Homélie prononcée par Père Boris le dimanche 13 avril 2008 à la crypte

Dimanche de sainte Marie l’Égyptienne 5e dimanche du Grand Carême
Épître aux Hébreux IX, 11-14 –
Évangile selon saint Marc X, 32-45

Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

À mesure que s’approchent les jours de la Passion de notre Sauveur Jésus – dimanche prochain ce sera déjà les Rameaux et l’entrée du Seigneur à Jérusalem – nous vivons avec davantage d’intensité cette préparation à la Semaine Sainte et à Pâques, car les événements semblent se précipiter.

Nous ne sommes pas étrangers à ces événements. Ils nous concernent et nous sommes spirituellement, sacramentellement, dans ces événements. Lorsque nous entendons la Parole de Dieu dans l’Évangile nous communions au Christ, et communier au Christ cela veut dire être avec Lui et Lui avec nous dans tous les événements, dans toute l’œuvre du Salut.
Cette tension croissante correspond au fait que Jésus, Lui-même, préparait constamment Ses disciples et apôtres à ce qui devait Lui arriver et par conséquent Il nous prépare nous aussi. Car je le répète: lorsque nous lisons les Évangiles, nous n’écoutons pas simplement un récit du passé, nous communions à la présence et aux événements du passé. Ces événements deviennent présents pour nous, cela signifie que lorsque les disciples accompagnent le Seigneur, le Seigneur leur parle et leur annonce les choses à venir, nous sommes avec eux et entendons les mêmes choses qu’eux. Voilà pourquoi le même trouble nous envahit, les mêmes questionnements nous taraudent, les mêmes doutes nous assaillent. Nous éprouvons la même crainte et, sans doute, nous nourrissons les mêmes ambitions et le même orgueil.
Quand le Seigneur commença à annoncer qu’il Lui fallait aller à Jérusalem pour y souffrir et être mis à mort, les disciples furent d’abord dans l’incompréhension. « Seigneur, ne fais pas cela! » dira Pierre et le Seigneur le rabrouera« Va-t’en loin de Moi! Satan. »
Après la Transfiguration, le Seigneur a guéri l’enfant possédé du démon puis Il S’adressa à Ses disciples et leur annonça, une seconde fois, Sa Passion prochaine. Et les disciples furent consternés. Aujourd’hui, nous marchons avec les disciples effrayés de ce qu’ils viennent d’entendre. Ce fut la troisième annonce de la Passion, plus précise et plus tragique « Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l’Homme sera livré, condamné à mort, bafoué, flagellé et on Le tuera. Mais le troisième jour, Il ressuscitera. »

Et c’est alors que nous entendons la question des fils de Zébédée.

Jacques et Jean ne sont pas des personnalités de second plan. Jacques fut très tôt mis à mort par Hérode, tandis que Jean, qui nous a laissé son Évangile, vécut jusqu’à la fin du siècle. Et pourtant, Jacques et Jean n’étaient pas moins désireux que les autres d’occuper la première place, en dépit du fait que Jésus semblait les privilégier et leur donnait souvent la possibilité d’être avec Lui, comme ce sera plus tard dans le jardin des Oliviers où Jésus prendra à part Pierre, Jacques et Jean. Eh bien! Ces deux grands apôtres se disent que puisque c’est comme cela, nous avons donc l’espoir que lorsque le Seigneur viendra en Son Royaume dans Sa gloire, alors, nous, nous serons à Sa droite et à Sa gauche.
Quand ils le demandent au Seigneur, savent-ils vraiment ce qu’ils demandent? Ils désirent être avec le Seigneur glorifiés, mais ils ne savent pas ce que c’est que la glorification du Seigneur. Savent-ils quand le Seigneur sera glorifié? dans Sa Résurrection? dans Son Ascension ? dans Son siège à la droite du Père? Mais c’est bien avant! La gloire du Seigneur se manifeste quand Il est crucifié, lorsqu’Il est sur la Croix, «Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, dira le Fils de l’Homme à Ses disciples, et Dieu est glorifié en lui (1)» Oui! La Croix c’est le véritable temps fort de la gloire, c’est-à-dire de la victoire du Seigneur sur les forces sataniques, sur la mort, sur le péché, sur tous les désordres qui envahissent la terre et le cœur humain,

Alors le Seigneur leur demande « Pouvez-vous boire la coupe que Je dois boire, ou être baptisés du baptême dont Je dois être baptisé? » et eux, naïvement bien sûr mais orgueilleusement aussi, répondent sans hésiter « Oui, nous le pouvons!» et Jésus le confirme «Il est vrai que vous boirez la coupe que Je dois boire, et que vous serez baptisés du baptême dont Je dois être baptisé. »
« Pouvez-vous boire la coupe que Je dois boire? » Mais de quelle coupe s’agit-il?
Normalement dans la vie chrétienne le baptême précède la coupe: le baptême, premier sacrement de l’initiation, est un préalable à la coupe eucharistique. Mais cette fois, c’est le contraire, car ici la coupe signifie véritablement l’épreuve. C’est un thème qui revient dans l’Ancien Testament: la coupe de la colère 2 de Dieu qui ravage Jérusalem; nous la retrouverons plus tard dans l’Apocalypse quand l’Ange déverse la coupe sur le soleil, et la terre tout entière sera enflammée. C’est la coupe de l’épreuve décisive, et, dans l’angoisse de Gethsémani le Seigneur demandera avant Sa Passion «Père s’il est possible que S’éloigne de Moi ce calice, cette coupe, mais que Ta volonté soit faite et non la Mienne (2) »

Ainsi le Seigneur boira cette coupe et tous les disciples sont appelés, non seulement Jean et Jacques, mais encore tous les disciples que nous sommes. Nous sommes, nous aussi, appelés à boire cette coupe, c’est-à-dire à entrer dans la souffrance du Seigneur pour pouvoir ensuite vivre Sa gloire et Sa résurrection.

Et ensuite « Pouvez-vous être baptisés du baptême dont Je serai baptisé? »
Mais, semble-t-il, Jésus a été baptisé. Il a été baptisé par Jean dans le Jourdain, mais ce baptême de Jean dans le Jourdain n’était qu’une figure, ce n’était qu’une annonce du véritable baptême parce que Jésus descendant dans l’eau du Jourdain et prenant sur Lui tout le péché du monde préfigure la descente de Jésus dans les abîmes de la terre, quand Il emportera en Lui toute la souffrance, tout le péché et tout le drame. Tout le mal humain, Jésus le portera dans Son propre corps jusqu’à en mourir.
Jusqu’à en mourir, mais cette mort n’aura pas de puissance sur Lui. Jésus sera baptisé dans la mort. Et ceux qui Le suivent le seront aussi: « Oui, de ce baptême dont Je serai baptisé, vous aussi, dit Jésus, vous serez baptisés, mais quant à être assis à la droite et à la gauche, cela n’est donné qu’à ceux à qui cela a été destiné ». Et l’évangéliste Matthieu précise que seul le Père céleste donne d’être assis à la droite et la gauche du Seigneur dans la Gloires.

Lorsque nous portons en nous la crucifixion du Christ et que nous sommes, nous aussi, crucifiés avec Lui comme le dira si souvent saint Paul6, nous sommes assis, debout ou plutôt crucifiés, comme il faudrait le dire, à la droite et la gauche du Seigneur. C’est en effet dans la mesure où nous sommes crucifiés à la droite et à la gauche du Seigneur que nous serons nous aussi tous assis à Sa droite et à Sa gauche dans le Royaume.

Ce siège à la droite et la gauche du Seigneur est un rappel et une exhortation à ne pas aspirer, nous autres, orgueilleusement à occuper les premières places. Certes, nous pouvons considérer que les apôtres et les disciples ont une vocation privilégiée dans le temps de l’Église parmi les saints et en déduire que nous autres, prêtres et évêques, nous sommes là, nous aussi, dans les premières places et que par conséquent il devrait y avoir une correspondance entre les places que nous occupons ici et les places qui nous seront attribuées là-haut. Mais je pense que c’est là une grande erreur de croire cela, car le Seigneur nous rappelle que « quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé? » et qui veut être le premier doit commencer à apprendre à être le dernier et à servir. Le Seigneur nous donnera Lui-même l’exemple lorsqu’Il lavera les pieds de Ses disciples en S’agenouillant et S’abaissant devant chacun d’eux, y compris devant Judas”.
C’est ainsi que nous devons apprendre nous aussi l’humilité et le service, le Seigneur nous l’a démontré à la fois par Sa mort, par Sa constante humilité et par Sa constante humiliation. Depuis toujours, depuis le moment où Il est descendu du Ciel sur la terre devenant un petitenfant impuissant aux bras de Sa mère et jusqu’à la fin, lorsqu’Il sera déposé dans un tombeau où de nouveau Sa mère sera là pour Le porter dans ses bras et L’offrir, jusqu’à Le mettre dans la tombe, en attendant la résurrection.

Ainsi, tout cela nous invite à prendre conscience de cette coupe et de ce baptême vers lesquels marche le Seigneur et vers lesquels nous marchons avec Lui. Tout cela nous invite à nous sanctifier pour ces grands jours que le Seigneur a annoncé pour la troisième fois. En vérité, le temps s’accélère, et nous avons donc à nous préparer aux événements qui vont se précipiter. Il nous faut à présent nous placer à côté des disciples pour être auprès du Seigneur, pour L’accompagner à la Sainte Cène du Grand Jeudi, ensuite au jardin des Oliviers et au pied de la Croix.

Que le Seigneur nous donne de nous purifier, de nous sanctifier et de vivre véritablement de tout notre cœur ce grand mystère de la foi, qui nous est offert de vivre d’année en année!

Amen.
1 Cf. évangile selon saint Jean XIII, 31.
2 Cf. notamment Isaïe 51, 17-22 ; Jérémie XXV, 15-17 ; Ézéchiel XXIII, 33-34 et Zacharie XII, 2.
3 Voir les coupes des sept anges au début du chapitre XVI de l’Apocalypse de saint Jean.
4 Cf. évangile selon saint Matthieu XXVI, 39.
5 Cf. évangile selon saint Matthieu XX, 23.
6 Voir notamment l’épître aux Romains VI, 6 et l’épître aux Galates II, 19.
7 Cf. évangile selon saint Luc XIV, 1

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