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Saint Jacques de Saroug Commentaire patristique par Jacques de Saroug

« Venez au repas de noce »

Icône de saint Jacques de Saroug

Les femmes ne sont pas aussi étroitement unies à leurs maris que l’Eglise au Fils de Dieu. Quel autre époux que notre Seigneur est jamais mort pour son épouse, et quelle épouse a jamais choisi comme époux un crucifié ? Qui a jamais donné son sang en présent à son épouse, sinon celui qui est mort sur la croix et a scellé son union nuptiale par ses blessures ? Qui a-t-on jamais vu mort, gisant au banquet de ses noces, avec, à son côté, son épouse qui l’étreint pour être consolée ? A quelle autre fête, à quel autre banquet, a-t-on distribué aux convives, sous la forme du pain, le corps de l’époux ?

La mort sépare les épouses de leurs maris, mais ici elle unit l’Epouse à son Bien-aimé. Il est mort sur la croix, a laissé son corps à sa glorieuse Epouse, et maintenant, à sa table, chaque jour, elle le prend en nourriture. Elle s’en nourrit sous la forme du pain qu’elle mange et sous la forme du vin qu’elle boit, afin que le monde reconnaisse qu’ils ne sont plus deux, mais un seul.

Homélie sur le voile de Moïse (trad. Guéranger/Delhougne)

Commentaire patristique par saint Basile de Césarée

Icône de saint Basile de Cesaree

À quand remettrons-nous d’obéir au Christ qui nous appelle dans son royaume céleste ?

Ne viendrons-nous pas à résipiscence ?

Ne nous exciterons-nous pas nous-mêmes à abandonner notre genre de vie habituelle pour la rigoureuse observance de l’Évangile ?

Ne nous mettrons-nous pas nous-mêmes sous les yeux ce jour à la fois solennel et terrible où ceux qui auront bien vécu seront reçus à la droite du Seigneur dans le Royaume de Dieu, tandis que se cacheront dans la sombre géhenne du feu éternel ceux que le Seigneur aura rejetés à sa gauche pour leur stérilité :

“Là, dit-il, il y aura des pleurs et des grincements de dents.” (Mt 1, 43)

Nous prétendons bien chercher le royaume de Dieu, mais nous nous préoccupons peu des moyens de l’obtenir.

Sans nous donner aucune peine pour observer les commandements du Seigneur, nous nous croyons, dans la vanité de notre âme, dignes de recevoir les mêmes récompenses que ceux qui ont résisté au péché jusqu’à la mort.

Commentaire par saint Patrick (385-461)

“Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras”

Icône de saint Patrick illuminateur de l’Irlande

Je suis grandement redevable à Dieu, qui m’a accordé une grâce si grande que, par mon intermédiaire, “des peuples nombreux” (1) sont nés à nouveau pour Dieu…: “Je t’ai établi comme une lumière parmi les nations, pour porter le salut jusqu’à l’extrémité de la terre” (2) … C’est ainsi que je veux “attendre ce qu’a promis” (3) celui qui ne fait jamais défaut, comme il en donne l’assurance dans l’Évangile : “Ils viendront de l’Orient et de l’Occident et se mettront à table avec Abraham, Isaac et Jacob”. (4) Ainsi nous avons confiance que des croyants viendront du monde entier.

C’est pourquoi il importe de s’adonner à la pêche comme il faut et avec vigilance, selon l’exhortation et l’enseignement du Seigneur qui dit : “Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’hommes.” (5) Il dit encore par les prophètes : “Voici que j’envoie des pêcheurs et des chasseurs en grand nombre.” (6) C’est pourquoi il était très important de tendre nos filets, afin “qu’une grande multitude [de poissons]” (7), “qu’une foule” (8) de gens soit prise pour Dieu et que, pour baptiser et exhorter le peuple, il y ait partout des prêtres, selon la parole du Seigneur : “Allez donc maintenant instruire toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé ; et voici que moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.” (9)

Références scripturaires
(1) Livre d’Ezéchiel chapitre 38, verset 6 : Si je t’envoyais vers de nombreux peuples à la langue difficile et inintelligible dont tu ne comprendrais pas les paroles, eux ils t’écouteraient.
(2) Livre d’Isaïe chapitre 49, verset 6 : Il dit : C’est peu que tu sois mon serviteur Pour relever les tribus de Jacob Et pour ramener les restes d’Israël : Je t’établis pour être la lumière des nations, Pour porter mon salut jusqu’aux extrémités de la terre.
(3) Actes des Apôtres chapitre 1er, verset 4 : Comme il se trouvait avec eux, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, ce que je vous ai annoncé, leur dit-il. Or, je vous déclare que plusieurs viendront de l’orient et de l’occident, et seront à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux.
(4) Évangile selon saint Mathieu chapitre 8, verset 11 : Il leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes.
(5) Évangile selon saint Mathieu chapitre 4, verset 19 : Maître, lui répondit Simon, nous avons travaillé toute la nuit et nous n’avons rien pris, mais, puisque tu me le demandes, je jetterai les filets. Ils les jetèrent et prirent tant de poissons que leurs filets menaçaient de se déchirer. En descendant avec eux de la colline, Jésus s’arrêta sur un plateau où se trouvaient un grand nombre de ses disciples, ainsi qu’une foule immense venue de toute la Judée, de Jérusalem et de la région littorale de Tyr et de Sidon. Tous étaient venus pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. Ceux qui étaient tourmentés par des esprits mauvais étaient délivrés.
(6) Livre de Jérémie chapitre 16, verset 16 : Voici, j’envoie une multitude de pêcheurs, dit l’Éternel, et ils les pêcheront ; Et après cela j’enverrai une multitude de chasseurs, et ils les chasseront De toutes les montagnes et de toutes les collines, Et des fentes des rochers.
(7) Évangile selon saint Luc chapitre 5, versets 5-6 : Maître, lui répondit Simon, nous avons travaillé toute la nuit et nous n’avons rien pris, mais, puisque tu me le demandes, je jetterai les filets. Ils les jetèrent et prirent tant de poissons que leurs filets menaçaient de se déchirer.
(8) Évangile selon saint Luc chapitre 6, versets 17-18 : En descendant avec eux de la colline, Jésus s’arrêta sur un plateau où se trouvaient un grand nombre de ses disciples, ainsi qu’une foule immense venue de toute la Judée, de Jérusalem et de la région littorale de Tyr et de Sidon. Tous étaient venus pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. Ceux qui étaient tourmentés par des esprits mauvais étaient délivrés.
(9) Évangile selon saint Mathieu chapitre 28, versets 19-20 Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.

Commentaire par saint Irénée de Lyon – La vigne de Dieu

Dieu a planté la vigne du genre humain par le modelage d’Adam (1) et l’élection des patriarches.

Puis il l’a confiée à des vignerons par le don de la Loi transmise par Moïse. Il l’a entourée d’une clôture, c’est-à-dire a circonscrit la terre qu’ils auraient à cultiver ; il a bâti une tour, c’est-à-dire il a choisi Jérusalem ; il a creusé un pressoir, c’est-à-dire a préparé ceux qui allait recevoir l’Esprit prophétique.

Et il leur a envoyé des prophètes avant l’exil de Babylone, puis après l’exil d’autres encore en plus grand nombre, pour réclamer les fruits et pour leur dire… :
“Redressez vos voies et vos habitudes de vie” (2)
“Jugez avec justice, pratiquez la pitié et la miséricorde chacun envers son frère ; n’opprimez pas la veuve et l’orphelin, l’étranger et le pauvre, et que personne d’entre vous ne rumine dans son cœur le souvenir de la méchanceté de son frère” (3)…
“Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez la malice de vos cœurs…, apprenez à faire le bien ; recherchez la justice ; sauvez celui qui souffre l’injustice” (4)…

Voilà par quelles prédications les prophètes réclamaient le fruit de la justice.

Mais comme ces gens demeuraient incrédules, il leur a envoyé finalement son Fils, notre Seigneur Jésus Christ, que ces mauvais vignerons ont tué et jeté hors de la vigne. C’est pourquoi Dieu l’a confié — non plus circonscrite, mais étendue au monde entier — à d’autres vignerons pour qu’ils lui en remettent les fruits en leur temps. La tour de l’élection se dresse partout dans son éclat, car partout resplendit l’Église ; partout aussi est creusé le pressoir car partout sont ceux qui reçoivent l’Esprit de Dieu…

C’est pourquoi le Seigneur disait à ses disciples, pour faire de nous de bons ouvriers :
“Tenez-vous sur vos gardes et veillez en tout temps, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie” (5)
“Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées : soyez semblables à des gens qui attendent leur maître” (6)

Saint Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, IV, 36, 2-3

Notes
(1) cf. Livre de la Genèse II, verset 7
(2) cf. Jérémie chapitre VII, verset 3
(3) cf. Zacharie chapitre VII, versets 9-10
(4) cf. Isaïe chapitre Ier, versets 16-17
(5) cf. Évangile de Luc chapitre XXI, versets 34-36.
(6) cf. Évangile de Luc chapitre XII, versets 35-36.

Commentaire patristique par saint Basile de Césarée

Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes

“Qui s’élève sera humilié, et qui s’abaisse sera élevé” (Mt 23,12)… Imitons le Seigneur qui est descendu du ciel jusqu’au dernier abaissement, et qui, en retour, a été élevé du dernier rang jusqu’à la hauteur qui lui convenait. Découvrons tout ce que nous enseigne le Seigneur pour nous conduire à l’humilité.

Petit bébé, le voici déjà dans une grotte, couché non dans un berceau, mais dans une mangeoire. Dans la maison d’un artisan et d’une mère sans ressources, il est soumis à sa mère et à son époux. Se laissant enseigner, écoutant ceux dont il n’avait nul besoin, il interrogeait, mais pourtant de telle sorte que par ses interrogations, on s’étonnait de sa sagesse. Il se soumet à Jean, et le Maître reçoit de son serviteur le baptême. Jamais il n’a résisté à ceux qui se dressaient contre lui, et n’a pas fait preuve de sa puissance invincible pour se libérer des mains qui l’enchaînaient, mais il s’est laissé faire, comme impuissant, et dans la mesure où il l’a jugé bon, il a donné prise sur lui à un pouvoir éphémère.

Il a comparu devant le grand prêtre en qualité d’accusé ; conduit devant le gouverneur, il s’est soumis à son jugement, et alors qu’il pouvait répondre aux calomniateurs, il a subi en silence leurs calomnies. Couvert de crachats par des esclaves et des servants indignes, il a été enfin livré à la mort, à une mort infamante aux yeux des hommes. Voilà comment s’est déroulé sa vie d’homme depuis sa naissance jusqu’à sa fin. Mais après un tel abaissement, il a fait éclater sa gloire… Imitons-le pour arriver, nous aussi, à la gloire éternelle.

Commentaire patristique Pasteur d’Hermas

« Viens au secours de mon peu de foi »

Chasse de ton âme le doute, n’hésite jamais à adresser à Dieu ta prière, en te disant : “Comment pourrais-je prier, comment pourrais-je être exaucé, après avoir tant offensé Dieu ?” Ne raisonne pas ainsi ; mais tourne-toi de tout ton coeur vers le Seigneur, et prie-le avec une pleine confiance. Tu connaîtras alors l’étendue de sa miséricorde ; tu verras que, loin de t’abandonner, il comblera les désirs de ton coeur. Car Dieu n’est pas comme les hommes qui gardent le souvenir du mal ; chez lui, pas de ressentiment, mais une tendre compassion envers ses créatures. Purifie donc ton coeur de toutes les vanités du monde, du mal et du péché…, et prie le Seigneur.
Tu obtiendras tout…, si ta prière est faite avec une entière confiance.
Mais si le doute se glisse dans ton coeur, aucune de tes demandes ne sera exaucée. Ceux qui doutent de Dieu sont des âmes doubles ; ils n’obtiennent rien de ce qu’ils demandent… Quiconque doute, à moins de se convertir, sera difficilement exaucé et sauvé. Purifie donc ton âme du doute, revêts-toi de la foi, car elle est puissante, et crois fermement que Dieu exaucera toutes tes demandes. Et s’il arrive qu’il tarde un peu à exaucer ta prière, ne retombe pas dans le doute pour n’avoir pas obtenu tout de suite ce que tu demandes ; ce retard est pour te faire grandir dans la foi. Ne cesse donc pas de demander ce que tu désires… Garde-toi du doute : il est pernicieux et insensé, il déracine la foi chez beaucoup, même chez ceux qui étaient très fermes… La foi est forte et puissante ; elle promet tout et elle réussit en tout ; le doute, faute de confiance, échoue en tout.

Hermas (IIe siècle)
Le Pasteur (trad. coll. Icthus, v.1, p. 168)

Commentaire patristique par saint Jean-Chrysostome – La Libération des captifs

En ce jour Jésus Christ est entré en conquérant dans les abîmes des enfers. En ce jour ” il a brisé les portes d’airain, il a rompu les verrous de fer “, comme le dit Isaïe (45,2). Remarquez ces expressions. Il ne dit pas qu’il ” a ouvert ” les portes d’airain, ni qu’il les a enlevées, mais qu’il les ” a brisées “, pour faire comprendre qu’il n’y a plus de prison, pour dire que Jésus a anéanti ce séjour des captifs. Une prison où il n’y a plus ni portes ni verrous ne peut plus retenir de prisonniers. Ces portes que le Christ a brisées, qui pourrait les rétablir ? Ces verrous qu’il a rompus, quel homme pourrait les remettre ?
Quand les princes de la terre relâchent des détenus en envoyant des lettres de grâce, ils laissent subsister les portes et les gardes de la prison, pour montrer à ceux qui sortent qu’ils peuvent y rentrer encore, eux ou d’autres. Le Christ n’agit pas de la sorte. En brisant les portes d’airain, il témoigne qu’il n’y a plus de captivité, plus de mort.
Pourquoi des portes ” d’airain ” ? Parce que la mort était impitoyable, inflexible, dure comme le diamant. Jamais pendant tous les siècles avant Jésus Christ, jamais aucun de ses captifs n’avait pu lui échapper, jusqu’au jour où le Souverain du ciel est descendu dans l’abîme pour lui arracher ses victimes.

Commentaire de saint Jean Chrysostome sur les Démoniaques . Extrait de son homélie XXVIII sur l’Évangile de Mathieu

Lorsque Jésus-Christ eût quitté la mer, il fit voir un autre miracle encore plus terrible.

Deux démoniaques,.en le voyant, furent saisis de frayeur comme des esclaves fugitifs qui aperçoivent leur Maître. Ecoutons l’Evangile : ” Jésus ensuite étant passé à l’autre bord, dans le pays des Géraséniens, il vint au devant de lui deux possédés sortant des tombeaux; ils étaient si furieux que personne n’osait passer par ce chemin-là (28). Et ils commencèrent à. crier : Jésus, Fils de Dieu, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous? Etes-vous venu ici pour nous tourmenter s avant le temps (29)? ” Pendant que le peuple regarde Jésus-Christ comme un ” homme “, les démons viennent publier qu’il est ” Dieu”. Et ceux qui n’avaient pas entendu la voix de cette mer agitée d’abord, puis tout d’un coup calmée, entendirent les démons répéter à haute voix et distinctement ce que la mer avait déjà proclamé si haut par son subit apaisement. Et afin que ces paroles des démons ne parussent point une flatterie, ils en font voir tout d’abord la vérité, en avouant ce qu’ils souffrent: “Etes-vous venu ici, ” disent-ils, ” pour nous tourmenter avant le temps? ” Ils déclarent d’abord qu’ils sont ses ennemis, afin que la prière qu’ils lui feraient ensuite ne parût point une chose concertée. Ils étaient invisiblement tourmentés; Ils sentaient des agitations plus grandes que celles des flots de la mer. La présence de Jésus-Christ les brûlait au dedans d’eux-mêmes et leur faisait souffrir des maux effroyables.

Comme personne n’osait amener ces possédés à Jésus-Christ, il les va trouver lui-même. Saint Matthieu marque seulement qu’ils dirent à Jésus-Christ ” Etes-vous venu ici pour nous tourmenter avant le temps? ” Mais les autres évangélistes ajoutent : ” Qu’ils le priaient et le conjuraient de ne les point jeter dans l’abîme. ” Car ils crurent que le temps marqué pour leur supplice était venu, et ils furent saisis de crainte, se croyant près d’être précipités dans l’enfer. Que si saint Luc ne parIe que d’un possédé, tandis que saint Matthieu parle de deux, ce n’est point une contradiction. Si saint Luc assurait formellement qu’il n’y en avait qu’un et qu’il n’y en avait point d’autre avec lui, ce serait alors qu’il combattrait ce que saint Matthieu a dit. Mais lorsqu’un évangéliste ne parle que d’un possédé et qu’un autre parle de deux, ce n’est plus se contredire, mais rapporter différemment une même histoire. Il me semble que saint Luc ne parle que d’un, parce qu’il avait dans l’esprit le plus violent de ces possédés. C’est pourquoi il s’arrête à décrire ce malheur d’une manière plus tragique, et rapporte que brisant toutes les chaînes dont on le ” voulait lier, il errait dans les déserts. ” Saint Marc ajoute : ” Qu’il se frappait à coups de pierres. ” Mais les seules paroles de ces possédés suffisent .pour faire voir leur cruauté et leur impudence : ” Etes-vous venu pour nous punir avant le temps?” disent-ils. Ne pouvant pas dire qu’ils n’ont pas péché, tout ce qu’ils demandent, c’est qu’ils ne soient point (233) châtiés de leurs crimes avant le temps destiné à leur supplice. Comme le Sauveur les surprenait au milieu de leurs coupables pratiques, exerçant leur malice à pervertir et à tourmenter ses créatures, ils crurent que cédant à l’indignation que lui causait leurs excès, il ne différerait pas davantage à les punir. C’est dans cette appréhension qu’ils conjurent le Fils de Dieu et qu’ils lui disent : ” Etes-vous venu ” pour nous punir avant le temps? ” Ceux que les chaînes ne pouvaient arrêter, qui brisaient leurs fers, qui se tenaient sur les montagnes, en descendent enfin d’eux-mêmes et de leur propre mouvement, viennent trouver le Sauveur, enchaînés qu’ils sont par sa puissance; ils empêchaient les autres de passer, et c’est maintenant Jésus-Christ qui leur ferme le passage, et ils s’arrêtent immobiles devant lui.

Mais d’où vient qu’ils se plaisaient tant dans les sépulcres? Pour insinuer dans l’esprit des hommes quelque croyance funeste, par exemple pour leur persuader que les âmes des morts deviennent des démons. Ce que je prie Dieu, mes frères, de détourner à jamais de notre pensée. Mais si cela n’est ainsi, me dira quelqu’un, comment se fait-il qu’il y a des magiciens qui s’emparent de petits enfants, et qui les égorgent pour se faire de leurs âmes des auxiliaires dans leurs entreprises? – Il se peut que des magiciens égorgent des enfants comme plusieurs personnes l’affirment; mais d’où savez-vous que les âmes de ces enfants agissent ensuite de concert avec eux pour faire réussir leurs projets?

Les démons eux-mêmes, me direz-vous, crient tous les jours : Je suis l’âme d’un tel. Mais cela n’est-il pas un piège qu’ils nous tendent, et un effet de leur tromperie? Ce n’est point l’âme de cet homme mort qui parle de la sorte, c’est le démon qui feint de l’être, et qui tâche de nous séduire par cette imposture. Si l’âme pouvait passer dans la substance d’un démon, elle rentrerait encore bien plus aisément dans le corps même d’où elle est sortie. Quelle apparence y aurait-il d’ailleurs, qu’une âme outragée et déshonorée, voulût servir à celui même qui l’outrage, et l’aider dans ses desseins? Et qui croira qu’un homme puisse faire qu’une substance spirituelle se transforme en une autre substance? Si cela est impossible dans les corps; et si le corps d’un homme ne se change point en celui d’une bête, combien 1. (Voyez la note de la page 167 du tome 1er.) est-il moins croyable que son âme puisse se changer en la substance d’un démon?

3. C’est pourquoi il faut mépriser ces discours, comme des contes de vieilles femmes ivres et comme des fables bonnes à faire peur aux enfants. Une fois qu’une âme est séparée de son corps, il ne lui est plus permis d’être dans ce monde. L’Ecriture dit : ” Que les âmes des justes sont dans la main de Dieu. ” (Sap. III, 1) Si les âmes des justes sont dans la main de Dieu, il est hors de doute aussi que celle des enfants qui n’ont point péché y sont. Nous savons aussi que les âmes des pécheurs sont aussitôt après leur mort enlevées de ce monde, comme nous le voyons dans l’histoire du Lazare et du mauvais riche; et Jésus-Christ dit en un autre endroit de son Evangile : ” On vous redemandera votre âme. ” (Luc, XII, 20.) Il est donc certain que dès qu’une âme est sortie de son corps, elle ne peut plus demeurer sur la terre. Et certes cela paraît bien raisonnable. Si lorsque nous voyageons en ce monde, revêtus de notre corps, sur une terre qui nous est cependant familière et connue, nous ne savons plus, pour peu que nous entrions dans une voie nouvelle, de quel côté dirige nos pas, et que nous avons besoin de quelqu’un qui nous guide; comment une âme, arrachée de son corps, et tout à coup transportée dans des régions qu’elle ne connaît point, pourra-t-elle savoir de quel côté se tourner, sans quelqu’un qui lui montre le chemin?

Commentaires patristiques par saint Nicolas Cabasilas (XIVe siècle) et par saint Aphraate le Sage Persan (IVe siècle)

Commentaire patristique par saint Nicolas Cabasilas

Il ne faut pas s’étonner si ce qu’on voit est poussière et rien d’autre. Car le trésor est à l’intérieur.
“Notre vie, dit l’Écriture, est cachée” ; et l’écrin est un vase d’argile. Nous avons ce trésor dans des vases d’argiles, a dit Paul. Aussi ceux qui ne perçoivent que l’extérieur ne peuvent-ils voir que l’argile.

Mais quand le Christ se montrera, cette poussière manifestera aussi sa propre beauté, lorsqu’elle apparaîtra comme membre de cet éclair, qu’elle s’ajustera au soleil et qu’elle émettra le même rayonnement que lui.

“Les justes, dit le Christ, resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père” ; ce qu’il appelle “royaume du Père”, c’est ce rayonnement dans lequel, resplendissant lui-même, il apparut aux apôtres, qui ont vu “le royaume de Dieu, comme il le dit lui-même, venu avec puissance.”

Les justes resplendiront aussi ce jour-là d’une splendeur et d’une même gloire, joyeux eux de recevoir et lui de donner. Car ce pain-là, ce corps qu’ils auront emportés de la sainte Table en quittant ce monde, quand ils arriveront là-bas, c’est lui qui paraîtra alors aux yeux de tous sur les nuées, et montrera son éclat de l’orient à l’occident, tel un éclair, en un instante.

C’est avec ce rayonnement que vivent les bienheureux et une fois morts la lumière ne les quitte pas

Commentaire patristique par saint Aphraate le Sage Persan († v.345)

“Les disciples comprirent qu’il leur parlait de Jean le Baptiste”

Notre Seigneur témoigne de Jean qu’il est le plus grand des prophètes, mais il a reçu l’Esprit de façon mesurée, puisque Jean a obtenu un esprit pareil à celui qu’avait reçu Élie.

De même qu’Élie était demeuré dans la solitude, ainsi l’Esprit de Dieu a emmené Jean demeurer dans le désert, dans les montagnes et dans les grottes. Un corbeau avait volé au secours d’Élie pour le nourrir ; Jean mangeait des sauterelles volantes. Élie portait une ceinture de peau ; Jean portait un pagne de peau autour des reins. Élie a été persécuté par Jézabel ; Hérodiade a persécuté Jean. Élie avait réprimandé Achab ; Jean a réprimandé Hérode. Élie avait divisé les eaux du Jourdain ; Jean a ouvert le baptême.

Le double de l’esprit d’Élie s’est posé sur Élisée ; Jean a imposé les mains à notre Sauveur, qui a reçu l’Esprit sans mesure (Jn 3,34). Élie ouvrit le ciel et s’éleva, Jean vit les cieux ouverts et l’Esprit de Dieu descendre et se poser sur notre Sauveur.

Commentaire patristique par Origène « Vraiment, tu es le Fils de Dieu »

Lorsque nous aurons tenu bon durant les longues heures de la nuit obscure qui règne dans les moments d’épreuve, quand nous aurons lutté de notre mieux…, soyons sûrs que vers la fin de la nuit, « lorsque la nuit sera avancée et que poindra le jour » (Rm 13,12), le Fils de Dieu viendra près de nous, en marchant sur les flots. Lorsque nous le verrons apparaître ainsi, nous serons saisis de trouble jusqu’au moment où nous comprendrons clairement que c’est le Sauveur qui est venu parmi nous. Croyant encore voir un fantôme, nous crierons de frayeur, mais lui nous dira aussitôt : « Ayez confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ».

Peut-être que ces mots rassurants feront surgir en nous un Pierre en route vers la perfection, qui descendra de la barque, certain d’avoir échappé à l’épreuve qui le secouait. Tout d’abord, son désir d’aller au-devant de Jésus le fera marcher sur les eaux. Mais sa foi étant encore peu assurée et lui-même dans le doute, il remarquera la « force du vent »,il prendra peur et commencera à couler. Pourtant il échappera à ce malheur car il lancera vers Jésus ce grand cri : « Seigneur, sauve-moi ! » Et à peine cet autre Pierre aura-t-il fini de dire « Seigneur sauve-moi ! » que le Verbe étendra la main pour lui porter secours, et le saisira au moment où il commencera à couler, lui reprochant son peu de foi et ses doutes. Note cependant qu’il n’a pas dit : « Incrédule » mais « homme de peu de foi », et qu’il est écrit : « Pourquoi as-tu douté ? », c’est-à-dire : « Tu avais bien un peu de foi, mais tu t’es laissé entraîner dans le sens contraire ». Et là-dessus, Jésus et Pierre remonteront dans la barque, le vent se calmera et les passagers, comprenant à quels dangers ils ontéchappé, adoreront Jésus en disant : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ». Ces paroles-là, ce ne sont que les disciples proches de Jésus dans la barque qui les disent.

Origène

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