Posts in Category: Commentaire patristique

Commentaire patristique par saint Jean-Chrysostome – La Libération des captifs

En ce jour Jésus Christ est entré en conquérant dans les abîmes des enfers. En ce jour ” il a brisé les portes d’airain, il a rompu les verrous de fer “, comme le dit Isaïe (45,2). Remarquez ces expressions. Il ne dit pas qu’il ” a ouvert ” les portes d’airain, ni qu’il les a enlevées, mais qu’il les ” a brisées “, pour faire comprendre qu’il n’y a plus de prison, pour dire que Jésus a anéanti ce séjour des captifs. Une prison où il n’y a plus ni portes ni verrous ne peut plus retenir de prisonniers. Ces portes que le Christ a brisées, qui pourrait les rétablir ? Ces verrous qu’il a rompus, quel homme pourrait les remettre ?
Quand les princes de la terre relâchent des détenus en envoyant des lettres de grâce, ils laissent subsister les portes et les gardes de la prison, pour montrer à ceux qui sortent qu’ils peuvent y rentrer encore, eux ou d’autres. Le Christ n’agit pas de la sorte. En brisant les portes d’airain, il témoigne qu’il n’y a plus de captivité, plus de mort.
Pourquoi des portes ” d’airain ” ? Parce que la mort était impitoyable, inflexible, dure comme le diamant. Jamais pendant tous les siècles avant Jésus Christ, jamais aucun de ses captifs n’avait pu lui échapper, jusqu’au jour où le Souverain du ciel est descendu dans l’abîme pour lui arracher ses victimes.

Commentaire de saint Jean Chrysostome sur les Démoniaques . Extrait de son homélie XXVIII sur l’Évangile de Mathieu

Lorsque Jésus-Christ eût quitté la mer, il fit voir un autre miracle encore plus terrible.

Deux démoniaques,.en le voyant, furent saisis de frayeur comme des esclaves fugitifs qui aperçoivent leur Maître. Ecoutons l’Evangile : ” Jésus ensuite étant passé à l’autre bord, dans le pays des Géraséniens, il vint au devant de lui deux possédés sortant des tombeaux; ils étaient si furieux que personne n’osait passer par ce chemin-là (28). Et ils commencèrent à. crier : Jésus, Fils de Dieu, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous? Etes-vous venu ici pour nous tourmenter s avant le temps (29)? ” Pendant que le peuple regarde Jésus-Christ comme un ” homme “, les démons viennent publier qu’il est ” Dieu”. Et ceux qui n’avaient pas entendu la voix de cette mer agitée d’abord, puis tout d’un coup calmée, entendirent les démons répéter à haute voix et distinctement ce que la mer avait déjà proclamé si haut par son subit apaisement. Et afin que ces paroles des démons ne parussent point une flatterie, ils en font voir tout d’abord la vérité, en avouant ce qu’ils souffrent: “Etes-vous venu ici, ” disent-ils, ” pour nous tourmenter avant le temps? ” Ils déclarent d’abord qu’ils sont ses ennemis, afin que la prière qu’ils lui feraient ensuite ne parût point une chose concertée. Ils étaient invisiblement tourmentés; Ils sentaient des agitations plus grandes que celles des flots de la mer. La présence de Jésus-Christ les brûlait au dedans d’eux-mêmes et leur faisait souffrir des maux effroyables.

Comme personne n’osait amener ces possédés à Jésus-Christ, il les va trouver lui-même. Saint Matthieu marque seulement qu’ils dirent à Jésus-Christ ” Etes-vous venu ici pour nous tourmenter avant le temps? ” Mais les autres évangélistes ajoutent : ” Qu’ils le priaient et le conjuraient de ne les point jeter dans l’abîme. ” Car ils crurent que le temps marqué pour leur supplice était venu, et ils furent saisis de crainte, se croyant près d’être précipités dans l’enfer. Que si saint Luc ne parIe que d’un possédé, tandis que saint Matthieu parle de deux, ce n’est point une contradiction. Si saint Luc assurait formellement qu’il n’y en avait qu’un et qu’il n’y en avait point d’autre avec lui, ce serait alors qu’il combattrait ce que saint Matthieu a dit. Mais lorsqu’un évangéliste ne parle que d’un possédé et qu’un autre parle de deux, ce n’est plus se contredire, mais rapporter différemment une même histoire. Il me semble que saint Luc ne parle que d’un, parce qu’il avait dans l’esprit le plus violent de ces possédés. C’est pourquoi il s’arrête à décrire ce malheur d’une manière plus tragique, et rapporte que brisant toutes les chaînes dont on le ” voulait lier, il errait dans les déserts. ” Saint Marc ajoute : ” Qu’il se frappait à coups de pierres. ” Mais les seules paroles de ces possédés suffisent .pour faire voir leur cruauté et leur impudence : ” Etes-vous venu pour nous punir avant le temps?” disent-ils. Ne pouvant pas dire qu’ils n’ont pas péché, tout ce qu’ils demandent, c’est qu’ils ne soient point (233) châtiés de leurs crimes avant le temps destiné à leur supplice. Comme le Sauveur les surprenait au milieu de leurs coupables pratiques, exerçant leur malice à pervertir et à tourmenter ses créatures, ils crurent que cédant à l’indignation que lui causait leurs excès, il ne différerait pas davantage à les punir. C’est dans cette appréhension qu’ils conjurent le Fils de Dieu et qu’ils lui disent : ” Etes-vous venu ” pour nous punir avant le temps? ” Ceux que les chaînes ne pouvaient arrêter, qui brisaient leurs fers, qui se tenaient sur les montagnes, en descendent enfin d’eux-mêmes et de leur propre mouvement, viennent trouver le Sauveur, enchaînés qu’ils sont par sa puissance; ils empêchaient les autres de passer, et c’est maintenant Jésus-Christ qui leur ferme le passage, et ils s’arrêtent immobiles devant lui.

Mais d’où vient qu’ils se plaisaient tant dans les sépulcres? Pour insinuer dans l’esprit des hommes quelque croyance funeste, par exemple pour leur persuader que les âmes des morts deviennent des démons. Ce que je prie Dieu, mes frères, de détourner à jamais de notre pensée. Mais si cela n’est ainsi, me dira quelqu’un, comment se fait-il qu’il y a des magiciens qui s’emparent de petits enfants, et qui les égorgent pour se faire de leurs âmes des auxiliaires dans leurs entreprises? – Il se peut que des magiciens égorgent des enfants comme plusieurs personnes l’affirment; mais d’où savez-vous que les âmes de ces enfants agissent ensuite de concert avec eux pour faire réussir leurs projets?

Les démons eux-mêmes, me direz-vous, crient tous les jours : Je suis l’âme d’un tel. Mais cela n’est-il pas un piège qu’ils nous tendent, et un effet de leur tromperie? Ce n’est point l’âme de cet homme mort qui parle de la sorte, c’est le démon qui feint de l’être, et qui tâche de nous séduire par cette imposture. Si l’âme pouvait passer dans la substance d’un démon, elle rentrerait encore bien plus aisément dans le corps même d’où elle est sortie. Quelle apparence y aurait-il d’ailleurs, qu’une âme outragée et déshonorée, voulût servir à celui même qui l’outrage, et l’aider dans ses desseins? Et qui croira qu’un homme puisse faire qu’une substance spirituelle se transforme en une autre substance? Si cela est impossible dans les corps; et si le corps d’un homme ne se change point en celui d’une bête, combien 1. (Voyez la note de la page 167 du tome 1er.) est-il moins croyable que son âme puisse se changer en la substance d’un démon?

3. C’est pourquoi il faut mépriser ces discours, comme des contes de vieilles femmes ivres et comme des fables bonnes à faire peur aux enfants. Une fois qu’une âme est séparée de son corps, il ne lui est plus permis d’être dans ce monde. L’Ecriture dit : ” Que les âmes des justes sont dans la main de Dieu. ” (Sap. III, 1) Si les âmes des justes sont dans la main de Dieu, il est hors de doute aussi que celle des enfants qui n’ont point péché y sont. Nous savons aussi que les âmes des pécheurs sont aussitôt après leur mort enlevées de ce monde, comme nous le voyons dans l’histoire du Lazare et du mauvais riche; et Jésus-Christ dit en un autre endroit de son Evangile : ” On vous redemandera votre âme. ” (Luc, XII, 20.) Il est donc certain que dès qu’une âme est sortie de son corps, elle ne peut plus demeurer sur la terre. Et certes cela paraît bien raisonnable. Si lorsque nous voyageons en ce monde, revêtus de notre corps, sur une terre qui nous est cependant familière et connue, nous ne savons plus, pour peu que nous entrions dans une voie nouvelle, de quel côté dirige nos pas, et que nous avons besoin de quelqu’un qui nous guide; comment une âme, arrachée de son corps, et tout à coup transportée dans des régions qu’elle ne connaît point, pourra-t-elle savoir de quel côté se tourner, sans quelqu’un qui lui montre le chemin?

Commentaires patristiques par saint Nicolas Cabasilas (XIVe siècle) et par saint Aphraate le Sage Persan (IVe siècle)

Commentaire patristique par saint Nicolas Cabasilas

Il ne faut pas s’étonner si ce qu’on voit est poussière et rien d’autre. Car le trésor est à l’intérieur.
“Notre vie, dit l’Écriture, est cachée” ; et l’écrin est un vase d’argile. Nous avons ce trésor dans des vases d’argiles, a dit Paul. Aussi ceux qui ne perçoivent que l’extérieur ne peuvent-ils voir que l’argile.

Mais quand le Christ se montrera, cette poussière manifestera aussi sa propre beauté, lorsqu’elle apparaîtra comme membre de cet éclair, qu’elle s’ajustera au soleil et qu’elle émettra le même rayonnement que lui.

“Les justes, dit le Christ, resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père” ; ce qu’il appelle “royaume du Père”, c’est ce rayonnement dans lequel, resplendissant lui-même, il apparut aux apôtres, qui ont vu “le royaume de Dieu, comme il le dit lui-même, venu avec puissance.”

Les justes resplendiront aussi ce jour-là d’une splendeur et d’une même gloire, joyeux eux de recevoir et lui de donner. Car ce pain-là, ce corps qu’ils auront emportés de la sainte Table en quittant ce monde, quand ils arriveront là-bas, c’est lui qui paraîtra alors aux yeux de tous sur les nuées, et montrera son éclat de l’orient à l’occident, tel un éclair, en un instante.

C’est avec ce rayonnement que vivent les bienheureux et une fois morts la lumière ne les quitte pas

Commentaire patristique par saint Aphraate le Sage Persan († v.345)

“Les disciples comprirent qu’il leur parlait de Jean le Baptiste”

Notre Seigneur témoigne de Jean qu’il est le plus grand des prophètes, mais il a reçu l’Esprit de façon mesurée, puisque Jean a obtenu un esprit pareil à celui qu’avait reçu Élie.

De même qu’Élie était demeuré dans la solitude, ainsi l’Esprit de Dieu a emmené Jean demeurer dans le désert, dans les montagnes et dans les grottes. Un corbeau avait volé au secours d’Élie pour le nourrir ; Jean mangeait des sauterelles volantes. Élie portait une ceinture de peau ; Jean portait un pagne de peau autour des reins. Élie a été persécuté par Jézabel ; Hérodiade a persécuté Jean. Élie avait réprimandé Achab ; Jean a réprimandé Hérode. Élie avait divisé les eaux du Jourdain ; Jean a ouvert le baptême.

Le double de l’esprit d’Élie s’est posé sur Élisée ; Jean a imposé les mains à notre Sauveur, qui a reçu l’Esprit sans mesure (Jn 3,34). Élie ouvrit le ciel et s’éleva, Jean vit les cieux ouverts et l’Esprit de Dieu descendre et se poser sur notre Sauveur.

Commentaire patristique par Origène « Vraiment, tu es le Fils de Dieu »

Lorsque nous aurons tenu bon durant les longues heures de la nuit obscure qui règne dans les moments d’épreuve, quand nous aurons lutté de notre mieux…, soyons sûrs que vers la fin de la nuit, « lorsque la nuit sera avancée et que poindra le jour » (Rm 13,12), le Fils de Dieu viendra près de nous, en marchant sur les flots. Lorsque nous le verrons apparaître ainsi, nous serons saisis de trouble jusqu’au moment où nous comprendrons clairement que c’est le Sauveur qui est venu parmi nous. Croyant encore voir un fantôme, nous crierons de frayeur, mais lui nous dira aussitôt : « Ayez confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ».

Peut-être que ces mots rassurants feront surgir en nous un Pierre en route vers la perfection, qui descendra de la barque, certain d’avoir échappé à l’épreuve qui le secouait. Tout d’abord, son désir d’aller au-devant de Jésus le fera marcher sur les eaux. Mais sa foi étant encore peu assurée et lui-même dans le doute, il remarquera la « force du vent »,il prendra peur et commencera à couler. Pourtant il échappera à ce malheur car il lancera vers Jésus ce grand cri : « Seigneur, sauve-moi ! » Et à peine cet autre Pierre aura-t-il fini de dire « Seigneur sauve-moi ! » que le Verbe étendra la main pour lui porter secours, et le saisira au moment où il commencera à couler, lui reprochant son peu de foi et ses doutes. Note cependant qu’il n’a pas dit : « Incrédule » mais « homme de peu de foi », et qu’il est écrit : « Pourquoi as-tu douté ? », c’est-à-dire : « Tu avais bien un peu de foi, mais tu t’es laissé entraîner dans le sens contraire ». Et là-dessus, Jésus et Pierre remonteront dans la barque, le vent se calmera et les passagers, comprenant à quels dangers ils ontéchappé, adoreront Jésus en disant : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ». Ces paroles-là, ce ne sont que les disciples proches de Jésus dans la barque qui les disent.

Origène

Commentaire patristique sur la multiplication des pains par saint Ephrem le Syrien

La multiplication des pains

Au désert, notre Seigneur a multiplié le pain, et à Cana il a changé l’eau en vin. Il a habitué ainsi la bouche de ses disciples à son pain et à son vin, jusqu’au temps où il leur donnerait son corps et son sang. Il leur a fait goûter un pain et un vin transitoires pour exciter en eux le désir de son corps et de son sang vivifiants. Il leur a donné ces petites choses généreusement, pour qu’ils sachent que son don suprême serait gratuit. Il les leur a données gratuitement, bien qu’ils auraient pu les lui acheter, afin qu’ils sachent qu’on ne leur demanderait pas de payer une chose inestimable : car, s’ils pouvaient payer le prix du pain et du vin, ils ne pourraient pas payer son corps et son sang.

Non seulement il nous a comblés gratuitement de ses dons, mais encore il nous a traités avec affection. Car il nous a donné ces petites choses gratuitement pour nous attirer, afin que nous venions à lui et recevions gratuitement ce bien si grand qu’est l’eucharistie. Ces petites portions de pain et de vin qu’il a données étaient douces à la bouche, mais le don de son corps et de son sang est utile à l’esprit. Il nous a attirés par ces aliments agréables au palais afin de nous entraîner vers ce qui donne la vie à nos âmes…

L’œuvre du Seigneur atteint tout : en un clin d’œil, il a multiplié un peu de pain. Ce que les hommes font et transforment en dix mois de travail, ses dix doigts l’ont fait en un instant… D’une petite quantité
de pain est née une multitude de pains ; il en a été comme lors de la première bénédiction : “Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre” (Gn 1,28).

Commentaire de saint Romanos le Mélode – Marie Madeleine, envoyée annoncer la résurrection

Saint Romanos le Mélode (?-vers 560), compositeur d’hymnes
Hymne 40 (trad. SC 128, p. 397s rev.)

Marie Madeleine, envoyée annoncer la résurrection

Celui qui sonde les coeurs et les reins (Ps 7,10), sachant que Marie reconnaîtrait sa voix, appelait son agneau en vrai pasteur (Jn 10,4) disant : « Marie ! » Elle dit aussitôt : « Oui, c’est bien mon bon pasteur qui m’appelle pour me compter désormais avec les quatre-vingt-dix-neuf brebis (Lc 15,4). Je vois derrière lui des légions de saints, des armées de justes… Je sais bien qui il est, celui qui m’appelle ; je l’avais dit, c’est mon Seigneur, c’est celui qui offre aux hommes déchus la résurrection ». Emportée par la ferveur de l’amour, la jeune femme voulut saisir celui qui remplit toute la création… Mais le Créateur…l’éleva vers le monde divin en disant : « Ne me touche pas ; me prendrais-tu seulement pour un mortel ? Je suis Dieu, ne me touche pas… Lève là-haut tes yeux et regarde le monde céleste ; c’est là que tu dois me chercher. Car je monte vers mon Père, que je n’ai pas quitté. J’ai toujours été en même temps que lui, je partage son trône, je reçois le même honneur, moi qui offre aux hommes déchus la résurrection. « Que ta langue désormais proclame ces choses et les explique aux fils du Royaume qui attendent que je m’éveille, moi, le Vivant. Va vite, Marie, rassemble mes disciples. J’ai en toi une trompette à la voix puissante ; sonne un chant de paix aux oreilles craintives de mes amis cachés, éveille-les tous comme d’un sommeil, afin qu’ils viennent à ma rencontre. Va dire : ‘ L’époux s’est éveillé, sortant de la tombe. Apôtres, chassez la tristesse mortelle, car il s’est levé, celui qui offre aux hommes déchus la résurrection ’ »… Marie s’exclame : « Tout d’un coup mon deuil s’est changé en liesse, tout m’est devenu joie et allégresse. Je n’hésite pas à le dire : j’ai reçu la même gloire que Moïse (Ex 33,18s). J’ai vu, oui, j’ai vu, non sur la montagne, mais dans le sépulcre, voilé non par la nuée, mais par un corps, le maître des êtres incorporels et des nuées, leur maître hier, maintenant et à jamais. Il m’a dit : ‘ Marie, hâte-toi ! Comme une colombe portant un rameau d’olivier, va annoncer la bonne nouvelle aux descendants de Noé (Gn 8,11). Dis-leur que la mort est détruite et qu’il est ressuscité, celui qui offre aux hommes déchus la résurrection ’ ».

Commentaire de saint Cyrille de Jérusalem : Celui que mon cœur aime

Commentaire du jour

Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l’Eglise
Catéchèse baptismale n° 14 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 204 ; cf Eds. du Soleil Levant, p. 305)

« Près du lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin un tombeau neuf… C’est là qu’ils déposèrent Jésus » (Jn 19,41-42)

En quelle saison se réveille le Sauveur ? Dans le Cantique des Cantiques il est dit : « L’hiver est passé, la pluie a cessé, les fleurs
ont apparu sur notre terre…» (2,11-12). Est-ce que la terre n’est pas actuellement pleine de fleurs…? Comme le mois d’avril est arrivé, c’est désormais le printemps. Or, c’est en cette saison, c’est en ce premier mois du calendrier hébraïque, que l’on célèbre la Pâque, autrefois en symbole, maintenant en réalité…

Un jardin fut le lieu de la sépulture du Seigneur… Et que va dire celui qui est enseveli dans le jardin ? « J’ai récolté ma myrrhe avec mes aromates, la myrrhe et l’aloès avec tous les parfums » (Ct 5,1;4,14), car tout cela symbolise la sépulture. Les évangiles disent aussi : « Les femmes vinrent au tombeau apportant les aromates qu’elles avaient préparés » (Lc 24,1)…

Car, avant d’entrer dans la chambre haute en traversant les portes closes, l’Époux et le médecin des âmes avait été cherché par des femmes au coeur fort. Les saintes femmes vinrent au tombeau, et elles cherchaient celui qui était ressuscité… Marie vint, selon l’évangile, se mit à chercher et ne trouva pas, puis elle recueillit le message des anges et enfin elle vit le Christ. Ces circonstances avaient-elles été décrites elles aussi? Oui, car Marie dit dans le Cantique : « Sur ma couche, la nuit, j’ai cherché celui que mon coeur aime » (3,1)… « Marie, dit l’évangile, vint alors qu’il faisait encore nuit. » (Jn 20,1) « La nuit, je l’ai cherché ; je l’ai cherché et je ne l’ai pas trouvé. » Et dans l’évangile Marie dit : « Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où ils l’ont mis. » Mais les anges survinrent alors : « Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant ? » (Lc 24,5)… Marie ne le reconnaissait pas, et c’est en son nom que le Cantique des Cantiques disait : « N’avez-vous pas vu celui que mon coeur aime ? » « À peine avais-je croisé les gardes (il s’agit des deux anges), aint Cyrille de JérusalemJe l’ai saisi et ne l’ai pas lâché. » (3,3-4)

Basile de Séleucie : Nous avons vu le Seigneur

Commentaire du jour

Basile de Séleucie (?-v. 468), évêque
Sermon pour la résurrection (trad. Brésard, 2000 ans B, p. 128 rev.)

« Nous avons vu le Seigneur »

Cachés dans une maison, les apôtres voient le Christ ; il entre, toutes portes closes. Mais Thomas, absent alors…, bouche ses oreilles et veut ouvrir ses yeux… Il laisse éclater son incrédulité, espérant ainsi que son désir sera exaucé. « Mes doutes ne disparaîtront qu’à sa vue, dit-il. Je mettrai mon doigt dans les marques des clous, et j’étreindrai ce Seigneur que je désire tant. Qu’il blâme mon manque de foi, mais qu’il me comble de sa vue. Maintenant je suis incroyant, mais lorsque je le verrai, je croirai. Je croirai lorsque je le serrerai dans les bras et le contemplerai. Je veux voir ces mains trouées, qui ont guéri les mains malfaisantes d’Adam. Je veux voir ce flanc, qui a chassé la mort du flanc de l’homme. Je veux être le propre témoin du Seigneur et le témoignage d’autrui ne me suffit pas. Vos récits exaspèrent mon impatience. L’heureuse nouvelle que vous apportez ne fait qu’aviver mon trouble. Je ne guérirai de ce mal, que si je touche le remède de mes mains. »

Le Seigneur réapparaît et dissipe à la fois la tristesse et le doute de son disciple. Que dis-je ? Il ne dissipe pas son doute, il comble son attente. Il entre, toutes portes closes.

Commentaire patristique de saint Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

« Alors leurs yeux s’ouvrirent »
Maître, ô Christ, Maître qui sauves les âmes, Dieu, Maître de toutes les Puissances visibles et invisibles, parce que Créateur de tout ce qui est dans le ciel, et de ce qui existe au-dessus du ciel, de ce qui est sous la terre, mais aussi de ce qui est sur la terre…
Tu tiens tout dans ta main, car c’est ta main, ô Maître, cette grande puissance qui accomplit la volonté de ton Père,qui forge, réalise, crée et dirige nos vies de manière inexprimable.
C’est elle donc qui m’a créé moi aussi et du néant m’a fait venir à l’être. Et moi, j’étais né dans ce monde et je t’ignorais totalement, toi le bon Maître, toi mon créateur, toi qui m’as façonné, et j’étais dans le monde comme un aveugle et comme sans Dieu, car j’ignorais mon Dieu.
Alors en personne tu as eu pitié, tu m’as regardé, tu m’as converti, ayant fait briller ta lumière dans mon obscurité, et tu m’as attiré vers toi, ô Créateur. Et après m’avoir arraché du fond de la fosse…des désirs et des plaisirs de cette vie, tu m’as montré le chemin, tu m’as donné un guide pour me conduire vers tes commandements. Je le suivais, je le suivais, sans souci…
Mais aussi, quand je te voyais, toi, le Bon Maître là avec mon guide et avec mon Père, j’éprouvais un amour, un désir indicibles. J’étais au-delà de la foi, au-delà de l’espérance et je disais : « Voici que je vois les biens à venir (cf He 10,1), il est là, le Royaume des cieux. Je vois sous mes yeux ‘ces biens que l’œil n’a pas vus et dont l’oreille n’a pas entendu parler’ » (Is 64,3; 1Co 2,9).

Commentaire patristique par saint Irénée de Lyon (130-208)

“Ainsi…il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés”
Au commencement ce n’était pas parce qu’il avait besoin de l’homme que Dieu a modelé Adam, mais pour avoir quelqu’un en qui déposer ses bienfaits. Car non seulement avant Adam, mais avant même la création, le Verbe glorifiait le Père, tout en demeurant en lui, et il était glorifié par le Père, comme il le dit lui-même : « Père, glorifie-moi de la gloire que j’avais auprès de toi avant le commencement du monde ». Ce n’était pas davantage parce qu’il avait besoin de notre service qu’il nous a commandé de le suivre, mais pour nous procurer le salut. Car suivre le Sauveur c’est avoir part au salut, comme suivre la lumière c’est avoir part à la lumière.
Lorsque des hommes sont dans la lumière, ce ne sont pas eux qui illuminent la lumière et la font resplendir, mais ils sont illuminés et rendus resplendissants par elle ; loin de lui apporter quoi que ce soit, ils bénéficient de la lumière et en sont illuminés. Ainsi en va-t-il du service envers Dieu ; notre service n’apporte rien à Dieu, car Dieu n’a pas besoin du service des hommes ; mais, à ceux qui le servent et qui le suivent, Dieu donne la vie, l’incorruptibilité et la gloire éternelle…
Si Dieu sollicite le service des hommes, c’est pour pouvoir, lui qui est bon et miséricordieux, accorder ses bienfaits à ceux qui persévèrent dans son service. Car, si Dieu n’a besoin de rien, l’homme a besoin de la communion de Dieu. La gloire de l’homme, c’est de persévérer dans le service de Dieu. C’est pourquoi le Seigneur disait à ses disciples : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis » (Jn 15,16). Il indiquait par là que ce n’étaient pas eux qui le glorifiaient en le suivant, mais que, pour avoir suivi le Fils de Dieu, ils étaient glorifiés par lui. « Père, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire » (Jn 17,24).
Contre les hérésies, IV, 14 (trad. SC 100, p. 537 rev.)

Top