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Commentaire par saint Irénée de Lyon – La vigne de Dieu

Dieu a planté la vigne du genre humain par le modelage d’Adam (1) et l’élection des patriarches.

Puis il l’a confiée à des vignerons par le don de la Loi transmise par Moïse. Il l’a entourée d’une clôture, c’est-à-dire a circonscrit la terre qu’ils auraient à cultiver ; il a bâti une tour, c’est-à-dire il a choisi Jérusalem ; il a creusé un pressoir, c’est-à-dire a préparé ceux qui allait recevoir l’Esprit prophétique.

Et il leur a envoyé des prophètes avant l’exil de Babylone, puis après l’exil d’autres encore en plus grand nombre, pour réclamer les fruits et pour leur dire… :
“Redressez vos voies et vos habitudes de vie” (2)
“Jugez avec justice, pratiquez la pitié et la miséricorde chacun envers son frère ; n’opprimez pas la veuve et l’orphelin, l’étranger et le pauvre, et que personne d’entre vous ne rumine dans son cœur le souvenir de la méchanceté de son frère” (3)…
“Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez la malice de vos cœurs…, apprenez à faire le bien ; recherchez la justice ; sauvez celui qui souffre l’injustice” (4)…

Voilà par quelles prédications les prophètes réclamaient le fruit de la justice.

Mais comme ces gens demeuraient incrédules, il leur a envoyé finalement son Fils, notre Seigneur Jésus Christ, que ces mauvais vignerons ont tué et jeté hors de la vigne. C’est pourquoi Dieu l’a confié — non plus circonscrite, mais étendue au monde entier — à d’autres vignerons pour qu’ils lui en remettent les fruits en leur temps. La tour de l’élection se dresse partout dans son éclat, car partout resplendit l’Église ; partout aussi est creusé le pressoir car partout sont ceux qui reçoivent l’Esprit de Dieu…

C’est pourquoi le Seigneur disait à ses disciples, pour faire de nous de bons ouvriers :
“Tenez-vous sur vos gardes et veillez en tout temps, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie” (5)
“Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées : soyez semblables à des gens qui attendent leur maître” (6)

Saint Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, IV, 36, 2-3

Notes
(1) cf. Livre de la Genèse II, verset 7
(2) cf. Jérémie chapitre VII, verset 3
(3) cf. Zacharie chapitre VII, versets 9-10
(4) cf. Isaïe chapitre Ier, versets 16-17
(5) cf. Évangile de Luc chapitre XXI, versets 34-36.
(6) cf. Évangile de Luc chapitre XII, versets 35-36.

Exhortation aux Grecs de saint Clément d’Alexandrie (150-v. 215)

La lumière est venue dans le monde

Saint Clément d’Alexandrie “Le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard” (1).

Reçois le Christ, reçois la capacité de voir, reçois la lumière, afin de connaître Dieu et l’homme… Recevons la lumière afin de recevoir Dieu…, recevons la lumière et devenons les disciples du Seigneur…, chassons l’ignorance et les ténèbres qui voilent notre regard comme un brouillard, contemplons le Dieu véritable… Alors que nous étions ensevelis dans les ténèbres et prisonniers de l’ombre de la mort (2), du ciel une lumière plus pure que le soleil, plus douce que la vie d’ici-bas, a resplendi pour nous. Cette lumière est la vie éternelle, et tout ce qui y participe a la vie. La nuit redoute cette lumière ; de peur, elle disparaît, et fait place au jour du Seigneur ; tout est devenu lumière sans déclin.

L’occident s’est changé en orient ; c’est “la création nouvelle” (3). Car le “Soleil de justice” (4), qui passe partout dans sa course, visite tout le genre humain sans distinction. Il imite son Père qui “fait lever son soleil sur tous les hommes” (5) et il répand sur tous la rosée de la vérité… En crucifiant la mort, il l’a transformée en vie ; il a arraché l’homme à la perdition et l’a fixé dans les cieux ; il a transplanté ce qui était périssable pour le rendre impérissable ; il a changé la terre en ciel…

Il donne la vie de Dieu aux hommes par son enseignement divin, en “mettant ses lois dans leur pensée et en les inscrivant dans leur cœur… : tous connaîtront Dieu, des plus petits jusqu’aux plus grands, et je pardonnerai leurs fautes, dit Dieu, je ne me rappellerai plus leurs péchés” (6).

Accueillons donc les lois de la vie, obéissons à l’enseignement de Dieu, apprenons à Le connaître.

Clément d’Alexandrie (150-215)

Homélie prononcée par le Père Alexandre Schmemann

L’Exaltation universelle de la Vénérable et Vivifiante Croix

Première épître aux Corinthiens I, 18-24 –
Évangile selon saint Jean XIX, 6-11, 13-20, 25-28, 30-35.

Le P. Alexandre SchmemannLe 14 septembre, des siècles durant, lorsque la Fête de l’Exaltation de la Croix était célébrée dans les cathédrales, l’évêque prenait sa place au centre de l’église et, entouré d’un grand nombre de ses clercs, élevait majestueusement la croix bien haut, au-dessus de la foule, et bénissait les fidèles aux quatre coins de l’église, pendant que le chœur laissait éclater sa réponse, comme un tonnerre : « Seigneur, prend pitié ! » [Kyrie eleison !] C’était la célébration de l’Empire Chrétien, un empire né sous le signe de la Croix en ce jour où l’empereur Constantin-le-Grand eu la vision de la Croix haut dans le ciel et entendit les paroles « Par ce signe tu vaincras ! » [“In hoc signo vinces!”].

C’est la fête du triomphe du Christianisme sur les royaumes, cultures et civilisations, et c’est la fête de ce monde Chrétien qui, à présent, est en ruine, continuant à s’effondrer sous nos propres yeux.

Oui ! cet ancien et solennel rite sera à nouveau célébré cette année. Le chœur chantera encore avec joie que « La Croix est la puissance des rois, la Croix est la beauté de l’univers. » Mais aujourd’hui, la tumultueuse grande ville entourant l’église ne participe pas à ce triomphe caché, et elle en est complètement déconnectée. Ses millions d’habitants mèneront leur vie habituelle, avec ses hauts et ses bas, ses intérêts, ses joies et ses peines, sans la moindre référence à quoi que ce soit de ce qui sera en train de se dérouler dans le bâtiment de l’église.

Pourquoi donc alors continuons-nous à répéter les paroles parlant de triomphe universel ? Pourquoi chantons-nous et rechantons-nous sans cesse que la Croix est invincible ?

Hélas, nous devons admettre que beaucoup, beaucoup trop de Chrétiens sont incapables de répondre à cette question. Ils sont habitués à voir l’église en exil et en marge de la vie, exilée de la culture, de la vie, des écoles et de tout et de partout. Nombre de Chrétiens sont satisfaits et ne s’en font pas lorsque les autorités civiles leur permettent, avec condescendance “d’observer leurs rites” pour autant qu’ils se tiennent calmes et obéissants, et qu’ils n’interfèrent en rien dans la construction d’un monde où il n’y aurait ni le Christ, ni la foi, ni la prière. Ces Chrétiens fatigués ont presqu’oublié que le Christ a dit, la nuit où Il s’en alla vers la Croix : « Vous aurez à souffrir dans le monde. Mais courage ! J’ai vaincu le monde. »

Quant à moi, il me semble que nous continuons de célébrer l’Élévation de la Croix et répéter les anciennes paroles de victoire non pas simplement pour commémorer une vieille bataille qui a été gagnée, ou pour nous rappeler un passé qui n’existe plus, mais afin de réfléchir plus profondément sur la signification du mot “victoire” pour la Foi Chrétienne.

Il se pourrait bien que ce ne soit que maintenant, alors que nous sommes privés de tout pouvoir et gloire externe, de tout soutien de gouvernement, de richesse indicible, et de tous les symboles apparents de victoire, que nous sommes capables de comprendre que tout cela n’était, peut-être, pas l’authentique victoire.

Certes oui, la croix élevée au-dessus des foules, en ces temps-là, était couverte d’or et d’argent et ornée de pierres précieuses. Cependant, ni l’or ni l’argent ni les pierres précieuses ne peuvent effacer la signification originelle de la Croix en tant qu’instrument d’humiliation, de torture et d’exécution, instrument sur lequel un homme fut cloué, un homme rejeté de tous, épuisé de douleur et de soif.

Avons-nous le courage de nous demander à nous-mêmes : si tous ces royaumes Chrétiens et cultures Chrétiennes sont morts, si la victoire a été remplacée par la défaite, n’est-ce pas parce que nous, Chrétiens, étions devenus aveugles sur la signification ultime et véritable du plus important symbole du Christianisme ? Nous avions décidé que l’or et l’argent seraient autorisés à éclipser cette signification. Et nous avons de même décidé que Dieu désire nos cultes du passé.

Honorer la Croix, relever, chanter la victoire du Christ : est-ce que cela ne signifie pas, par dessus tout, croire dans le Crucifié et croire que la Croix est un signe d’une renversante défaite ? Car seulement parce qu’il s’agit d’une défaite, et dans la mesure où elle est acceptée comme défaite, que la Croix devient victoire et triomphe.

Non ! Le Christ n’est pas venu dans le monde pour remporter des victoires visibles, externes. Il S’est vu offrir un royaume, mais l’a refusé. Et au moment même où on Le trahissait et livrait à la mort, Il dit : « Crois-tu que Je ne puisse invoquer Mon Père, Qui M’enverrait à l’instant plus de douze légions d’Anges ? » Et pourtant, jamais le Christ n’a été plus Roi que lorsqu’Il marcha vers le Golgotha, portant Sa propre croix sur Ses épaules pendant que la foule remplie de haine et de moqueries L’entourait. Sa royauté et puissance n’ont jamais été aussi évidentes que lorsque Pilate L’amena devant la foule, vêtu de pourpre, Le condamna à la mort d’un criminel, une couronne d’épines sur Sa tête, et que Pilate dit à la foule enragée : « Voici votre roi ! »

Il n’y a que là que l’on puisse voir l’entièreté du mystère du Christianisme, car la victoire du Christianisme réside dans la joyeuse foi que c’est ici, à travers cet homme rejeté, crucifié et condamné, que l’amour de Dieu a commencé à illuminer le monde et qu’un Royaume s’est ouvert, que nul n’aura jamais le pouvoir de refermer.

Chacun d’entre nous, cependant, doit accepter le Christ et Le recevoir de tout son cœur, de toute son âme et de toute son espérance. Sinon, les victoires extérieures sont toutes sans intérêt.

Peut-être avions-nous besoin de cette défaite extérieure du monde Chrétien. Peut-être avions-nous besoin de la pauvreté et du rejet, pour purger notre foi de son orgueil terrestre et de sa confiance dans la puissance et victoire externe, afin de purifier notre vision de la Croix du Christ, élevée, exaltée et triomphante.

« La Croix est la beauté de l’univers » Car quelles que soient les ténèbres dans lesquelles les peuples se trouvent, et aussi grand puisse être le triomphe externe du mal en ce monde, le cœur sait toujours et entend les paroles : « Courage, J’ai vaincu le monde. »

Amen.

Père Alexandre Schmemann

Le Père Alexandre Schmemann est né en 1921 en Estonie. Après avoir émigré, il a étudié à l’Institut Orthodoxe de Théologie Saint-Serge à Paris. Il fut ordonné prêtre en 1946 et devint président de l’ACER. Après plus de quarante années passées au service de l’Église le Père Alexandre Schmemann s’est éteint, il y a bientôt vingt-cinq ans, des suites d’une leucémie le 13 décembre 1983 à New York. Prêtre, prédicateur, théologien et liturgiste, le Père Alexandre Schmemann restera une des figures marquantes du Christianisme de la seconde moitié du XXème siècle.

Evangile du Dimanche après la Croix

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Conditions pour suivre Jésus et Proximité du Royaume

Chapitre VIII verset 34 à Chapitre IX verset 1 (Mt 16,24 ; Lc 9,23)

8,34 Appelant à lui la foule en même temps que ses disciples, il leur dit : “Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive.

35 Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Evangile la sauvera.

36 Que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie ?

37 Et que peut donner l’homme en échange de sa propre vie ?

38 Car celui qui aura rougi de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi rougira de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges.”

9,1 Et il leur disait : “En vérité je vous le dis, il en est d’ici présents qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Royaume de Dieu venu avec puissance.”

Evangile du 13e Dimanche après la Pentecôte

Évangile de Jésus-Christ selon saint Mathieu – La parabole des vignerons homicides

Chapitre XXI versets 33 à 42

21,33 Écoutez une autre parabole. Un homme était propriétaire, et il planta une vigne ; il l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour ; puis il la loua à des vignerons et partit en voyage.

34 Quand approcha le moment des fruits, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour en recevoir les fruits.

35 Mais les vignerons se saisirent de ses serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre, en lapidèrent un troisième.

36 De nouveau il envoya d’autres serviteurs, plus nombreux que les premiers, et ils les traitèrent de même.

37 Finalement il leur envoya son fils, en se disant : Ils respecteront mon fils.

38 Mais les vignerons, en voyant le fils, se dirent par-devers eux : Celui-ci est l’héritier : venez ! tuons-le, que nous ayons son héritage.

39 Et, le saisissant, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.

40 Lors donc que viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons-là ?”

41 Ils lui disent : “Il fera misérablement périr ces misérables, et il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en livreront les fruits en leur temps.”

42 Jésus leur dit : “N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu’avaient rejetée les bâtisseurs c’est elle qui est devenue pierre de faîte ; c’est là l’œuvre du Seigneur et elle est admirable à nos yeux ?”

Epître du Dimanche après la Croix

Lettre de Paul aux Galates – Par les œuvres de la Loi aucun homme ne sera justifié

Chapitre II versets 16 à 20

16 Néanmoins, sachant que ce n’est pas par les oeuvres de la loi que l’homme est justifié, mais par la foi en Jésus Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus Christ, afin d’être justifiés par la foi en Christ et non par les œuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les œuvres de la loi.

17 Mais, tandis que nous cherchons à être justifié par Christ, si nous étions aussi nous-mêmes trouvés pécheurs, Christ serait-il un ministre du péché ? Loin de là !

18 Car, si je rebâtis les choses que j’ai détruites, je me constitue moi-même un transgresseur,

19 car c’est par la loi que je suis mort à la loi, afin de vivre pour Dieu.

20 J’ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi.

Epître du 13e Dimanche après la Pentecôte

Première lettre de Paul aux Corinthiens – Demeurez fermes dans la foi

Chapitre XVI versets 13 à 24

XVI,13 “Veillez, demeurez fermes dans la foi, soyez des hommes, soyez forts.

14 Que tout se passe chez vous dans la charité.

15 Encore une recommandation, frères. Vous savez que Stéphanas et les siens sont les prémices de l’Achaïe, et qu’ils se sont rangés d’eux-mêmes au service des saints.

16 À votre tour, rangez-vous sous de tels hommes, et sous quiconque travaille et peine avec eux.

17 Je suis heureux de la visite de Stéphanas, de Fortunatus et d’Achaïcus, qui ont suppléé à votre absence ;

18 ils ont en effet tranquillisé mon esprit et le vôtre. Sachez donc apprécier de tels hommes.

19 Les Églises d’Asie vous saluent. Aquilas et Prisca vous saluent bien dans le Seigneur, ainsi que l’assemblée qui se réunit chez eux.

20 Tous les frères vous saluent. Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser.

21 La salutation est de ma main, à moi, Paul.

22 Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit anathème ! “Maran atha.”

23 La grâce du Seigneur Jésus soit avec vous !

24 Je vous aime tous dans le Christ Jésus.

Hymne de saint Grégoire le Théologien – Venir à la lumière

Nous te bénissons, Père des lumières,
Christ, Verbe de Dieu, splendeur du Père,
Lumière de lumière, et source de lumière,
Esprit de feu, souffle du Fils comme du Père.
Trinité Sainte, lumière indivisée, Tu dissipas les ténèbres pour créer
Un monde lumineux, d’ordre et de beauté,
Qui porterait ta ressemblance.
De raison et sagesse tu éclairas l’homme,
L’illuminas du sceau de ton Image,
Pour que dans ta lumière, il voie la lumière (Ps 37/36,10),
Et tout entier devienne lumière.
Tu fis briller au ciel d’innombrables lumières,
Ordonnas au jour et à la nuit
De s’entendre à se partager le temps
Tour à tour, paisiblement.
La nuit met fin au travail du corps fatigué,
Le jour appelle aux œuvres que Tu aimes,
Nous apprend à fuir les ténèbres, à nous hâter
Vers ce jour qui n’aura plus de nuit.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Dieu a tant aimé le monde

Chapitre III versets 13 à 17

13 Nul n’est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme.
14 Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme,
15 afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle.
16 Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.
17 Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui

Homélie prononcée à la crypte par Père Boris le 6 septembre 2009

Nativité de la Très-Sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie

Philippiens II, 5-11 ; évangile selon saint Luc X, 38-42, XI, 27-28

La Nativite de la Mere de DieuAu Nom du Père et Fils et du Saint Esprit,

Mes chers frères et sœurs, chers amis, nous célébrons aujourd’hui la première grande fête de l’année liturgique, la naissance de la Vierge Marie, la Nativité de la Mère de Dieu. Il y a à peine quelques semaines nous avons célébré son départ vers le Ciel, son Assomption, sa Dormition comme nous le disons chez nous. Et ainsi nous avons clos l’année liturgique.

Dans l’Église Orthodoxe, le 1er septembre est le premier jour de l’année liturgique et non pas le 1er janvier, et par conséquent ce nouveau cycle liturgique nous le commençons avec la fête de la Mère de Dieu. On peut dire que, de sa Nativité à sa Dormition, la présence de Marie enveloppe toute l’année liturgique.

En effet, les événements du Salut sont entièrement accompagnés de la présence de la Mère de Dieu. Ainsi, les épisodes de la vie de la Vierge Marie manifestent et dévoilent le plan du Salut. Tout d’abord nous commençons par sa naissance, puis nous assisterons à son entrée dans le Temple, ensuite ce sera l’Annonciation – “l’Annonce faite à Marie” comme on dit – et peu après la Nativité de Jésus. Ensuite la vie de Marie suivra la succession des événements de la vie du Seigneur car nous voyons que dans tous les événements de la vie du Seigneur – sans exception, on peut le dire – la Mère de Dieu est présente.

À la Nativité et à la Présentation au Temple, Marie est, bien sûr, présente, mais encore certainement au baptême et à la Transfiguration comme le chante le tropaire : “par les prières de la Mère de Dieu” ; ensuite tout au long de la Passion, elle est là jusqu’au pied de la Croix ainsi que lors de la Résurrection car, dans la Tradition de l’Église, la Mère de Dieu fut la première à entendre la nouvelle de la Résurrection. Nous le chantons à Pâques : “L’ange chanta à la Pleine de Grâce, “ô Vierge Pure, réjouis-toi ! Je te redis : Réjouis-toi ! Ton Fils est ressuscité du tombeau le troisième jour.”” où précisément le “de nouveau je te le dis réjouis-toi” est une allusion et un rappel de la première fois où le “réjouis-toi” fut dit par l’archange Gabriel à la Vierge Marie, à Nazareth. Ensuite, la Mère de Dieu est présente à l’Ascension du Sauveur où, dans toutes les icônes, la Mère de Dieu est entourée des apôtres et, enfin, à la Pentecôte également puisque, selon l’évangéliste Luc, la Mère de Dieu était là avec les disciples. Après le départ de Jésus puis la Pentecôte, la Mère de Dieu accompagnera encore l’Église naissante en demeurant auprès des disciples jusqu’au moment où le Seigneur l’appellera et viendra Lui-même prendre son âme et l’élever au Ciel où elle demeure depuis dans la gloire de Dieu.

Aujourd’hui, nous en sommes au premier instant, au premier stade, au premier acte, voici la naissance toute simple d’une enfant de Judée née de parents Juifs, Joachim et Anne. Toutefois, ils sont tous les deux stériles et désormais âgés ; par conséquent cette naissance toute simple est en réalité un don de Dieu car c’est véritablement un miracle dépassant tout entendement humain, si Anne a pu enfanter et mettre au monde cette enfant qu’elle appelle du nom de Marie, Mariam.

Dans une famille juive profondément croyante, cette naissance fut évidemment une très grande joie. Néanmoins nous pouvons dire que cette naissance s’est accomplie aussi dans un certain silence. Un certain silence entoure cette naissance miraculeuse parce qu’au-delà de l’événement concret de cette naissance le monde ignore qu’elle est la réponse divine à un vœu des parents. Le monde ignore encore que cette enfant qui naît est déjà l’accomplissement du vœu de Joachim et Anne de voir consacré leur enfant au Seigneur. Le monde ignore que cette naissance relève du plan de Dieu et de la Providence divine. Et le Seigneur agréera cette consécration, Il l’acceptera et par conséquent Marie porte, on peut le dire, dès sa naissance ce sceau, ce signe, cette marque de consécration profonde au Seigneur. Marie grandira, subtilement imprégnée de cette consécration comme d’ailleurs le souligne une tradition. Selon celle-ci, Marie apprit à lire dans les Saintes Écritures – à cette époque-là, les Écritures désignent l’Ancien Testament, c’est-à-dire Moïse et les Prophètes – et quand elle lut cette parole du prophète Isaïe que nous retrouvons aussi dans l’Évangile “voici que la vierge enfantera et mettre au monde un fils et on lui donnera le nom d’Emmanuel” alors Marie s’est écrié “Ah mon Dieu ! Combien je voudrais être seulement la servante de celle qui mettra au monde cet enfant, le Messie !”

Eh bien il lui fut donné d’être la servante du Seigneur mais plus que cela encore : la Mère du Messie. Mais n’anticipons pas, nous n’en sommes pas là aujourd’hui. Ce qui s’accomplit aujourd’hui a lieu dans un certain silence intérieur, parce que les choses, comme le disent saint Ignace et les Pères de l’Église, les choses les plus importantes s’accomplissent dans le silence.

C’est même dans le silence du Père que le Père engendre éternellement son Fils. Ce silence est, par conséquent, une qualité essentielle de notre vie. Si Marie, comme nous le savons et le chantons, a vécu sa jeunesse et son adolescence dans le silence, l’adoration et la prière perpétuelle, et ce, jusqu’au moment où lui apparut l’archange Gabriel, alors, à sa suite, nous devons, nous aussi, entrer dans ce même silence, le silence de celle qui grandira pour être digne de recevoir dans son sein le Verbe éternel, le Fils du Père.

Entrer dans ce même silence signifie que, à l’image de la Mère de Dieu, il nous faut essayer de faire croître dans l’espace de notre cœur une qualité de silence, non pas un silence de vide mais un silence spirituel qui est un silence de très grande plénitude.

Quand nous vivons ce silence, alors le Seigneur s’approche et vient habiter en nous au point que, comme le disent les Pères, nous vivons à l’image de la Mère de Dieu cette maternité – ou cette paternité car en Dieu il n’y a pas de sexe – par laquelle Jésus petit enfant descend dans notre cœur, y vit comme un enfant pour grandir peu à peu jusqu’à occuper toute la place de notre cœur et de notre vie.

Aujourd’hui, à l’insu de tous, dans le silence et la simplicité se vit un premier acte du plan divin. Ainsi tout commence par la venue au monde de celle qui est cachée encore dans le mystère de Dieu.

Le plan divin se révélera plus tard, à Nazareth, par l’archange Gabriel à Marie. Pour le moment, ne brûlons pas les étapes et ne nous impatientons pas, mais, au contraire, vivons simplement le mystère et rendons grâce au Seigneur pour cette venue de Marie dans le monde. Profitons de ce temps de silence et d’attente pour demander que Marie couvre de son voile protecteur – de son Pokrov – toute notre Église et qu’elle couvre, on peut le dire, de son amour maternel, chacun de nous dans notre existence entière. Telle est la promesse que nous annonce cette fête d’aujourd’hui. La Nativité de la Mère de Dieu est véritablement la promesse que Marie, qui n’est encore qu’un tout petit bébé, un tout petit enfant, grandira pour occuper toute la place dans notre Église, dans notre monde créé, dans notre vie et dans notre cœur,

Amen.
Père Boris

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