeau tout semble se passer très vite, et quand elles réalisent elles ont peur comme le souligne le saint évangéliste Marc « elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur » Mais cette crainte n’est pas le dernier mot car elles reçoivent l’ordre de l’ange « Allez promptement dire à Ses disciples qu’Il est ressuscité des morts. Car voici, Il vous précède en Galilée : c’est là que vous Le verrez. »

Et c’est ainsi que ces femmes seront magnifiées et vénérées jusqu’à la fin des temps car, en parlant de la résurrection, nous nous souviendrons toujours de ce service, de cette véritable diaconie de tendresse et d’amour. Nous nous souviendrons toujours de ces femmes qui sont allées verser à la fois l’onguent odoriférant et leurs propres larmes sur le corps de Jésus.

Mais il y a plus  ! Il importe de nous rappeler aujourd’hui qu’elles reçurent une mission toute particulière : « Allez dire aux disciples, aux apôtres et à Pierre… ». Elles sont envoyées vers les apôtres qui, eux, sont dans la crainte et qui, à plusieurs reprises, lorsque Jésus leur apparaîtra, ne sauront même pas le reconnaître. Tandis que les disciples peinent à reconnaître le Seigneur au point que, comme aux disciples d’Emmaüs, Jésus leur reprochera leur manque de foi et la dureté de leur cœur, les femmes, quant à elles, reçoivent la mission d’annoncer aux apôtres la résurrection.

On pourrait dire que, pour les Douze, c’est comme une leçon d’humilité : il ne leur fut pas donné d’apprendre tout directement par le Seigneur qu’Il est ressuscité. Non  ! Ils devaient l’apprendre par les femmes. Par conséquent, l’apostolat des Apôtres, l’apostolat des hommes, l’apostolat de l’Église dans toute la masculinité du sacerdoce ne doit pas nous faire négliger et perdre de vue la féminité de la myrrhe, la féminité des myrrhophores, et, dirais-je, la féminité de tous ceux qui sont en diaconie, de tous ceux qui sont au service de l’Église et de tous ceux qui, en définitive, sont appelés à dire aux apôtres, aux patriarches, aux évêques, aux prêtres « n’oubliez pas que le Seigneur est ressuscité  ! »

Nous avons besoin, nous autres, prêtres, évêques, patriarches, nous avons tous besoin que vous nous disiez aussi que le Christ est ressuscité. Cette annonce si décisive n’est pas seulement unilatérale, elle est réciproque.

À nous aussi, il arrive d’être alourdis par le poids de nos doutes, de nos péchés, de nos tristesses, de nos angoisses et nous avons besoin que le Peuple de Dieu tout entier témoigne, vive et vibre profondément de cette foi, de cette joie, de cette certitude de la

Résurrection et qu’il ne cesse de l’annoncer aux apôtres : « Ne vous endormez pas vous-mêmes comme vous vous êtes endormis au Jardin des Oliviers  ! Soyez vigilants car, en vérité, le Seigneur est ressuscité  ! Réveillez-vous car, toutes portes fermées par crainte des Juifs, le Seigneur est venu et qu’Il vient ici aussi parmi nous  !

Réveillez-vous car, toutes portes fermées, le Seigneur est présent  ! »

Alors n’hésitons jamais à nous annoncer, les uns aux autres que le Christ est ressuscité. Et proclamons-le non seulement par des paroles mais encore, bien sûr, par notre propre vie, par notre propre exemple, par notre propre exploit spirituel, par notre propre amour et, en définitive, par ce feu de l’Esprit qui vit en nous.

Lorsque ce feu de l’Esprit vit en nous alors les uns et les autres, le clergé et les laïcs, nous sommes tous ensemble membres d’un seul peuple, le Peuple de Dieu, et alors d’un seul cœur et d’une seule voix nous ne pouvons que crier « le Christ est ressuscité  ! »

Le Christ est ressuscité  !

En vérité Il est ressuscité  !

Amen.

Père Boris

Homélie prononcée par père Boris à la crypte le 23 février 2003.

Ce même jour fut baptisé avant la liturgie un petit enfant, Dimitri.

Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

L’Église nous prépare à entrer dans ce temps béni du Saint Carême et nous instruit par des paraboles. D’année en année, nous réentendons ces paraboles et nous les réapprenons. Pour nous, elles ont toujours un sens nouveau, nous les découvrons comme si c’était la première fois.

Dimanche dernier, nous avons entendu la parabole du Publicain et du Pharisien , aujourd’hui c’est la parabole du Fils Prodigue.

Il y a des analogies entre les deux paraboles et aussi des différences.

Une des analogies c’est l’orgueil, le sentiment de la justice, le contentement de soi du pharisien d’une part, et du fils aîné d’autre part, lui qui a toujours accompli la volonté de son père,. Tous deux ont le cœur dur. Le pharisien s’exalte au point de mépriser tous les autres hommes et, en particulier, le publicain qui se tient là en retrait. Quant au frère aîné, il n’a pas de compassion pour son frère dévoyé, il ne ressent pas la joie de le retrouver à la maison paternelle et refuse de participer au repas de fête.

Une autre analogie c’est l’humilité. Le publicain n’ose pas lever les yeux vers le ciel et ne peut que prononcer la prière "Mon Dieu, aie pitié de moi pécheur". Cette parabole nous ramène ainsi aux origines de la prière du cœur "Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur". Quant au fils prodigue, tenaillé par la faim, il revient, mais il ne se sent pas digne d’être accueilli autrement que comme un des serviteurs. Voilà pour les analogies.

Une différence est que le publicain est un homme pécheur, mais c’est un homme pécheur dans lequel l’Esprit Saint œuvre pour éveiller en lui un début de conscience et de repentance. Ceci nous rappelle que nous ne devons jamais, au grand jamais, désespérer de qui que ce soit. Dans notre vie, nous ne devons mépriser personne autour de nous, car nous ne savons pas ce qui se passe dans le cœur intime de chacun de ceux que nous estimons au plus bas, comme le publicain, les prostituées, les voleurs, les brigands… Tandis que celui-là est un pécheur, le fils prodigue était un enfant de la maison, il était fils – comme aujourd’hui Dimitri qui a été baptisé est fils, fils de Dieu, et nous sommes tous enfants de Dieu. Et là est précisément le problème, car un enfant, tout aimé qu’il soit, tout gâté qu’il soit par l’abondance de l’amour et la richesse matérielle de la famille peut s’en éloigner. Il peut se révolter et partir, comme le dit la parabole aujourd’hui "il s’en alla en une terre lointaine". Cette terre lointaine est un symbole de l’état de péché qui est un éloignement infini de Dieu. Mais quel que soit cet éloignement, il n’est jamais un obstacle définitif pour la grâce de Dieu. L’Esprit Saint œuvre, Il œuvre non pas seulement en ceux qui sont loin depuis toujours, mais aussi en ceux qui se sont éloignés par l’usage de leur propre liberté ou par les choix du fond de leur cœur. Et c’est poussé par la faim que le fils prend le chemin du retour.

Ainsi celui-ci revient vers la maison paternelle, il est dignement accueilli, il reçoit une robe blanche, une robe de fête – comme aujourd’hui Dimitri a reçu une robe blanche –, le veau gras est immolé et il participe au festin – comme aujourd’hui Dimitri participera au banquet eucharistique.

Voilà donc pour les analogies et les différences. Mais à présent, nous pouvons nous interroger : "Ne fallait-il pas que le fils aîné montre de la compassion ?" ou bien encore "Ne fallait-il pas que, lui aussi, parte, non pas pour quitter la maison paternelle, mais pour se mettre à la recherche de son plus jeune frère ?".

Or, le fils aîné n’a rien fait de tel. Par conséquent, en soulignant ce que le frère aîné a omis, cette parabole ne nous suggère-t-elle pas une autre réalité ? Celle d’un autre Fils aîné qui, Lui, s’en est allé au loin chercher celui qui était égaré et le ramener dans la maison du Père. Ainsi, par contraste et presque par contradiction, cette parabole nous suggère l’action du Christ qui a aimé Sa créature et qui n’a pas supporté de la voir s’en aller au loin dans la déchéance et dans la perdition. Cette lecture de la parabole nous est d’ailleurs confirmée par une parole du père qui m’a toujours frappé. Lorsque le fils aîné refuse d’entrer dans la maison, le père lui dit "Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.". Nous retrouvons ces mêmes paroles dans l’évangile selon saint Jean lorsque le Seigneur Jésus, le Fils Unique, parle de son Père : "Tout ce qui est à mon Père est à Moi et tout ce qui est à Moi est au Père."

Ces simples mots du père "Tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi." ne nous suggèrent-t-ils pas justement cet autre mystère qui est caché et que Jésus ne dévoilait pas encore, parce que le temps n’était pas encore venu d’en révéler la plénitude ? Il fallait en effet que Jésus s’en aille en terre lointaine, qu’Il soit bafoué par l’humanité, qu’Il soit mis en croix et que, ensuite, s’élevant vers le Père, soit élucidé le sens de cette parole "Et Moi, quand J’aurai été élevé de la terre, J’attirerai tous les hommes à Moi" . C’est ainsi que le Seigneur attire la brebis perdue, l’enfant dévoyé. C’est toute l’humanité, dans sa totalité, dans son ensemble qui est cet enfant perdu. C’est toute l’humanité, dans l’unité du genre humain qui est ce fils égaré, parti au loin, et que Jésus part rechercher, qu’Il retrouve et qu’Il ramène à la maison du Père. Quelle vision extraordinaire de salut et d’amour de Dieu nous révèle cette parabole !

Et je ne peux conclure sans vous rappeler ce moment qui ne cesse de me bouleverser : Après s’être levé pour aller vers son père, le fils prit le chemin du retour. Alors qu’il était encore loin, son père qui guettait son retour, le vit. C’est ému de compassion que le père courut se jeter à son cou et le baisa. Le père n’attendit pas fièrement, orgueilleusement, que le fils vienne se prosterner, il n’attendit pas comme un dû que son fils dise toutes ses phrases de repentance pour le recevoir comme un simple serviteur, mais au contraire il courut lui-même à sa rencontre. Et nous pouvons dire aussi que le Père céleste court à notre rencontre, Il est impatient de la conversion et du retour de chacun de nous. Cette impatience est une impatience d’amour parce que le cœur du Père, comme le cœur du Fils, est un cœur de feu, c’est un cœur d’amour qui brûle d’amour pour nous tous et pour chacun de nous sans exception.

Je pense que c’est tout cela que veut dire cette parabole. Puissions-nous nous en inspirer ! Puissions-nous être véritablement le fils prodigue qui, de tout son être, retourne vers la maison du Père. Soyons accueillis dans les bras éternels !

Amen.

Père Boris

Évangile selon saint Luc XVIII, 10-14.

Cf. évangile selon saint Jean XVI, 15 et XVII, 10.

Cf. évangile selon saint Jean XII, 32.

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