Posts By kd78766-ovh

Sainte Catherine d’Alexandrie

Le 25 novembre, l’Église honore la mémoire de la Sainte Grande-Martyre et très sage Catherine.

Née à Alexandrie, la capitale de l’Égypte et la métropole des sciences et des arts, Catherine était la fille d’un riche et puissant seigneur, Constus (ou Cestus). Outre la noblesse, Dieu l’avait parée d’une rare beauté, qui faisait l’admiration de tous ceux qui l’approchaient, et lui avait donné une intelligence exceptionnelle. La jeune fille suivit les leçons des meilleurs maîtres et des plus illustres philosophes ; elle apprit à débrouiller les raisonnements les plus obscurs et à maîtriser avec un égal succès les systèmes philosophiques d’Aristote, de Platon et de leurs disciples plus récents. Elle excellait aussi dans l’art du langage, connaissait les plus grands poètes, d’Homère à Virgile, et elle pouvait s’entretenir de tout sujet dans un grand nombre de langues qu’elle avait apprises auprès des savants et des voyageurs qui venaient séjourner dans cette ville cosmopolite. Elle avait parcouru toutes les sciences de la nature, en particulier la médecine, et aucun domaine de la sagesse humaine ne pouvait échapper à son esprit pénétrant et avide de connaissance. Agée de dix-huit ans à peine, elle avait atteint un degré si rare dans la science qu’elle faisait l’admiration des vieillards les plus éprouvés. Cette réputation, la noblesse de son origine, sa beauté et sa richesse la rendaient enviable pour beaucoup, et de nombreux prétendants se présentaient pour la demander en mariage. Mais Catherine, pressentant intérieurement l’excellence de la virginité, refusait toutes les demandes et avait posé à ses parents comme condition de n’accepter pour époux qu’un jeune homme l’égalant aussi bien par la noblesse que par la richesse, la beauté et la sagesse.

Sa mère désespérant de trouver un tel parti, envoya la jeune fille prendre conseil d’un saint ascète chrétien qui vivait un peu en dehors de la ville. Celui-ci dit à Catherine qu’en effet il connaissait un tel homme et que sa sagesse était encore bien supérieure, car elle est le principe même de tous les êtres visibles et invisibles. Cette sagesse, il ne l’a pas acquise, mais il la possède éternellement. Sa noblesse est aussi supérieure à tout ce qu’on peut imaginer, car il possède le pouvoir sur l’univers entier et a créé le monde par sa propre puissance. Maître des mondes, principe de toute sagesse et de toute science, il est aussi – lui dit l’ancien – le plus beau des enfants des hommes, car il est Dieu incarné : le Fils et le Verbe éternel du Père qui S’est fait homme pour notre salut et qui désire épouser chaque âme vierge. L’ascète la congédia en lui donnant une Icône de la Mère de Dieu portant l’enfant-Dieu dans ses bras. La nuit suivante, Catherine vit apparaître la Mère de Dieu, mais le Christ se détournait et refusait de la regarder, disant qu’elle était laide et toute souillée car encore soumise à la mort et au péché. Toute troublée, elle se rendit auprès de l’ascète qui lui enseigna les mystères de la foi et la fit renaître pour la vie éternelle dans le bain du Baptême. La Mère de Dieu lui apparut alors à nouveau, portant le Christ rayonnant de joie. “La voilà désormais rayonnante et belle, riche et vraiment sage” – dit le Christ – “maintenant Je l’accepte comme Ma fiancée très pure !” Pour sceller ces fiançailles célestes, la Mère de Dieu passa au doigt de la jeune fille un anneau et lui fit promettre de ne pas accepter d’autre époux sur la terre.

Or c’est à cette époque que l’empereur Maximin (305-311), à la suite de Dioclétien, voulait contraindre, sous peine de tortures et de mort, tous ses sujets à participer à des sacrifices idolâtres en signe de soumission à sa puissance. Comme on procédait à de tels rites impies à Alexandrie, Catherine se présenta devant l’empereur dans le temple, lui rendit hommage comme souverain, mais condamna sévèrement le culte des créatures. D’abord frappé par l’éclatante beauté de la jeune vierge et par son audace, l’empereur l’écouta développer ses raisonnements et fut conquis par sa sagesse. Catherine lui proposa d’affronter dans une discussion publique les sages et les rhéteurs les plus brillants de l’empire. Le souverain accepta et envoya des messagers dans tous les confins de l’empire pour rassembler sages, philosophes, rhéteurs et dialecticiens. Ils vinrent au nombre de cent cinquante à Alexandrie et se présentèrent devant l’empereur et la foule rassemblée dans l’amphithéâtre avec, face à eux, la frêle jeune fille, seule mais rayonnante de la grâce du Saint-Esprit. Elle ne les craignait pas car le Saint Archange Michel venait de lui apparaître et de lui assurer que le Seigneur parlerait par sa bouche et lui ferait vaincre la sagesse du monde par la Sagesse venue d’en-haut. Ainsi confirmée, Catherine démontra les erreurs et les contradictions des oracles, des poètes et des philosophes. Elle montra qu’ils avaient eux-mêmes reconnu que les soi-disant dieux des païens sont des démons et l’expression de passions humaines. Pour appuyer ses arguments, elle fit même appel à certains oracles de la Sibylle et d’Apollon, qui annonçaient obscurément la divine Incarnation et la Passion salutaire du Fils de Dieu. Elle confondit leurs fables et leurs mythes et proclama que le monde a été créé de rien par le seul vrai Dieu éternel et que l’homme a été délivré de la mort par l’Incarnation du Fils unique du Père. Réduits au silence, à bout d’arguments, les rhéteurs reconnurent leur erreur et demandèrent à la Sainte de recevoir le Baptême. L’empereur, furieux de cet échec, fit saisir les cent cinquante sages et les condamna à périr par le feu, le 17 novembre. Après avoir vainement essayé de convaincre Catherine par les flatteries, il la fit torturer et jeter en prison. Mais la propre épouse de Maximin se convertit à son tour au spectacle des exploits de la jeune fille et lui rendit visite dans sa prison, en compagnie du général Porphyre, un proche ami du souverain, et de deux cents soldats qui devinrent eux aussi disciples du Christ. La Sainte les accueillit avec joie et leur prédit la gloire des valeureux athlètes de la foi. L’empereur oublia tout sentiment humain en apprenant la défection de ses proches. Il fit cruellement torturer sa femme et la fit décapiter, le 23 novembre. Le lendemain, il fit comparaître Porphyre et les soldats et ordonna de leur trancher la tête.

Le 25, Catherine fut tirée à son tour de son cachot et apparut au tribunal plus belle et plus éblouissante de joie céleste que lorsqu’elle était entrée, car elle voyait désormais venu le jour de son mariage avec le Christ. On l’emmena en dehors de la ville et, après une dernière prière d’action de grâces au Christ qui lui avait découvert les trésors inépuisables de la vraie sagesse, la Sainte eut à son tour la tête tranchée.

Deux Anges se présentèrent alors et transportèrent son corps d’Alexandrie au Mont Sinaï. Il fut découvert par un ascète qui demeurait non loin de là, et, lorsqu’on édifia le grand monastère près de la montagne où Moïse avait parlé avec Dieu, on le dédia à Sainte-Catherine et on y déposa ses Saintes Reliques, qui dégagent jusqu’à aujourd’hui un parfum céleste et qui ont accompli de nombreux miracles.

Source : le site “Calendrier orthodoxe”

Saint Jean Chrysostome explique “C’est par grâce que vous êtes sauvés”

Verset 4 de l’Épître : “Dieu, qui est riche en miséricorde”. Il ne dit pas seulement : “miséricordieux” mais : “riche en miséricorde”. Comme il dit ailleurs : “Dans l’abondance de votre miséricorde”, et encore : “Ayez pitié de moi selon votre grande miséricorde (1)”. — “Par le grand amour dont il nous a aimés”(2) . Il montre l’origine de cet amour. Car ce n’est pas l’amour que nous méritions, mais la colère et le dernier châtiment… C’est donc l’effet d’une miséricorde infinie.

Verset 5 : “nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec le Christ.”

Encore la médiation du Christ, et la chose est digne de foi. En effet, si nos prémices vivent, nous vivons aussi : il a vivifié et lui et nous.
Voyez-vous que tout cela est dit de Jésus-Christ comme homme ? Voyez-vous la grandeur suréminente de sa vertu en nous qui croyons ? Les morts, les fils de colère, il les a vivifiés. Voyez-vous l’espérance à laquelle nous sommes appelés ?
Verset 6 : “il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus-Christ”.
Voyez-vous la gloire de l’héritage ? Oui, dira-t-on : “Il nous a ressuscités” c’est clair ; mais ceci : : “il nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus-Christ”.

Comment l’établir ? Comme : “il nous a ressuscités”. Car personne n’est encore ressuscité, sinon que par la résurrection du chef, nous aussi sommes ressuscités : ainsi que Jacob ayant adoré, sa femme par là même aussi adora Joseph. C’est de la même manière que nous sommes assis : car le corps est assis lorsque la tête est assise. Voilà pourquoi Paul ajoute : en Jésus-Christ. Ou si ce n’est pas cela, s’il nous a ressuscités par le baptême, comment donc nous a-t-il fait asseoir ? C’est que “si nous partageons les souffrances du Christ, nous partagerons aussi sa royauté (3)”. Si nous mourons, nous partagerons la vie. Il est vraiment besoin de l’Esprit et de la révélation pour sonder la profondeur de ces mystères.

Ensuite pour vous convaincre, il ajoute :

Verset 7 : “afin de montrer dans les siècles à venir l’infinie richesse de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus-Christ.”
Car après avoir dit ce qui concerne le Christ, comme on pouvait demander : En quoi cela nous concerne-t-il, que le Christ soit ressuscité ? il montre que cela nous concerne, en effet, puisque le Christ est uni à nous : outre qu’il fait voir ce qui nous touche en particulier, lorsqu’il dit : “nous qui étions morts par nos offenses,… il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus-Christ”. Ainsi donc, comme je le disais, ne conservez plus de doute, puisque vous avez pour preuves et les choses précédentes, et le chef, et la volonté que Dieu a eue de faire éclater sa bonté. En effet, comment la montrera-t-il, si cela ne se réalise pas ? Et il fera voir dans les âges futurs, quoi ? que c’étaient de grands biens, et les plus sûrs de tous. Car maintenant les incrédules considèrent ce qu’on leur en dit comme des sottises : mais alors tous seront instruits.

Voulez-vous savoir encore comment il nous a fait asseoir avec lui ?
Écoutez le Christ qui dit à ses disciples : “vous serez assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d’Israël” ; et encore : “mais d’être assis à ma droite et à ma gauche, il ne m’appartient pas de vous l’accorder à vous, mais à ceux à qui mon Père l’a préparé(4) “. C’est donc préparé. Et Paul dit bien : “Par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus”. En effet, être assis à droite , est le signe d’une dignité qui surpasse toutes les autres, et au-dessus de laquelle il n’y a rien. Il dit donc que nous serons assis nous-mêmes. C’est vraiment une richesse suréminente, une suréminente grandeur de vertu, que de nous faire asseoir avec le Christ. Quand vous auriez des milliers de vies, ne les sacrifieriez-vous pas pour cela ? S’il fallait entrer dans le feu, ne devriez-vous pas y courir ?

Jésus lui-même dit encore : “Je veux, partout où je serai, que mes serviteurs y soient également”(5) . Quand on devrait se frapper la poitrine chaque jour pour obtenir un pareil bonheur, ne faudrait-il, pas se hâter d’accepter ? Songez où il nous a fait asseoir : “Au-dessus de toute principauté et de toute puissance”. Et à côté de qui ? À côté du Maître. Qui es-tu donc ? Un mort, de sa nature enfant de colère. Et pour quelle bonne œuvre ? Aucune. En vérité, voici bien le moment de s’écrier : “O profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu !”(6)
Verset 8 : “Car c’est la grâce qui vous a sauvés”. De peur que la grandeur des bienfaits ne vous enfle le cœur, voyez comme il vous rabaisse : “c’est la grâce qui vous a sauvés par la foi”. Ensuite, de peur de porter atteinte au libre arbitre, il fait mention de ce qui nous appartient. Mais aussitôt il revient sur ses pas et dit : “et cela ne vient pas de vous”. Pas même la foi ne vient de nous : car si Dieu n’était pas venu, s’il ne nous avait pas appelés, comment aurions-nous pu croire ? “Comment croiront-ils, s’ils n’entendent pas ?(7) ” De sorte que notre foi même ne vient pas de nous.

“C’est le don de Dieu”…

Verset 9 : “ce n’est pas par les œuvres”. Est-ce que la foi suffirait pour sauver ? — Afin de ne sauver ni les vaniteux, ni les nonchalants, Dieu a requis une foi agissante. Il dit que la foi sauve, mais par Dieu ; car si la foi a sauvé, c’est que Dieu a voulu. En effet, comment, dites-moi, la foi sauverait-elle sans les œuvres ? Cela même est un don de Dieu,
“afin que personne ne se glorifie”, afin de nous inspirer de la reconnaissance au sujet de la grâce. Quoi donc ! dira-t-on, est-ce que Dieu a prohibé la justification par les œuvres ? Nullement : mais Paul dit : “personne n’a été justifié par ses œuvres”, afin de montrer la grâce et la bonté de Dieu. Dieu n’a pas repoussé ceux qui ont les œuvres ; mais il a sauvé par la grâce ceux qui étaient abandonnés des œuvres, afin que personne ne pût plus se glorifier.
Ensuite, de peur qu’en entendant dire que tout est l’effet de la foi et non des œuvres, vous ne vous abandonniez à là nonchalance, voyez ce qu’il ajoute :

Verset 10 : “Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus Christ en vue des œuvres bonnes, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions.”

Entendez bien ces paroles : il fait allusion ici à la régénération. En réalité, c’est une création nouvelle qui nous a fait passer du néant à l’être. Nous sommes morts à ce que nous étions autrefois, je veux dire au vieil homme : ce que nous n’étions pas, nous le sommes devenus. C’est donc une création, et une création plus prédense que l’autre : car à la première, nous devons de vivre ; à la seconde, de bien vivre : “en vue des œuvres bonnes, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions.”

Non afin que nous commencions, mais afin que nous y marchions : car nous avons besoin d’une vertu constante et soutenue jusqu’à notre fin. S’il nous fallait suivre une route conduisant à une capitale, et si, après avoir fait la plus grande partie du chemin, nous nous arrêtions lassés, au moment de toucher au but, il ne nous servirait de rien de nous être mis en marche : de même l’espérance à laquelle nous sommes appelés resterait inutile à ceux qui la possèdent, si nous ne marchions pas comme l’exige la dignité de celui qui nous a appelés.

Ainsi donc, appelés pour les bonnes œuvres, remplissons notre tâche avec persévérance. Car si nous avons été appelés , ce n’est pas pour en faire une, mais pour les faire toutes. De même qu’il y a en nous cinq sens, et que nous devons les employer tous à propos, nous devons agir de même à l’égard des vertus. Être chaste et sans charité, être charitable et injuste, s’abstenir du bien d’autrui, mais ne pas faire l’aumône avec le sien, tout cela est inutile. Il ne suffit pas d’une seule vertu pour nous faire comparaître avec confiance au tribunal du Christ : il en faut beaucoup et de toute espèce, il nous les faut toutes. Écoutez le Christ disant à ses disciples : “Allez et instruisez toutes les nations ; enseignez-leur à garder tous mes commandements” ; et encore : “celui qui violera l’un de ces moindres commandements, sera appelé très petit dans le royaume des cieux ” ; c’est-à-dire, à la résurrection : car cet homme-là n’entrera. pas dans le royaume l’Évangile appelle souvent royaume le temps même de la résurrection : “celui qui en violera un sera appelé très petit”… Nous sommes donc tenus de les observer tous.

Ce texte est extrait de la série des commentaires de saint Jean Chrysostome sur l’épître de saint Paul aux Éphésiens chapitre II – 4e Homélie.

Notes
(1) Psaume 69(68), verset 17
(2) Psaume 51(50), verset 3
(3) Deuxième Épître à Timothée chapitre II, verset 12
(4) Évangile selon saint Mathieu chapitre XIX, verset 28 et chapitre XX, verset 23
(5) Évangile selon saint Jean, chapitre XII, verset 26
(6) Épître aux Romains chapitre XI, verset 33
(7) Épître aux Romains chapitre X, verset 14
(8) Évangile selon saint Mathieu chapitre XXVIII, verset 19
(9) Évangile selon saint Mathieu chapitre V, verset 19.

Présentation au Temple de la Très-Sainte Mère de Dieu

Fête le 21 novembre

Lorsque la sainte et très pure enfant, accordée par Dieu au genre humain resté stérile à cause du péché, des passions et de la mort, eut atteint l’âge de deux ans, son père Joachim dit à son épouse : « Menons-la au Temple du Seigneur, afin de remplir la promesse que nous avons faite de la consacrer dès son plus jeune âge au Tout-Puissant. » Mais Anne répondit : « Attendons jusqu’à sa troisième année, car elle réclamera peut-être son père et sa mère, et ne restera pas dans le Temple du Seigneur. »

Lorsque l’enfant atteignit sa troisième année, les deux époux décidèrent d’accomplir leur vœu et de l’offrir au Temple. Joachim fit alors convoquer les jeunes filles des Hébreux de race pure, afin de l’escorter et de la précéder avec des flambeaux, de manière à ce que, attirée par la lumière, l’enfant ne fût pas tentée de retourner vers ses parents. Mais la sainte Vierge, née toute pure et élevée par Dieu, dès sa naissance, à un degré de vertu et d’amour des choses célestes supérieur à toute autre créature, s’élança en courant vers le Temple. Elle devança les vierges de son escorte et, sans un regard pour le monde ni pour ses parents, elle se jeta dans les bras du grand prêtre Zacharie qui l’attendait sur le parvis en compagnie des Anciens. Zacharie la bénit, en disant : « Le Seigneur a glorifié ton nom dans toutes les générations. C’est en toi qu’aux derniers jours se manifestera la Rédemption qu’il a préparée pour son peuple. » Et, chose inouïe pour les hommes de l’Ancienne Alliance, il fit entrer l’enfant dans le Saint des saints, là où seul le grand prêtre pouvait pénétrer, une fois par an seulement, le jour de la fête de l’Expiation. II la fit asseoir sur la troisième marche de l’autel et, la grâce du Seigneur l’ayant recouverte, Marie se leva et se mit à danser pour exprimer sa joie. Tous ceux qui étaient présents étaient ravis devant ce spectacle prometteur des grandes merveilles que Dieu allait bientôt accomplir en elle.
Ayant ainsi quitté le monde, ses parents et tout lien qui aurait pu l’attacher aux choses sensibles, la Sainte Vierge demeura dans le Temple jusqu’à l’âge de douze ans. Parvenue à l’âge nubile, les prêtres et les anciens craignirent qu’elle ne souillât le sanctuaire, aussi la confièrent-ils au chaste Joseph, pour qu’il soit le gardien de sa virginité en feignant d’être son fiancé.

Pendant les neuf années qu’elle passa dans le sanctuaire, la Toute-Sainte fut nourrie d’une nourriture spirituelle apportée par un ange de Dieu. Elle menait là une vie céleste, supérieure à celle de nos premiers parents dans le Paradis. Sans souci, sans passion, ayant dépassé les besoins de la nature et la tyrannie des plaisirs des sens, Marie ne vivait que pour Dieu seul, l’intelligence fixée à tout moment dans la contemplation de sa beauté. Par la prière continuelle et la vigilance sur elle-¬même, la sainte enfant acheva, pendant ce séjour dans le Temple, de purifier son cœur, pour qu’il devienne un pur miroir dans lequel la gloire de Dieu puisse se refléter. Comme une fiancée, elle se revêtit de la splendide parure des vertus, afin de se préparer à la venue en elle du Christ, le divin Époux. Elle parvint ainsi à une telle perfection, qu’elle résuma en elle-même toute la sainteté du monde et, devenue semblable à Dieu par la vertu, elle attira Dieu à se rendre semblable aux hommes par son Incarnation.
Introduite dans le Temple à l’âge où les autres enfants commencent à apprendre, la Toute-Sainte, du fond du sanctuaire inaccessible, entendait chaque samedi les lectures de la Loi et des Prophètes, que l’on faisait au peuple dans la partie publique du Temple. L’intelligence affinée par l’hésychia et la prière, elle parvint ainsi à la connaissance du sens profond des mystères de l’Écriture. Vivant parmi les choses saintes et considérant sa propre pureté, elle comprit quel avait été le dessein de Dieu tout au long de l’histoire de son peuple élu. Elle comprit que tant de siècles avaient été nécessaires pour que Dieu se prépare une mère issue de l’humanité rebelle, et que, pure enfant élue par Dieu, elle devait devenir le vrai Temple vivant de la divinité.

Placée dans le lieu très saint où étaient déposés les symboles de la promesse divine, la Vierge révélait ainsi que les figures s’accompliraient en sa propre personne. C’est elle qui est en effet le véritable Sanctuaire, le Tabernacle du Verbe de Dieu, l’Arche de la Nouvelle Alliance, le Vase contenant la manne céleste, la Verge bourgeonnante d’Aaron, la Table de la Loi de la grâce. C’est en elle que les prophéties obscures se dévoilent. Elle est non seulement l’Échelle reliant la terre et le ciel, que le Patriarche Jacob aperçut en songe, mais aussi la Colonne de nuée qui révèle la gloire de Dieu, la Nuée légère du prophète Isaïe, la Montagne non entaillée de Daniel, la Porte close par laquelle Dieu est venu visiter les hommes d’Ézéchiel, et la Fontaine vivante et scellée qui fait jaillir sur nous les eaux de la vie éternelle. Contemplant spirituellement ces merveilles qui devaient avoir lieu en elle, sans comprendre encore clairement comment elles allaient s’accomplir, la Toute-Sainte dirigea sa prière et son intercession vers Dieu avec plus d’intensité encore, pour que le Seigneur se hâte de réaliser ses promesses et qu’il sauve le genre humain de la mort, en venant habiter parmi les hommes.

Lorsque la Mère de Dieu pénétra dans le Saint des saints, le temps de préparation et d’épreuve de l’Ancienne Alliance prit fin. La fête que nous célébrons aujourd’hui est donc celle des fiançailles de Dieu avec la nature humaine. Voilà pourquoi l’Église se réjouit et exhorte tous les amis de Dieu à se retirer, eux aussi, dans le temple de leur cour pour y préparer la venue du Seigneur, par le silence et la prière, en se soustrayant aux plaisirs et aux vains soucis de ce monde.
Hiéromoine Macaire

Source : Synaxaire Vie des Saints de l’Eglise orthodoxe du hiéromoine Macaire Monastère de Simonos Petra mont Athos

Notes
(1) Outre les données fournies par le Protévangile de Jacques, qui est la source de cette fête – instituée à Jérusalem le jour de la dédicace de l’église Sainte-Marie-la-Neuve vers le début du VIe siècle, nous utilisons ici l’admirable interprétation hésychaste du séjour de la Mère de Dieu dans le Saint des saints, donnée par S. Grégoire Palamas, Homélie 53.

Homélie prononcée par Père Boris à la crypte le dimanche 20 novembre 2005

Présentation au Temple de la Mère de Dieu

Épître aux Hébreux IX, 1-7
Évangile selon saint Luc X, 38-42, XI, 27-28

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Cette fête de l’Entrée au Temple de la Mère de Dieu nous renvoie à un événement mystérieux qui défie notre entendement humain. En effet, selon la Tradition juive seul le Grand Prêtre pouvait entrer dans le Saint des Saints, et ce, seulement une fois par an, alors n’est-il pas particulièrement extraordinaire que cette dignité soit offerte à un enfant, à une femme ?

Et pourtant, dans sa sensibilité et sa vision spirituelle, l’Église a conservé une pieuse tradition dont témoignent encore ce que l’on appelle les textes apocryphes – ces textes qui ne sont pas reçus comme textes canoniques officiels par l’Église –. Selon la tradition, à l’âge de trois ans, Marie fut introduite dans le Temple.

On peut penser qu’elle y fut admise comme beaucoup d’autres jeunes filles pour être au service de Dieu, mais c’est bien une jeune fille particulière, Marie, qui a été choisie par la Grâce divine, par ce que l’on appelle le Conseil trinitaire de Dieu.
Je voudrais évoquer deux aspects de ce choix.

D’une part, cette élection relève de la liberté plénière, de la volonté et de l’amour de Dieu, nous n’avons donc pas à nous immiscer dans les réflexions divines qui ont abouti à ce que ce soit Marie et pas une autre jeune fille. Et d’autre part, cette élection de Marie ne signifie nullement que, dès lors, Marie aurait été au-dessus de toute réalité humaine, dégagée des lourdeurs de la nature humaine.

Il ne faut pas conclure que Marie aurait été, par le seul fait de cette élection complètement sanctifiée, voire divinisée, et qu’elle n’aurait plus eu qu’à vivre simplement sa vie pour mener une vie de pureté.

Bien sûr, Marie a mené une vie de pureté mais c’est en tant que Nouvelle Ève.

En effet, à partir de saint Irénée de Lyon au IIe siècle, l’Église donne à Marie le titre de la Seconde Ève qui fait référence au fait que le Christ est le Second Adam. Le Christ, Second Adam, est Celui qui a racheté, récupéré et renouvelé la race humaine ternie par le péché et la désobéissance d’Adam, et c’est pourquoi Marie est appelée aussi la Seconde Ève.

Appeler Marie seconde Ève ne signifie pas que Marie ait été au-dessus des tentations mais que, comme Ève, elle a pu les connaître.

À cet égard, quand nous lisons le dernier livre du Nouveau Testament, l’Apocalypse, nous est offerte la vision extraordinaire d’un combat entre la “femme revêtue du soleil” sur le point d’accoucher, et Satan, le dragon perfide, qui cherche à détruire cet enfant, ce garçon, qui doit naître.

Ce récit saisissant symbolise le combat invisible, le combat spirituel de l’Église, toute entière et de toujours, et par conséquent de Marie qui ne fait pas exception. Elle a certainement vécu ce grand, beau et douloureux combat contre le tentateur même si nous en ignorons les détails et les étapes. De même qu’elles sont discrètes sur la vie intime et personnelle de Jésus, de même l’Église et les Écritures sont avares de détails sur la vie intime et personnelle de Marie. Seuls quelques traits sont brossés, comme par exemple quand Jésus fut au Temple à l’âge de douze ans.
Je veux souligner que la vie pure de Marie ne résulte d’aucun automatisme, d’aucun déterminisme, et que Marie a été libre. Libre mais de la liberté des enfants de Dieu. Elle a été mue par l’Esprit Saint de l’intérieur car elle ne s’est pas opposée à cette grâce, à cette impulsion, à ce souffle, à cet élan, à cet appel de Dieu qui était en elle depuis bien avant qu’elle ait sa conscience.

À mesure que Marie grandissait, elle vivait cet appel de Dieu, elle vivait la présence de Dieu en elle. Je voudrais dire aussi qu’elle vivait cette prière qui était celle des justes de l’Ancienne Alliance ainsi que des justes, des saints, du peuple de Dieu de tout entier, la prière contenue dans le mot “Seigneur”. En effet, le mot “Seigneur” traduit pour nous chrétiens le terme ineffable, presque imprononçable pour les Juifs croyants, de Yahveh. Ce terme, transcrit par le fameux Tétragramme que nous traduisons par “le Seigneur” signifie littéralement « Je suis Celui qui suis ». Eh bien ! Nous pouvons dire que Marie portait en son cœur ce Nom, cette prière incessante de Dieu.

Lorsque, déjà fiancée à Joseph, Marie recevra l’annonce de l’archange Gabriel et qu’il lui sera révélé que l’enfant qui naîtra d’elle, sans qu’elle connût son fiancé, sera appelé Jésus, alors, dorénavant, Marie portera dans son être, dans son corps déjà, cet enfant, ce Jésus qui devait être conçu, grandir en elle et naître. Alors, dorénavant en Marie, le Nom du Seigneur et le Nom de Jésus s’uniront, se combineront, alterneront en elle comme dans une litanie infinie « Seigneur Jésus… Seigneur Jésus… ». Et ces deux Noms, l’Église nous apprend à les associer dans notre prière la plus intime, la plus secrète, la plus profonde : « Seigneur Jésus Christ – bien sûr ! – Fils de Dieu – nous le rappelons – aie pitié de moi – ou de nous – pécheur. » Tout ceci constitue une prière extraordinaire dans laquelle nous vivons justement cette rencontre avec le Seigneur et, comme on peut l’affirmer, cette communion par le Nom de Jésus à la présence du Christ Fils de Dieu et fils de Marie,

Ainsi Marie vécut toute sa vie de prière et de foi, tout d’abord, dans l’intériorité de Jésus qui était en elle, puis en le portant dans ses bras, l’élevant, l’accompagnant jusqu’à l’âge de trente ans. Pendant tout ce temps, comme le dit l’Écriture, Jésus était obéissant à Sa Mère et à Joseph. Ensuite lorsque Jésus s’en ira pour le ministère public, pour la prédication de l’Évangile du Salut, de la Bonne Nouvelle du Royaume, alors Marie s’effacera. À Cana , Jésus semblera être dur avec elle : « Femme qu’y a-t-il entre toi et Moi ? » répondra-t-il quand Marie lui dira « Ils n’ont plus de vin ». “Qu’y a-t-il entre toi et Moi ?”, “femme” au lieu de dire “Mère”, tout cela semble résonner avec dureté et pourtant Il accueille la demande implicite de Marie. Elle ne lui demande pas de miracle, elle lui dit simplement « Ils n’ont plus de vin » et Jésus acquiesce à la demande secrète de Sa mère en donnant du vin en abondance aux convives et aux invités aux noces.

Ainsi Marie se retire. Lorsqu’une femme veut louer le Seigneur, comme nous venons de l’entendre dans l’Évangile : « Bienheureux le sein qui T’a porté et les mamelles qui T’ont allaité ! – Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et y obéissent » répond Jésus. « Voici donc la véritable maternité ! » Mais cette maternité véritable n’est pas un rejet de la maternité humaine et terrestre de Jésus. Ce n’est pas une rebuffade, bien au contraire, puisque Jésus loue implicitement Marie avec plus d’éclat que jamais, car Marie était précisément celle qui plus que quiconque portait dans son cœur les paroles et tout l’enseignement de son Fils divin.

Aujourd’hui nous vivons ce prélude où Marie, en entrant dans ce Temple de l’Ancienne Alliance, se prépare à devenir, elle-même, le véritable Temple.

Il ne s’agit plus, simplement, de l’image de la Présence de Dieu, mais c’est ici le Temple véritable du Dieu véritable qui viendra s’incarner et vivre en elle. Dès lors, devenue Temple de la Présence divine, Marie le sera pour toujours,

À notre tour nous sommes, nous aussi appelés, à devenir Temple : « Ne savez-vous pas, dit saint Paul, que vous êtes le temple de l’Esprit Saint et que l’Esprit Saint vit en vous ? » . Si nous sommes le Temple de l’Esprit Saint, l’Esprit Saint œuvre pour qu’au plus profond de notre cœur grandisse, vive et se manifeste l’Image du Christ, l’Image de Dieu, selon laquelle tout homme a été créé.

Tout homme venant au monde a été créé à l’image de Dieu et nous sommes, nous aussi, appelés à réaliser une véritable relation – j’ose le dire ! – maternelle. Oui ! Nous sommes appelés à une relation maternelle d’enfantement de Jésus en notre propre cœur, relation maternelle dont Marie est le modèle et l’image.

Et à son exemple, nous devons vivre cette relation maternelle avec tendresse, avec le désir de purifier notre cœur pour que rien ne fasse obstacle à la Présence de Dieu.

La Présence de Jésus, en effet, vient chez nous tout d’abord comme un faible petit enfant qui veut grandir en nous, pour peu à peu s’épanouir et régner dans tout l’espace intérieur de notre cœur.

Et souvenez-vous que cet espace de notre cœur est un espace gigantesque, un espace plus vaste que tous les cieux.

À cet égard, dans les vieilles églises, on retrouve souvent au-dessus de l’abside une icône de la Mère de Dieu où Marie étend ses mains en prière.

Cette icône s’appelle l’icône de « la Mère de Dieu, plus vaste que les cieux », c’est vrai qu’elle est plus vaste que les cieux parce qu’elle a porté le Seigneur dans son cœur. Et notre cœur aussi, mes amis, notre cœur aussi est appelé à être plus vaste que les cieux lorsque ce cœur devient le réceptacle, le siège royal, le lit nuptial, on peut le dire, le siège de la Présence de Dieu.

Notre cœur est un cœur immense, un cœur capable d’aimer et d’embrasser en lui tous les êtres, un cœur empli de compassion pour tous, à l’exemple d’un saint Silouane qui avait une compassion illimitée et qui priait une seule chose : Que tous puissent se convertir et connaître la vérité, c’est-à-dire connaître Dieu.

Ainsi, à l’image de Marie puissions-nous, nous aussi, grandir dans sa maternité et apprendre à purifier notre cœur pour que ce cœur devienne véritablement le lieu de la Présence de Dieu et de Son amour dans le monde.

Amen.

Évangile du possédé gérasénien

23e dimanche après la Pentecôte
Épître : Ep 2,4-10

La Guérison du possédé gérasénien et l’aventure des cochons

26 Ils abordèrent dans le pays des Géraséniens, qui est vis-à-vis de la Galilée.

27 Lorsque Jésus fut descendu à terre, il vint au-devant de lui un homme de la ville, qui était possédé de plusieurs démons. Depuis longtemps il ne portait point de vêtement, et avait sa demeure non dans une maison, mais dans les sépulcres.

28 Ayant vu Jésus, il poussa un cri, se jeta à ses pieds, et dit d’une voix forte : Qu’y a-t-il entre moi et toi, Jésus, Fils du Dieu Très Haut ? Je t’en supplie, ne me tourmente pas.

29 Car Jésus commandait à l’esprit impur de sortir de cet homme, dont il s’était emparé depuis longtemps ; on le gardait lié de chaînes et les fers aux pieds, mais il rompait les liens, et il était entraîné par le démon dans les déserts.

30 Jésus lui demanda : Quel est ton nom ? Légion, répondit-il. Car plusieurs démons étaient entrés en lui.

31 Et ils priaient instamment Jésus de ne pas leur ordonner d’aller dans l’abîme.

32 Il y avait là, dans la montagne, un grand troupeau de pourceaux qui paissaient. Et les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans ces pourceaux. Il le leur permit.

33 Les démons sortirent de cet homme, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau se précipita des pentes escarpées dans le lac, et se noya.

34 Ceux qui les faisaient paître, voyant ce qui était arrivé, s’enfuirent, et répandirent la nouvelle dans la ville et dans les campagnes.

35 Les gens allèrent voir ce qui était arrivé. Ils vinrent auprès de Jésus, et ils trouvèrent l’homme de qui étaient sortis les démons, assis à ses pieds, vêtu, et dans son bon sens ; et ils furent saisis de frayeur.

36 Ceux qui avaient vu ce qui s’était passé leur racontèrent comment le démoniaque avait été guéri.

37 Tous les habitants du pays des Géraséniens prièrent Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient saisis d’une grande crainte. Jésus monta dans la barque, et s’en retourna.

38 L’homme de qui étaient sortis les démons lui demandait la permission de rester avec lui. Mais Jésus le renvoya, en disant :

39 Retourne dans ta maison, et raconte tout ce que Dieu t’a fait. Il s’en alla, et publia par toute la ville tout ce que Jésus avait fait pour lui.

Lettre de l’apôtre Paul aux Éphésiens : 23e dimanche après la Pentecôte

Chapitre II versets 4 à 10

C’est par grâce que vous êtes sauvés

4 Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés,

5 nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec Christ (c’est par grâce que vous êtes sauvés) ;

6 il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus-Christ,

7 afin de montrer dans les siècles à venir l’infinie richesse de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus-Christ.

8 Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.

9 Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie.

10 Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus Christ en vue des œuvres bonnes (1), que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions.

Notes
(1) Ce passage est un de ceux que les bibles catholiques (par ex. Osty) et protestantes (par ex. Segond) présentent de manière contradictoire

Commentaire patristique par saint Basile de Césarée

Construire d’autres greniers

“Insensé, cette nuit même on te redemandera ta vie, et ce que tu as amassé, qui donc l’aura ?”

La conduite de cet homme est plus dérisoire que le châtiment éternel n’est rigoureux. En effet, cet homme qui va être enlevé de ce monde dans si peu de temps, quels projets agite-t-il dans son esprit ? “Je vais démolir mes greniers et j’en rebâtirai de plus grands.”

Moi, je lui dirais volontiers : Tu fais bien, car les greniers de l’injustice ne méritent que d’être démolis. De tes propres mains, détruis de fond en comble ce que tu as bâti malhonnêtement. Laisse s’écrouler tes réserves de blé qui n’ont jamais soulagé personne. Fais disparaître tout bâtiment qui abrite ton avarice, enlève les toits, renverse les murs, expose au soleil le blé qui moisit, sors de leur prison les richesses qui y étaient captives…

“Je vais démolir mes greniers et j’en rebâtirai de plus grands.”

Une fois que tu les auras remplis à leur tour, que vas-tu décider ? Les démoliras-tu pour en rebâtir d’autres une fois encore ? Y a-t-il pire folie que de se tourmenter sans fin, construire avec acharnement et vite démolir ? Si tu le veux, tu as pour greniers les maisons des pauvres.

“Amasse-toi des trésors dans le ciel” :

Ce qui est entreposé là, “les vers ne le mangent pas, la rouille ne le ronge pas, les voleurs ne le dérobent pas”. (Mt 6,20).

Saint Basile (v. 330-379)
Homélie 6, sur la richesse

Misère du riche par Saint Ambroise de Milan

Quel artisan a pu ajouter un jour à la vie de l’homme ? Quel est celui que ses richesses ont sauvé des enfers ? Quel est celui dont l’argent a atténué la maladie ?

«La vie d’un homme n’est pas assurée par l’abondance de ses richesses » (Lc 12, 15).

Et ailleurs : « Trésors mal acquis ne profitent pas,mais la justice délivre de la mort » (Pr 10, 2).
Le prophète proclame à juste titre : «Aux richesses quand elles s’accroissent. n’attachez pas votre cœur » (Ps 64, 11).
À quoi donc me servent les richesses si elles ne peuvent me libérer de la mort ? À quoi me servent-elles si elles ne 
peuvent demeurer avec moi après la mort ? Elles sont acquises ici-bas ; elles restent ici-bas. Parlons donc de songe, non de patrimoine. C’est pourquoi le même prophète a bien dit au sujet des riches :« Ils ont dormi leur sommeil, et les riches n’ont rien trouvé dans leurs mains » (Ps 76, 6).
C’est-à-dire : les riches n’ont rien trouvé dans leurs propres biens, eux qui n’ont rien donné aux pauvres ; ils n’ont aidé l’indigence de personne ; ils n’ont rien pu trouver qui serve à leur utilité personnelle.

Examine ce nom lui-même. Les païens disent que Dis, ou Pluton, est le chef des Enfers. Ils appellent ce Dis l’arbitre de la mort (et son nom signifie aussi «le Riche »), parce que ce riche à qui appartient le règne sur les morts et le trône de l’enfer ne sait pas apporter un 
autre bien que la mort. Qui est donc riche si ce n’est un gouffre insatiable de richesses, une faim et une soif d’or inextinguibles ? C’est pourquoi plus il en absorbe, plus il s’enflamme. Le prophète avertit ainsi:«Qui aime l’argent n’est pas rassasié par l’argent » (Ec 5, 9).
Et plus loin: « Et ceci est vraiment un ennui affligeant: il s’en retournera comme il était venu ; quel intérêt a-t-il à avoir travaillé pour le vent ? 
Et. puis tous ses jours se passent dans le noir. le chagrin, le tracas, la maladie et la colère » (Ec 5, 15-16).

On en peut conclure que la condition des esclaves est plus supportable. En effet. les esclaves servent des hommes, le riche est au service du péché. Comme le dit l’apôtre : celui qui accomplit le péché est esclave du péché. Il est toujours dans les pièges, il est constam- 
ment dans les chaînes ; il n’est jamais libéré des entraves, car il demeure habituellement dans les fautes. 
Quelle misérable servitude que de servir le péché! Ce genre d’esclave ne connaît pas les services de la nature elle-même ni le retour du sommeil ; il ne savoure pas l’agrément de la nourriture, lui qui ne rend gratuitement aucun service. Alors que le sommeil du 
serviteur est doux, qu’il ait mangé peu ou beaucoup ; au contraire, il n’y a rien qui permette de dormir à celui qui est rassasié de biens. La convoitise l’excite, le souci de prendre les biens d’autrui le harcèle toute la nuit ; l’envie le torture, le retard l’exaspère, la stérilité ou la diminution des récoltes l’inquiète, 1’abondance le préoccupe. C’est pourquoi il y eut un riche dont les propriétés avaient rapporté des moissons abondantes : il pensa en lui-même: « Que vais-je faire ? car je n’ai pas où loger ma récolte. » Puis il se dit: « Voici ce que je vais faire : je vais abattre mes greniers, j’en construirai de plus grands, j’y serrerai tout mon blé et mes biens, et je dirai à mon âme: mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour de nombreuses années ; repose-toi. mange. bois. fais la fête. » Mais Dieu lui dit: « Insensé. cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé. qui l’aura » ? (Lc 12. 17-20).

Vraiment. c’est Dieu lui-même qui ne lui permet pas de dormir. Il l’interpelle quand il réfléchit ; il le réveille quand il dort.
C’est surtout lui-même qui, sollicité par la profusion de ses richesses, ne se permet pas d’être tranquille ; au milieu de l’abondance de ses récoltes, il lance l’appel du mendiant: « Que ferai-je ? », dit-il. N’est-ce pas la voix du pauvre, de celui qui n’a pas de quoi vivre ? Celui qui manque de tout regarde ici et là ; il sollicite l’hospitalité ; il ne trouve rien pour se nourrir ; il estime qu’il n’y a rien de plus malheureux que de mourir de faim et de succomber par manque de nourriture ; il cherche les plus courts chemins de la mort ; il calcule les tourments les plus supportables pour s’en aller : il saisit un glaive. il suspend une corde, il allume un feu, il se procure un poison ; et, dans son hésitation pour choisir entre ces moyens. il dit : « Que ferai-je ? ». Ensuite, au souvenir de la douceur de cette vie, il désire revenir sur sa décision s’il peut trouver les possibilités de subsister. Il s’aperçoit que tout est vide, que tout est improductif, et il dit : «Que ferai-je ? Où trouverai-je des aliments, des vêtements ? Je veux vivre, si toutefois je puis entretenir ma vie, mais par quelles nourritures, par quelles ressources ? »
«Que ferai-je, puisque je n’ai pas … », dit-il. Le riche crie qu’il n’a pas. C’est la parole du pauvre. Celui qui abonde en richesses se plaint de ce qui lui manque. «Je n’ai pas » dit-il, «où loger ma récolte ». Tu penserais l’entendre dire: je n’ai pas de récolte pour me faire vivre. Heureux celui qui défaille sous l’abondance! Mais non. il est bien plus malheureux de sa plénitude que le pauvre qui est en danger de disette. Celui-ci a de quoi justifier sa souffrance ; il a certes la peine, mais il n’a pas la faute ; celui-là n’a personne à convaincre que lui-même.

Et il dit : «Voici ce que je vais faire : je vais abattre mes greniers. » Tu penses qu’il va dire maintenant: j’ouvrirai mes greniers ; qu’ils entrent, ceux qui ne peuvent plus supporter la faim ; que les indigents viennent ; que les pauvres s’avancent. qu’ils remplissent leurs sacs ; je détruirai les cloisons qui excluent l’affamé. Comment cacherai-je quelque chose, moi à qui Dieu a départi l’abondance· pour que je donne libéralement ? Comment enfermerai-je sous des portes ver- rouillées des récoltes dont Dieu a rempli l’immensité des champs et qui ont germé et fructifié à l’air libre !?

Extrait de Richesse et pauvreté Saint Ambroise

Sainte Hilda, abbesse de Whitby

L’Église vénère la mémoire de sainte Hilda, abbesse de Whitby. Sainte Hilda était une proche parente du roi de Northumbrie, l’un des sept royaumes entre lesquels était partagée l’Angleterre du VIle siècle, alors qu’elle commençait à émerger du paganisme. xyz Grâce à la prédication de saint Paulin – un des missionnaires venus de Rome -, sainte Hilda avait reçu le saint baptême et, pendant trente ans, elle cultiva les vertus évangéliques dans le monde, jusqu’au jour où, répondant à l’appel de Dieu, elle prit la décision d’abandonner sa famille et son pays. Elle se rendit alors dans le royaume d’Est-Anglie – dont le roi avait épousé sa sœur – dans l’intention de passer en France pour prendre le voile au célèbre monastère de Chelles, près de Paris, une des fondations dépendantes du monastère de Luxeuil”, où se rendaient alors d’autres nobles vierges saxonnes. Mais saint Aidan [31 août], l’évêque de l’île monastique de Lindisfarne, le centre de la vie ecclésiale de cette époque dans les îles britanniques, la rappela en Northumbrie, et lui assigna un domaine où elle mena, pendant une année, la vie monastique à la tête d’un petit groupe de vierges. Son don pour la direction spirituelle ayant été rapidement éprouvé, elle fut désignée comme supérieure du monastère de Hartlepool, à la tête d’une grande communauté et, neuf ans après (657), elle fonda le monastère de Whitby. xyz Pendant les trente années qu’elle passa à la tête de ces deux monastères, sainte Hilda témoigna d’une aptitude remarquable pour la direction de ses communautés de religieuses. Elle les menait vers Dieu en assurant avec science le bon ordre et la charité, à tel point que l’on considérait le monastère de Whitby comme une parfaite image de l’Église primitive, où riches et pauvres mettaient tout en commun et étaient unis par l’ardeur de la charité. Elle avait également la responsabilité spirituelle d’un monastère masculin, qui devint grâce à elle un centre de formation pour quantité de missionnaires et de saints évêques. xyz Les rois, les princes des pays voisins, l’évêque Aidan et toute la population accouraient vers sainte Hilda pour recevoir ses conseils et ses instructions spirituelles. Elle était considérée unanimement comme la véritable mère du pays. Après avoir ainsi mené quantité d’âmes vers le Seigneur pendant de longues années, elle fut éprouvée pendant six ans par une cruelle maladie, qui ne l’empêchait pourtant pas d’assumer la direction spirituelle de ses communautés. Au cours de la septième année de ce martyre, le l7 novembre 680, la sainte, âgée de soixante-six ans, réunit ses filles spirituelles, leur transmit ses dernières instructions sur la charité mutuelle et remit avec joie son âme au Seigneur. Une autre sainte de ce temps, sainte Bégu, vit alors son âme s’élever vers le ciel. xyz Sainte Hilda fut, avec sainte Ebba de Coldingham, l’une des grandes figures féminines de ce jeune christianisme celtique, et elle présente l’un des rares exemples d’une mère spirituelle ayant reçu de Dieu le don de gouverner aussi bien des communautés de moniales que des communautés de moines. Elle guida également de nombreux laïcs sur la voie du salut et dispensa ses conseils avisés aux évêques de qui elle était écoutée, car dans le Christ Jésus il n’y a plus ni homme ni femme, mais un seul homme nouveau (Gal 3, 28).

Saint Grégoire, évêque de Tours

Le 17 novembre l’Église vénère la Mémoire de saint Grégoire, évêque de Tours.

Enluminure de saint Grégoire de Tours

Enluminure de saint Grégoire de Tours

Grégoire est né en 538, à Clermont, en Auvergne au sein d’une famille sénatoriale gallo-romaine, qui donna à l’Église cinq saints évêques, dont saint Nizier. Celui-ci alors qu’il était encore prêtre, assuma l’éducation du jeune garçon après la mort de son père. Tombé gravement malade à l’âge de quatorze ans, Grégoire fut miraculeusement guéri en vénérant le tombeau de saint Allyre en Auvergne. Il s’engagea dès lors à consacrer sa vie au service de l’Église.

Ordonné diacre à Brioude en 563, il s’adonna avec zèle à l’étude des livres saints. Étant tombé de nouveau gravement malade peu après, il fut guéri lors d’un pèlerinage auprès du tombeau de saint Martin de Tours. Nourrissant une ardente dévotion pour ce saint, il se fixa à Tours, auprès de son oncle, l’évêque Eufronius, auquel il succéda (573).

La Gaule mérovingienne ayant été divisée entre les trois fils de Clotaire Ier : Gontrand, Sigebert et Chilpéric, la situation se trouvait aggravée par la haine mortelle que nourrissaient l’une pour l’autre Bruhnehaut, épouse de Sigebert, et Frédégonde, seconde femme de Chilpéric. Pendant toute la durée de son épiscopat, saint Grégoire fut un artisan de paix et de réconciliation entre les membres des familles royales qui s’entre-déchiraient. Il négocia le traité d’Andelot (587), scellant l’alliance du roi de Bourgogne avec la reine Brunehaut. Quand il n’était pas contraint à des missions fréquentes auprès des souverains, il visitait son diocèse, restaurait les églises endommagées par les invasions ou en fondait de nouvelles dans les campagnes. Il encourageait le culte des saints et s’employait à convertir les ariens et les juifs, si bien que son influence s’étendit sur toute la Gaule.

En ces temps où meurtres, pillages et incendies étaient la manière courante de gouverner, le diocèse de Tours fut envahi par un fils de Chilpéric, lui-même bientôt chassé et remplacé par Leudastes. Celui-ci, à force d’intrigues, était parvenu à obtenir du roi cette cité, considérée comme la ville sainte de Gaule, à cause du tombeau de saint Martin. Il essaya de s’attirer les faveurs de l’évêque, mais dut fuir vers la Bretagne quand Sigebert reprit l’avantage dans cette région. Après l’assassinat de Sigebert (575), Leudastes regagna Tours et somma saint Grégoire de lui livrer le duc Gontrand, réfugié dans la basilique ; mais le saint refusa. Il protégea également, au nom du droit d’asile, le fils de Chilpéric, Mérovée, lequel avait épousé Brunehaut, veuve de Sigebert, et était poursuivi par la haine de Frédégonde. Cette attitude inflexible, pour préserver les droits sacrés de l’Église face aux factions qui se déchiraient, saint Grégoire la garda lors du Concile de Paris (577), réuni pour déposer l’évêque qui avait célébré de manière anticanonique le mariage de Mérovée et Brunehaut.

Dès son ordination, saint Grégoire avait entrepris la composition de sa monumentale Histoire ecclésiastique des Francs, qui reste la source principale pour la connaissance de cette époque et qui a fait de lui le père de l’Histoire de France. Parallèlement, il rédigea le récit des miracles de saint Julien et de saint Martin, puis le livre À la gloire des martyrs (586), suivi d’un ouvrage dédié à la gloire des confesseurs et du Livre des Pères (593), qui forment un ensemble unique pour faire connaître les saints qui ont vécu à cette époque. Peu après avoir réuni ces trois livres en un seul volume, saint Grégoire se retira des activités ecclésiales pour se préparer à son départ vers Dieu.
Il s’endormit en paix, le 17 novembre 594, et fut enterré dans la basilique Saint-Martin.

Source : synaxaire du P. Macaire du monastère de Simonos-Petra au Mont-Athos

Top