Le Semeur

Homélie prononcée par le père Boris le 24 octobre 1999 au Monastère de Notre-Dame-de-Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Père Boris BobrinskoyNous venons d’entendre la parabole du semeur qui sème sa semence sur différents sols. Or le Seigneur Lui-même nous donne une explication de cette parabole : Ici, le semeur, c’est Dieu, Lui-même, qui sème dans les cœurs humains. Et il y a toujours le risque énorme que cette semence ne se perde, en se desséchant ou en étant emportée par l’ennemi.

En résonance, on trouve, dans l’évangile de saint Jean, comme une continuation de cette parabole du semeur lorsque le Seigneur dit : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il demeure seul. S’il meurt, il porte un fruit multiple. » (1)

C’est une parole extraordinaire dans laquelle le Seigneur ne s’identifie plus au semeur, mais au grain de blé, c’est-à-dire l’Agneau. De même qu’une seule goutte d’eau peut refléter le ciel, les étoiles et l’immensité du monde, de même ce grain de blé contient en lui toute la plénitude de la vie divine. C’est le Seigneur Lui-même qui entre dans la terre de nos cœurs pour y mourir et y donner un fruit nombreux.

La descente du Seigneur dans les cœurs humains est l’image de son abaissement, de sa kénose, elle manifeste ce risque énorme que prend le Créateur du ciel et de la terre en affrontant la liberté de l’homme, le risque d’en être rejeté ou d’en être ignoré. C’est pourquoi le Seigneur se compare, ailleurs, à un mendiant qui frappe à la porte : «Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre, j’entrerai et je dînerai près de lui et lui près de moi. » (2)

Ce risque que prend le Seigneur est la continuation de celui qu’Il a pris lorsqu’Il a créé le ciel et la terre, car le ciel et la terre ont été créés pour l’homme qui en est le couronnement, le prophète, le prêtre et le roi. L’univers entier a été créé en vue de la vie divine que Dieu veut communiquer à Sa créature.

Dieu descend pour offrir Sa grâce à l’homme, Dieu descend jusqu’à l’homme dans l’humilité, comme un petit enfant innocent, comme un serviteur qui lave les pieds de ses disciples (3). Encore et encore, nous voyons dans les évangiles les signes de l’humilité qui font la véritable grandeur de Dieu. Le Seigneur sème Sa parole dans les cœurs humains. Ou plus exactement, Il descend Lui-même, Il entre dans les cœurs par Sa parole, par Sa révélation. Il pénètre dans les cœurs humains pour les transformer peu à peu. Cette transformation est le fruit de notre vie entière.

Nous sommes appelés à devenir cette bonne terre qui reçoit la semence. Une terre fertilisée par le feu, par l’eau et le souffle de l’Esprit Saint. Telles sont les trois grandes images de l’Esprit, et. Justement, la terre a besoin de ces trois éléments pour devenir fertile et féconde, pour accueillir la semence divine qui vient mourir en nous, pour la faire germer et fructifier. Il y a différentes manières de mourir. Il y a le grain qui meurt par dessèchement. Mais ce n’est pas de cette mort que le Seigneur parle. La mort en vérité, la mort en esprit, la mort en Dieu, c’est mourir au vieil homme, c’est mourir pour donner la vie. C’est la loi de la nature, la loi de notre vie.

Dans la mesure où le Seigneur, comme un grain de blé vient mourir en nous, Il s’assimile à nous et nous nous assimilons à Lui. Alors c’est nous qui devenons cette parole, cette semence qui grandit et se multiplie. À notre tour, nous répandons la semence, nous la semons dans d’autres cœurs. À l’image du Seigneur, nous devons alors, nous aussi, mourir pour renaître.

Puissent cette parabole du semeur et la phrase du Seigneur sur le grain de blé qui meurt être des paroles illuminatrices pour nous apprendre à nous oublier nous-mêmes, pour accueillir cette semence et devenir, nous-mêmes, un blé multiple, un pain chauffé, doré au feu de Dieu pour devenir, tous ensemble, le pain de l’Eucharistie que le Seigneur nous a donné afin que le monde puisse s’en nourrir et y trouver la vie.

Amen.

Père Boris

Notes (1) Cf. évangile selon saint Jean XII, 24.
(2) Cf. Apocalypse III, 20.
(3) Cf. évangile selon saint Jean XIII, 1-11.

Homélie prononcée par Père René, à la Crypte le 1er novembre 1987

Aujourd’hui, l’Occident chrétien fête tous les saints qui lui sont propres, mais aussi tous les saints de l’Église primitive et par implication tous les saints de l’Église universelle. L’Église célèbre ainsi en occident, comme nous le faisons le dimanche après la Pentecôte, tous ceux en qui la vie de l’Esprit et la vie dans l’Esprit a germé, s’est épanouie et a donné du fruit.

Or, cette vie dans l’Esprit est semée en nous par Jésus avec chacune de ses Paroles, comme autant de graines du Royaume à venir. C’est qu’en effet, le Verbe de Dieu est pour nous, dans le Christ ressuscité, "esprit vivifiant". Pourtant il s’en faut de beaucoup que toutes ces graines croissent, s’épanouissent et donnent du fruit. Jésus nous en prévient : certaines meurent tout de suite, car elles tombent en dehors de la terre ou germent sur le roc. D’autres périssent étouffées par les épines de la vie. Seules celles qui tombent en terre bonne, noble et généreuse produisent du fruit jusqu’au centuple.

Notre responsabilité est donc entière. La Parole meurt chez ceux qui ne croient pas ou ne croient que pour un moment. Elle flétrit, s’éteint et dépérit quand nous croyons mais que nous ne la mettons pas en pratique, accaparés que nous sommes par les plaisirs ou les soucis de la vie. Elle donne du fruit jusqu’au centuple chez ceux qui la reçoivent, la retiennent et la font prospérer, ceux qui s’associent à l’œuvre du Seigneur en eux et se font ses coopérateurs dans le monde.

L’avertissement de Jésus est clair : il faut accueillir la Parole dans la foi et la mettre en pratique. Rien de ceci ne peut s’accomplir si précisément nous n’accueillons pas la Parole dans l’Esprit Saint. Nous sommes un temple de Dieu et l’Esprit Saint demeure en nous. "Nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, dit saint Paul, mais l’Esprit, qui vient de Dieu, pour connaître les dons de Dieu dans Sa Grâce" . Sans la présence de l’Esprit Saint, la Parole de Dieu ne peut germer en nous. Si nous n’avons que l’esprit du monde, la Parole de Jésus n’est plus pour nous qu’une parole du monde et une lettre morte. Car c’est l’Esprit qui vivifie et qui nous fait naître à la connaissance de la Vérité. Si l’Esprit Saint n’est pas dans nos cœurs, les soucis et les plaisirs du monde nous envahissent et étouffent en nous la Parole. Or nous n’avons pas reçu l’esprit du monde mais l’Esprit Saint, en tout temps, au baptême, à chaque écoute de la Parole, à chaque partage de la Sainte Eucharistie. C’est l’Esprit Saint qui nous fait reconnaître la Parole de Jésus comme Parole de Dieu. Si nous n’écoutons pas l’Esprit Saint, si nous lui préférons l’esprit du monde, nous ne sommes plus que des hommes fermés à la Parole de Dieu et au Royaume, nous n’appartenons plus à l’Église du Christ, nous ne sommes plus l’Église des saints de Dieu.

Encore ne suffit-il pas de recevoir la Parole, de croire en la Parole, il faut agir. Il faut devenir les coopérateurs de Dieu, puisque nous sommes par destination le champ de Dieu. Jésus n’a pas de mot trop dur pour ceux qui écoutent et ne pratiquent pas. Ils sont comme des insensés qui bâtissent sur le sable. Viennent le vent et la pluie et leurs maisons s’écroulent. Et à ceux qui alors l’appelleront, Jésus dira "Je ne vous connais pas" . Or le refus de pratiquer la Parole vient du refus de nous ouvrir à l’action de l’Esprit Saint. Car c’est l’Esprit qui ne cesse d’incarner le Verbe en nous et de nous acheminer vers la Vérité.

Il y a donc une adéquation entre l’écoute, la réception et la mise en œuvre de la Parole et l’acquisition et la croissance de la vie de l’Esprit en nous.

Nous ne pouvons pas reconnaître et faire vivre la Parole sans la présence active de l’Esprit Saint. Réciproquement c’est l’ouverture à la Parole et sa mise en œuvre qui nous introduisent dans la voie de la vie de l’Esprit, dans la voie de la sainteté.
Les saints que l’Église fête, en ce jour comme en tout temps, en Occident comme en Orient, sont ceux qui se sont voulus disciples du Christ, ceux qui ont reçu sa Parole avec un cœur noble et généreux, ceux qui à l’exemple de la Mère de Dieu l’ont reçue et méditée dans leurs cœurs. Parce qu’ils se sont faits disciples, l’Esprit de Sainteté repose sur eux comme sur le Christ Lui-même. Et l’Esprit qui les habite les conforme toujours plus au Christ. En eux la Parole et l’Esprit croissent pareillement et ils donnent à l’Église et dans l’Église du fruit à cent pour un.

Il y a un mystère dans cette adhésion et cette communion des saints à la Parole incarnée. Jésus en effet se remet littéralement entre nos mains. Jésus ne force ni n’oblige aucun de nous. Il respecte la liberté de tous et l’usage que nous faisons du don de sa Parole. De même que Jésus s’est anéanti dans notre chair pour s’incarner, que Jésus s’est humilié jusqu’à la mort de la Croix pour nous, de même le Verbe préexistant continue de s’anéantir dans une Parole que nous pouvons tout aussi bien accueillir et faire fructifier que rejeter et laisser dépérir. La folie de la Croix se perpétue dans la folie d’une Parole d’humilité et d’amour qui s’offre et ne s’impose pas.

C’est par le même mystère que nous pouvons entendre cette Parole, la faire vivre en nous, la faire nôtre. En nous accordant à elle dans le même "esprit" d’humilité et d’amour. Il nous faut communier à la mort et à la Résurrection du Verbe de Vie pour que sa Parole devienne en nous "esprit de Vie". Si le grain ne meurt, il demeure seul, mais s’il meurt il porte beaucoup de fruit . On passe à la vie par la mort, ce qui exige une conversion incessante du cœur, le renoncement quotidien à l’esprit du monde, la volonté délibérée et ardente de se laisser pénétrer et guider par l’Esprit du Seigneur. Car c’est dans l’Esprit et par l’Esprit que nous sont données la connaissance et l’intelligence de la Parole ; et la Parole devient à son tour esprit vivifiant en nous. La Parole jaillit dans nos vies en nouveauté et cette nouveauté c’est déjà le jaillissement du Royaume.

Père René

Cf. Première épître aux Corinthiens II, 12.

Voir notamment évangile selon saint Luc 13, 27 ; et évangile selon saint Matthieu 7, 22 et 25, 1-2

Cf. évangile selon saint Jean XII, 24.

Homélie prononcée par Père René, à la Crypte le 9 novembre 2003

Aujourd’hui, l’Occident chrétien fête tous les saints qui lui sont propres, mais aussi tous les saints de l’Église primitive et par implication tous les saints de l’Église universelle. L’Église célèbre ainsi en occident, comme nous le faisons le dimanche après la Pentecôte, tous ceux en qui la vie de l’Esprit et la vie dans l’Esprit a germé, s’est épanouie et a donné du fruit.

Or, cette vie dans l’Esprit est semée en nous par Jésus avec chacune de ses Paroles, comme autant de graines du Royaume à venir. C’est qu’en effet, le Verbe de Dieu est pour nous, dans le Christ ressuscité, "esprit vivifiant". Pourtant il s’en faut de beaucoup que toutes ces graines croissent, s’épanouissent et donnent du fruit. Jésus nous en prévient : certaines meurent tout de suite, car elles tombent en dehors de la terre ou germent sur le roc. D’autres périssent étouffées par les épines de la vie. Seules celles qui tombent en terre bonne, noble et généreuse produisent du fruit jusqu’au centuple.

Notre responsabilité est donc entière. La Parole meurt chez ceux qui ne croient pas ou ne croient que pour un moment. Elle flétrit, s’éteint et dépérit quand nous croyons mais que nous ne la mettons pas en pratique, accaparés que nous sommes par les plaisirs ou les soucis de la vie. Elle donne du fruit jusqu’au centuple chez ceux qui la reçoivent, la retiennent et la font prospérer, ceux qui s’associent à l’œuvre du Seigneur en eux et se font ses coopérateurs dans le monde.

L’avertissement de Jésus est clair : il faut accueillir la Parole dans la foi et la mettre en pratique. Rien de ceci ne peut s’accomplir si précisément nous n’accueillons pas la Parole dans l’Esprit Saint. Nous sommes un temple de Dieu et l’Esprit Saint demeure en nous. "Nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, dit saint Paul, mais l’Esprit, qui vient de Dieu, pour connaître les dons de Dieu dans Sa Grâce" . Sans la présence de l’Esprit Saint, la Parole de Dieu ne peut germer en nous. Si nous n’avons que l’esprit du monde, la Parole de Jésus n’est plus pour nous qu’une parole du monde et une lettre morte. Car c’est l’Esprit qui vivifie et qui nous fait naître à la connaissance de la Vérité. Si l’Esprit Saint n’est pas dans nos cœurs, les soucis et les plaisirs du monde nous envahissent et étouffent en nous la Parole. Or nous n’avons pas reçu l’esprit du monde mais l’Esprit Saint, en tout temps, au baptême, à chaque écoute de la Parole, à chaque partage de la Sainte Eucharistie. C’est l’Esprit Saint qui nous fait reconnaître la Parole de Jésus comme Parole de Dieu. Si nous n’écoutons pas l’Esprit Saint, si nous lui préférons l’esprit du monde, nous ne sommes plus que des hommes fermés à la Parole de Dieu et au Royaume, nous n’appartenons plus à l’Église du Christ, nous ne sommes plus l’Église des saints de Dieu.

Encore ne suffit-il pas de recevoir la Parole, de croire en la Parole, il faut agir. Il faut devenir les coopérateurs de Dieu, puisque nous sommes par destination le champ de Dieu. Jésus n’a pas de mot trop dur pour ceux qui écoutent et ne pratiquent pas. Ils sont comme des insensés qui bâtissent sur le sable. Viennent le vent et la pluie et leurs maisons s’écroulent. Et à ceux qui alors l’appelleront, Jésus dira "Je ne vous connais pas" . Or le refus de pratiquer la Parole vient du refus de nous ouvrir à l’action de l’Esprit Saint. Car c’est l’Esprit qui ne cesse d’incarner le Verbe en nous et de nous acheminer vers la Vérité.

Il y a donc une adéquation entre l’écoute, la réception et la mise en œuvre de la Parole et l’acquisition et la croissance de la vie de l’Esprit en nous.

Nous ne pouvons pas reconnaître et faire vivre la Parole sans la présence active de l’Esprit Saint. Réciproquement c’est l’ouverture à la Parole et sa mise en œuvre qui nous introduisent dans la voie de la vie de l’Esprit, dans la voie de la sainteté.
Les saints que l’Église fête, en ce jour comme en tout temps, en Occident comme en Orient, sont ceux qui se sont voulus disciples du Christ, ceux qui ont reçu sa Parole avec un cœur noble et généreux, ceux qui à l’exemple de la Mère de Dieu l’ont reçue et méditée dans leurs cœurs. Parce qu’ils se sont faits disciples, l’Esprit de Sainteté repose sur eux comme sur le Christ Lui-même. Et l’Esprit qui les habite les conforme toujours plus au Christ. En eux la Parole et l’Esprit croissent pareillement et ils donnent à l’Église et dans l’Église du fruit à cent pour un.

Il y a un mystère dans cette adhésion et cette communion des saints à la Parole incarnée. Jésus en effet se remet littéralement entre nos mains. Jésus ne force ni n’oblige aucun de nous. Il respecte la liberté de tous et l’usage que nous faisons du don de sa Parole. De même que Jésus s’est anéanti dans notre chair pour s’incarner, que Jésus s’est humilié jusqu’à la mort de la Croix pour nous, de même le Verbe préexistant continue de s’anéantir dans une Parole que nous pouvons tout aussi bien accueillir et faire fructifier que rejeter et laisser dépérir. La folie de la Croix se perpétue dans la folie d’une Parole d’humilité et d’amour qui s’offre et ne s’impose pas.

C’est par le même mystère que nous pouvons entendre cette Parole, la faire vivre en nous, la faire nôtre. En nous accordant à elle dans le même "esprit" d’humilité et d’amour. Il nous faut communier à la mort et à la Résurrection du Verbe de Vie pour que sa Parole devienne en nous "esprit de Vie". Si le grain ne meurt, il demeure seul, mais s’il meurt il porte beaucoup de fruit. On passe à la vie par la mort, ce qui exige une conversion incessante du cœur, le renoncement quotidien à l’esprit du monde, la volonté délibérée et ardente de se laisser pénétrer et guider par l’Esprit du Seigneur. Car c’est dans l’Esprit et par l’Esprit que nous sont données la connaissance et l’intelligence de la Parole ; et la Parole devient à son tour esprit vivifiant en nous. La Parole jaillit dans nos vies en nouveauté et cette nouveauté c’est déjà le jaillissement du Royaume.

Père René

Cf. Première épître aux Corinthiens II, 12.

Voir notamment évangile selon saint Luc 13, 27 ; et évangile selon saint Matthieu 7, 22 et 25, 1-2

Cf. évangile selon saint Jean XII, 24.

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