Homélie prononcée par le diacre Dominique Beaufils à la crypte le 10 février 2019 (dimanche de Zachée)

Lc.19,1-10

Frères et sœurs en Christ,

En entendant ce récit de la conversion de Zachée, nous sommes peut-être frappés par le contraste avec l’épisode du jeune homme riche qui se situe peu avant, et qui fait dire au Christ : « qu’il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le Royaume des cieux ».

Qui était Zachée ? C’était un chef des collecteurs d’impôts ; il était riche ; il était malhonnête. Malgré cela, son comportement est diamétralement opposé à celui du jeune homme riche qui voulait savoir comment recevoir la vie éternelle, et qui, finalement, renonce à suivre Jésus car il préférait ses richesses.

Zachée, lui, court et monte sur un sycomore pour voir le Christ. Simple curiosité de sa part ? Certainement pas car alors un homme de sa position sociale ne serait pas monté dans un arbre. Mais c’était un profond désir de connaître le Christ. Et ce désir n’était pas fortuit : il avait certainement entendu parler de Lui. Rappelons-nous : Matthieu était collecteur de taxes, et il a tout abandonné pour suivre le Christ. Et nombreux étaient les collecteurs d’impôts qui avaient pris part au repas avec Lui. L’Evangile de Luc rapporte que les collecteurs d’impôts venaient écouter l’enseignement du Christ. Et puis, il y a eu ce miracle de la guérison de l’aveugle à l’entrée à Jéricho, dont tous avaient connaissance, puisque l’Evangile dit que « voyant cela, tout le peuple fit monter à Dieu sa louange ».

Non, ce n’était pas une simple curiosité, mais une soif de connaître, la volonté de chercher le Christ. Et cette soif, cette volonté de Zachée, le Christ les connaissait et Il lui répond immédiatement, impérativement : « Zachée, hâte-toi, empresse-toi de descendre ; il Me faut aujourd’hui demeurer dans ta maison. » Zachée ne s’étonne pas, il ne réfléchit pas, ne temporise pas. Il s’empresse de descendre, et accueille le Christ. Il Lui ouvre sa maison, mais sa joie témoigne que c’est son cœur qu’il Lui ouvre, que c’est au plus profond de son cœur qu’il L’accueille.

Cela nous rappelle cette parole du Christ : «  Si quelqu’un M’aime…Mon Père l’aimera, Nous viendrons à lui et établirons chez lui Notre demeure. »

C’est cela que les pharisiens n’avaient pas compris en reprochant au Christ de loger chez un pécheur, comme ils Lui avaient reproché de manger dans la maison de Matthieu ou d’accepter l’onction de la femme pécheresse. Car ils n’avaient pas compris que « Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive ».

Le Christ ne fait à Zachée aucun reproche. C’est spontanément, librement, que Zachée manifeste son repentir, sa conversion, une conversion authentique comme le demandait Saint Jean le Précurseur lorsqu’il disait : « convertissez-vous…produisez des fruits témoignant de votre conversion. » Et le fruit de sa conversion, c’est l’aumône  –  et quelle aumône ! la moitié de ses biens – ; la réparation, le quadruple, sans commune mesure avec la majoration d’un cinquième prescrit par la loi , comme le montrent les livres du Lévitique et des Nombres.

Ainsi « le salut est venu dans cette maison, car le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». Le vieil homme Zachée, pécheur et malhonnête est devenu en Christ l’homme nouveau, le fils d’Abraham car fidèle au Seigneur.

Là se réalise ce que le Christ répond à ceux qui Lui demandaient « qui peut être sauvé ? » : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu ». Et ce qui est possible à Dieu, c’est notre salut.

Mais le salut, Dieu ne l’impose pas à l’homme. La miséricorde, le salut, comme la guérison sont la réponse divine au désir de l’homme. Ainsi, avant de guérir l’aveugle, Jésus lui demande : « que veux-tu que Je fasse pour toi ? » Et Il guérira la cécité spirituelle de Zachée parce qu’il manifeste son désir du Christ.

Frères et sœurs en Christ, suivons l’exemple de Zachée.

Ayons ce même désir du Christ, de la vie en Christ, qui est la vie de l’Eglise, sans laisser les richesses et les désirs matériels prendre le dessus ; aimons le Christ, en sachant que le témoin de notre amour pour Lui, c’est l’amour que nous avons pour nos frères, car le saint apôtre Jean écrit qu’on ne peut pas aimer Dieu qu’on ne voit pas, si nous n’aimons pas notre frère, que l’on voit.

Acceptons, assumons le don que Dieu nous fait du repentir, sans le négliger parce qu’il nous paraît gênant, parce qu’il nous remet en question, mais, comme le fils prodigue, retournons à notre Père : c’est cela, la conversion.

Montons sur le sycomore pour nous élever spirituellement au-dessus du niveau terrestre ; pour nous élever au-dessus de Jéricho, symbole du monde déchu avec ses inimitiés, ses querelles, ses jalousies.

Au début de l’Anaphore, le prêtre dit : « élevons nos cœurs » et nous répondons : « nous les avons vers le Seigneur », car nous ne pouvons participer au mystère eucharistique, communier au Corps et au Sang du Christ que si nous élevons nos cœurs vers le Seigneur.

Soyons prêts à accueillir le Christ dans la demeure de notre cœur avec la même joie et le même empressement que Zachée.

La lettre de l’Apocalypse à l’Eglise de Laodicée dit : « Voici, Je Me tiens à la porte et Je frappe. Si quelqu’un entend Ma voix et ouvre la porte, J’entrerai chez lui, Je prendrai Ma Cène avec lui et lui avec Moi. »

Soyons aux aguets, l’oreille tendue – Monseigneur Antoine dit « comme un jeune homme attend sa fiancée » – pour entendre le Christ frapper à la porte de notre cœur, Lui ouvrir et le laisser entrer, pour qu’Il nous donne de participer au repas de noces du Royaume des Cieux.

A Lui la gloire dans les siècles des siècles. Amen

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