Homélie prononcée par le diacre Dominique Beaufils à la Crypte dimanche 29 avril 2018, sur la guérison du paralytique de Bethzatha (Jn.5,1-15)

Christ est ressuscité !

Frères et sœurs en Christ,

Après la proclamation de la résurrection du Christ, le doute de Thomas et l’annonce de l’Ange aux Myrrhophores, la guérison du paralytique de Bethzatha, que l’Eglise nous propose pour ce quatrième dimanche après Pâques, est, lui aussi, un évangile de résurrection.

Nous voyons cet infirme, paralysé depuis 38 ans, dont la paralysie était liée au péché, comme le Christ le révèlera lorsqu’Il le trouvera dans le Temple, en lui disant : « ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive pire encore », mais qui avait un désir profond de guérir. Il persévérait depuis 38 ans malgré les échecs répétés liés à sa paralysie, avec l’espoir d’une guérison divine, car  c’était l’Ange du Seigneur qui donnait à l’eau le pouvoir de guérir. Le Christ est touché par sa persévérance. Bien que connaissant son désir, Il lui demande « veux-tu guérir ?» comme Il demandera aux aveugles de Jéricho « que voulez-vous que Je fasse pour vous ? », car Il voulait que l’homme exprime son désir avant de le guérir. Et, sur la Parole du Christ,  le paralytique se lève, prend son grabat et marche.

Il ne nous faut pas nous arrêter sur le simple récit de cette guérison miraculeuse, comme le Christ avait déjà guéri le fils du centurion de Capharnaüm, comme Il fera de nombreuses guérisons et ressuscitera des morts, car cette guérison a une portée plus profonde et plus universelle, une portée que le Christ exprimera aux juifs qui lui reprochent d’avoir fait une guérison un jour de Sabbat : « Comme le Père relève les morts et les fait vivre, le Fils, Lui aussi, fait vivre qui Il veut ».

Le Christ n’est pas venu par hasard à la piscine de Bethzatha (le Christ ne fait rien par hasard), Il est venu pour guérir un homme souffrant, paralysé par le péché et manifestant un désir réel de guérison. Qui est cet homme ? Ce n’est pas un paralytique anonyme. De la même façon qu’Adam est l’image de l’humanité toute entière, cet homme est l’image de l’humanité toute entière, et le Christ est venu pour guérir l’humanité toute entière souffrant, paralysée par le péché et ayant le désir de guérir. Et la guérison donnée par le Lui n’est pas tant une guérison physique qu’une guérison de l’âme, une restauration de l’homme dans son unité pour le salut et la résurrection.  Le verbe grec « swzw » signifie en même temps « guérir » et « sauver », et l’évangile de Saint Luc nous montre ces dix lépreux que le Christ a purifiés de leur lèpre, et dont un seul vient rendre grâce ; et à un seul, Il dira : « ta foi t’a sauvé ».

Dans une belle méditation sur cet évangile du paralytique, le père Lev Gillet montre qu’il y a deux types de guérison : l’une institutionnelle, dans l’Eglise, par les sacrements, en particulier le baptême et la pénitence, qui est un renouvellement du baptême, sans oublier le sacrement des malades ; l’autre par contact direct avec le Sauveur Qui peut, quand Il le juge bon, agir sur l’homme en Se passant des institutions. C’est aussi ce que nous rappelle Monseigneur Georges Khodr, lorsqu’il écrit : « Comme si le Christ ne pouvait pas, avec ou autrement que par l’eau, baptiser en Dieu celui auquel Il désire accorder Sa grâce ». Nous avons ici l’eau du baptême fécondée par l’Esprit Saint, qui procure le salut à ceux qui y sont plongés, et le contact direct avec le Christ.

Dans les Paroles du Christ, nous comprenons que la guérison du paralytique n’est pas un aboutissement, l’épilogue d’un épisode de la vie du Christ, mais qu’elle est un point de départ pour une vie nouvelle. Quand Il demande « veux-tu guérir ? », Il n’impose pas, mais propose une guérison qui implique le renoncement au péché – comme Il dira au paralytique guéri : « ne pèche plus » – la mort au vieil homme, pour une vie nouvelle en Christ. « Veux-tu guérir ? », c’est ce qui est demandé – dans une autre forme – lors du baptême : «  Renonce-tu à Satan ? Te joins-tu au Christ ? ». Et, quand le Christ demande à chacun de nous « veux-tu guérir ? », cela implique la pénitence et la conversion. Le paralytique essayait chaque fois d’aller dans l’eau de la piscine, mais ne le pouvait pas. Et le Christ le guérit. Nous, si nous désirons être guéris par le Christ, cela implique que nous fassions la même démarche volontaire de mourir au vieil homme et de renaître pour une vie en Christ.

La guérison du paralytique de Bethzatha n’est pas un aboutissement, mais un point de départ. Le Christ ne lui dit pas, comme lors d’autres guérisons : « Ta foi t’a sauvé ». Il lui dit « lève-toi, prends ton grabat et marche ». C’est là tout un programme qu’Il donne à cet homme : « Lève-toi », mets-toi debout, toi que le péché paralysait ; et nous retrouvons le paralytique de Capharnaüm pour lequel le Christ disait : « qu’est-il plus facile, de dire ‘tes péchés te sont remis’ ou de dire ‘lève-toi et marche’ ». Lève-toi – egeire–  signifie également : réveille-toi, ressuscite ; réveille-toi de ton sommeil spirituel ; ressuscite, toi que le péché tenait spirituellement mort. « Prends ton grabat », ce grabat qui est le symbole de tout ce que tu as vécu de tout ce que tu as souffert, mais aussi de ta persévérance. « Marche », pas seulement pour profiter de cette possibilité nouvelle que tu as reçue, mais reprends la marche vers la maison que tu n’aurais jamais du quitter : la Maison du Père, le Royaume des Cieux.

Ce programme, ce n’est pas seulement au paralytique, c’est à nous que le Christ le donne. « Lève-toi », ne sois pas oisif, indolent, paralysé par l’ascédie. Mais « lève-toi », ce n’est pas seulement être debout, c’est aussi se tenir spirituellement droit, être droit en présence du Christ, dans la crainte de Dieu. C’est pour cela qu’à chaque moment important de la divine liturgie, en particulier à la petite entrée, qui est l’entrée du Christ dans le sanctuaire, lorsque le Christ va nous parler par l’Evangile, le diacre nous enjoint : « Sagesse, tenons-nous droits ».

Ce n’est pas seulement au paralytique, c’est à nous que le Christ enjoint : « prends ton grabat et marche ».Et nous L’entendons dire : « si tu veux venir à Ma suite, charge-toi de ta croix et suis-Moi ». Parce que notre grabat, c’est notre croix ; nos difficultés, nos peines, nos souffrances, nos maladies, nos infirmités, physiques mais surtout spirituelles, c’est le poids de nos péchés. Tout cela, il nous faut l’assumer pour suivre le Christ, Qui nous mène au Père, au Royaume des Cieux, en sachant que le chemin passe par une mort en Christ pour ressusciter avec Lui et en Lui, car, écrit le saint apôtre Paul aux romains « si nous avons été totalement assimilés à Sa mort, nous le serons aussi à Sa résurrection ».

Frères et sœurs en Christ,

Comprenons qu’avec ce récit de la guérison du paralytique de Bethzatha, c’est le programme de toute notre vie que le Christ nous propose, car c’est en Lui et par Lui que nous pouvons trouver la guérison totale, physique et spirituelle, qui est le salut, la résurrection, la Vie éternelle.

Christ est ressuscité ! A lui la gloire dans les siècles des siècles. Amen

 

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