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Saints martyrs Zachée, diacre, et Alphée

Le 18 novembre l’Église honore la mémoire des saints martyrs Zachée, diacre, et Alphée, morts par le glaive en Palestine.
Saint Zachée était petit par la taille et ressemblait en tout point au Zachée mentionne dans l’Évangile. Il était diacre de l’Église de Gadara (Palestine), lors du déclenchement de la grande persécution de Dioclétien (303). Il fut conduit devant le tribunal charge d’une lourde chaîne au cou, et confessa bravement la vraie foi. Après les coups de fouet, les ongles de fer et autres tortures, il eut les pieds enserrés dans les ceps jusqu’au quatrième trou pendant un jour et une nuit, en compagnie d’Alphée, originaire d’Eleutheropolis, lecteur et exorciste à Césarée de Palestine, qui avait subi les mêmes tortures. Le lendemain, ils eurent tous les deux la tête tranchée.

Saint Romain martyr à Antioche

Le 18 novembre l’Église honore la mémoire de saint Romain martyr à Antioche et du saint enfant confesseur.

Saint Romain était d’origine palestinienne et exerçait les fonctions de diacre et d’exorciste dans l’Église de Césarée de Palestine. En 303, lorsque l’empereur Dioclétien publia ses édits de persécution générale, il se trouvait à Antioche. Voyant un grand nombre d’hommes, de femmes et d’enfants chrétiens abandonner la confession du vrai Dieu par crainte de la souffrance et aller sacrifier aux idoles, il ne put supporter ce spectacle. S’avançant alors vers eux, tout brûlant de zèle pour la piété, il leur adressa à haute voix de violents reproches. Il fut arrêté sur-le-champ et conduit devant le gouverneur d’Antioche. Durant l’interrogatoire, il se montra plein d’audace et, pour confondre l’inanité du culte païen, il demanda qu’on fasse comparaître un enfant pris au hasard dans la foule qui se tenait sur la place publique. L’enfant se présenta. Romain lui demanda s’il était plus raisonnable d’adorer le Dieu unique et Créateur du monde, confesse par les chrétiens, ou les multiples dieux des païens. Sans hésitation, l’enfant se prononça pour le Dieu des chrétiens et rendit ainsi le magistrat ridicule, en se montrant plus sage que lui et que ses coreligionnaires. Le tyran furieux livra aussitôt le jeune confesseur à la torture, en présence de sa mère. Assoiffe par les tourments qu’il endurait sans broncher, l’enfant demanda à boire. L’admirable femme lui répondit alors: «Ne bois pas, 6 mon cher fils, de cette eau corruptible et éphémère, mais montre-toi endurant afin de boire l’eau vive et éternelle dans le Royaume de Dieu ! »

L’enfant ayant été décapité, saint Romain fut condamné à périr par le feu. Il accueillit joyeusement cette sentence et, le visage rayonnant, il se laissa emmener sans résistance vers le lieu du supplice. Comme les bourreaux tardaient à allumer le bûcher, attendant la decision de l’empereur alors présent dans la ville, le valeureux martyr s’écria : « où est le feu qui a été préparé pour moi ? » On remit L’exécution pour le faire comparaître devant l’empereur en personne. Ayant constaté que, pour les chrétiens, la mort par le martyre était une fête, puisqu’elle signifiait I’entrée dans la vie éternelle, le tyran voulut retarder le moment de sa délivrance, et il ordonna de lui arracher la langue. Sans se troubler, saint Romain tendit de lui-même sa langue au bourreau et, ô miracle ! il continua de louer Dieu et d’encourager les fideles au martyre apres qu’on la lui eut coupee. Il fut ensuite jete en prison et mis aux fers pendant un temps considerable. Lors de la fête de l’empereur, selon une ancienne coutume, on proclama partout la mise en liberte des prisonniers. Mais Romain, les deux pieds ectases dans les ceps et étendu sur le bois, fut le seul a etre alors etrangle dans le secret de son cachot et, selon son desir, il reçut ainsi la couronne du martyre.

Saint Platon, martyr à Ancyre (†304)

Le 18 novembre l’Église honore la mémoire de saint Platon, martyr à Ancyre (†304).

Vivant à Ancyre, en Galatie, sous le règne de l’empereur Dioclétien (vers 304), saint Platon était le frère du saint martyr Antiochus [16 juil.]. Comme il confessait publiquement le Christ et encourageait les chrétiens à rester fermes dans leur foi malgré la persécution, il fut arrêté et conduit devant le gouverneur Agripinus. Inébranlable dans ses convictions malgré son jeune âge, il fut d’abord frappe par douze soldats, puis étendu sur un lit de bronze incandescent. Il eut ensuite les chairs déchirées par toutes sortes de tortures. Au milieu des tourments, le saint martyr éleva vers Dieu sa prière, a laquelle les Puissances angéliques répondirent : « Amen » Constatant que l’Église du ciel assistait ainsi le saint athlète du Christ dans ses combats, un grand nombre de païens embrassa alors la foi. Le magistrat lui fit de nouvelles propositions, auxquelles Platon répondit : « Ma vie c’est le Christ, et mourir pour lui m’est un gain » (Phill, 21). Après d’autres supplices, il fut décapité et partit rejoindre l’assemblée des saints.

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Élisée le 3 décembre 2006

Le Bon Samaritain

XXVe dimanche après la Pentecôte
Ép. aux Éphésiens IV, 1-6
Évangile selon saint Luc X, 25-37

Chers frères et sœurs !

Voilà un passage de l’Évangile qui tombe à pic dans cette période de carême qui nous achemine tout doucement vers la fête de la Nativité, vers ce grand mystère de l’Incarnation. Cette parabole tombe à pic car elle se doit de nous interpeller à plusieurs niveaux de notre vie spirituelle.

Tout d’abord, la question posée au Christ par le légiste doit être pour nous comme un postulat de base : « Que faire pour avoir part à la vie éternelle ? ». Tout comme le Christ l’a répondu au légiste, Il répond à chacun d’entre nous de manière personnelle : Aimer le Seigneur notre Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre force, de tout notre esprit ; et aimer notre prochain comme nous-mêmes.

Certainement le second de ces commandements nous donnera alors l’occasion de poser à Jésus cette autre question : « Qui est mon prochain ? » Question à laquelle le Christ donne une réponse toute en nuance par cette parabole du bon Samaritain.

Pour un Juif de l’époque, le prochain était exclusivement quelqu’un qui était membre de son peuple et surtout pas un étranger comme, par exemple, un Samaritain ! En faisant secourir un malheureux par l’un d’entre eux justement, Jésus veut nous montrer que la charité – autrement dit l’amour chrétien par excellence – se doit d’ignorer les cloisonnements de race, de religion, de nationalité, et (tant qu’on y est, puisque nous sommes orthodoxes) les cloisonnements de juridiction !

Tout dépend donc de nous : Nous nous devons de ne plus poser de limites, de classements, d’étiquettes sur nos semblables, ces soi-disant droits que nous nous arrogeons et qui nous permettent trop facilement de compartimenter un secteur “prochain” au-delà duquel nous ne serions plus tenus. Si nous prétendons vouloir marcher à la suite du Christ, nous sommes invités à faire de quiconque notre prochain, à nous rendre en tout temps disponible, et, le cas échéant, secourable ; mais toujours, et en tout état de cause nous devons nous faire aimants, car l’amour sauve tout, l’amour transfigure tout.

Aimer son prochain comme soi-même, c’est l’aimer non seulement comme soi-même en quantité, c’est-à-dire autant que soi-même, avec autant d’intensité ; mais encore, c’est l’aimer aussi comme soi-même en qualité : en tant qu’il est moi-même, et en tant qu’il est moi parce que je suis lui. Sa vie est ma vie et ma vie est la sienne, puisque par le fait de vivre nous nous renvoyons l’un l’autre au plus vrai de ce que nous sommes, et, donc, pas forcément à la plus glorieuse réalité de ce que nous croyons être !

Mais plus encore que les quantitatifs ou qualitatifs humains de l’amour du prochain, prenons conscience de manière profonde et intime que l’Évangile est la révélation des profondeurs de cet amour : En tout être humain nous avons à découvrir en lui, à la fois, l’image de Dieu et, en même temps, un membre solidaire du Christ, Lui-même solidaire de Son Père.

Ou bien, inversement : Aimons en Dieu un Père solidaire de Sa création et donc de tout homme, au point de nous donner Son Fils unique et de le faire demeurer en nous… rappel implicite du mystère de l’Incarnation auquel nous nous préparons par ce temps de jeûne.

Et si nous savons que le Christ est en nous, nous devons conscientiser dans la dimension spirituelle de notre cœur qu’Il est aussi dans l’autre, dans le prochain, dans ce prochain qui – parfois, il s’en faut de peu ! – peut très vite devenir un “ennemi”, dans le sens où, quand il me dérange, me gêne, m’interpelle négativement, bref ! quand il me renvoie à ma propre image, et donc me renvoie à ma propre réalité, alors je le rejette, je l’ignore, je l’exclus de ma vie.

Si l’attention du légiste n’a été retenue que par le sens du commandement « Aimer son prochain », la finalité de cette parabole est peut-être, aussi et avant tout, de mettre l’accent sur l’amour de soi-même…

Qu’est-ce que « s’aimer soi-même » ? Ce n’est certainement pas avoir la mentalité du pharisien qui, dans un élan de narcissisme absolu, s’admire et se croit meilleur que tout le monde ! Non ! Ce serait de l’orgueil mal placé et nous savons tous que l’orgueil tue, en tant qu’il est le péché par excellence. Bien au contraire, s’aimer soi-même c’est nous mettre à l’école du publicain, école d’humilité, d’appauvrissement et de douceur.

« S’aimer soi-même » c’est s’accepter tels que nous sommes, dans la vérité, sous le regard incomparablement miséricordieux et aimant de Dieu.

« S’aimer soi-même » c’est donc accepter notre faiblesse, notre pauvreté – au sens large du terme –, c’est accepter nos limites et notre misère en prenant garde ni de tomber dans un esprit de révolte ni de nous installer confortablement dans notre petit malheur en nous apitoyant sur nous.

« S’aimer soi-même » c’est aussi nous reconnaître dans ce que nous ne sommes pas et que, parfois, croyons ou voudrions être.

Dieu aura donc le champ libre pour venir transfigurer le plus déconcertant de ce qu’il y a en nous ; et les pessimismes que nous portons sur nous-mêmes s’estomperont d’eux-mêmes. Pour le coup, en faisant avec l’aide de Dieu ce travail intérieur, nous aurons tout loisir de l’exercer sur notre prochain, en l’aimant par sa propre misère et au-delà de sa propre misère. Puisque Dieu m’accepte tel que je suis, puisque je m’accepte tel que je suis, je me dois d’accepter mon prochain tel qu’il est afin que lui aussi m’accepte et m’aime tel que je suis.

Vaste programme n’est-ce pas ? ! Et pourtant ! Les trois pôles que sont l’amour de Dieu, l’amour du prochain et l’amour de soi-même sont intrinsèquement liés les uns aux autres et, disons-le, ils sont indissociables.

Quand quelque chose ne va pas dans notre vie il est facile d’en rejeter la faute sur une circonstance, une personne ou toute autre cause extérieure. Non ! Quand quelque chose ne va pas dans notre vie c’est que la dimension spirituelle de notre être est atteinte. Autrement dit, c’est que l’un des pôles dont nous venons de parler est fragilisé ou souillé par notre orgueil.

Qu’à cela ne tienne ! Avec l’aide de Dieu il devient facile de rectifier le tir et de se recentrer grâce à ces trois repères qui deviennent une école de vie, pour nous et nos semblables et surtout une école de vie pour tous en vue de la Vie éternelle !

Chers frères et sœurs, ne soyons pas effrayés par ces considérations, il est vrai, exigeantes. Mais soyons confiants et n’ayons de cesse d’aller de l’avant ! Dans cette parabole du bon Samaritain il est un fait, ô combien, encourageant si l’on y prête attention : En effet, il nous est dit que le Samaritain, certes, s’en va après avoir pansé les plaies et secouru l’homme blessé… Mais il part en prenant bien soin d’annoncer qu’il reviendra. Comment donc ne pas y voir une image du Christ ?

Lui qui n’a de cesse de revenir vers nous à tout moment : par les sacrements que nous recevons, par notre prière personnelle qui n’est autre chose que notre désir ardent de Lui, par le prochain en qui Il est présent, par le prochain qui partage notre vie ou qui croise notre route.

Bien plus qu’une image, cette divine dynamique d’amour est une réalité de chaque instant… Et puisque nous nous fêterons d’ici peu la Nativité, que nos cœurs soient, comme à Bethléem, autant de grottes – aussi sombres soient-elles – prêtes à accueillir humblement le Christ afin qu’Il vive et croisse en nous.

Amen !

Homélie prononcée par le père Boris le 7 décembre 2003 à la crypte

Le Bon Samaritain

XXVe dimanche après la Pentecôte
Ép. aux Éphésiens IV, 1-6
Évangile selon saint Luc X, 25-37

Bon samaritainAujourd’hui, nous venons d’entendre cette parabole bien connue du bon Samaritain. Elle fait partie de ces paraboles que le saint évangéliste Luc est le seul à nous transmettre et que nous pourrions toutes appeler “paraboles de la compassion” ou “paraboles de la Miséricorde”. Il y a notamment l’histoire du pauvre Lazare et le mauvais riche que vous connaissez bien. Ou bien encore, le sublime récit de ce fils prodigue où c’est le père lui-même qui scrute l’horizon jusqu’à ce qu’il reconnaisse de très loin, dans cette silhouette qui s’approche en titubant, son second fils, son fils perdu.

C’est encore l’évangéliste Luc qui nous offre cette parole unique : car si dans l’évangile selon saint Matthieu nous lisons “Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait”, dans le passage parallèle chez saint Luc, le Seigneur dit non plus “parfait” mais “miséricordieux” : “Soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux.”

Miséricordieux signifie longanime et compatissant. La miséricorde est cette tendresse du cœur, cette sensibilité, cette faculté d’un cœur qui fond, incapable de rester impassible dès qu’il y a détresse, souffrance ou besoin, dès qu’il y a appel.

Si cette parabole du bon Samaritain nous touche, et aujourd’hui particulièrement, elle nous interpelle aussi. En la relisant pour préparer ce que je vais vous dire j’ai, en effet, été frappé par un certain contraste. Cette parabole nous interpelle aujourd’hui par l’opposition entre, d’une part, la dureté de ces serviteurs du Temple et, d’autre part, l’attitude de ce Samaritain, exclu de la communion juive. Combien est éloquente l’opposition entre l’indifférence de ces hommes pieux et la compassion d’un homme souvent méprisé, avec qui on ne pouvait ni manger, ni boire, ni s’asseoir, ni même presque parler.

Et aujourd’hui, Jésus n’hésite pas à évoquer dans cette parabole la dureté du cœur de ceux qui accomplissaient scrupuleusement la Loi, payaient la dîme, offraient des sacrifices pour eux et pour le peuple tout entier. Jésus fustige ici l’insensibilité de ceux qui passaient pour des hommes de bien, de piété et de justice. À tous ces prêtres, lévites, servants du temple, convaincus d’être respectés par le peuple, Jésus reproche publiquement la dureté de leur cœur.

Et, je voudrais particulièrement insister sur le fait que si cette parabole fut rapportée par l’Évangile, ce n’est pas uniquement pour son sens littéral et historique. Il ne s’agit pas seulement de nous rappeler l’urgence et la primauté de la miséricorde sur les préceptes de la Loi juive ; le message de l’Évangile va bien au-delà car si cette parabole nous est transmise et répétée d’âge en âge, à travers tout le temps de l’Église, c’est évidemment parce que c’est l’Église elle-même qui est concernée.

Ne soyons pas dans l’illusion que cette parabole ne viserait que des faits et des personnages anciens, ce récit vient aujourd’hui nous enjoindre à nous interroger sur nous-mêmes.

Qui sommes-nous et où sommes-nous ? Par l’image du prêtre qui descendait de Jérusalem, Jésus interpelle le clergé et les serviteurs de l’Église, tous ceux qui sont appelés à offrir le saint sacrifice au nom du peuple tout entier, tous ceux qui offrent, en concélébration avec le peuple entier, le sacrifice non sanglant, le sacrifice du Christ qui a donné Sa vie pour nous et pour la vie du monde. Et par l’image du lévite qui passa outre, le Seigneur appelle à la prise de conscience tous les chrétiens du monde. Sommes-nous si différents du prêtre qui se détourna et passa de l’autre côté de la route ? Sommes-nous si différents du lévite qui poursuivit son chemin ?

Entre ce Samaritain et ces deux Juifs, le contraste est saisissant, mais comment ne pas y voir aussi un jugement sur toute notre vie d’Église, sur notre piété orthodoxe, sur toute piété chrétienne ? N’y a-t-il pas jugement dans la mesure où notre piété ecclésiale, si indispensable pour nous approcher de l’Église et des sacrements, ne s’accompagne pas toujours de ce souci du prochain ? N’y a-t-il pas jugement dans la mesure où, parfois – et donc trop souvent ! – la compassion et la miséricorde manquent à notre vie de foi ?
Nous sommes donc jugés car, comme le dit saint Pierre, le Jugement commence par la Maison de Dieu. Et plus nous sommes proches du sanctuaire, plus nous sommes proches du Saint des Saints, plus le jugement s’adresse précisément à nous ; le Seigneur ne nous demandera pas comment nous avons prié ni si nous avons invoqué “Seigneur ! Seigneur !” car Il nous avertit “Ceux qui Me disent : “Seigneur, Seigneur !” n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. “, c’est-à-dire celui-là seul qui obéit à cet appel, celui-là qui se met en quête non seulement de la perfection mais encore de la bonté, de la compassion et de la miséricorde.

Et de l’autre côté du chemin, nous voyons ce Samaritain. Il représente sans doute ces gens, que nous rencontrons parfois dans notre vie, qui sont loin de la foi et du christianisme, loin de l’Église et de la pratique religieuse, mais qui ont en eux une bonté naturelle… D’ailleurs ! pourquoi parler d’une bonté “naturelle” ? Toute bonté n’est-elle pas naturelle car issue de Dieu et créée dans le cœur de l’homme ? Tertullien, un Père de l’Église qui vécut au second siècle, disait que l’âme humaine est naturellement chrétienne. Mais encore faut-il que cette âme naturellement chrétienne s’éveille en nous, s’anime, s’active et s’épanouisse. Ainsi, il n’est pas rare de voir des gens loin de l’Église qui témoignent de cette bonté naturelle et qui parfois manifestent beaucoup plus activement la bonté de leur cœur que nous autres qui sommes là dans la Maison de Dieu, et qui parfois nous contentons d’être les gérants de cet édifice construit par Dieu.
Eh bien ! Que cela ne nous éloigne ni de la foi ni de la pratique religieuse ! Cela doit au contraire nous stimuler, nous encourager et nous rappeler avec fermeté que ce que nous recherchons dans notre vie en Église c’est, avant tout, la vie en Christ dans une relation personnelle avec Lui.

Et lorsque nous nous ouvrons à cette relation, lorsque nous parvenons à vivre cette relation personnelle avec le Seigneur, alors le Seigneur Lui-même par Son Saint-Esprit remplit notre cœur d’oxygène, de feu, dirais-je, Il dilate nos poumons, agrandit nos cœurs et déploie notre esprit, Il transforme notre cœur pour qu’il devienne malléable, ductile, sensible, vibrant… meilleur ! Mais à quelle fin ? Pour nous doter de quelle disposition nouvelle ?

Que devenons-nous capables de faire alors ? Cette intimité avec le Christ nous rend tout simplement aptes à reconnaître Son image dans notre prochain, elle nous rend sensibles à la Présence du Christ comme il est dit : “Ce que vous aurez fait au plus petit – notez bien : au plus petit ! – d’entre mes frères vous l’aurez fait à moi-même. ”
Le Seigneur opère, comme l’écrit saint Jean Chrysostome, non seulement une identification de Lui-même avec le Pain et le Vin consacrés mais Il opère aussi, dans une autre présence réelle, une seconde et équivalente identification de Lui-même avec le prochain et plus particulièrement avec le pauvre.”

Je veux insister sur ce message de la parabole. Cette parabole nous appelle et nous exhorte justement à œuvrer en nous-mêmes, à sculpter notre propre vie, notre présent et notre avenir, à pétrir notre cœur et, en définitive à supplier le Christ “Seigneur, Seigneur !” de venir en nous pour transformer notre cœur et en faire un cœur miséricordieux.

Un cœur miséricordieux ? Il ne s’agit pas ici de morale. Avoir un cœur miséricordieux ce n’est nullement avoir en tête une longue liste d’obligations morales, il ne s’agit pas de se dire “D’accord, nous devons maintenant faire ceci ou cela, nous devons donner l’aumône, nous devons faire tel acte de piété, etc.” Il ne s’agit pas de prescriptions ni même d’actes mais d’une réalité beaucoup plus profonde, il s’agit du cœur lui-même. Ce cœur intérieur, dès sa création, dès notre naissance, est déjà le lieu de Dieu, le lieu profond de l’image de Dieu, certes, d’une image voilée, occultée, obscurcie, ternie mais qui est toujours là, toujours vivante, toujours réelle.
Il nous faut donc faire surgir de nous-mêmes cette image de Dieu gravée en nous ; nous devons la dégager de sa gangue, évacuer les scories, ôter la poussière, écarter tous les obstacles et la libérer de toutes les entraves qui la gardent prisonnière.

Emprisonnée en nous cette image ne peut s’épanouir, et nous sommes donc appelés à une véritable une naissance, une naissance spirituelle qui a été engagée par nous et en nous par le baptême et qui se poursuit toute notre vie. C’est de cette naissance que parle le saint apôtre Paul lorsqu’il dit “Mes petits enfants, pour qui je souffre les douleurs de l’enfantement…” – Il ne craint pas d’employer cette image tout à fait véridique, image vécue non seulement par les femmes qui mettent au monde mais par les maris également – “… pour qui je souffre les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que le Christ soit manifesté en vous. ”

Quand le Christ se manifeste en nous, notre cœur devient, dès lors, un cœur vivant, vibrant, sensible et miséricordieux. Et alors, ce cœur de tendresse devient véritablement la résidence, le sanctuaire, le temple du Saint-Esprit. L’image de Dieu jaillit enfin de nous par ce cœur brûlant, rayonnant, irradiant d’amour.

Puissions-nous dans notre vie apprendre cela !

Aujourd’hui, nous sommes assemblés et, dans l’attente de Noël, nous nous préparons à accueillir le Seigneur Jésus non pas encore dans Sa gloire éternelle ni dans celle de Sa résurrection mais dans l’infinie tendresse et faiblesse d’un tout petit enfant qui n’a pour se protéger que les bras de Sa mère. Puissions-nous demander au Seigneur la grâce de pouvoir, nous aussi, L’accueillir Lui-même, ce petit enfant Jésus, notre Seigneur, dans notre cœur. Dans cette perspective, toute une préparation spirituelle est nécessaire et elle est inséparable du travail de transformation du cœur auquel nous appelle l’Évangile d’aujourd’hui.
Puisse notre cœur devenir, pour le carême de Noël, cette grotte, cette crèche dans laquelle ce petit Enfant pourra être accueilli et où Il pourra y être choyé et adoré.

Que le Seigneur nous bénisse pour tout cela.
Amen

Père Boris

Lc 16,19-31.

Lc 15, 11-32.

Successivement, Mt 5,48 et Lc 6, 36.

1 Pi 4,17.

Mt 7, 21.

Mt 25,40.

Ga 4,19.

Commentaire patristique par saint Grégoire de Nysse (335-395)

Le bon Samaritain

“C’est là mon bien-aimé, c’est là mon ami, filles de Jérusalem” (Ct 5,16). L’Épouse du Cantique montre celui qu’elle cherchait en disant : “Voici celui que je cherche, celui qui pour devenir notre frère est monté du pays de Juda. Il est devenu l’ami de celui qui était tombé aux mains des brigands : il a guéri ses plaies avec de l’huile, du vin et des pansements ; il l’a fait monter sur sa propre monture ; il l’a fait reposer dans l’hôtellerie ; il a donné deux pièces d’argent pour son entretien ; il a promis de donner à son retour ce qui aurait été dépensé en plus pour accomplir ses ordres.” Chacun de ces détails a une signification bienévidente.

Le docteur de la Loi tentait le Seigneur et voulait se montrer au-dessus des autres ; dans son orgueil il faisait fi de toute égalité avecles autres, disant : “Qui est mon prochain ?” Le Verbe alors lui expose, sous forme d’un récit, toute l’histoire sainte de la miséricorde : il raconte la descente de l’homme, l’embuscade des brigands, l’enlèvement du vêtement incorruptible, les blessures du péché, l’envahissement par la mort de la moitié de notre nature (puisque notre âme est restée immortelle), le passage inutile de la Loi (puisque ni le prêtre ni le lévite n’ont soigné les plaies de celui qui était tombé aux mains des brigands).

“Il était en effet impossible que le sang des taureaux et des boucs efface le péché” (He 10,4) ; seul pouvait le faire celui qui a revêtu toute la nature humaine — des Juifs, des Samaritains, des Grecs — en un mot, de toute l’humanité. Avec son corps, qui est la monture, il s’est rendu dans le lieu de la misère de l’homme. Il a guéri ses plaies, l’a fait reposer sur sa propre monture, et il a fait pour lui de sa miséricorde une hôtellerie, où tous ceux qui peinent et ploient sous le fardeau trouvent le repos (Mt 11,28).

Homélie 15 sur le Cantique des Cantiques

Commentaire patristique par Rabban Youssef Bousnaya (Père syrien du IXe siècle)

Amour des hommes, amour de Dieu

Mon fils, applique-toi de toute ton âme à acquérir l’amour des hommes, dans lequel et par lequel tu t’élèveras à l’amour de Dieu qui est la fin de toutes les fins. Vains sont tous tes labeurs qui ne sont pas accomplis dans la charité. Toutes les bonnes œuvres et tous les labeurs conduisent l’homme jusqu’à la porte du palais royal ; mais c’est l’amour qui nous y fait demeurer et nous fait reposer sur le sein du Christ (Jn 13,25).

Mon fils, que ton amour ne soit pas partagé, divisé, intéressé, mais répandu partout en vue de Dieu, désintéressé. Le Christ te donnera la connaissance pour comprendre le mystère de cette parole. Aime tous les hommes comme toi-même ; bien mieux, aime ton frère plus que toi-même ; ne recherche pas seulement ce qui te convient, toi, mais ce qui est utile à ton frère. Méprise-toi toi-même pour l’amour de ton prochain, afin que le Christ soit miséricordieux et fasse de toi un cohéritier de son amour.

Prends bien garde de mépriser cela. Car Dieu nous a aimés le premier, et il a livré son Fils à la mort pour nous. “Dieu a tellement aimé le monde qu’il a livré pour lui son Fils unique”, dit l’apôtre Jean, témoin de la vérité (Jn 3,16). Celui qui marche dans ce sentier de l’amour, grâce à son labeur, arrivera promptement à la demeure qui est le but de ses efforts. Ne pense donc pas, mon fils, que l’homme puisse acquérir l’amour de Dieu, qui nous est donné par sa grâce, avant d’aimer ses frères en humanité.

Évangile – Bon Samaritain

Évangile du 25e dimanche après la Pentecôte – lectures du dimanche : Ep 4, 1-6

L’amour du prochain et la parabole du Bon Samaritain

25 Et voici qu’un légiste se leva, et lui dit pour l’éprouver : “Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle?”

26 Il lui dit : “Dans la Loi, qu’y-a-t-il d’écrit ? Comment lis-tu ?”

27 Celui-ci répondit : “Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit; et ton prochain comme toi-même.” (1)

28 “Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras.”

29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : “Et qui est mon prochain ?”

30 Jésus reprit : “Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à demi mort.

31 Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là; il le vit et passa outre.

32 Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre.

33 Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié.

34 Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l’hôtellerie et prit soin de lui.

35 Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l’hôtelier, en disant: Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour.

36 Lequel de ces trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands ?”

37 Il dit : “Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui.” Et Jésus lui dit : “Va, et toi aussi, fais de même.”

Traduction Bible de Jérusalem © Éditions du Cerf

(1) Cette citation est issue de deux passages de l’Ancien Testament : Dt 6,5 et Lv 19,18.

Lettre aux Éphésiens – La Vie nouvelle

Lettre aux Éphésiens Chapitre IV versets 1 à 6

1 Je vous exhorte donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de l’appel qui vous a été adressé,

2 en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant les uns les autres par amour,

3 vous efforçant de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix.

4 Il y a un seul Corps (*) et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance ;

5 il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême,

6 un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous.

Note :
(*) Un seul corps : l’Église.

Saint Théodore Studite 759-826

Il naquit à Constantinople dans une famille de la haute aristocratie byzantine. Son père était gardien du Trésor impérial, l’équivalent d’un ministre des Finances. Il fut éduqué dans la Foi orthodoxe et à 22 ans, il devint moine.

Le VIIIe siècle étant assombri par la persécution hérétique des empereurs iconoclastes, c’est après le court règne de Léon IV (775-780) la régence de l’impératrice Irène qui permit, avec le patriarche saint Taraise, une première et prudente restauration des Images. On rappela alors les confesseurs de l’Orthodoxie.

Parmi ceux-ci Platon, oncle de Théodore, et ceux qu’on appelait les zélotes entrèrent en conflit avec l’empereur Constantin VI. Celui-ci en 795 avait en effet répudié son épouse, et se remaria à l’encontre des lois de l’Église. Jusqu’en 797, année où l’empereur fut destitué il s’en suivit un court schisme qui conduisit les moines à un nouvel exil en Asie Mineure où il s’intallèrent au monastère de Sakkudion.

Lors des raids arabes contre les monastères, saint Théodore revient à Constantinople où il devient higoumène du monastère du Stoudion. Il lui donnera une nouvelle règle différente de celles pratiquées aussi bien par les continuateurs des ermites du désert que celles de saint Basile. Trois fois par semaine, il adresse à ses frères des catéchèses célèbres. Et il définit, en disciple de Dorothée de Gaza, une nouvelle forme de vie monastique intégrée dans la Ville.

En 2009, le pape de Rome Benoît XVI a tracé un portrait de saint Théodore Le Studite rendant hommage à son orthodoxie et à son rôle de fondateur. Guide de la résistance contre la seconde vague iconoclaste sous le règne de Léon V l’Arménien (813-820), il lui fut imposé de nouveaux exils à travers l’Asie Mineure. Finalement de retour à Constantinople, il mourut en 826.
 Le triomphe de l’orthodoxie, qui lui doit beaucoup, n’interviendra qu’en 843.

Théodore s’est ainsi distingué autant comme grand réformateur de la vie monastique, que comme défenseur des icônes. Benoît XVI a souligné “l’importance pour saint Théodore de la pauvreté, de la chasteté et de l’obéissance, qui distinguent les moines des laïcs; (…) Sans dépendre des choses matérielles, il faut apprendre à renoncer et à être sobre pour qu’une société solidaire puisse surmonter enfin la grave question de la misère du monde… Ces renonciations, Théodore Le Studite les appelaient un martyre de la soumission”. Pour saint Théodore, a ajouté le Pape, “l’humilité était aussi une importante vertu, la Philergia, c’est-à-dire l’amour du travail… La règle du Studite ne fut codifiée qu’après sa mort et adoptée presque complètement au Mont Athos, où elle est toujours en usage”.

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