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Homélie prononcée par le père Boris le 24 octobre 1999 au Monastère de Notre-Dame-de-Toute-Protection, à Bussy

Parabole du Semeur
Texte de la parabole Lc 8, 5-15 et commentaire patristique par saint Jean Chrysostome

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Nous venons d’entendre la parabole du semeur qui sème sa semence sur différents sols. Or le Seigneur Lui-même nous donne une explication de cette parabole : Ici, le semeur, c’est Dieu, Lui-même, qui sème dans les cœurs humains. Et il y a toujours le risque énorme que cette semence ne se perde, en se desséchant ou en étant emportée par l’ennemi.

En résonance, on trouve, dans l’évangile de saint Jean, comme une continuation de cette parabole du semeur lorsque le Seigneur dit : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il demeure seul. S’il meurt, il porte un fruit multiple. » (1)

C’est une parole extraordinaire dans laquelle le Seigneur ne s’identifie plus au semeur, mais au grain de blé, c’est-à-dire l’Agneau. De même qu’une seule goutte d’eau peut refléter le ciel, les étoiles et l’immensité du monde, de même ce grain de blé contient en lui toute la plénitude de la vie divine. C’est le Seigneur Lui-même qui entre dans la terre de nos cœurs pour y mourir et y donner un fruit nombreux.

La descente du Seigneur dans les cœurs humains est l’image de son abaissement, de sa kénose, elle manifeste ce risque énorme que prend le Créateur du ciel et de la terre en affrontant la liberté de l’homme, le risque d’en être rejeté ou d’en être ignoré. C’est pourquoi le Seigneur se compare, ailleurs, à un mendiant qui frappe à la porte : «Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre, j’entrerai et je dînerai près de lui et lui près de moi. » (2)

Ce risque que prend le Seigneur est la continuation de celui qu’Il a pris lorsqu’Il a créé le ciel et la terre, car le ciel et la terre ont été créés pour l’homme qui en est le couronnement, le prophète, le prêtre et le roi. L’univers entier a été créé en vue de la vie divine que Dieu veut communiquer à Sa créature.

Dieu descend pour offrir Sa grâce à l’homme, Dieu descend jusqu’à l’homme dans l’humilité, comme un petit enfant innocent, comme un serviteur qui lave les pieds de ses disciples (3). Encore et encore, nous voyons dans les évangiles les signes de l’humilité qui font la véritable grandeur de Dieu. Le Seigneur sème Sa parole dans les cœurs humains. Ou plus exactement, Il descend Lui-même, Il entre dans les cœurs par Sa parole, par Sa révélation. Il pénètre dans les cœurs humains pour les transformer peu à peu. Cette transformation est le fruit de notre vie entière.

Nous sommes appelés à devenir cette bonne terre qui reçoit la semence. Une terre fertilisée par le feu, par l’eau et le souffle de l’Esprit Saint. Telles sont les trois grandes images de l’Esprit, et. Justement, la terre a besoin de ces trois éléments pour devenir fertile et féconde, pour accueillir la semence divine qui vient mourir en nous, pour la faire germer et fructifier. Il y a différentes manières de mourir. Il y a le grain qui meurt par dessèchement. Mais ce n’est pas de cette mort que le Seigneur parle. La mort en vérité, la mort en esprit, la mort en Dieu, c’est mourir au vieil homme, c’est mourir pour donner la vie. C’est la loi de la nature, la loi de notre vie.

Dans la mesure où le Seigneur, comme un grain de blé vient mourir en nous, Il s’assimile à nous et nous nous assimilons à Lui. Alors c’est nous qui devenons cette parole, cette semence qui grandit et se multiplie. À notre tour, nous répandons la semence, nous la semons dans d’autres cœurs. À l’image du Seigneur, nous devons alors, nous aussi, mourir pour renaître.

Puissent cette parabole du semeur et la phrase du Seigneur sur le grain de blé qui meurt être des paroles illuminatrices pour nous apprendre à nous oublier nous-mêmes, pour accueillir cette semence et devenir, nous-mêmes, un blé multiple, un pain chauffé, doré au feu de Dieu pour devenir, tous ensemble, le pain de l’Eucharistie que le Seigneur nous a donné afin que le monde puisse s’en nourrir et y trouver la vie.

Amen.

Père Boris

Notes (1) Cf. évangile selon saint Jean XII, 24.
(2) Cf. Apocalypse III, 20.
(3) Cf. évangile selon saint Jean XIII, 1-11.

Saint Arsène de Cappadoce XXe siècle

Icône de saint Arsène de Cappadoce

Icône de saint Arsène de Cappadoce

Le 10 novembre l’Église vénère la mémoire de notre vénérable Père Arsène de Cappadoce, thaumaturge. Là où l’on observe l’ancien calendrier, il doit être commémoré le 28 octobre.

Saint Arsène naquit vers 1840 dans la Cappadoce chrétienne, patrie des Pères de l’Église, qui, malgré l’oppression turque, gardait au début de ce siècle une surprenante vitalité chrétienne.

Devenu moine à l’issue de ses études, il fut envoyé comme prêtre dans son village natal, Pharassa, pour y instruire les enfants abandonnés. Après son pèlerinage à pied en Terre Sainte, pèlerinage qu’il renouvelait tous les dix ans, il reçut le surnom de Hadjiéfendis (« maître pèlerin »).
Humble prêtre de Dieu, il fut pendant toute sa vie le père et l’âme de la population. Non content de leur enseigner les rudiments de la culture hellénique, bannie par les autorités turques, il donnait aux Grecs opprimés un exemple vivant de la grandeur et de la dignité chrétienne. Plus que toute parole ou tout enseignement, il était lui-même présence de Dieu, source abondante de grâces et de guérisons miraculeuses, non seulement pour le peuple grec, mais aussi pour les Turcs. Ne se souciant jamais de connaître l’origine ou la religion des personnes qui seprésentaient à lui avec confiance, il cherchait avant tout la prière qui était appropriée au cas de chacun. S’il ne la trouvait pas dans l’Euchologe, il prenait un psaume, lisait un passage de l’Évangile ou se contentait même de poser sur la tête du malade l’Évangéliaire. Les miracles du Père Arsène étaient devenus si naturels, qu’il n’y avait pas d’autre médecin à Pharassa. Il était, pour tous, le médecin des âmes et des corps. Ceux qui ne pouvaient se déplacer lui envoyaient des vêtements. Saint Arsène lisait alors la prière adéquate ou l’écrivait sur un morceau de tissu, et la guérison était assurée. Parfois la guérison ne venait que progressivement, pour le profit de ceux qui avaient besoin de s’humilier et de prendre peu à peu conscience du secours de Dieu.

Le Père Arsène refusait tous les cadeaux qu’on lui proposait en remerciements de ses bienfaits, en disant : « Notre foi ne se vend pas ! » Et il dissimulait habilement ses vertus, au moyen d’excentricités ou d’accès simulés de colère, afin d’éviter l’estime des hommes et de préserver ainsi sa tranquillité. Quand on admirait son pouvoir de thaumaturge, il répondait sévèrement : « Eh bien ! pensez-vous que je sois un saint ? Mais je ne suis qu’un pécheur pire que vous ! Ne voyez-vous pas que je me mets en colère ? C’est le Christ qui accomplit sous vos yeux les miracles. Moi je n’ai qu’à lever les mains et à Le prier. » De fait, quand il élevait les mains vers Dieu en geste d’intercession, c’était comme si son âme se brisait. On avait l’impression qu’il saisissait le Christ par les pieds et ne le lâchait que lorsque sa demande avait été exaucée.

Saint Arsène vivait dans une étroite cellule au sol de terre battue, en jeûnant, veillant et priant continuellement. Deux jours par semaine, et souvent davantage, il fermait sa porte pour se livrer à la pure contemplation, revêtu d’un sac et prosterné sur la cendre. Et ces jours-là, ceux qui venaient demander son secours, trouvant la porte close, prenaient un peu de poussière sur le seuil et se trouvaient sûrement guéris. Sévère envers lui-même, le Père Arsène était tout amour et compassion envers ses ouailles, en particulier à l’égard de ceux qui venaient confesser leurs péchés. Plus que par des « pénitences » ou des réprimandes, il guérissait les pécheurs par la charité. Il allait souvent, pieds nus, célébrer des vigiles dans les chapelles isolées. TI n’utilisait pas de monture, pour imiter le Christ qui allait toujours à pied, et aussi par égard pour les animaux. À plusieurs reprises des saints apparurent pour l’assister pendant la Divine Liturgie, et des fidèles purent admirer son visage alors transfiguré par la lumière divine.

Doué du charisme de clairvoyance, le Père Arsène prédit bien à l’avance l’expulsion des Grecs d’Asie Mineure, et il organisa le départ des habitants de Pharassa. Lorsque l’ordre d’expulsion arriva, le 14 août 1924, le vieillard se mit à la tête de son troupeau, tel un autre Moïse, pour un exode de trois cents kilomètres à pied, au milieu des Turcs menaçants. Toujours uni à Dieu, il n’en cessait pas pour autant de répandre la miséricorde divine indistinctement sur les chrétiens et les musulmans. Conformément à ce qu’il avait annoncé à ses fidèles, il ne vécut que quarante jours après leur arrivée sur la terre grecque. Comme il était alité à l’hôpital, un de ses proches voulut écraser un pou qu’il avait décelé sur son corps. Mais le Père Arsène s’écria : « Non, ne le tue pas le pauvre ! Laisse-le manger lui aussi un peu de chair ! N’yen aurait-il donc seulement que pour les vers ? » Puis, se tournant vers ses visiteurs, il leur dit : «L’âme ! l’âme ! soignez-la davantage que la chair qui, elle, ira à la terre et sera mangée par les vers ! » Ce fut son dernier sermon et son testament. Deux jours plus tard, le 10 novembre 1924, il remit en paix son âme à Dieu, avec la confiance du fidèle serviteur. Il était âgé de quatre-vingt-trois ans.

Depuis 1970, saint Arsène n’a cessé de témoigner de la familiarité qu’il a acquise auprès de Dieu par quantité d’apparitions et de miracles advenus auprès de ses précieuses reliques, qui sont déposées au couvent de Sourôti, proche de Thessalonique. Son culte a été reconnu par le Patriarcat Œcuménique en 1986.

Source : résumé du livre du Père Païssios du Mont Athos, Saint Arsène de Cappadoce, Monastère de Sourôti, Thessalonique, 1996.

Six Saints Apôtres

Icône de saint Olympas

Icône de saint Olympas

Le 10 novembre l’Église vénère la mémoire de six Saints Apôtres : Olympas, Hérodion, Sosipater, Tertios, Eraste et Quartos. (Ier siècle)

Icône de saint Herodion

Icône de saint Herodion

Ces saints apôtres faisaient partie des Soixante-Dix disciples du Sauveur. Saint Olympas et Hérodion, mentionnés par saint Paul dans l’Épître aux Romains (Rm 16), ont tous deux suivi saint Pierre à Rome, où ils furent décapités lors de la persécution de Néron (64).

Saint Sosipater, lui aussi mentionné par saint Paul (Rm 16,21), devint évêque d’Iconium et mourut en paix.

Tertios lui succéda sur ce siège et s’endormit à son tour dans la paix.

Éraste (Rm 16, 21 et 2 Tim 4, 20), qui était trésorier de la ville de Corinthe, fut économe de l’Église de Jérusalem, puis évêque de Pané as (Césarée de Philippe). Il acheva en paix son ministère apostolique.

Quartos (mentionné dans la même lettre) devint évêque de Béryte. Ayant supporté un grand nombre d’épreuves pour la foi, il réussit à convertir la majeure partie des païens de sa ville, avant de s’en aller vers les demeures célestes.

Saint Théodore le Studite : Enfin du grain est tombé dans la bonne terre

C’est à Marie, me semble-t-il, que s’adresse le bienheureux prophète Joël lorsqu’il s’écrie : “Ne crains pas, toi, la terre, chante et réjouis-toi, parce que le Seigneur a réalisé en toi de grands desseins” (1).

Car Marie est une terre : cette terre sur laquelle l’homme de Dieu Moïse a reçu l’ordre d’enlever sa sandale (2), image de la Loi dont la grâce viendra prendre la place.

Elle est encore cette terre sur laquelle, par l’Esprit Saint, s’est établi celui dont nous chantons qu’il “établit la terre sur ses bases” (3).

C’est une terre qui, sans avoir été ensemencée, fait éclore le fruit qui donne à tout être sa nourriture (4).

Une terre sur laquelle n’a point poussé l’épine du péché : bien au contraire, elle a donné le jour à celui qui l’a arrachée jusqu’à la racine. Une terre, enfin, non pas maudite comme la première, aux moissons remplies d’épines et de chardons (5)

mais sur laquelle repose la bénédiction du Seigneur, et qui porte en son sein un “fruit béni” comme dit la parole sacrée (6)…

Réjouis-toi, Marie, maison du Seigneur, terre que Dieu a foulée de ses pas…

Réjouis-toi, paradis plus heureux que le jardin d’Éden, où a germé toute vertu et a poussé l’arbre de Vie.

Saint Théodore le Studite (759-826) [extraits de son Homélie pour la Nativité de Marie]

Notes
(1) cf. Livre de Joël chapitre II, verset 21 : “Ô terre, ne crains plus ! exulte et réjouis-toi ! Car le Seigneur a fait de grandes choses.”
(2) cf. Exode chapitre III, verset 5 : “Dieu dit alors : N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte !”
(3) cf. Psaume G104-L103,5 : “Tu as donné son assise à la terre : qu’elle reste inébranlable au cours des temps.”
(4) cf. Psaume G136-L135, 25 : “A toute chair, il donne le pain, éternel est son amour !”
(5) cf. Genèse chapitre III, verset 18 “De lui-même, il te donnera épines et chardons, mais tu auras ta nourriture en cultivant les champs.”
(6) cf. Évangile de Luc chapitre I versets 41-42 “…Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni.”

Saint martyr Oreste (IVe siècle)

Icône de saint Oreste

Icône de saint Oreste

Le 10 novembre l’Église vénère la mémoire du saint martyr Oreste.

Saint Oreste était un médecin chrétien de la ville de Tyane en Cappadoce, sous le règne de Dioclétien (vers 303-305). Arrêté sur l’ordre du gouverneur Maxime, il refusa de renier le Christ, ce qui lui valut d’être cruellement frappé de verges sur le dos et le ventre. Puis, après lui avoir appliqué sur le dos des broches incandescentes, ses bourreaux frottèrent ses plaies avec de la saumure et du vinaigre. Conduit ensuite au temple païen, il renversa les idoles par sa prière. Il fut alors renvoyé en prison, où il resta une semaine sans nourriture. On l’en tira pour lui percer les pieds et les flancs au moyen de clous, avant de l’attacher derrière un cheval sauvage lancé au galop, qui le traîna sur une distance de plus de vingt-quatre milles sur un terrain pierreux.

Les membres déchirés et les os brisés, le saint martyr rendit alors son âme à Dieu. Son corps fut jeté dans le fleuve par les païens, pour empêcher les chrétiens de vénérer ses reliques.

Lettre de Paul aux Galates : Par les œuvres de la Loi aucun homme ne sera justifié

Chapitre II versets 16 à 20

16 Néanmoins, sachant que ce n’est pas par les oeuvres de la loi que l’homme est justifié, mais par la foi en Jésus Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus Christ, afin d’être justifiés par la foi en Christ et non par les œuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les œuvres de la loi.

17 Mais, tandis que nous cherchons à être justifié par Christ, si nous étions aussi nous-mêmes trouvés pécheurs, Christ serait-il un ministre du péché ? Loin de là !

18 Car, si je rebâtis les choses que j’ai détruites, je me constitue moi-même un transgresseur,

19 car c’est par la loi que je suis mort à la loi, afin de vivre pour Dieu.

20 J’ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc : Parabole du Semeur

Chapitre VIII versets 5 à 15 (Mt 13,3-23 ; Mc 4,3-20)

Le Semeur5 Un semeur sortit pour semer sa semence. Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin : elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent.

6 Une autre partie tomba sur le roc : quand elle fut levée, elle sécha, parce qu’elle n’avait point d’humidité.

7 Une autre partie tomba au milieu des épines : les épines crûrent avec elle, et l’étouffèrent.

8 Une autre partie tomba dans la bonne terre : quand elle fut levée, elle donna du fruit au centuple. Après avoir ainsi parlé, Jésus dit à haute voix : Que celui qui a des oreilles pour entendre entende !

9 Ses disciples lui demandèrent ce que signifiait cette parabole.

10 Il répondit : à vous, il a été donné de connaître les mystères du royaume de Dieu ; mais pour les autres, cela leur est dit en paraboles, afin qu’en voyant ils ne voient point, et qu’en entendant ils ne comprennent point.

11 Voici ce que signifie cette parabole : La semence, c’est la parole de Dieu.

12 Ceux qui sont le long du chemin, ce sont ceux qui entendent ; puis le diable vient, et enlève de leur cœur la parole, de peur qu’ils ne croient et soient sauvés.

13 Ceux qui sont sur le roc, ce sont ceux qui, lorsqu’ils entendent la parole, la reçoivent avec joie ; mais ils n’ont point de racine, ils croient pour un temps, et ils succombent au moment de la tentation.

14 Ce qui est tombé parmi les épines, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole, s’en vont, et la laissent étouffer par les soucis, les richesses et les plaisirs de la vie, et ils ne portent point de fruit qui vienne à maturité.

15 Ce qui est tombé dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole avec un cœur honnête et bon, la retiennent, et portent du fruit avec persévérance..

(1) 1 Rois 17,23

Homélie prononcée par le hiéromoine Guy à Liège 2010

Le Mauvais riche et Lazare

Épître aux Galates VI, 11-18 – Luc chapitre VI versets 19 à 31 et Commentaire patristique par saint Jean Chrysostome

Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, Amen.

L’évangile que nous venons d’entendre a sans doute une particularité : c’est peut-être la seule fois que Jésus évoque ce qui se passe après la mort. La mort est et reste un grand mystère, même si c’est… la seule certitude de notre vie ! Mais si nous savons tous que nous devrons mourir un jour, nous ne savons pas quand, ni comment et, moins encore, nous ne savons ce qui se passe après. Même lorsque l’évangile raconte des résurrections comme celle du fils de la veuve de Naïm ou même celle de Lazare, il ne nous dit rien de ce que les ressuscités ont vu, où ils étaient.

Oui, dans la tradition orthodoxe, il existe des considérations concernant un cheminement de l’âme du défunt qui doit passer des douanes ou des péages célestes, des lieux où les démons et les anges se disputent les âmes et mesurent les fautes, les valeurs de la personne décédée, mais aussi la prière qui accompagne le défunt. Mais ces textes viennent souvent de moines égyptiens et on pense qu’ils sont influencés par les croyances des anciennes dynasties des pharaons. En tout cas, rien n’est dit dans l’Écriture.

Certains pensent qu’il s’agit là d’une manifestation de la sagesse divine. Dieu n’a pas permis aux morts revenus à la vie de s’exprimer sur ce qu’ils ont connu dans l’au-delà pour que le diable n’en profite pas pour susciter de faux témoignages et troubler plus encore les hommes pour qui la mort reste, non seulement un mystère, mais souvent l’objet d’une grande crainte.

D’ailleurs, Jésus ne dit rien d’autre dans cette parabole que nous venons d’entendre. Lorsque le mauvais riche dit à Abraham : « Si quelqu’un vient à eux de chez les morts, ils se convertiront. » Abraham lui répond : « S’ils n’écoutent pas Moïse, ni les prophètes, même si quelqu’un ressuscite des morts, ils ne seront pas convaincus. »

Face à cet inconnu, l’Église cherche pourtant à donner, non pas des réponses, mais des signes. Le défunt est mis en terre le troisième jour, nous célébrons le neuvième, le quarantième jour que nous considérons comme des étapes vers un autre état de l’âme. Nous prions surtout pour que le défunt puisse reposer dans le sein d’Abraham (référence directe au passage de l’évangile que nous venons d’entendre) et dans un lieu de lumière et de fraîcheur, là où il n’y a ni larmes ni gémissements.

Un lieu de repos. Car nous disons que le défunt s’est endormi. Il s’est endormi dans l’attente de la résurrection que l’on espère être pour la vie éternelle en la communion du Seigneur ami de l’homme. Car lorsque Jésus nous raconte cette histoire, il ne nous fait pas un tableau moralisateur pour nous faire peur, il ne pose aucune limite, aucune interdiction : il nous donne une espérance extraordinaire. Cette espérance, on pourrait la dire dans une formule : il y a bien une vie après la mort. Certains diront que c’est peut-être même la vraie vie. Une vie que nous aurons préparée sur terre. Et là aussi, pas besoin de chercher loin : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent » dit Abraham au mauvais riche. Nous pourrions ajouter, nous, que nous avons Jésus-Christ ressuscité des morts qui, par sa mort nous a délivrés de la mort et qui a donné la vie à ceux qui sont dans les tombeaux.

Même les morts sont vivants. Et lorsque saint Paul parle du jugement dernier et qu’il dit : « ensuite nous, les vivants, qui serons restés, nous serons enlevés avec eux sur les nuées, à la rencontre du Seigneur, dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur » ne peut-on comprendre qu’il parle de ceux qui sont morts en Christ et qui vivent en Lui ?

Ce même apôtre ne nous dit-il pas : « Nous ne voulons pas, frères, vous laisser dans l’ignorance au sujet des morts, afin que vous ne soyez pas dans la tristesse comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. Si en effet nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, de même aussi ceux qui sont morts, Dieu, à cause de ce Jésus, à Jésus les réunira. » Quelle espérance ! Quelle certitude ! Car les morts dont il parle, ce sont ceux que l’on porte en terre. Mais un jour, ce sera nous aussi.

Nous n’avons pas besoin de témoignages de ceux qui en sont revenus. D’ailleurs, qu’en ferait-on ? Est-ce que ça nous ferait changer de vie ? Peut-être qu’on les traiterait de menteurs ou alors, ce serait le doute, comme ceux qui racontent des histoires de tunnel, de grande lumière après une expérience de mort clinique.

Quand je parle d’un mort, j’utilise souvent une expression que j’aime beaucoup : il est passé de l’autre côté de la vie. Et c’est déjà une première espérance : il y a un autre côté, il y a une vie après la vie, une vie après la mort, un temps de repos en attendant la fin des temps.

Mais notre espérance n’est pas que pour après : elle concerne notre vie, maintenant, car cette vie qui nous est donnée, c’est ce royaume que Jésus-Christ a inauguré pour nous, qui nous est donné. Et c’est ce que nous vivons, maintenant, quand nous célébrons la divine liturgie et que nous participons à la communion au saint corps et au saint sang de notre Seigneur Jésus-Christ.

On ne gagne pas son paradis par la peur, même pas par nos œuvres – c’est saint Paul lui-même qui le dit – mais par la grâce de Dieu.

Gardons-nous donc de nous enfermer dans le confort de nos richesses, dans nos festins. Aller vers les plus pauvres, c’est aller vers le Christ. « Ce que vous aurez fait au plus petit des miens… » c’est aussi laisser son cœur ouvert, son âme ouverte, ouverte à la grâce qui nous est donnée.

La main qui se ferme sur ce qu’elle a ne peut plus recevoir rien d’autre. Si nous nous refermons sur les biens matériels, nous ne seront plus ouverts aux richesses spirituelles.

La main qui s’ouvre, la main qui se tend, la main qui aide font le cœur généreux et ardent. Si on veut laisser entrer le soleil dans nos maisons, il faut ouvrir les volets sinon, comme dans une chanson de Brel, ils se ferment « comme une porte entre morts et vivants ». Mais les morts, ce sont ceux qui se sont enfermés.

Ouvrons nos cœurs ! Laissons, comme nous le disons dans la première prière qui commence la célébration de notre liturgie, laissons l’Esprit saint venir et faire sa demeure en nous. C’est ainsi que, dès maintenant, nous sera donnée la vie, cette vie qu’on ne pourra nous reprendre quand surviendra la mort.

Amen.

Père Guy
Source : site du Doyenné de Belgique et du Nord de la France

Homélie prononcée par Père Boris le 28 octobre 2007 à la crypte

Le Mauvais riche

Épître aux Galates VI, 11-18 – Luc chapitre VI versets 19 à 31 et Commentaire patristique par saint Jean Chrysostome
La Parabole du Mauvais riche et de LazareAu nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, Amen.

Tous, nous connaissons bien cette parabole du mauvais riche – n’est-ce pas tout simplement du riche ? – et du pauvre Lazare. Nous l’entendons d’année en année et la leçon directe la plus évidente est une exhortation à l’amour, à la miséricorde pour le prochain. L’Évangile de ce dimanche est d’abord un appel à la compassion pour les plus pauvres.

Aujourd’hui, je voudrais vous montrer que dans cette parabole il y a plus que la parabole elle-même. Ce que Jésus nous présente comme une fable intemporelle fait, me semble-t-il, irruption dans l’histoire des hommes. Prolongée par les événements historiques, cette parabole se dépasse elle-même et s’ouvre sur une dimension prophétique.

Pour illustrer ce dépassement, reprenons le déroulement du récit.
Dans un premier temps, nous sommes saisis par le contraste de l’opulence face à la misère qui fait écho à celui de la dureté de cœur face à la souffrance.
En effet, nous assistons, dans une riche propriété, au spectacle du riche attablé à une table débordante et fastueuse. Puis, juste à sa porte, nous observons la misère, la faim, et la maladie de ce pauvre couvert d’ulcères. Comment ne pas être ému par le détail souligné par l’évangéliste « même les chiens viennent lui lécher les plaies. » ?

D’emblée, ce message de la parabole ne manque pas de tous nous interpeller de jour en jour, d’instant en instant, car nous ne pouvons pas rester insensibles à l’appel qui nous est adressé aussi bien dans la lecture de l’évangile que dans la réalité quotidienne du monde qui nous entoure.

Ensuite, les deux protagonistes viennent à mourir. Et le contraste sera tout aussi cru mais renversé. En effet, le Seigneur précise dans cette parabole que les anges emportent le pauvre Lazare dans le sein d’Abraham. “Les anges”, cela signifie que Lazare a été élevé vers la béatitude, et “le sein d’Abraham” signifie pour l’ancien Israël le Paradis. Lazare est conduit dans un lieu de bien-être qui préfigure le Royaume. Certes, le terme de “Royaume” n’apparaît pas encore mais il est là en filigrane dans le “sein d’Abraham”. Et simultanément, après son trépas, le riche se retrouve dans l’Hadès, c’est-à-dire dans l’Enfer, en souffrance, tourmenté par les flammes.

C’est alors un dialogue inattendu qui s’instaure. Il importe, en effet, de noter qu’entre le sein d’Abraham et l’Enfer ne se dresse ni une frontière absolue ni un écran impénétrable : Du tréfonds de l’Enfer, lorsqu’il lève les yeux le riche peut apercevoir Abraham. Il le voit, lui adresse même la parole et Abraham l’entend. Une véritable discussion se noue entre eux : « Père Abraham – Mon enfant » lui répondra Abraham. Et ce premier échange révèle qu’il y a bien là une paternité. Une paternité complexe : vraie d’un certain point de vue car dans la parabole d’aujourd’hui, Abraham est évidemment symbole du Père céleste ; mais également, une paternité hélas, gâchée, avortée, perdue parce que ce riche a laissé passer l’occasion de la vivre. On pourrait dire qu’au contraire du fils prodigue le riche n’a pas compris qu’il lui fallait faire retour vers le père.

Si la séparation entre l’Enfer et le Paradis n’interdit pas le dialogue, il y a, semble-t-il, comme Abraham le précise d’ailleurs, un fossé infranchissable : « Il y a entre vous et nous un grand abîme afin que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ou de là vers nous ne puissent le faire. »

« Fossé infranchissable, ai-je dit, semble-t-il ». “Semble-t-il” parce que nous savons qu’un seul franchira ce fossé et le fera pour toujours. En effet, le Seigneur dans sa divino-humanité – c’est-à-dire non seulement comme dieu mais aussi comme homme – descendra aux enfers, et le troisième jour Il en remontera, ramenant avec Lui ceux qui, dans les lieux infernaux, étaient captifs.

Le cœur de cette discussion est la prière de celui qui est dans les enfers et qui craint pour les siens. Le riche prie Abraham d’envoyer Lazare dans la maison de son père prévenir ses cinq frères afin qu’ils ne soient pas emportés, eux aussi, dans ce lieu de tourments, et Abraham de répondre qu’ils ont Moïse et les Prophètes – c’est-à-dire la Bible – et que cela doit leur suffire. Et ici, le “mauvais riche” insiste de façon extraordinaire : « Non, père Abraham ; mais si quelqu’un des morts va vers eux, ils se repentiront » Abraham lui réplique : « S’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, ils ne se laisseront pas persuader quand même quelqu’un ressusciterait. »

À ce moment précis, la parabole dépasse la parabole. Par une coïncidence extraordinaire, elle se fait prophétique. Si, le riche reste anonyme, il n’est certainement pas fortuit que le Seigneur prenne soin d’indiquer le nom du pauvre, Lazare, car il est exceptionnel qu’une parabole indique le nom d’un personnage. Quand nous entendons le nom de cet homme qui est dans le sein d’Abraham nous sommes appelés à songer à cet autre Lazare, frère de Marthe et Marie, que Jésus fera ressusciter des morts. Par la coïncidence du nom le Seigneur éclaire au-delà la parabole.

Aujourd’hui, Abraham affirme « Ils ne se laisseront pas persuader quand même quelqu’un des morts ressusciterait » et nous savons d’après le chapitre XII de l’évangile de Jean que lorsque Lazare aura été ramené à la vie par Jésus, nombreux sont ceux qui ne le croiront pas et certains voudront même le tuer. Saint Jean nous précise en effet : « Les grands prêtres décidèrent de tuer aussi Lazare parce qu’à cause de lui, beaucoup de Juifs s’éloignaient d’eux et croyaient en Jésus. »

En cet instant tout à fait étonnant et extraordinaire, ce qu’Abraham affirme au sujet de Lazare s’accomplit véritablement dans le Lazare non pas de la parabole mais dans le Lazare historique : « Ils ne se laisseront pas persuader quand même quelqu’un des morts ressusciterait. »

Pour nous et pour tous les temps, nous pouvons reconnaître que la demande du riche a été exaucée et que Lazare est venu pour avertir ses frères. Oui, est venu bien plus que Lazare ! car le Lazare, frère de Marthe et Marie, est lui-même une figure du véritable Ressuscité.

Combien souvent dans le monde, nous aussi, nous ignorons le véritable Ressuscité, nous le rejetons. Combien souvent dans notre propre cœur, nous voulons l’ignorer, l’abolir, l’éliminer, voire le tuer. Ainsi le Lazare de la parabole est déjà l’image du Christ, la figure de Celui qui annoncera aux enfers la venue du Sauveur. Le Christ est le vrai Lazare. « Quand même quelqu’un ressusciterait », le Christ est ce “quelqu’un”, il est le Fils de l’Homme. Il est, aussi, le vrai pauvre qui n’a pas où poser sa tête . Comme disent les Pères de l’Église, Jésus-Christ est le “Mendiant divin”, celui qui frappe à notre porte et qui sollicite, quémande, implore notre amour.

Et combien souvent notre porte close, nous sommes là rassasiés de nos mets terrestres, satisfaits de toutes nos nourritures terrestres du corps et de l’âme, nous nous ne faisons plus attention à Celui qui se tient à notre porte. Ainsi, nous actualisons dans notre propre vie et nous personnifions le mauvais riche,

Pour nous tous, la leçon de cette parabole n’est pas simplement – ce serait trop facile – la vision des tourments de l’enfer qui nous rempliraient d’effroi et à cause desquels nous serions prêts à nous convertir pour ne pas brûler ni souffrir éternellement. Non ! la véritable leçon est la crainte, non pas des flammes, mais la crainte de ne pas reconnaître le divin mendiant dans les pauvres qui nous entourent. Ce dont nous sommes avertis ce n’est pas du châtiment mais du danger de nous enfermer dans notre bien-être matériel et de passer à côté de l’Essentiel, à côté de l’Unique Nécessaire.

Lazare est là, devant la porte, le riche ne lui laisse même pas les miettes de ses festins et ce sont plutôt les chiens qui lèchent les plaies du malheureux. Là encore, il y a un contraste qui souligne à quel point le cosmos tout entier est sensible. Toute la création, tout le règne animal et végétal est sensible à la venue sur terre du Logos divin, à l’incarnation du Fils de Dieu devenu Fils de l’Homme. Si le cosmos est sensible à Sa présence alors, nous aussi, nous devons être ouverts et attentifs à la présence du Christ particulièrement quand Il se manifeste à nous auprès des pauvres, des malades, des déshérités. Nous devons apprendre à discerner le Christ auprès de tous ceux qui sont dans le besoin, auprès de tous ceux qui souffrent, auprès de tous ceux qui sont couverts d’ulcères du corps et de l’âme.

Cet apprentissage quotidien est toujours à faire, à refaire et à parfaire mais, pour cela, nous ne sommes pas laissés à nos seules propres forces, le Seigneur nous prodigue Son Esprit Saint pour que nous puissions nous transformer nous-mêmes à tel point que la miséricorde jaillisse de notre propre cœur.

Amen.

Père Boris

Homélie prononcée par le Père Jean Breck à la crypte le 31 octobre 1999

Le Mauvais riche

Épître aux Galates VI, 11-18 – Luc chapitre VI versets 19 à 31 et Commentaire patristique par saint Jean Chrysostome
La Parabole du Mauvais riche et de LazareAu nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, Amen.

À l’origine, cette parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare fut vraisemblablement une ancienne histoire juive, reprise par Jésus et adaptée par Lui afin d’exprimer un message profondément chrétien. Dans sa version originale, ce récit constituait un appel à la conversion, fondé sur la charité : Pour le peuple d’Israël, l’aumône témoignait autant de la dévotion à Dieu que du souci pour les hommes pauvres et démunis. Saint Luc est lui-même très sensible aux besoins des pauvres, à la pauvreté et à la misère humaine. Presque tout le chapitre XVI de son évangile se concentre sur ce problème de l’argent, c’est un appel à la conversion de tous ceux qui sont tentés de servir Mammon – cette idole qu’est l’argent – au lieu de servir Dieu. Dans cette optique, il semblerait donc que, dans sa version originale, la parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare se terminât par l’injonction faite par Abraham à l’homme riche : “Tes cinq frères ont Moïse et les Prophètes, qu’ils les écoutent !”

Or, Jésus et l’ensemble de la tradition chrétienne ont toujours compris et affirmé que Moïse et les Prophètes parlent essentiellement du Christ, du Messie. La Loi et les prophéties de l’Ancien Testament trouvent leur vrai sens et leur accomplissement unique en Lui. Aussi Jésus ajoute-t-il une conclusion à la parabole. D’un simple appel à la charité cette parabole est alors transformée en une véritable prophétie concernant le sort personnel du Christ : Le riche, qui gît maintenant aux enfers, répond à Abraham : “Et si quelqu’un de chez les morts va trouver mes cinq frères, ils se repentiront.” Et Abraham de répondre : “Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus.”

Il serait facile de conclure qu’il s’agit là, tout simplement, d’une condamnation des Juifs qui ont refusé de voir en Jésus le Messie ressuscité, c’est-à-dire une condamnation de ceux qui restaient insensibles aux apparitions du Christ après Sa résurrection, insensibles aussi à la proclamation apostolique : “Jésus est vraiment ressuscité, nous L’avons vu !”

Mais à qui s’adresse véritablement la réplique d’Abraham “Même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus.” ? Cette réplique s’adresse non seulement aux Juifs non croyants, mais aussi à tous ceux, chrétiens et non chrétiens, qui, consciemment ou inconsciemment, rejettent le message central de l’évangile : “Le Christ est vraiment ressuscité !”

Ce n’est guère la peine de faire remarquer que notre culture occidentale moderne se moque de l’idée même que quelqu’un puisse être ressuscité d’entre les morts. Quel livre d’histoire, lu par nos enfants à l’école, base son récit sur la résurrection du Christ ?

Aucun, bien évidemment ! Et pourtant, selon la parole que Dieu, Lui-même, nous adresse dans l’Évangile, la résurrection de Jésus de Nazareth constitue le centre même de l’histoire, le cœur qui seul donne un sens à l’histoire, à la culture, à l’existence.
“Si le Christ n’est pas ressuscité, nous dit saint Paul, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. […] Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. »
Pourquoi ? Parce que notre foi et notre proclamation ne seraient que mensonges. La vision du Christ accordée aux saints de l’Église, de saint Pierre à saint Silouane, ne serait qu’une vaine fantaisie, et la fin ultime de notre vie ne serait que la mort et la corruption, donc l’absurde, le néant. Mais combien de chrétiens agissent comme si la résurrection n’était qu’un pur symbole, significatif peut-être pour les croyants mais dépourvu de sens pour les autres ? Et pourtant ! Si l’Évangile est vrai, si le Christ est vraiment ressuscité, alors tout est changé ! La Création, elle-même, est transfigurée et nous les hommes, nous pouvons, nous devons nous réjouir, crier de joie, verser des larmes d’action de grâce, car la mort à été réellement vaincue. Ce n’est plus la corruption et le néant qui nous attendent, c’est la plénitude de la Vie en Celui qui nous fait ressusciter avec Lui !

Cette parabole du riche et de Lazare, telle que Jésus l’a prononcée, représente donc un appel. Non seulement un appel à la charité, si importante qu’elle soit, mais un appel à une prise de conscience qui puisse transformer l’esprit et le cœur. Pensons aux pauvres de ce monde, aux démunis et aux marginalisés, mais aussi à tous ces aveugles, chrétiens et non chrétiens, qui refusent ou qui ne peuvent pas voir et vivre la vérité et la beauté de la liturgie pascale.

Pensons à tous ceux là. Il n’y a peut-être qu’une seule chose à leur dire, pas tant pour les plaindre que pour les consoler, que pour les inviter à se laisser envahir par l’amour de Dieu, source intarissable d’espérance et de Vie. Je pense tout simplement à cette parole si bien connue, adressée par saint Séraphim de Sarov à tous ceux qui cherchaient en lui un témoignage vivant de la vérité de l’Évangile : “Ma joie, le Christ est ressuscité !”.

Que cette parole – que cette certitude ! – nous accompagne tout au long de notre pèlerinage terrestre ! Puissions-nous tous voir et accueillir, au cœur même de notre vie, Celui qui est ressuscité d’entre les morts, Celui dont le désir le plus ardent est de nous faire traverser avec Lui et en Lui cet abîme profond entre la terre et le ciel, entre le désespoir et la joie, entre la mort et la Vie.

Amen.

Père Jean Breck

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