Homélie prononcée par Père Élisée le 27 mai 2007 à la paroisse de la Sainte Trinité

Chers frères et sœurs !

Il serait bon de rappeler que la solennité que nous célébrons aujourd’hui s’inscrit dans un héritage qui nous vient du Judaïsme, ce qui nous aidera à mieux en percevoir le sens.

La fête juive de Pentecôte célébrait le don de la Loi – la Torah –, que Dieu avait fait à Moïse, en faveur des tribus d’Israël qu’il avait tirées de la captivité des Égyptiens. Le terme hébreu de Torah qui signifie “enseignement”, désigne l’ensemble des cinq premiers Livres de la Bible. Or quand on parle plus précisément du cœur de la Loi de Moïse, de ce qu’il a reçu au mont Sinaï, on parle des Dix Commandements. Ces commandements font partie des fondements de notre foi : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu Le serviras Lui seul… Tu honoreras ton père et ta mère… Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage… (1) pour n’en citer que quelques-uns. Le Seigneur dira à maintes reprises à Son peuple au long de son histoire : si vous pratiquez toute cette Loi que Je vous donne, vous connaîtrez la plénitude… étant sous-entendu que s’il n’en est pas ainsi nous risquons de rencontrer quelques petits problèmes dans nos chemins de vie !

Cela peut nous faire réfléchir d’emblée sur le rôle de la Loi dans toute société humaine ainsi que dans notre vie personnelle. Cette Loi est toujours nécessaire, qu’il s’agisse d’un groupe humain ou d’une seule personne.

Et même si nous prétendons ne pas en avoir besoin, si nous voulons absolument en faire abstraction ; nous en suivrons toujours une… ne serait-ce que celle d’agir selon notre volonté propre ! Et l’expérience d’une telle “liberté” montre que, loin d’être libre, on devient captif de nos propres caprices, de nos passions, en bref, de notre orgueil…

La Loi, nous dit saint Paul, fait office de “pédagogue” (2) , elle n’est donc pas un but en soi, mais simplement un moyen. Elle vise à nous faire grandir et nous faire avancer vers un but ; c’est-à-dire vers Dieu qui nous apportera plénitude de vie et paix intérieure. Cette vie et cette paix intérieure ont une dimension infinie, puisqu’il s’agit pour l’homme d’accueillir la possibilité de devenir enfants de Dieu, cohéritiers du Christ, compagnons des Anges et des Saints ! À l’époque de l’Exil à Babylone, les Prophètes ont annoncé clairement à Israël une Nouvelle Alliance qui se substituerait à l’ancienne, gravement violée par les infidélités multiples du Peuple élu.

C’est ainsi que nous pouvons lire dans le Livre d’Ézéchiel :

« De toutes vos souillures et de toutes vos abominations Je vous purifierai, dit le Seigneur ; Je vous donnerai un cœur nouveau et Je vous inspirerai un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur de pierre et Je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon Esprit et Je ferai en sorte que vous suiviez mes préceptes et pratiquiez mes commandements. »

Dans la traduction de la Septante, les termes traduisant “préceptes” et “commandements” ont des nuances plus précises : à savoir que l’Esprit du Seigneur donnera le discernement voulu pour accomplir ce qui est juste. Alors la Loi nouvelle, bien loin d’être une entrave pour la liberté humaine, sera au contraire, pour nous – si nous l’accueillons avec générosité –, un dynamisme libérateur, vivifiant pour développer les dons et les aptitudes personnels que nous avons reçus par la grâce divine. (3)

Mais nous pouvons légitimement nous interroger : Comment est-ce possible ?

C’est l’expérience qui le montrera au fil des siècles, et c’est précisément l’accomplissement de cette promesse de Dieu que les Apôtres expérimentent au jour de Pentecôte.

En recevant le don de l’Esprit Saint, ils sont habités par une assurance extraordinaire qui leur fait annoncer avec force le mystère du Christ mort et ressuscité pour le salut du monde. Le symbolisme du vent impétueux et des langues de feu qui se posent sur les Apôtres réunis dans la prière et l’attente de l’Esprit est bien clair : le temps de l’attente est passé, l’Esprit vient et Il envoie l’Église naissante en mission vers tous les peuples de la terre.

Afin de confirmer la véracité de sa prédication, l’Esprit Saint accordera à l’Église des dons variés qui ne cesseront plus, depuis les premiers siècles jusqu’à nos jours, et au-delà, jusqu’à la fin des temps. Il y a les charismes extraordinaires dont les écrits apostoliques sont les témoins, il y a aussi les dons moins voyants peut-être, mais non moins efficaces pour la construction de l’Église, ceux en particulier que saint Paul évoque dans l’épître aux Galates. Et s’il est évident que ces charismes extraordinaires existent encore, pour toucher les cœurs et leur faire reconnaître la miséricorde de Dieu à leur égard, il est non moins capital que le Seigneur nous rappelle toujours que l’amour, la joie et la paix, à tous niveaux, sont des dons indispensables dans la vie de toute communauté humaine ; à commencer par sa famille et sa communauté ecclésiale. N’oublions pas que l’homme ne parcourt pas le chemin du salut tout seul, mais en Église et que nous tous ; membres de l’Église ; nous recevons les richesses du salut, notamment par les sacrements, et y puisons une ardeur missionnaire qui se sait toujours en lien vital avec l’Église du Christ.

De nos jours, il y a une urgence impérieuse à faire grandir ce lien de communion à tous les niveaux de l’existence humaine : avant toute chose en nous-mêmes, puis entre les personnes : au sein de la famille et des communautés, entre groupes sociaux et entre les nations. Un lien qui ne soit pas que virtuel, mais un lien par lequel les personnes puissent se rencontrer et s’aimer en ce qu’elles ont de meilleur et de plus élevé spirituellement parlant.

Rester au seul plan des réalités terrestres, sans y apporter le regard de la foi, serait stérile pour ceux qui veulent suivre le Christ. De nos jours en effet ; pour son salut ; le monde a plus que jamais besoin de témoins vivants de la Résurrection. Aussi est-il d’autant plus nécessaire et vital d’approfondir notre foi par une connaissance de Dieu et une expérience spirituelle toutes deux toujours plus renouvelées.

Dans l’Eucharistie que nous célébrons, nous faisons mémoire du mystère pascal du Christ qui s’est fait le Médiateur entre Dieu et les hommes au prix de sa kénose, de son anéantissement. Suspendu à la croix, au moment de mourir Il a remis Son Esprit au Père pour nous en faire le don dès Sa Résurrection.

Que cette fête de Pentecôte soit pour chacun de nous un jour de renouvellement de notre foi par les merveilles que Dieu veut accomplir en nous, par nous et autour de nous ; pour que soit glorifié Son Saint Nom parmi toutes les nations. Mais gardons toujours présent à l’esprit et dans le cœur que toute activité missionnaire tire sa fécondité de la prière personnelle et communautaire, faite en Église et dans la tradition apostolique.

Amen !

Père Élisée

Notes

(1) Voir Exode 20, 2-17 et Deutéronome 5, 7-21.
(2) Voir notamment l’épître aux Galates 3, 24-25.
(3) Ézéchiel 36, 25-27.

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