Homélie prononcée par le diacre Dominique Beaufils à la Crypte dimanche 17 juin 2018, sur Mt.6, 22-33

Frères et sœurs en Christ,

« Cherchez d’abord le royaume et la justice de Dieu, tout le reste vous sera donné par surcroit ». Voilà la leçon que nous donne aujourd’hui le Christ.

Cherchez le royaume de Dieu, qui est le seul but important pour nous, car il est la vie éternelle, la vie en Dieu ; il est le but le plus précieux, ce trésor enfoui dans un champs, cette perle de grand prix, pour lesquels nous vendons tout ce que nous possédons pour pouvoir les acquérir, et à côté desquels rien de matériel n’a de valeur. Mais le royaume de Dieu nécessite un cheminement, non par un chemin large et spacieux, qui mène à la perdition, mais par un sentier resserré dont le Christ nous dit que peu nombreux sont ceux qui le trouvent.[i]Ceux qui le trouvent, ce ne sont pas ceux qui sont comme le terrain pierreux ou les épines où le grain de la Parole de Dieu ne peut pas prendre racines, mais ceux qui sont comme la bonne terre qui porte du fruit ; ce ne sont pas ceux qui sont comme l’ivraie semée dans le champ par l’ennemi, mais comme le bon blé recueilli dans le grenier divin.

Cherchez la justice de Dieu, qui n’est pas une justice pénale, comme celle des hommes, mais qui est notre justification, celle que nous demandons au Seigneur de nous donner devant Son trône redoutable. Car, si le jugement a été remis au Christ par le Père[ii], le Christ est aussi notre avocat devant le Père, comme le dit le saint apôtre Jean : « …si quelqu’un vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père, Jésus Christ Qui est juste. »[iii]

« Cherchez d’abord le royaume et la justice de Dieu », comment réaliser cela dans la pratique ? Le Christ nous montre le chemin dans cet évangile. Mais il ne faudrait pas que la fraîcheur et la poésie des comparaison avec les oiseaux du ciel et les lys des champs nous fassent méconnaître deux enseignements essentiels : la lampe du corps, c’est l’œil ; nul ne peut servir deux maîtres.

« La lampe du corps, c’est l’œil ». Et, selon que l’œil est sain ou malade, le corps tout entier est dans la lumière ou dans les ténèbres. Quel est le sens de ces paroles ? Rappelons-nous Adam et Eve qui ont choisi de se séparer de Dieu, Qui est Lumière, et d’obéir à Satan, qui est ténèbres. « Leurs yeux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus »[iv]. Leurs yeux se sont ouverts sur le charnel mais se sont fermés à la vue de Dieu ; ils ont perdu la perception du divin. L’œil sain qui leur donnait la lumière de la vie est devenu malade. Ils ont été envahis par les ténèbres, et la mort est entrée dans le monde. La lumière qui était en eux est devenue ténèbres, et quelles ténèbres !

Mais, en S’incarnant, Dieu nous a donné de pouvoir recevoir à nouveau la Lumière en nous : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. »[v]Cette lumière, c’est le Christ, Qui nous dit : Moi, Je suis la lumière du monde. Qui Me suit ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la Lumière Qui conduit à la Vie.»[vi]Tout est dit : nous ne pouvons retrouver la lumière et la vie qu’en Christ. Il nous faut ouvrir les yeux sur le Christ Qui nous redonne des yeux sains pour que notre corps entier, notre cœur soient de nouveau dans la Lumière. Il nous faut ouvrir la porte de notre cœur au Christ, pour devenir Sa demeure et le temple de l’Esprit Saint. Alors, nous pourrons nous charger de notre croix et Le suivre, car Il nous mène au Père, dans le Royaume des Cieux.

« Nul ne peut servir deux maîtres ». L’évangile nous parle d’argent. Et nous voyons ce jeune homme riche qui renonce à suivre le Christ parce qu’il préférait ses richesses.[vii]Mais cet autre maître, ce n’est pas seulement l’argent ; c’est tout ce qui est contraire à la foi, tout ce qui nous détourne de la foi ; c’est ce que le monde propose, d’attrayant, d’accaparant, pour nous faire oublier Dieu, nous faire remplacer Dieu. Notre société pervertie a bien compris que ceux qui ont cherché à faire disparaître la foi dans le monde par l’interdiction et la persécution ont échoué. Au contraire, ils ont contribué à renforcer la foi ; ils ont contribué à l’émergence et la manifestation d’une véritable sainteté. Alors, elle cherche à la remplacer par une société de consommation, les plaisirs futiles, les désirs matériels, la possession ; par tout ce qui nous permet de nous rendre maîtres de la vie, à laquelle le Christ nous dit pourtant qu’on ne peut ajouter une seule coudée : depuis son émergence, avec des nouvelles formes de procréation incompatibles avec la théologie orthodoxe du mariage, avec le non respect de la vie de l’embryon. Jusqu’à sa fin, en transformant une sédation apaisante et bienfaisante en une « sédation profonde explicitement létale », autrement dit par l’euthanasie, le suicide assisté, refusant de reconnaître en Dieu le Seul Créateur, le Seul Maître de la vie et de la mort ; en acceptant encore et toujours la proposition démoniaque d’être « comme » des dieux.

« Nul ne peut servir deux maîtres ». On ne peut accepter, voire cautionner la déviation perverse de la civilisation et prétendre être chrétien. On ne peut pas vouloir la vie et choisir la mort.

Il nous faut rester dans la lumière, vivre dans la lumière en aimant le Christ, en suivant la Parole du Christ : « Si quelqu’un M’aime, il gardera Ma Parole ; Mon Père l’aimera ; Nous viendrons à lui et établirons chez lui Notre demeure »[viii].

Frères et sœurs en Christ, si nous avons compris cela, si nous suivons ces deux enseignements essentiels, tout le reste va de soi. Nous n’avons plus à nous inquiéter de la nourriture et du vêtement, car nous savons que Dieu y pourvoira sans même que nous ayons à le Lui demander.

Nous comprenons que la nourriture véritable n’est pas celle qui flatte nos papilles, mais celle qui nous conduit vers le royaume des cieux : le pain substantiel que nous demandons dans la prière du Seigneur. La nourriture véritable, c’est la Parole de Dieu, la prière, les leçons des pères de l’Eglise ; qu’un jeûne authentique n’est pas seulement de nourriture, mais de la parole et de la pensée, pour centrer toute notre vie sur Dieu.

Nous comprenons que le plus beau vêtement n’est pas celui qui met en valeur la beauté physique, mais celui qui nous permettra d’entrer dans la salle du repas de noces du royaume. Le plus beau vêtement, c’est la foi, l’amour de Dieu, l’amour du Christ, dont le critère est l’amour du prochain. Le plus beau vêtement, c’est être fidèles aux commandements divins, à la Parole du Christ. C’est vivre une vie en Christ, vivre la vie de l’Eglise. Et cette vie de l’Eglise, nous ne pouvons la vivre que si nous avons conscience que, dans le prêtre comme dans l’évêque, nous voyons le Christ, car ils sont l’image, la parole, les représentants du Christ. Le plus beau vêtement, c’est d’être comme les lys des champs, à l’image de cette foule immense que nous montre le livre de l’apocalypse, qui « se tenait debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtue de robes blanches et des palmes à la main, proclamant à haute voix : le salut est à notre Dieu Qui siège sur le Trône et à l’Agneau », et disait avec les anges :  « Amen ! Louange, gloire, sagesse, action de grâce, honneur puissance et force à notre Dieu dans les siècles des siècles. Amen ! [ix]»

[i]Mt.7,13-14

2Jn.5,22

[iii]1Jn,2,1

[iv]Gn.3,7

[v]Is.9,1

[vi] Jn.8,12

[vii] Mt.19,16-22

[viii] Jn.14,23

[ix] Ap.7,9-12

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