Posts in Category: Dimanche du pardon

La conversion et le carême dans l’Église Orthodoxe

La conversion et le carême dans l’Église Orthodoxe

  1. Commentaire du Père Alexandre Schmemann sur la Liturgie des Présanctifiés

Le désir premier, fondamental et permanent de tout chrétien est le désir de Dieu, ce que les Pères appellent la métanoïa, cette unification et ce retournement de notre intellect et notre cœur par lequel nous cherchons à nous tourner vers Dieu, vers les choses d’en-haut, vers la Lumière divine, la Lumière du Christ qui illumine tout homme en venant dans le monde (Jn 1,9), rejetant ainsi les œuvres des ténèbres, le Diable, le péché.

Les premiers mots de Jésus au début de sa vie publique sont un appel à la conversion : Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est proche (Mt 4,17). Ce repentir et cette conversion doivent accompagner la vie chrétienne depuis la naissance par l’Esprit Saint dans le baptême jusqu’au dernier soupir, car sans elle nous retournons vers les ténèbres, le néant et la mort. C’est le sens même de la métanoïa, mot grec formé de deux racines : meta, qui veut dire « au-delà, changement, transformation » et noûs, « esprit, intellect ». Le mot français « repentir » est parfois utilisé pour traduire métanoïa, mais l’expression « conversion de l’esprit » transmet mieux la profondeur du sens spirituel qui est entendu lorsque les Pères nous parlent de la métanoïa.

Il est important de distinguer le repentir de la culpabilité. Si le repentir véritable est le retournement de l’esprit vers Dieu, en étant confiant que le Dieu de miséricorde pardonne les fautes, la culpabilité est un enfermement de l’esprit sur lui-même, sur ses manquements et ses péchés. La culpabilité doute de la miséricorde et du pardon divins ; elle mène au découragement et même au désespoir. La culpabilité est une fausse humilité et l’orgueil déguisé par l’Ennemi : l’humilité véritable est reconnaît sa faute et accepte le pardon de Dieu. Sur le chemin, le chrétien garde le souvenir de ses fautes, c’est-à-dire de sa responsabilité, et non de sa culpabilité ; l’un est salutaire, l’autre diabolique.

C’est donc dans un constant esprit de conversion que le chrétien chemine vers Dieu. La grâce de la conversion est celle du baptême, qui nous transforme en « hommes nouveaux », ayant été purifiés dans le Christ par l’Esprit Saint. Mais en cette vie nous sommes toujours des pèlerins, nous sommes toujours en route. Jusqu’au terme de notre voyage, les obstacles, les détournements, les égarements en dehors du Chemin qu’est le Christ (Jn 14,6), nous guettent de tous les cotés. Nous prenons facilement de faux chemins qui nous éloignent de Dieu, nous nous perdons sur les routes tortueuses qui mènent tous à la mort, en dépit de leurs apparences parfois attrayantes, non seulement de la mort du corps, mais aussi de l’âme. Car l’âme sans Dieu est déjà « morte », privée de sa Source et de sa Nourriture.

L’Église nous propose à chaque instant, tout au long de l’année, des moyens pour nous rappeler le chemin que nous devons suivre. Ce sont notamment la participation à la vie sacramentelle de l’Église, en particulier l’Eucharistie, la célébration de la Divine Liturgie les dimanches et les grandes fêtes. Il y a cependant une période de l’année liturgique pendant laquelle l’Église nous invite spécialement à lutter contre les ténèbres et le péché, et à purifier l’homme intérieur, dans une longue préparation qui nous permette d’entrer pleinement dans les mystères de la Semaine Sainte, de vivre la Passion de Notre Seigneur, de mourir avec lui, afin de pouvoir, le matin de Pâques, ressusciter avec lui et partager le Royaume préparé pour nous dès avant la création du monde.

Cette période est le Grand Carême, la « Sainte Quarantaine » qui précède Pâques. Deux attitudes fondamentales caractérisent le Carême, attitudes qui trouvent une juste réflexion dans l’expression la « radieuse tristesse ». Nous sommes tristes parce que nous sommes conscients de nos manquements, de nos égarements loin du bon chemin menant à Dieu ; nous sommes tristes parce que nous sommes conscients d’être loin de la perfection en Christ, de la sainteté à laquelle nous sommes appelés (Mt 5,48). Mais en même temps notre tristesse est illuminée par la conscience de l’amour de Dieu, « seul ami des hommes », de la miséricorde divine dans laquelle nous pouvons placer toute notre confiance. Comme le Fils prodigue, nous savons que notre Dieu nous attend avec un vêtement neuf et un anneau pour notre doigt, dès que nous faisons le moindre effort pour retourner vers lui et entrer dans le repentir, la métanoïa (cf. Lc 15,20-24). Notre tristesse est radieuse parce qu’elle est illuminée par la Lumière de la Résurrection du Christ, qui nous ressuscite afin que nous puissions entrer avec lui dans le Royaume du Père.

Ces deux mouvements de l’âme, en apparence contradictoires, doivent animer le chrétien tout au long de l’année et spécialement en vue de sa participation à l’oeuvre du Grand Carême, oeuvre à la fois personnelle et collective. Car si la métanoïa est un geste profondément personnel, il trouve une expression dans les rituels et les conseils de l’Église, dans la communauté chrétienne dont nous faisons partie. Bien que nous devons obligatoirement oeuvrer seul, nous devons aussi partager notre « douloureuse joie » – autre expression chère aux orthodoxes – avec nos frères et nos soeurs qui cheminent avec nous. Nous pouvons tirer inspiration, courage et ressources de ce partage, en particulier le partage de la richesse des moyens que l’Église met à notre disposition pendant le Carême.

Tous ces moyens peuvent se résumer à deux pratiques principales, la prière et le jeûne : Ce genre de démon ne peut s’en aller, sinon par la prière et le jeûne (Mt 17,21). Prière à la fois personnelle et collective : en plus d’un approfondissement de la prière personnelle, l’Église nous propose des périodes de prière – des offices spéciaux – qui nous parlent avec une grande éloquence de paroles et de gestes symboliques et qui nous invitent à entrer l’expérience de cette conversion de l’âme essentielle à la vie chrétienne. Le jeûne qu’elle nous invite à accomplir est à la fois alimentaire et spirituel, car le jeûne auquel nous sommes appelés est aussi un jeûne de l’âme, une purification par l’ascèse des passions, ces habitudes qui nous empêchent d’avancer vers Dieu. C’est aussi un jeûne à la fois personnel et collectif : en plus du jeûne personnel, l’Église tout entière vit le temps de Carême comme période de jeûne. Le Grand Carême, c’est l’Église en tant que préparation et attente de l’accomplissement de l’oeuvre du salut.

  1. Métanoïa

Métanoïa: un mouvement de la conversion de l’âme, à la fois sur un plan général et plus particulièrement en ce qui concerne le Grand Carême, ce « printemps de l’âme » – ce n’est pas par hasard que le Grand Carême tombe au printemps, cette période du renouvellement de la nature, de l’explosion de la vie nouvelle après le passage sombre de l’hiver.

La métanoïa, comme nous l’avons suggéré, doit être l’attitude fondamentale de tout chrétien, mais le Grand Carême tel qu’il est vécu dans l’Église orthodoxe possède des aspects qui lui sont propres. La présentation de ceux-ci peut servir, nous le souhaitons, de rappel ou d’approfondissement pour nos visiteurs orthodoxes, et d’introduction pour nos visiteurs non-orthodoxes. Car tous sont invités à entrer, avec nous, dans la « radieuse tristesse » de l’âme du chrétien devant son Seigneur et son Dieu.

Nous avons choisi saint Jean Baptiste comme patron de ces Pages Métanoïa : le Précurseur du Christ, le dernier des prophètes, il fait le lien entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament, en appelant les hommes à la repentance, car le Royaume de Cieux est proche (Mt 3,2). Le Christ qui lui-même, « le seul sans péché », vient à Jean Baptiste pour se faire baptiser, mais par son baptême, c’est le Christ qui sanctifie les eaux du Jourdain, qui deviennent les eaux purificatrices et libératrices du baptême chrétien. Et comme patron des pages sur le jeune, nous proposons le prophète Élie, dont l’expérience démontre que c’est Dieu qui nourrit l’homme, et non la nourriture terrestre consommée sans Dieu, comme Adam tenta de le faire (cf. 1 R 17,2-6 ; 19,5-8).

La première des Pages Métanoïa nous présente des textes du Nouveau Testament sur la conversion et le repentir, y compris les Évangiles des dimanches de la période de l’avant-Carême, pendant laquelle l’Église prépare notre esprit pour entrer dans la Grand Carême. La tradition des Pères concernant le repentir est représentée par des Paroles des Pères du Désert, ainsi que par des écrits de saint Silouane l’Athonite.

Suivent quatre essais contemporains sur la conversion et le repentir, qui reprennent parfois les mêmes thèmes, mais avec des accents et des exemples différents, tous fondés sur les mêmes vérités de la foi et de la vie spirituelle. La vérité est une, mais son expression est multiple ; ainsi chacun peut être touché plus par un auteur qu’un autre :

o La métanoïa : Premier pas sur le chemin de la guérison par Père Philippe Dautais, responsable, avec son épouse Élianthe du Centre d’études et de prière Sainte-Croix (Dordogne, France) ;

o La voie du repentir par Mgr Kallistos Ware, Évêque de Diokleia, responsable du diocèse grec en Angleterre ;

o Du repentir à l’adoption filiale par l’Archimandrite Sophrony (1899-1993), fils spirituel et biographe de saint Silouane l’Athonite ;

o Moi aussi, je suis pécheur par Paul Ladouceur des Pages Orthodoxes La Transfiguration.

o Les lamentations d’Adam de Saint Silouane l’Athonite expriment cette attitude de désir de Dieu, d’attente et d’espoir dans le Seigneur qui est une des caractéristiques de la conversion chrétienne.

o Le Père Alexandre Schmemann nous invite  »à prendre le Carême au sérieux » dans son essai Le Carême dans nos vies, un aperçu et commentaire du Carême dans l’Église orthodoxe qui pose à tous et à chacun un défi personnel de vivre le Carême comme période importante de notre vie en Christ. Les prochaines pages sont consacrées à quelques offices particuliers faisant partie du vaste ensemble liturgique du Grand Carême de l’Église orthodoxe :

o Le Grand Canon de saint André de Crète est un magnifique « chant des larmes » (expression d’Olivier Clément), qui est intégré aux Grandes Complies les lundi, mardi, mercredi et jeudi de la première semaine du Carême, et repris aux Matines du jeudi de la cinquième semaine. Le Grand Canon reflètent admirablement ce double mouvement de l’âme, la reconnaissance de la chute et l’espoir et la confiance en la miséricorde divine.

o La Liturgie des Saints Dons Présanctifiés est l’office par excellence du Grand Carême et nous offrons à nos visiteurs le texte complet de l’office  ainsi que l’admirable commentaire du Père Schmemann.

o Pendant la cinquième semaine du Carême, le Grand Canon de saint André de Crète en repris en entier aux Matines du « jeudi du Grand Canon », qui est suivie deux jours plus tard du « Samedi de l’Acathiste ». Le jeudi du Grand Canon on lit habituellement la vie édifiante de sainte Marie l’Égyptienne, par saint Sophronie de Jérusalem. Un magnifique office de louange à la Mère de Dieu est célébré aux Matines de ce samedi, et nous vous présentons l’Hymne acathiste à la Mère de Dieu, la partie la plus connue de cet office, grâce à plusieurs enregistrements.

Nous terminons ces Pages Métanoïa avec des textes sur trois éléments de la pratique personnelle du Carême :

saint Ephrem

o La Prière de Saint Éphrem, courte mais très profonde, elle résume en quelques mots et gestes l’attitude essentiel du repentir ; elle est commentée également par le Père Schmemann.

o Des textes évangéliques, des commentaires et des réflexions sur le jeûne : Jeûner : Avoir faim de Dieu ; puis des écrits des Pères sur le jeûne : Écrits spirituels sur le jeûne (SS. Jean Chrysostome, Dorothée de Gaza, Isaac le Syrien et Ignace Briantchaninov).

o La page sur le sacrement de réconciliation, la confession, contient des suggestions de prière et de méditation pour une bonne préparation personnelle à la confession, ainsi que le rituel de confession dans l’Église orthodoxe.

Nous espérons que votre visite aux Pages Métanoïa sera agréable et profitable. Nous accueillons volontiers vos commentaires et suggestions.

Que le Seigneur vous bénisse, chercheur de Dieu !

Source http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/metanoia-introduction.htm

Source http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/metanoia-introduction.htm

Introduction au grand canon de saint André de Crète

Source : http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/grand-canon1.htm

LE CANON POÉTIQUE

La poésie liturgique byzantine s’est développée tout au long de l’histoire millénaire de l’Église indivise et un peu au-delà. Cette poésie prit naissance dans les pays de langue syriaque, autour des métropoles d’Antioche et d’Édesse. C’est au sixième siècle que la création poétique en langue grecque prit un essor particulier avec les kondakia de saint Roman le Mélode ; les hymnes de saint Jean Damascène leur succédèrent au siècle suivant.

À la fin du septième siècle apparaît une nouvelle forme de poème liturgique, sans doute moins bien construite que les compositions précédentes mais dont le contenu théologique est plus directement parlant : le ” Canon poétique “. Le Canon se présente comme un long texte prenant la forme de neuf hymnes (odes), paraphrasant plus ou moins le texte des neuf cantiques scripturaires qui sont d’ordinaire chantés à l’office du matin (orthros byzantin – laudes occidentales).

À l’origine les strophes du canon (appelées tropaires) étaient intercalées entre les versets des cantiques, mais très rapidement l’habitude se prit d’omettre ces versets au profit du canon lui-même, seule la première strophe, appelée hirmos (du grec, ” allusion, mention, convention “), réfère directement au texte du cantique. L’hirmos, dans la langue originale, sert de modèle métrique à tout l’ensemble de l’ode. Dans la présente version du Grand Canon de saint André de Crète, les références aux cantiques se trouvent au début de chaque ode. Les odes du canon se terminent par une strophe particulière nommée doxastichon, une louange à la sainte Trinité.

SAINT ANDRÉ DE CRÈTE

saint André de Crète

Né à Damas vers 660 d’une famille syrienne, saint André fit de très bonnes études, devint moine à Jérusalem et secrétaire du patriarche Théodore. En 685 il se rendit à Constantinople pour confirmer au nom de son patriarche les décisions du sixième Concile Oecuménique (contre les monothélites). Il fut ordonné diacre à Constantinople et chargé de l’administration d’un orphelinat et d’une maison de vieillards. En 700 il fut consacré archevêque de Gortyne (actuellement Khania, en français : La Canée), capitale de la Crète. Il construisit des églises, et s’intéressa particulièrement à l’éducation des enfants et des adolescents.

En 712, sous la pression de l’empereur Philippikos Bardanès, il accepta de souscrire à une définition monothélite d’un synode réuni par ce souverain. Il se reprit vite toutefois, et sut faire front contre le pouvoir impérial lorsque éclata la crise iconoclaste. Saint André mourut dans l’île de Mytilène le 4 juillet 740 au retour d’un voyage à Constantinople. On lui doit une cinquantaine d’homélies, dont plusieurs sont consacrées à la Mère de Dieu, témoins importants de la mariologie byzantine.

Il est surtout connu pour être l’initiateur du “Canon poétique”, genre de poésie liturgique en usage depuis dans la liturgie orientale. Le Grand Canon dit “de Saint André”, qui est récité intégralement pendant le Carême, lui a probablement été inspiré par le remords qu’il eut d’avoir souscrit par faiblesse aux définitions hérétiques dont nous avons parlé plus haut. Il est l’auteur d’une soixantaine d’autres canons. Ses oeuvres furent traduites en latin et éditées en Occident dès 1644 (textes bilingues grec-latin). L’Église célèbre sa mémoire le 4 juillet.

USAGE LITURGIQUE

Dans le rite byzantin, le Grand Canon a été recueilli dans le Livre du Triode, ensemble des offices du Grand Carême. Il est récité à l’office des Grandes Complies les lundi, mardi, mercredi et jeudi de la première semaine de Carême, à raison d’un quart du texte environ par jour. Il est repris intégralement aux matines du jeudi de la cinquième semaine.

Le texte que nous présentons est la traduction des moines orthodoxes de l’Abbaye Saint-Michel de Bois-Aubry, effectuée en 1992. Cette traduction utilise comme source le texte grec en usage dans l’Église de Constantinople et édité à Athènes en 1953. Cette version signale les principales références bibliques ; les lecteurs avertis en découvriront d’autres qui ne sont pas signalées, en particulier les nombreuses paraphrases psalmiques. L’édition du Grand Canon de l’Abbaye Saint-Michel de Bois-Aubry tient compte du découpage original du texte en Odes par l’auteur.

La présente publication est divisée en quatre parties pour usage aux offices des Grandes Complies de la première semaine du Carême, tout en gardent la numérotation des strophes de l’édition de Bois-Aubry. Pour compléter l’usage du Grand Canon aux Grandes Complies, les louanges mariales et les invocations à saint André de Crète qui terminent chaque ode, ainsi que les invocations à sainte Marie l’Égyptienne, de même que certains louanges trinitaires, ont été ajoutées au texte du Grand Canon. Ces strophes sont tirés du Triode de Carême, tome 1 (Collège Grec de Rome, 1978).

Le commun de l’office des Grandes Complies se trouvent dans le Grand livre d’heures (Diaconie Apostolique, Rome, 1989).

Nous exprimons nos remerciements à l’Higoumène Michel et aux moines de l’Abbaye Saint-Michel de Bois-Aubry de nous avoir accordé l’autorisation d’utiliser leur traduction du Grand Canon, ainsi que cette introduction. L’édition du Grand Canon est disponible à l’Abbaye Saint-Michel de Bois-Aubry, 37120 Luzé, France.

Le Grand Canon de saint André de Crête est disponible en format Word. Écrivez-nous :

thabor@megaweb.ca

Commentaire patristique par saint Césaire d’Arles

Saint Césaire d’Arles

Dieu accepte nos offrandes d’argent et prend plaisir aux dons que nous faisons aux pauvres, mais à cette condition : que tout pécheur, quand il offre à Dieu son argent, lui offre en même temps son âme…

Quand le Seigneur dit : “Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu” (Mc 12,17), que semble-t-il dire d’autre sinon : “Comme vous rendez à César son image sur la pièce d’argent, rendez aussi à Dieu en vous-mêmes l’image de Dieu” (cf Gn 1,26)…

C’est pourquoi, comme nous l’avons déjà dit souvent, quand nous distribuons de l’argent aux pauvres, offrons notre âme à Dieu afin que là où est notre trésor, là aussi puisse être notre cœur. En effet, pourquoi Dieu nous demande-t-il de [donner de] l’argent ? C’est à coup sûr parce qu’il sait que nous l’aimons particulièrement et que nous y pensons sans cesse ; et que là où est notre argent, là aussi est notre cœur. C’est pourquoi Dieu nous exhorte à faire des trésors dans le ciel en faisant des dons aux pauvres ; c’est pour que notre cœur suive là où nous avons déjà envoyé notre trésor et que, lorsque le prêtre dit : “Élevons notre cœur”, nous puissions répondre avec une conscience tranquille : “Nous le tournons vers le Seigneur”.

Aux complies du mercredi

Source : http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/grand-canon1.htm

ODE 1

  1. (Hirmos) Le Seigneur est mon aide et mon protecteur,

c’est lui qui m’a sauvé, c’est lui mon Dieu, je le glorifierai ;

c’est le Dieu de mes pères et je l’exalterai, car il a fait éclater sa gloire.

Ps 118 ; Ex 15*1-2

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai péché, ô mon Sauveur, mais je connais ton amour pour l’homme,

tu frappes avec clémence et tu compatis avec ardeur,

tu me vois en pleurs et tu cours au devant de moi

comme le père accueillant le fils prodigue. Lc 15*20

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Gisant, devant le seuil de ta demeure, ô mon Sauveur,

ne me rejette pas au déclin de mes jours dans les abîmes de l’enfer,

comme un être stérile, mais dans ton amour pour l’homme,

accorde-moi avant la fin la rémission de mes fautes. Lc 13*6-9

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Devenu la proie de mes pensées mauvaises, comme d’autant de voleurs,

me voici à présent percé de leurs coups et couvert de blessures,

penche-toi vers moi, ô Christ Sauveur, et guéris-moi ! Lc 10*30

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le prêtre m’ayant aperçu de loin passa outre,

et le Lévite m’ayant vu nu et souffrant s’est détourné de moi,

mais toi, Jésus né de la Vierge Marie,

arrête-toi et prends pitié de moi ! Lc 10*31-34

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Agneau de Dieu, qui ôtes les péchés de tous,

décharge-moi du fardeau pesant de mes péchés

et accorde-moi, dans ta compassion, le pardon de mes fautes. Jn 1*29

 

Gloire au Père…

 

Trinité sans commencement et incréée, Indivisible Unité,

accueille ma pénitence, sauve ce pécheur qui est ta créature,

ne me repousse pas, mais arrache-moi au feu de la condamnation.

 

Maintenant et toujours…

 

Ô Mère de Dieu, espérance et protection de ceux qui te chantent,

allège le poids, le fardeau de mes péchés ;

très-sainte Dame, accueille-moi transformé par le repentir.

 

ODE 2

 

  1. (Hirmos) Cieux, prêtez l’oreille et je parlerai,

je chanterai des hymnes au Christ qui, pour venir à nous,

a pris chair dans le sein de la Vierge. Dt 32

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Comme David je suis tombé dans l’intempérance

et je me suis roulé dans la boue,

mais lave-moi, ô mon Sauveur, par mes larmes ! 2S 11*2-4

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je t’implore comme le publicain : aie pitié de moi,

ô mon Sauveur, aie pitié de moi,

car nul parmi les fils d’Adam n’a autant péché que moi ! Lc 18*13 ; 1Tm 1*15

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je n’ai ni larme, ni conversion, ni repentir,

accorde-les moi, ô Dieu mon Sauveur.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ne ferme pas ta porte devant moi, ô Seigneur,

daigne l’ouvrir aux élans de ma conversion. Lc 13*25

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ami de l’homme, toi qui veux que tous les hommes soient sauvés,

rappelle-moi, dans ta bonté, et accueille ma conversion. 1Tm 2*4 ; Jr 31*18

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Entends les gémissements de mon âme,

vois le flot de larmes qui coule de mes yeux, ô Sauveur et sauve-moi !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. (Deuxième hirmos) Comprenez, comprenez que c’est moi qui suis Dieu !

J’ai fait jadis pleuvoir la manne au désert et jaillir l’eau du rocher,

pour mon peuple, par ma Droite et par ma Puissance ! Ps 46*11 ; Ex 16*14 ;-15 ; Ex 17*6

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Comprenez, comprenez que c’est moi qui suis Dieu !

Entends-tu, mon âme, la voix du Seigneur qui t’appelle ?

Détourne-toi de ton péché originel et crains le tribunal

où siège ton Juge et ton Dieu ! Mt 25*31-33

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. À qui t’es-tu rendue semblable, ô âme chargée de péchés ?

À l’antique Caïn et à Lamech, son héritier,

car tu as lacéré ton corps par tes oeuvres mauvaises

et tué ton esprit par des convoitises insensées.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Te détournant, ô mon âme, de tous ceux qui vécurent avant la loi,

tu n’as pas imité Seth, ni Enos, ni Enok qui fut enlevé au ciel, ni Noé,

mais te voici dépourvue de la vie des justes. Gn 4*26 ; 5*24 ; 6*9

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Toi seule, ô mon âme, tu as ouvert les cataractes de la colère de Dieu,

submergeant ta chair, tes oeuvres et ta vie, comme la terre le fut jadis,

demeurant en dehors de l’arche du salut. Gn 7*11-13

 

Gloire au Père…

 

Célèbre et glorifie, ô mon âme, la Trinité simple, indivisible et consubstantielle,

l’unique Substance trois fois sainte, Lumière de Lumières, unique Dieu Saint,

Dieu vivant, Dieu de toutes choses !

 

Maintenant et toujours…

 

Sainte Dame, Mère de Dieu, espoir de ceux qui accourent vers toi,

havre qui nous sauves de la colère des flots,

implore ton Créateur et ton Fils de nous faire grâce par ton intercession.

 

ODE 3

 

  1. (Deuxième hirmos) Affermis, Seigneur, mon coeur ébranlé

sur le rocher de tes commandements,

car toi seul tu es Saint et Seigneur. 1S 2*2 ; Ps 40*2

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. S’étant montré hospitalier envers les anges sous le chêne de Mambré,

le patriarche, malgré son grand âge, reçut le fruit de la promesse. Gn 18*1-10

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu le sais, ô mon âme, Isaac, l’enfant unique, fut mystiquement offert

au Seigneur en figure du sacrifice nouveau, imite son abnégation ! Gn 22*9-12

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu le sais, ô mon âme, Ismaël, le fils de l’esclave,

fut chassé de la maison paternelle.

Sois sobre et garde-toi d’encourir le même sort par tes dérèglements. Gn 21*10-14

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Par ton esclavage volontaire, ô mon âme, tu t’es faite semblable à l’antique Agar, l’Égyptienne, et tu as donné naissance

à un nouvel Ismaël : le mépris orgueilleux. Gn 16

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu as contemplé, ô mon âme, l’échelle de Jacob

qui s’élève de la terre jusqu’aux cieux ;

pourquoi ne pas monter la marche solide de la vie vertueuse ? Gn 28*12

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Prends pour modèle Melchisédech,

le prêtre et roi à jamais du Dieu Très-Haut,

devenu la figure du Christ vivant dans le monde au milieu des hommes.

Gn 14*18 ; Ps 110*4 ; He 6*20

 

Gloire au Père…

 

Ô Trinité supersubstantielle, qui es adorée dans ton Unité,

soulage-moi du fardeau pesant de mes péchés,

et accorde-moi dans ta compassion des larmes de repentir.

 

Maintenant et toujours…

 

Sans semence tu as conçu le Fils du Père intemporel,

tu l’as mis au monde et dans le temps :

étrange merveille, Vierge et Mère de Dieu !

 

ODE 4

 

  1. (Hirmos) Ayant appris ton avènement, Seigneur,

le prophète fut saisi de stupeur ; sachant que tu naîtrais d’une Vierge

et te manifesterais aux hommes il s’écria :

“J’ai entendu ta clameur et j’ai eu peur !

Gloire à ta puissance, Seigneur !” Ha 3*2

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Naguère encore royalement vêtu, le juste Job portait le diadème

et la pourpre ; il était comblée de richesses et d’innombrables troupeaux,

le voilà subitement tombé dans la misère, privé de toute sa gloire et de sa royauté !

Job 1

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Si un tel homme, juste et irréprochable entre tous,

n’a pas pu échapper aux pièges du tentateur,

que feras-tu, ô âme misérable et éprise du péché,

quand le malheur fondra sur toi ? Job 1*8-12

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Mon corps est souillé, mon esprit est sali,

je suis tout entier couvert d’ulcères,

mais toi, ô Christ, médecin de nos âmes et de nos corps,

guéris-moi par la pénitence,

lave-moi, ô mon Sauveur, et je serai plus blanc que la neige ! Ps 51

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Sur la Croix, ô Verbe, tu as offert pour tous ton Corps et ton Sang :

ton Corps pour renouveler le mien, ton Sang pour me laver,

et tu as rendu l’esprit, ô Christ pour me ramener à ton Père. Lc 23*46

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu as opéré le salut au milieu de la terre, ô Créateur,

afin de nous sauver, et tu as été cloué à l’arbre de douleurs ;

le paradis naguère inaccessible s’est ouvert à nouveau ;

c’est pourquoi les célestes et les terrestres, la création tout entière et

la foule des nations rachetées t’adorent !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Que le Sang et l’eau qui coulèrent de ton flanc soient pour moi

comme un bain baptismal, un breuvage de rédemption,

ainsi, tes paroles de vie étant pour moi à la fois une onction parfumée

et une boisson qui désaltère, je serai doublement purifié ! Jn 19*34 ; 6*63

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je suis exclus de la chambre nuptiale,

banni loin du festin des noces de l’Agneau ;

ma lampe s’est éteinte faute d’huile, pendant mon sommeil

les portes se sont refermées et le festin s’est consommé sans moi ;

pieds et mains liés on m’a jeté dehors. Mt 22*13 ; 25*1-13

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. L’Église est le calice qui reçoit, de ton Côté vivifiant,

la double source du pardon et de la connaissance, figure des deux Testaments,

l’ancien et le nouveau, en un seul réuni, ô mon Sauveur ! Jn 19*34

 

Gloire au Père…

 

Indivisible substance, Divinité unique en Trois Personnes distinctes

dont le règne et le trône sont un, je te chante

l’hymne trois fois sainte au plus haut des cieux !

 

Maintenant et toujours…

 

Ô Vierge, tu as enfanté et vierge tu es demeurée,

car ton sein virginal met au monde Celui

qui renouvelle les lois de la nature : Dieu lui-même le veut ainsi.

 

ODE 5

 

  1. (Hirmos) Dans la nuit je veille, éclaire-moi, ô Ami de l’homme,

guide-moi sur le chemin de tes commandements

et enseigne-moi, mon Sauveur, à faire ta Volonté. Is 26*9-20 ; Ps 143*8-9

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Intérieurement endurci sous la main du cruel Pharaon, me voilà,

ô Maître, devenu semblable à Jannès et à Jambrès, d’âme et de corps ;

mon esprit succombe, hâte-toi de me secourir !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Mon esprit s’est abaissé jusqu’à la boue !

Ô Maître, je t’en supplie : lave-moi en m’inondant de mes larmes

pour faire étinceler de la blancheur de la neige la tunique de ma chair ! Ps 69*3

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Pour peu que j’examine, ô Sauveur, le tissu de mes actions,

je reconnais aussitôt que j’ai surpassé tous les hommes en perversité,

ayant péché en toute conscience et non par ignorance.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Fais grâce, fais grâce, Seigneur, à ta créature, j’ai péché, pardonne-moi :

toi seul es sans péché, hors toi nul n’est exempt de souillure. 1Jn 3*5

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. C’est pour moi qu’étant Dieu tu as revêtu la nature humaine,

multipliant les miracles, guérissant les lépreux,

redressant les paralytiques, faisant tarir un flux de sang

par le seul contact du pan de ton manteau, ô Sauveur. Mc 2*3-12

 

Gloire au Père…

 

Célèbre et glorifie, ô mon âme, la Trinité simple, indivisible et consubstantielle,

l’unique Substance trois fois sainte, Lumière de Lumières,

unique Dieu Saint, Dieu vivant, Dieu de toutes choses !

 

Maintenant et toujours…

 

De toi, ô Vierge immaculée, sainte Mère de Dieu,

le divin Créateur des siècles éternels prit notre chair

pour s’unir intimement à la nature des mortels.

 

ODE 6

 

  1. (Hirmos) De tout mon coeur j’ai invoqué

le Dieu de miséricorde et il m’a entendu.

Il m’a fait remonter de l’enfer, il a libéré ma vie de la corruption. Jon 2*3-10

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Lève-toi et combats les passions de la chair,

comme jadis Josué combattit Amalec,

terrasse maintenant les pensées mensongères, ces nouveaux Gabaonites ! Jos 9*21-27

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Traverse, ô mon âme, le fleuve du temps,

comme l’Arche de l’Alliance traversa à sec

et prends possession de la terre de la promesse, selon la volonté divine. Jos 3*14-17

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Comme tu as sauvé Pierre qui sur les eaux t’appelait à son secours,

sauve-moi, ô mon Sauveur, en étendant ton bras,

arrache-moi à la bête féroce et à l’abîme de mes péchés ! Mt 14*30-31

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ô Christ, je vois en toi un port calme et tranquille,

retire-moi, Seigneur, des abîmes impénétrables du péché

et des naufrages du désespoir.

 

Gloire au Père…

 

Je suis l’indivisible Trinité et par nature l’Unité,

dit le Père avec le Fils et l’Esprit divin.

 

Maintenant et toujours…

 

Ton sein a mis au monde pour nous un Dieu

qui se conforme à notre humanité ;

ô Mère de Dieu, supplie le Créateur de l’univers

afin que par tes prières nous soyons justifiés.

 

(Kondakion) Réveille-toi ! pourquoi dormir, ô mon âme,

pourquoi dormir ainsi ? car voici la fin s’approche,

et tu rendras compte au jugement.

Veille donc, ô mon âme, pour que t’épargne le Christ Dieu,

lui qui est partout, dans tout l’univers qu’il comble de sa présence.

 

ODE 7

 

  1. (Hirmos) Nous avons péché, nous avons été rebelles,

nous avons commis l’injustice devant ta Face,

nous n’avons pas gardé ni pratiqué tes commandements,

pourtant, à l’heure dernière, ne nous rejette pas, Dieu de nos pères !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Malheur à toi, mon âme, tu as imité les souillures meurtrières d’Achab.

Te voici devenue le réceptacle des impuretés de la chair,

le vase détestable des passions ;

mais du fond de ta misère, retourne-toi et confesse à Dieu tes péchés. 1R 21*8-13

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Jadis par deux fois Élie foudroya cinquante guerriers d’Ochozias

et fit périr les prophètes impies de Jézabel, afin de confondre Achab.

Détourne-toi, ô mon âme, de ce double et funeste modèle, et fortifie-toi !

1R 18*40 ; 2R 1*9-12

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le ciel s’est fermé pour toi, ô mon âme, et la famine envoyée par Dieu

t’a frappée comme Achab indocile aux paroles d’Élie le Thisbite :

imite plutôt la veuve de Sarepta en pourvoyant à la subsistance du juste.

1R 17*1 & 7-16

 

Gloire au Père…

 

Ô Unité simple et Incréée, Nature éternelle glorifiée en trois Hypostases,

sauve-nous, nous qui t’adorons en confessant ta puissance !

 

Maintenant et toujours…

 

Nous te chantons, nous te bénissons, devant toi nous nous prosternons,

ô Mère de Dieu, car tu as enfanté l’Un de la sainte Trinité,

ton Fils et ton Dieu, entr’ouvrant pour nous le ciel sur la terre.

 

ODE 8

 

  1. (Hirmos) Celui que les puissances célestes glorifient,

Celui devant qui frémissent les chérubins et les séraphins,

que tout ce qui respire, que toute créature le louent,

le bénissent et l’exaltent dans les siècles.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ô juste Juge, mon Sauveur, aie pitié de moi, délivre-moi du feu

et de la peine que j’ai mérités en toute justice,

fais-moi trouver grâce avant la fin, par le secours de la vertu et de la pénitence.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Comme le larron je t’implore : “Souviens-toi de moi !”

Comme Pierre je verse des larmes amères,

comme le publicain je te crie : “Aie pitié de moi ! ”

Je pleure comme la prostituée, reçois ma plainte

comme tu as reçu celle de la Cananéenne. Lc 7*38 ; 18*13 ; 22*62 ; 23*42 ; Mt 15*21-28

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Guéris, ô Sauveur, les ulcères de mon âme humiliée,

ô Médecin Unique, applique sur moi l’huile et le vin,

fruits de la pénitence et des larmes du repentir. Lc 10*34

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Imitant la Cananéenne je crie vers toi, Fils de David : “Aie pitié de moi !”

Je touche la frange de ton manteau comme la femme hémoroïsse,

je pleure comme Marthe et Marie sur Lazare. Mt 9*20-22 ; 15*22 ; Jn 11*21 & 32

 

Gloire au Père…

 

Père du Verbe Dieu, Fils coéternel et Verbe du Père intemporel,

Esprit consolateur et créateur de vie,

Trinité toute-sainte, Aie pitié de moi,

Ô Dieu, aie pitié de moi. pitié de nous.

 

Maintenant et toujours….

 

En ton sang l’Emmanuel comme de pourpre fut vêtu,

et c’est en toute vérité, ô Vierge immaculée,

que nous honorons ta divine maternité.

 

ODE 9

 

  1. (Hirmos) Virginalement conçu d’une mère sans époux

et engendré sans corruption, le fruit divin demeure inexplicable ;

la naissance de Dieu renouvelle la nature des êtres.

C’est pourquoi toutes les générations te magnifient

et te saluent fidèlement, ô Mère et Épouse de Dieu !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Christ, le Verbe incarné, guérissant toutes les maladies,

évangélisait les pauvres. Il guérit les infirmes,

mangea avec les publicains et enseigna les pécheurs.

Il rappela, par le seul contact de sa main, l’âme envolée de la fille de Jaïre.

Mt 9*1-13 ; 11*5 ; Lc 8*54-55

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le publicain fut sauvé et la prostituée redevint chaste,

tandis que le pharisien gonflé d’orgueil subissait la condamnation.

Le publicain s’écria : “Fais moi grâce !”, la prostituée : “Aie pitié de moi !”,

mais le pharisien se vantait en disant : “Ô Dieu, je te rends grâce !”,

ajoutant d’autres paroles insensées. Lc 18*9-14

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Zachée était publicain, toutefois il fut sauvé ;

mais Simon le pharisien s’indigna quand Celui qui a le pouvoir

de remettre les péchés pardonna à la prostituée.

Toi aussi, ô mon âme, hâte-toi d’implorer de lui la miséricorde ! Lc 7*48-50 ; 19*1-10

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu n’as pas imité, ô âme infortunée, cette prostituée qui,

prenant un vase d’albâtre plein d’huile aromatique,

la répandit en pleurant sur les pieds du Seigneur et essuya avec ses cheveux

les pieds de Celui qui déchira pour elle la liste de ses anciennes transgressions.

Lc 7*36-50

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu le sais, ô mon âme, les villes où le Christ avait en vain annoncé

la Bonne Nouvelle furent maudites et comme Sodome abaissées jusqu’en enfer.

Redoute leur exemple de peur que leur sort ne t’advienne ! Mt 11*20-24

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ne t’abandonne pas au désespoir, ô mon âme,

médite la foi de la Cananéenne, dont la fille fut guérie par une seule parole de Dieu,

et avec elle, crie du fond de ton coeur : “Fils de David, sauve-moi !” Mt 15*21-28

 

Gloire au Père…

 

Consubstantielle Trinité, nous chantons l’unité de tes personnes,

glorifiant le Père et magnifiant le Fils, nous prosternant devant l’Esprit,

Dieu unique en vérité, unique et triple vie, éternelle royauté.

 

Maintenant et toujours…

 

Très-sainte Mère de Dieu, garde sous ta protection le peuple chrétien

qui partage royalement ton souverain pouvoir et triomphe

grâce à toi des assauts de l’Ennemi et de toute tentation.

 

Saint André de Crète, intercède pour nous.

 

Pasteur de Crète, saint André, ô Père trois fois heureux,

intercède sans répit pour les chantres de ton nom,

afin que soient délivrés de toute inquiète pensée, de l’affliction et du péché

ceux qui vénèrent ta mémoire sans fin.

 

  1. Virginalement conçu d’une mère sans époux

et engendré sans corruption,

le fruit divin demeure inexplicable ;

la naissance de Dieu renouvelle la nature des êtres.

C’est pourquoi toutes les générations te magnifient et te saluent fidèlement,

ô Mère et Épouse de Dieu !

Aux complies du mardi

Source : http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/grand-canon1.htm

ODE 1

  1. (Hirmos) Le Seigneur est mon aide et mon protecteur,

c’est lui qui m’a sauvé, c’est lui mon Dieu, je le glorifierai ;

c’est le Dieu de mes pères et je l’exalterai, car il a fait éclater sa gloire.

Ps 118 ; Ex 15*1-2

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai mis mes pas dans les pas de Caïn, et j’ai choisi de devenir meurtrier,

car j’ai flatté ma chair et attenté à mon âme par les oeuvres de mes péchés. Gn 4*8

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je n’ai pas imité la justice d’Abel, ô Jésus,

je ne t’ai présenté ni offrandes pures, ni oeuvres selon Dieu,

ni sacrifices agréables, ni celui d’une vie irréprochable. Gn 4*4

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Nous aussi, âme endurcie, à l’exemple de Caïn nous n’avons offert

au Créateur de toutes choses que des actions souillées,

des sacrifices répréhensibles et une vie mauvaise,

c’est pourquoi nous avons encouru la condamnation.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Comme un potier façonnant l’argile, tu m’as donné une chair

et des os animés d’un souffle de vie, aujourd’hui, ô mon Créateur,

ô mon Rédempteur, ô mon Juge, ne repousse pas ma pénitence. Gn 2*7

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je confesse devant toi, ô mon Sauveur, les péchés que j’ai commis,

je dévoile les blessures de mon âme et de mon corps,

telles que me les ont faites, semblables à des brigands, mes pensées meurtrières.

Ps 32*5 ; Lc 10*30

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai péché, ô mon Sauveur, mais je connais ton amour pour l’homme,

tu frappes avec clémence et tu compatis avec ardeur,

Tu me vois en pleurs et tu cours au devant de moi

comme le père accueillant le fils prodigue. Lc 15*20

 

Gloire au Père…

 

Ô Trinité supersubstantielle, qui es adorée dans ton Unité,

soulage-moi du fardeau pesant de mes péchés,

et accorde-moi dans ta compassion des larmes de repentir.

 

Maintenant et toujours…

 

Ô Mère de Dieu, espérance et protection de ceux qui te chantent,

allège le poids, le fardeau de mes péchés ;

très-sainte Dame, accueille-moi transformé par le repentir.

 

ODE 2

 

  1. (Hirmos) Cieux, prêtez l’oreille et je parlerai,

je chanterai des hymnes au Christ qui, pour venir à nous,

a pris chair dans le sein de la Vierge. Dt 32

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai perdu ma beauté et ma noblesse originelle

et depuis me voici gisant dans la nudité et je suis en proie à la honte.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le péché a cousu pour moi des vêtements de peau,

après m’avoir dépouillé de la robe tissée par Dieu lui-même. Gn 3*21

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je me suis enveloppé du vêtement de la honte comme des feuilles du figuier,

témoin des passions dont je suis l’esclave. Gn 3*7

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je me suis revêtu d’une tunique couverte de taches

et honteusement ensanglantée par une vie vouée à l’amour du plaisir.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai souillé la tunique de ma chair et je l’ai couverte de taches,

moi qui fus créé à ton Image, ô Sauveur, et à ta Ressemblance. Gn 1*26

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je suis tombé sous le fardeau des passions et de la matière corruptible,

et maintenant l’ennemi m’oppresse.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. À la pauvreté j’ai préféré une vie avare et cupide,

et je gémis maintenant, ô mon Sauveur, sous le poids qui m’écrase.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai décoré l’idole de ma chair du vêtement bigarré des desseins honteux,

et je me suis condamné.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je n’ai pensé qu’à la seule beauté extérieure,

et j’ai négligé mon sanctuaire intérieur qui porte l’empreinte divine. 1Co 3*16

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Me déguisant à moi-même l’inconsistance des passions,

à force d’aimer le plaisir, j’ai terni la beauté de mon esprit.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai enseveli la beauté de l’icône originelle dans l’abîme de mes passions,

mais toi, ô Sauveur, tu me cherches et me retrouves comme la drachme perdue.

Lc 15*8-10

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Comme la prostituée, je suis tombé dans la multitude des transgressions,

c’est pourquoi je te crie : “J’ai péché contre toi, ô mon Sauveur,

accepte l’offrande de mes larmes comme le parfum d’une huile aromatique.”

Lc 7*37-38

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Comme David je suis tombé dans l’intempérance

et je me suis roulé dans la boue,

mais lave-moi, ô mon Sauveur, par mes larmes ! 2 S 11*2-4

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je t’implore comme le publicain : aie pitié de moi, ô mon Sauveur,

aie pitié de moi, car nul parmi les fils d’Adam n’a autant péché que moi !

Lc 18*13 ; 1Tm 1*15

 

Gloire au Père…

 

Je suis la Trinité simple, sans séparation, sans confusion entre les Personnes,

Je demeure Une par nature : Père, Fils et Esprit divin !

 

Maintenant et toujours…

 

Vierge Mère de Dieu, ô très-pure et seule digne de nos chants,

intercède constamment pour que nous soyons sauvés.

 

ODE 3

 

  1. (Deuxième hirmos) Affermis, Seigneur, mon coeur ébranlé

sur le rocher de tes commandements,

car toi seul tu es Saint et Seigneur. 1 S 2*2 ; Ps 40*2

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. En toi j’ai la source de vie, ô Vainqueur de la mort,

et du fond de mon coeur je crie vers toi :

“J’ai péché, mais avant la fin, aie pitié de moi et sauve-moi !” Ps 36*10

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai imité, ô Sauveur, les contemporains inconscients de Noé

et j’ai encouru leur condamnation, submergé, comme eux, par le déluge. Gn 7*23

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai péché, ô Seigneur, j’ai péché contre toi, aie pitié de moi,

il n’est pas, parmi les hommes, de pécheur plus grand que moi !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu as imité Cham, qui méprisa son père,

tu n’as pas, ô mon âme, voilé la honte de ton prochain

en reculant vers lui discrètement. Gn 9*23

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu n’as pas hérité, ô âme misérable, de la bénédiction de Sem,

tu n’as pas reçu comme Japhet une large part de la terre du repos. Gn 9*26-27

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Déserte Charran, ô mon âme, déserte la terre du péché,

viens habiter le sol d’où jaillit la vie incorruptible,

qui est devenue l’héritage d’Abraham. Gn 12*4

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu le sais, ô mon âme : Abraham quitta jadis

le pays de ses pères et devint étranger sur la terre :

imite sa résolution ! Gn 12*1-4

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

Pitié pour moi, Seigneur, pitié pour moi,

tel sera mon cri, lorsque tu viendras parmi tes Anges saints

rendre à chacun selon ses actions.

 

Gloire au Père…

 

Trinité toute digne de nos chants, Dieu unique en Trois Personnes,

sauve-nous qui fidèlement nous prosternons devant ta majesté.

 

Maintenant et toujours…

 

Sans semence tu as conçu le Fils du Père intemporel,

tu l’as mis au monde et dans le temps :

étrange merveille, Vierge et Mère de Dieu.

 

ODE 4

 

  1. (Hirmos) Ayant appris ton avènement, Seigneur,

le prophète fut saisi de stupeur ;

sachant que tu naîtrais d’une Vierge et te manifesterais aux hommes il s’écria :

“J’ai entendu ta clameur et j’ai eu peur ! Gloire à ta puissance, Seigneur !” Ha 3*2

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Réveille-toi mon âme, et combats à l’exemple de Jacob

le grand patriarche, pour obtenir l’action unie à la connaissance,

gagner un esprit voyant Dieu, percer les ténèbres impénétrables

par la contemplation et acquérir un grand trésor ! Gn 32*25-31

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. En engendrant les douze patriarches, Jacob dresse devant tes yeux,

ô mon âme, une échelle mystique d’ascension par les oeuvres ;

il dispose ses douze fils comme autant de degrés d’élévation dans la sagesse.

Gn 29*31 ; 30*24 ; 35*16-20

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu as imité Esaü, ô âme envieuse, en vendant au supplanteur

le droit d’aînesse de la beauté originelle, et tu as été écartée

de la bénédiction paternelle, ainsi te voilà doublement trompée

dans tes oeuvres et dans ta connaissance.

Convertis-toi désormais ! Gn 25*34 ; 27*1-29

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Esaü fut surnommé Édom à cause de son insatiable passion

pour les femmes, car brûlant toujours d’incontinence et tout souillé par les plaisirs,

on le nomma Édom, c’est-à-dire : âme éprise du péché. Gn 36*1-3

 

  1. Job sur son fumier fut soumis et ainsi fut-il justifié,

mais toi, ô mon âme, tu n’as pas voulu imiter son courage

ni sa fermeté dans les épreuves, et sa patience t’a fait défaut. Job 2*8-10

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Lui, naguère sur un trône, le voilà nu sur le fumier ;

lui, jadis, père de nombreux enfants et couvert de gloire,

le voici tout à coup sans fils et sans abri :

le fumier lui sert de palais et les ulcères de joyaux précieux ! Job 1 & 2

 

Gloire au Père…

 

Ô Unité simple et Incréée, Nature éternelle glorifiée en trois Hypostases,

sauve-nous, nous qui t’adorons en confessant ta puissance !

 

Maintenant et toujours…

 

Ô Vierge, tu as enfanté et vierge tu es demeurée,

car ton sein virginal met au monde Celui

qui renouvelle les lois de la nature : Dieu lui-même le veut ainsi.

 

ODE 5

 

  1. (Hirmos) Dans la nuit je veille, éclaire-moi, ô Ami de l’homme,

guide-moi sur le chemin de tes commandements

et enseigne-moi, mon Sauveur, à faire ta Volonté. Is 26*9-20 ; Ps 143*8-9

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu le sais, ô mon âme, le berceau de Moïse fut porté

par les flots du Nil comme une arche de salut

et le juste échappa ainsi aux ordres meurtriers de Pharaon. Ex 2*3

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu le sais, ô mon âme, les sages-femmes d’Égypte

refusèrent jadis de tuer les enfants mâles, fruits de la sagesse ;

toi, désormais, comme le grand Moïse, nourris-toi au sein de la Sagesse. Ex 1*17

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu n’as pas frappé à mort l’Égyptien spirituel, ô mon âme,

à l’exemple du grand Moïse, tu ne saurais donc habiter le désert

où l’on s’éloigne des passions par la pénitence. Ex 2*12

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le grand Moïse a résidé au désert,

viens donc, ô mon âme, imite sa traversée,

afin de pouvoir contempler la théophanie dans le buisson ardent. Ex 3*1-6

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Façonne pour toi-même, ô mon âme,

le bâton de Moïse qui divisa la mer et fixa les abîmes,

figure de la divine Croix par laquelle,

toi aussi, tu accompliras de grandes choses. Ex 14*16

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Aaron offrait à Dieu un feu pur et sans mélange,

mais Hophni et Phinéas lui présentaient, comme toi,

ô mon âme, l’odieux tribut d’une vie souillée. 1S 2*12-15

 

Gloire au Père…

 

Nous te glorifions comme un seul Dieu,

trois fois sainte Trinité, Père, Fils et Saint Esprit,

consubstantielle divinité, sans cesse nous t’adorons.

 

Maintenant et toujours…

 

De toi, ô Vierge immaculée, sainte Mère de Dieu,

le divin Créateur des siècles éternels prit notre chair

pour s’unir intimement à la nature des mortels.

 

ODE 6

 

  1. (Hirmos) De tout mon coeur j’ai invoqué le Dieu de miséricorde

et il m’a entendu. Il m’a fait remonter de l’enfer,

il a libéré ma vie de la corruption. Jon 2*3-10

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Refluant comme la Mer Rouge,

les flots de mes péchés m’ont soudain submergé,

comme autrefois les Égyptiens et tous leurs cavaliers. Ex 14*28

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ô âme insensée, semblable à l’antique Israël,

tu as préféré l’amour vorace du plaisir des passions à la manne divine. Ex 16*9-36

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Comme au peuple insensé dans le désert, ô mon âme,

les chaudrons de viande et les festins de l’Égypte

t’ont paru meilleurs que la nourriture céleste. Nb 11*4-6 ; Ex 16*3

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu as préféré les puits stagnants des pensées cananéennes, ô mon âme,

méprisant la veine abondante du Rocher d’où jaillissent

comme un fleuve les eaux vives de la théologie. Jr 2*13

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Lorsque Moïse ton serviteur frappa le rocher de son bâton,

ce rocher préfigurait ton côté vivifiant,

où nous puisons tous vie et salut. Ex 17*5-6 ; 1Co 10*4

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Marche, ô mon âme, élance-toi sur les traces de Josué fils de Noun,

à la recherche de la terre des promesses,

explore ton héritage et demeure en lui par la justice. Nb 14*6-9

 

Gloire au Père…

 

Je suis l’indivisible Trinité et par nature l’Unité,

dit le Père avec le Fils et l’Esprit divin.

 

Maintenant et toujours…

 

Ton sein a mis au monde pour nous un Dieu

qui se conforme à notre humanité ;

ô Mère de Dieu, supplie le Créateur de l’univers,

afin que par tes prières nous soyons justifiés.

 

(Kondakion) Réveille-toi ! pourquoi dormir, ô mon âme,

pourquoi dormir ainsi ? car voici la fin s’approche,

et tu rendras compte au jugement.

Veille donc, ô mon âme, pour que t’épargne le Christ Dieu,

lui qui est partout, dans tout l’univers qu’il comble de sa présence.

 

ODE 7

 

  1. (Hirmos) Nous avons péché, nous avons été rebelles,

nous avons commis l’injustice devant ta Face,

nous n’avons pas gardé ni pratiqué tes commandements,

pourtant, à l’heure dernière, ne nous rejette pas, Dieu de nos pères !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Pendant que l’Arche de l’Alliance était transportée sur un char,

Ouzza, voyant les boeufs broncher, porta la main sur elle

et pour ce simple geste encourut la colère de Dieu !

N’imite pas sa présomption et vénère les choses divines, ô mon âme. 2S 6*6-7

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Absalom se révolta contre l’ordre de la nature,

allant jusqu’à souiller la couche de David son père ;

pourtant tu as imité, ô mon âme, ses coupables passions

et ses désirs voluptueux ! 2S 16*22

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu as abaissé ta dignité, ô mon âme, en l’asservissant à ton corps,

car ayant trouvé dans l’adversaire un autre Ahitophel,

ce mauvais conseiller, tu t’es rendue complice de ses desseins ;

mais le Christ les a anéantis afin que tu sois sauvée ! 2S 15*12 & 16*21

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Salomon l’admirable, comblé de grâce et de sagesse,

ayant commis le mal devant Dieu, s’est éloigné de lui ;

c’est à ce modèle, ô mon âme, que tu as conformé ta vie vouée à la malédiction.

1R 11*1-10

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Enchaîné par les plaisirs et sali par les passions,

le roi Salomon jadis amant de la sagesse,

se fit l’amant de femmes impudiques et devint étranger à Dieu.

Malheur à toi, ô mon âme, qui l’as imité en esprit par amour honteux du plaisir !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu t’es fait l’émule de Roboam rebelle aux conseils de son père,

ô mon âme, tu as suivi les traces de Jéroboam, ce serviteur mauvais et apostat,

cesse de les imiter et crie vers Dieu : “J’ai péché, aie pitié de moi !”

1R 11*26-40 & 12*6-8

 

Gloire au Père…

 

Trinité sans commencement et incréée, Indivisible Unité,

accueille ma pénitence, sauve ce pécheur qui est ta créature,

ne me repousse pas, mais arrache-moi au feu de la condamnation

 

Maintenant et toujours…

 

Nous te chantons, nous te bénissons, devant toi nous nous prosternons,

ô Mère de Dieu, car tu as enfanté l’Un de la sainte Trinité,

ton Fils et ton Dieu, entr’ouvrant pour nous le ciel sur la terre.

 

ODE 8

 

  1. (Hirmos) Celui que les puissances célestes glorifient,

Celui devant qui frémissent les chérubins et les séraphins,

que tout ce qui respire, que toute créature le louent,

le bénissent et l’exaltent dans les siècles.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu as suivi Ozias, ô mon âme, et tu as reçu une double part de sa lèpre

car tes pensées sont mauvaises et tes oeuvres injustes :

renonce à la possession des choses corruptibles

et hâte-toi de revêtir la pénitence. 2Ch 26*16-20

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu l’as entendu, ô mon âme, les habitants de Ninive ont fait pénitence

devant Dieu, sous le sac et la cendre,

cependant tu n’as pas imité leur conversion,

tu as péché sept fois plus que les pécheurs avant et après la Loi. Jon 3*5-6

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu le sais, ô mon âme, Jérémie, jeté dans une citerne boueuse,

gémissait et pleurait sur la cité de Sion :

imite sa vie de douleur et tu seras sauvée ! Jr 37*6

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Jonas s’enfuit autrefois à Tharsis prévoyant la conversion des Ninivites,

car il connaissait, comme prophète, l’infinie miséricorde de Dieu

qui ne répugne pas à faire mentir la prophétie. Jon 4*2

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu as entendu, ô mon âme, comment Daniel dans la fosse

ferma la gueule des bêtes féroces,

tu sais comment Azarias et ses compagnons éteignirent par leur foi

l’incendie de la fournaise ardente ! Dn 14*30-42 ; 3*16-26

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je t’ai montré, ô mon âme, toutes les figures de l’Ancien Testament :

imite l’attitude des justes, les oeuvres de ceux qui aiment Dieu

et fuis, au contraire, le péché des méchants.

 

Gloire au Père…

 

Père du Verbe Dieu, Fils coéternel et Verbe du Père intemporel,

Esprit consolateur et créateur de vie, Trinité toute-sainte,

Aie pitié de moi, Ô Dieu, aie pitié de moi. pitié de nous.

 

Maintenant et toujours….

 

En ton sang l’Emmanuel comme de pourpre fut vêtu,

et c’est en toute vérité, ô Vierge immaculée,

que nous honorons ta divine maternité.

 

ODE 9

 

  1. (Hirmos) Virginalement conçu d’une mère sans époux

et engendré sans corruption, le fruit divin demeure inexplicable ;

la naissance de Dieu renouvelle la nature des êtres.

C’est pourquoi toutes les générations te magnifient

et te saluent fidèlement, ô Mère et Épouse de Dieu !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le Christ connut la tentation, le diable l’éprouva lui montrant les pierres

pour qu’il les transforme en pains ; il l’emporta au sommet

d’une haute montagne pour étaler à ses regards tous les royaumes de la terre : redoute, ô mon âme, les artifices du démon, veille,

prie et invoque sans cesse le Tout-Puissant ! Lc 4*3-8 ; Mt 26*41

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Comme la tourterelle hantant les solitudes,

la voix du Précurseur s’est fait entendre dans le désert,

proclamant la pénitence ; mais Hérode s’abandonne au péché avec Hérodiade !

Prends garde, ô mon âme, de te laisser surprendre

par les pièges des impies, mais embrasse la conversion ! Mt 3*1-3 ; 14*3-12

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le Précurseur de la grâce habitait le désert,

et toute la Judée et la Samarie accouraient à lui pour l’entendre,

et confessant leurs péchés, recevaient le baptême avec empressement ;

toi seule, ô mon âme, tu n’as pas suivi leur exemple ! Mt 3*5-7

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le mariage est digne d’être honoré, chaste est le lit nuptial,

car le Christ venu dans la chair les a bénis l’un et l’autre aux noces de Cana.

Il changea l’eau en vin, accomplissant ainsi son premier miracle,

ô mon âme, pour que tu te transformes aussi. Jn 2*1-11

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le Christ redressa le paralytique et lui fit emporter son lit de douleur.

Il ressuscita le fils de la veuve et le serviteur du centurion, puis,

se faisant connaître à la Samaritaine, il t’enseigna ainsi,

ô mon âme, l’adoration en esprit. Lc 5*24 ; 7*12-15 ; Mt 8*5-13 ; Jn 4*6-26

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le Seigneur guérit par le contact de sa robe

la femme atteinte d’un flux de sang, il purifia les lépreux,

rendit la lumière aux aveugles, et redressa les boiteux.

Il guérit par sa seule Parole les sourds-muets et la femme courbée,

t’offrant, ô âme misérable, les présages de ton salut ! Lc 17*11-14 ; 13*10-17

 

Gloire au Père…

 

Consubstantielle Trinité, nous chantons l’unité de tes personnes,

glorifiant le Père et magnifiant le Fils,

nous prosternant devant l’Esprit, Dieu unique en vérité,

unique et triple vie, éternelle royauté.

 

Maintenant et toujours…

 

Très-sainte Mère de Dieu, garde sous ta protection le peuple chrétien

qui partage royalement ton souverain pouvoir et triomphe

grâce à toi des assauts de l’Ennemi et de toute tentation.

 

Saint André de Crète, intercède pour nous.

 

Pasteur de Crète, saint André, ô Père trois fois heureux,

intercède sans répit pour les chantres de ton nom,

afin que soient délivrés de toute inquiète pensée, de l’affliction et du péché

ceux qui vénèrent ta mémoire sans fin.

 

  1. Virginalement conçu d’une mère sans époux

et engendré sans corruption,

le fruit divin demeure inexplicable ;

la naissance de Dieu renouvelle la nature des êtres.

C’est pourquoi toutes les générations te magnifient et te saluent fidèlement,

ô Mère et Épouse de Dieu !

Aux complies du lundi

Source : http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/grand-canon1.htm

ODE 1 (Premier cantique de Moïse : Exode 15*1-16)

  1. (Hirmos) Le Seigneur est mon aide et mon protecteur,

c’est lui qui m’a sauvé, c’est lui mon Dieu, je le glorifierai ;

c’est le Dieu de mes pères et je l’exalterai, car il a fait éclater sa gloire.

Ps 118 ; Ex 15*1-2

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Par où commencerai-je à déplorer les actes de ma vie misérable,

et quels seront, ô Christ, les premiers accents de ce chant de deuil ?

Accorde-moi, dans ta compassion, la rémission de mes péchés ! Eph 4*32 ; 1P 3*8

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Viens donc, âme endurcie, revêtue de ta chair,

confesse-toi au Créateur de toutes choses ;

rejette loin de toi ton délire et offre à Dieu des larmes de pénitence.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Émule du premier Adam dans les voies de la prévarication,

par mes péchés, je me suis vu dépouillé de mon Dieu,

sevré du royaume éternel et de ses délices. Gn 3*23

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Malheur à toi, âme endurcie, pourquoi as-tu voulu ressembler à Ève ?

C’est ton propre regard, ton regard avide qui t’a blessée,

tu as tendu la main vers l’arbre funeste, désiré et goûté à la nourriture de la déraison. Gn 3*6

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. À la place de l’Ève charnelle, une Ève en esprit s’est élevée en moi :

c’est une pensée de convoitise qui se pare de plaisirs

et se gave sans fin d’une nourriture funeste.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Adam, pour avoir violé un seul de tes commandements,

ô Sauveur, a été en toute justice chassé du paradis.

Que dois-je subir, moi qui transgresse en tous temps tes paroles de vie ? Gn 2*17

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai mis mes pas dans les pas de Caïn, et j’ai choisi de devenir meurtrier,

car j’ai flatté ma chair et attenté à mon âme par les oeuvres de mes péchés. Gn 4*8

 

Gloire au Père…

 

Ô Trinité supersubstantielle, qui es adorée dans ton Unité,

soulage-moi du fardeau pesant de mes péchés,

et accorde-moi dans ta compassion des larmes de repentir.

 

Maintenant et toujours…

 

Ô Mère de Dieu, espérance et protection de ceux qui te chantent,

allège le poids, le fardeau de mes péchés ;

très-sainte Dame, accueille-moi transformé par le repentir.

 

ODE 2 (Deuxième cantique de Moïse : Deutéronome 32*1-11)

 

  1. (Hirmos) Cieux, prêtez l’oreille et je parlerai,

je chanterai des hymnes au Christ qui,

pour venir à nous, a pris chair dans le sein de la Vierge. Dt 32

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Cieux, prêtez l’oreille et je parlerai,

que la terre écoute la voix de la pénitence,

qui s’élève vers Dieu et le glorifie ! Dt 32

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Abaisse sur moi un regard favorable et plein de compassion,

ô Dieu Sauveur, et accueille ma fervente confession ! Ps 69*17

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai péché plus que tous les hommes, seul j’ai péché contre toi,

ô Dieu Sauveur, prends pitié de ta créature ! Ps 51*6

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. La tempête de mes passions m’environne,

mais étends vers moi ta main avec compassion,

comme jadis tu le fis pour Pierre. Mt 14*31

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ô Christ très compatissant, je t’offre aussi mes larmes,

comme la femme pécheresse. Aie pitié de moi, ô mon Sauveur, dans ta bonté.

Lc 7*38

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai terni la beauté de mon âme par les plaisirs des passions,

et j’ai abaissé mon esprit au niveau de la boue.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai mis en lambeau le vêtement originel que le Créateur m’avait tissé,

et depuis me voici gisant dans la nudité.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai essayé de me couvrir d’une défroque déchirée,

tissage du serpent qui m’a séduit,

et je suis en proie à la honte. Gn 3*7

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai contemplé la beauté de l’arbre et mon esprit a été séduit,

et depuis, me voici gisant dans la nudité et je suis en proie à la honte.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tous les moteurs des passions ont labouré mon dos

en y creusant le sillon de leurs iniquités. Ps 129*3

 

Gloire au Père…

 

Indivisible substance, Divinité unique en Trois Personnes distinctes

dont le règne et le trône sont un,

je te chante l’hymne trois fois sainte au plus haut des cieux !

 

Maintenant et toujours…

 

Vierge Mère de Dieu, ô Très-Pure et seule digne de nos chants,

intercède constamment pour que nous soyons sauvés.

 

ODE 3 (Cantique d’Anne : 1 Samuel 2*1-10)

 

  1. (Hirmos) Affermis ton Église, ô Christ,

sur le Rocher inébranlable de tes commandements. 1S 2*2 ; Ps 40*3

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Fuis, ô mon âme, le feu du Seigneur,

par lequel il consuma jadis la terre de Sodome. Gn 19*24

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Fuis dans la montagne, ô mon âme,

à l’exemple de Loth et cherche refuge dans Soar. Gn 19*17*22

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Fuis l’incendie, ô mon âme, fuis l’embrasement de Sodome,

fuis la violence dévorante du feu divin.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. À toi je me confesse, ô Sauveur, j’ai péché, j’ai péché contre toi,

dans ta miséricorde, fais-moi grâce ! Ps 51*6

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Plus que tout homme j’ai péché, seul j’ai péché contre toi,

ô Christ Sauveur, ne me rejette pas !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu es le bon Pasteur, recherche-moi,

car je suis ta brebis perdue, ne m’abandonne pas ! Jn 10*11 ; Lc 15*4

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Jésus doux et clément, tu es mon Créateur,

en toi seul, mon Sauveur, je serai justifié !

 

Gloire au Père…

 

Ô Trinité consubstantielle, ô Unité en trois Hypostases,

nous te célébrons, glorifiant le Père, exaltant le Fils

et adorant le Saint Esprit, Dieu véritablement Un par nature,

Vie de toutes vies, dont le règne n’aura pas de fin !

 

Maintenant et toujours…

 

Réjouis-toi, ô Sein porteur de Dieu,

réjouis-toi, ô Trône du Seigneur,

réjouis-toi, ô Mère de notre Vie.

 

ODE 4 (Cantique d’Habakuk : Habakuk 3*2-11)

 

  1. (Hirmos) Ayant appris ton avènement, Seigneur,

le prophète fut saisi de stupeur ;

sachant que tu naîtrais d’une Vierge et te manifesterais aux hommes il s’écria :

“J’ai entendu ta clameur et j’ai eu peur ! Gloire à ta puissance, Seigneur !” Ha 3*2

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ne rejette pas ton ouvrage, ne détourne pas ton regard de ta créature,

ô Juge équitable, moi seul j’ai péché contre toi,

plus que tous j’ai péché, ô Ami de l’homme,

mais il n’appartient qu’à toi, Seigneur tout-puissant, de remettre les péchés. Mt 9*6

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. La fin approche, ô mon âme, la fin approche

et tu n’y songes pas, tu ne t’y prépares pas ;

le temps presse, lève-toi, le juge est à la porte !

Le temps de la vie passe comme un rêve, comme une fleur des champs,

et c’est en vain que l’homme s’agite ! Ps 39*5-7

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Réveille-toi, mon âme, examine tes oeuvres !

Représente-toi le passé, que les larmes coulent de tes yeux !

Confesse au Christ tes actes et tes pensées et tu seras justifiée !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Il n’est en cette vie nulle faute, nul délit, nul mal, ô Sauveur,

que je n’aie accompli, en esprit et en paroles, de propos délibérés,

en intention et en action : plus que tout autre, j’ai péché !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Malheur à moi ! Ma propre conscience me condamne

avec une rigueur sans égale dans le monde ;

ô mon Juge et mon Rédempteur, toi qui me connais,

épargne et sauve ton serviteur !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. L’échelle que vit autrefois Jacob le patriarche, ô mon âme,

est la figure de cette ascension spirituelle,

qui commence par l’action et s’achève par la contemplation.

Si tu veux connaître l’une et l’autre, renouvelle-toi ! Gn 28*12

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Pour obtenir ses deux épouses, le patriarche, dénué de tout,

supporta la chaleur du jour et le froid de la nuit ;

il travaillait avec ardeur, servait et augmentait

par ruse ses troupeaux, jour après jour. Gn 30 *37-43 ; 31*40-41

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ces deux épouses figurent l’action et la contemplation ;

la première c’est Léa car elle est féconde ;

la seconde Rachel, car la connaissance est laborieuse.

Sans peine, ô mon âme, nulle oeuvre, nulle contemplation ! Gn 29*31

 

Gloire au Père…

 

Trinité sans commencement et incréée, Indivisible Unité,

accueille ma pénitence, sauve ce pécheur qui est ta créature,

ne me repousse pas, mais arrache-moi au feu de la condamnation.

 

Maintenant et toujours…

 

Ô Vierge, tu as enfanté et vierge tu es demeurée,

car ton sein virginal met au monde Celui

qui renouvelle les lois de la nature :

Dieu lui-même le veut aussi.

 

ODE 5 (Cantique d’Isaïe : Isaïe 26*9-19)

 

  1. (Hirmos) Dans la nuit je veille, éclaire-moi, ô Ami de l’homme,

guide-moi sur le chemin de tes commandements

et enseigne-moi, mon Sauveur, à faire ta Volonté. Is 26*9-20 ; Ps 143*8-9

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ma vie s’est écoulée dans la nuit,

ténèbres et chaos m’ont englouti : nuit du péché !

Toi seul, ô mon Sauveur, tu peux faire de moi un fils de lumière. Jn 12*36

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Malheur à moi, j’ai imité Ruben,

j’ai méprisé la Loi du Très-Haut par une volonté criminelle,

comme Ruben j’ai souillé la couche paternelle. Gn 35*22

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. À toi je le confesse, ô Christ mon Roi,

j’ai péché comme jadis les fils de Jacob vendant Joseph,

leur propre frère, fruit de la chasteté et de la sagesse. Gn 37*28

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Cette âme juste fut livrée par ses frères,

cet homme de douceur fut vendu comme esclave, à l’image du Seigneur,

mais toi, ô mon âme, tu es devenue tout entière l’esclave de ta malfaisance.

Mt 26*15-16

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Imite Joseph à l’esprit juste et sage, ô âme douloureuse et réprouvée,

ne t’abandonne plus au délire des passions et à la désobéissance.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Joseph a séjourné jadis dans une citerne,

préfigurant ta Sépulture et ta Résurrection ;

mais moi, que t’offrirai-je de semblable ? Gn 37*24

 

Gloire au Père…

 

Je suis la Trinité simple, sans séparation, sans confusion entre les Personnes,

Je demeure Une par nature : Père, Fils et Esprit divin !

 

Maintenant et toujours…

 

De toi, ô Vierge immaculée, sainte Mère de Dieu,

le divin Créateur des siècles éternels prit notre chair

pour s’unir intimement à la nature des mortels.

 

ODE 6 (Cantique de Jonas : Jonas 2*3-10)

 

  1. (Hirmos) De tout mon coeur j’ai invoqué

le Dieu de miséricorde et il m’a entendu.

Il m’a fait remonter de l’enfer, il a libéré ma vie de la corruption. Jon 2*3-10

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je t’offre avec sincérité, ô Sauveur,

les larmes de mes yeux et les gémissements profonds de mon coeur

qui crie : “J’ai péché contre toi, ô Dieu, fais moi grâce !”

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ô mon âme, tu t’es éloignée du Seigneur, comme Datan et Abirôn,

mais de tout ton coeur crie-lui :

“Épargne-moi de peur que la terre béante ne m’engloutisse !” Nb 16*12-34

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Devenue furieuse comme une génisse, ô mon âme,

tu t’es faite semblable à Éphraïm.

Comme la gazelle, sauve ta vie du piège, par l’élan de l’ascèse,

de l’esprit et de la contemplation. Os 4*16-17

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. La main de Moïse, ô mon âme, atteste que Dieu peut blanchir

et purifier une vie lépreuse,

aussi, serais-tu couverte de lèpre, ne tombe pas dans le désespoir ! Ex 4*6-8

 

Gloire au Père…

 

Ô Trinité consubstantielle, ô Unité en trois Hypostases, nous te célébrons,

glorifiant le Père, exaltant le Fils et adorant le Saint Esprit,

Dieu véritablement Un par nature, Vie de toutes vies,

dont le règne n’aura pas de fin !

 

Maintenant et toujours…

 

(Kondakion) Réveille-toi ! Pourquoi dormir, ô mon âme,

pourquoi dormir ainsi ?

Car voici la fin s’approche, et tu rendras compte au jugement.

Veille donc, ô mon âme, pour que t’épargne le Christ Dieu, lui qui est partout,

dans tout l’univers qu’il comble de sa présence.

 

ODE 7 (Cantique des Trois Jeunes Gens : Daniel 3*26-56)

 

  1. (Hirmos) Nous avons péché, nous avons été rebelles,

nous avons commis l’injustice devant ta Face,

nous n’avons pas gardé ni pratiqué tes commandements,

pourtant, à l’heure dernière, ne nous rejette pas, Dieu de nos pères !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai péché, j’ai méprisé et violé tes commandements,

car j’ai été conçu dans le péché ; à mes ulcères

j’ai ajouté de nouvelles blessures, mais selon ta miséricorde,

fais-moi grâce, Dieu de nos pères ! Ps 51*7

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Saül en cherchant les ânesses de son père, par surcroît, trouva la royauté ;

et toi, ô mon âme, garde-toi de préférer

le troupeau des passions au royaume du Christ ! 1S 9*1-10

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. David, l’ancêtre de Dieu, a péché par deux fois :

il fut d’abord blessé par les flèches de l’adultère,

et transpercé ensuite par le glaive de l’homicide.

Toi, ô mon âme, entraînée par l’élan de tes passions,

tu souffres d’actions plus graves encore. 2S 11*3-15

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. David commit autrefois iniquités sur iniquités,

aggravant l’adultère par le meurtre, mais aussitôt il fit doublement pénitence ;

ô mon âme tu es bien plus criminelle,

toi qui demeures sans repentir devant Dieu. 2S 11 & 12

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. David fit de son repentir un poème,

il s’accusa ainsi du mal qu’il avait fait, en criant :

“Aie pitié de moi, devant toi seul j’ai péché !

Dieu de l’univers, purifie-moi !” Ps 51

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Pendant que l’Arche de l’Alliance était transportée sur un char,

Ouzza, voyant les boeufs broncher, porta la main sur elle

et pour ce simple geste encourut la colère de Dieu !

N’imite pas sa présomption et vénère les choses divines, ô mon âme. 2S 6*6-7

 

Gloire au Père…

 

Trinité sans commencement et incréée, Indivisible Unité,

accueille ma pénitence, sauve ce pécheur qui est ta créature,

ne me repousse pas, mais arrache-moi au feu de la condamnation.

 

Maintenant et toujours…

 

Nous te chantons, nous te bénissons, devant toi nous nous prosternons,

ô Mère de Dieu, car tu as enfanté l’Un de la sainte Trinité,

ton Fils et ton Dieu, entr’ouvrant pour nous le ciel sur la terre.

 

ODE 8 (Cantique des Trois Jeunes Gens : Daniel 3*52-87)

 

  1. (Hirmos) Celui que les puissances célestes glorifient,

Celui devant qui frémissent les chérubins et les séraphins,

que tout ce qui respire, que toute créature le louent,

le bénissent et l’exaltent dans les siècles.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Aie pitié des pécheurs, ô Sauveur, excite mon esprit à la conversion,

accepte ma pénitence, sois compatissant pour celui qui te crie :

“J’ai péché contre toi seul, j’ai commis l’iniquité, aie pitié de moi !” Ps 51*6

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Élie le conducteur de char, élevé aux plus hautes vertus,

fut jadis entraîné de la terre au ciel.

Médite, ô mon âme, sur cette ascension ! 2R 2*11

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Élisée prit le manteau d’Élie, en frappa l’antique Jourdain

et les eaux du fleuve se séparèrent,

mais toi, ô âme immodérée, tu ne connais pas cette grâce ! 2R 2*14

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Élisée ayant reçu autrefois le manteau d’Élie

obtint du Seigneur une double part de sa force,

mais toi, ô âme immodérée, tu ne connais pas cette grâce ! 2R 2*9-15

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. La Sunamite a jadis donné l’hospitalité au juste,

mais toi, ô mon âme, tu n’as introduit dans ta maison ni l’étranger, ni le pèlerin,

c’est pourquoi tu seras chassée toute en pleurs de la chambre nuptiale ! 2R 4*8-10

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ô âme misérable, tu as toujours imité l’avidité sordide de Guehazi,

maintenant, du moins, au déclin de tes jours, renonce à l’amour de l’argent,

fuis le feu de la géhenne préparé pour tes méfaits ! 2R 5*20-27

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu as suivi Ozias, ô mon âme, et tu as reçu une double part de sa lèpre

car tes pensées sont mauvaises et tes oeuvres injustes :

renonce à la possession des choses corruptibles

et hâte-toi de revêtir la pénitence. 2Ch 26*16-20

 

Bénissons le Seigneur, Père, Fils et Saint Esprit.

 

Nous te glorifions, ô Trinité, Dieu unique,

“Saint, Saint, Saint es-tu, Père, Fils et Saint Esprit,

essence unique et simple, et toujours adorée !”

 

Maintenant et toujours…

 

En ton Sang l’Emmanuel fut vêtu comme de pourpre,

et c’est en toute vérité, ô Vierge immaculée,

que nous honorons ta divine maternité.

 

ODE 9 (Cantique de la Mère de Dieu)

 

  1. (Hirmos) Virginalement conçu d’une mère sans époux

et engendré sans corruption,

le fruit divin demeure inexplicable ;

la naissance de Dieu renouvelle la nature des êtres.

C’est pourquoi toutes les générations te magnifient et te saluent fidèlement,

ô Mère et Épouse de Dieu !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Mon esprit est blessé, mon corps décline,

mon souffle s’affaiblit et ma raison languit, la vie meurt, la fin s’approche.

Que feras-tu, âme infortunée, à l’heure où le Juge dévoilera tes secrets ?

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Examine, ô mon âme, les écrits de Moïse sur la création du monde,

contenant l’histoire des justes et des impies :

tu as imité les pécheurs et non les justes, ô âme détournée de Dieu !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. La Loi en toi est impuissante, l’Évangile infructueux,

la prophétie, les sentences des justes et l’Écriture toute entière

sont devenus pour toi des objets de mépris.

Tes plaies, ô mon âme, s’enveniment loin du médecin qui, seul, pourrait les guérir !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Contemple, ô mon âme, tous les modèles que te présente

le Nouveau Testament pour t’amener au repentir :

imite donc les justes, détourne-toi des pécheurs, cherche à fléchir le Christ

par les prières et par le jeûne, par la pureté et le recueillement.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le Christ s’est fait homme, il s’est uni à ma chair ;

volontairement il a assumé notre nature toute entière sauf le péché,

te montrant, ô mon âme, l’image de son ineffable bonté.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le Christ s’est fait homme, il a appelé à la conversion

les larrons et les prostituées :

repens-toi, ô mon âme, les portes du royaume sont ouvertes !

Les pharisiens, les publicains et les adultères convertis nous y précèdent !

Mt 21*31

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le Christ a sauvé les mages, appelé les bergers,

transformé la multitude des innocents en martyrs.

Il a exaucé les voeux du vieillard Syméon et d’Anne la veuve au grand âge,

mais toi, ô mon âme, tu n’as imité ni leurs oeuvres ni leurs vies !

Malheur à toi quand tu seras jugée ! Mt 2*1-18 ; Lc 2*25-38

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Après avoir jeûné quarante jours dans le désert

le Seigneur eut faim à cause de sa nature humaine.

Ne te laisse pas abattre, ô mon âme, sous les coups de l’ennemi,

par la prière et le jeûne tu le fouleras aux pieds ! Mt 4*2 ; 17*21

 

Gloire au Père…

 

Célèbre et glorifie, ô mon âme, la Trinité simple, indivisible et consubstantielle,

l’unique Substance trois fois sainte, Lumière de Lumières, unique Dieu Saint,

Dieu vivant, Dieu de toutes choses !

 

Maintenant et toujours…

 

Très-sainte Mère de Dieu, garde sous ta protection le peuple chrétien

qui partage royalement ton souverain pouvoir et triomphe

grâce à toi des assauts de l’Ennemi et de toute tentation.

 

Saint André de Crète, intercède pour nous.

 

Pasteur de Crète, saint André, ô Père trois fois heureux,

intercède sans répit pour les chantres de ton nom,

afin que soient délivrés de toute inquiète pensée, de l’affliction et du péché

ceux qui vénèrent ta mémoire sans fin.

 

  1. Virginalement conçu d’une mère sans époux

et engendré sans corruption,

le fruit divin demeure inexplicable ;

la naissance de Dieu renouvelle la nature des êtres.

C’est pourquoi toutes les générations te magnifient et te saluent fidèlement,

ô Mère et Épouse de Dieu !

 

Aux complies du jeudi

Source : http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/grand-canon1.htm

ODE 1

  1. (Hirmos) Le Seigneur est mon aide et mon protecteur,

c’est lui qui m’a sauvé, c’est lui mon Dieu, je le glorifierai ;

c’est le Dieu de mes pères et je l’exalterai, car il a fait éclater sa gloire.

Ps 118 ; Ex 15*1-2

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Agneau de Dieu, qui ôtes les péchés de tous,

décharge-moi du fardeau pesant de mes péchés

et accorde-moi, dans ta compassion, le pardon de mes fautes. Jn 1*29

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Voici le temps de la pénitence, je viens vers toi,

ô mon Créateur, décharge-moi du fardeau pesant de mes péchés

et accorde-moi, dans ta compassion, le pardon de mes fautes. Mt 11*28

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ne me prends pas en dégoût, ô mon Sauveur,

ne me rejette pas loin de ta Face,

décharge-moi du fardeau pesant de mes péchés

et accorde-moi, dans ta compassion, le pardon de mes fautes. Ps 51*13

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. En effaçant, ô mon Sauveur, toutes mes transgressions,

volontaires et involontaires, manifestes et secrètes,

commises sciemment ou par ignorance,

aie pitié de moi, ô Dieu, et sauve-moi ! Ps 51*3 ; Lc 18*13

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Dès ma jeunesse, ô Sauveur, j’ai répudié tes commandements,

voué tout entier aux passions j’ai passé ma vie dans l’inconscience,

c’est pourquoi je m’écrie : “Ô mon Sauveur, avant la fin sauve-moi !” Lc 15*12-13

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ayant dissipé le patrimoine de mon âme dans le dérèglement,

je me sens dépourvu du fruit de la piété et, tourmenté par la faim, je m’écrie :

“Père des miséricordes, accours vers moi et fais-moi grâce !” Lc 15*14-20

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je me jette à tes pieds, ô Jésus, j’ai péché contre toi !

Décharge-moi du fardeau pesant de mes péchés

et accorde-moi, dans ta compassion, le pardon de mes fautes.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. N’entre pas en jugement avec moi, ne dévoile pas mes actions,

ne scrute pas mes intentions ni mes désirs,

mais dans ta compassion efface mes misères et sauve-moi ! Ps 130*3-4

 

Gloire au Père…

 

Ô Unité simple et Incréée, Nature éternelle glorifiée en trois Hypostases,

sauve-nous, nous qui t’adorons en confessant ta puissance !

 

Maintenant et toujours…

 

Ô Mère de Dieu, espérance et protection de ceux qui te chantent,

allège le poids, le fardeau de mes péchés ;

très-sainte Dame, accueille-moi transformé par le repentir.

 

ODE 2

 

  1. (Deuxième hirmos) Comprenez, comprenez que c’est moi qui suis Dieu !

J’ai fait jadis pleuvoir la manne au désert et jaillir l’eau du rocher,

pour mon peuple, par ma Droite et par ma Puissance !

Ps 46*11 ; Ex 16*14 ;-15 ; Ex 17*6

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. “J’ai tué un homme pour ma blessure, j’ai fait périr un jeune homme

pour ma meurtrissure”, criait Lamech en pleurs.

Et toi, ô mon âme, tu ne frémis pas d’avoir souillé ta chair

et contaminé ton esprit honteusement. Gn 4*23

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Par ma recherche du plaisir, ô combien j’ai imité Lamech,

l’antique homicide, en frappant mon âme comme un semblable,

et mon esprit comme un jeune homme ; j’ai suivi Caïn, le meurtrier,

en tuant mon corps, mon propre frère. Gn 4*23 ; 4*8

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu as imaginé, ô mon âme, de bâtir une tour

et de la fortifier par tes désirs avides,

mais le Créateur a confondu tes projets et jeté à terre tes machinations. Gn 11*4 ; 11*8

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je suis blessé, je suis meurtri, les flèches de l’ennemi ont percé

et déchiré mon âme et mon corps ;

ce sont les blessures, les ulcères et les brûlures

provoqués par mes passions indomptées.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le Seigneur, autrefois, fit pleuvoir le feu du ciel

et consuma l’iniquité des habitants de Sodome ;

et toi, ô mon âme, tu allumes toi-même le feu de la géhenne

où tu devras brûler. Gn 19*24-25

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Apprenez, comprenez que c’est moi qui suis Dieu :

Je scrute les coeurs et je corrige les pensées.

Je manifeste les oeuvres et Je consume les péchés.

Je fais justice à l’orphelin, à l’humble et à l’indigent. Ps 139*1-2 ; 10*18

 

Sainte Mère Marie, intercède pour nous.

 

Enfoncée dans l’abîme des tentations, tu étendis les mains, ô Marie,

vers la tendresse de Dieu et, comme à Pierre,

l’Ami des hommes tendit sa main secourable,

car c’est ta conversion qu’il cherchait par-dessus tout.

 

Gloire au Père…

 

Ô Père sans commencement, Fils co-éternel, Paraclet plein de bonté,

Esprit de droiture, Père du Verbe Divin, Verbe du Père Éternel,

Esprit Vivant et Créateur, Trinité et Unité, aie pitié de moi !

 

Maintenant et toujours…

 

Sainte Dame, Mère de Dieu, espoir de ceux qui accourent vers toi,

havre qui nous sauves de la colère des flots,

implore ton Créateur et ton Fils de nous faire grâce par ton intercession.

 

ODE 3

 

  1. (Deuxième hirmos) Affermis, Seigneur, mon coeur ébranlé sur le rocher

de tes commandements, car toi seul tu es Saint et Seigneur. 1S 2*2 ; Ps 40*2

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Fuis comme Loth, ô mon âme, l’embrasement du péché,

fuis loin de Sodome et de Gomorrhe,

fuis les ardeurs brûlantes des désirs insensés. Gn 19*23-24

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Aie pitié de moi, Seigneur, aie pitié de moi, je crie vers toi,

fais-moi grâce quand tu viendras avec tes anges

pour rendre à chacun selon ses oeuvres. Mt 16*27

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Ne rejette pas, ô Maître, la prière de ceux qui chantent tes louanges,

mais sois compatissant, ô Ami de l’homme,

et pardonne les péchés de ceux qui t’invoquent avec foi.

 

Gloire au Père…

 

Trinité toute-digne de nos chants, Dieu unique en trois personnes,

sauve-nous qui fidèlement nous prosternons devant ta majesté

 

Maintenant et toujours…

 

Sans semence tu as conçu le Fils du Père intemporel,

tu l’as mis au monde et dans le temps :

étrange merveille, Vierge et Mère de Dieu !

 

ODE 4

 

  1. (Hirmos) Ayant appris ton avènement, Seigneur,

le prophète fut saisi de stupeur ; sachant que tu naîtrais d’une Vierge

et te manifesterais aux hommes il s’écria :

“J’ai entendu ta clameur et j’ai eu peur !

Gloire à ta puissance, Seigneur !” Ha 3*2

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je suis exclus de la chambre nuptiale,

banni loin du festin des noces de l’Agneau ;

ma lampe s’est éteinte faute d’huile, pendant mon sommeil

les portes se sont refermées et le festin s’est consommé sans moi ;

pieds et mains liés on m’a jeté dehors. Mt 22*13 ; 25*1-13

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. L’Église est le calice qui reçoit, de ton Côté vivifiant,

la double source du pardon et de la connaissance, figure des deux Testaments,

l’ancien et le nouveau, en un seul réuni, ô mon Sauveur ! Jn 19*34

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le temps de ma vie est court, plein de douleur et de fatigue ;

accueille ma pénitence et appelle-moi dans ta lumière,

que je ne devienne pas la proie de l’ennemi,

ô Sauveur sois compatissant ! 1P 5*8

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Mon coeur est fier, vain et follement enivré d’orgueil ;

ne me condamne pas avec le pharisien, mais donne-moi l’humilité du publicain,

et que sa part soit aussi la mienne, ô Juge compatissant. Lc 18*13-14

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai profané le vase de ma chair, je le sais, ô Compatissant,

mais accueille ma pénitence et appelle-moi dans ta lumière,

que je ne devienne pas la proie de l’ennemi ! 2Tm 2*20-21

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je me suis fait une idole de moi-même, Seigneur miséricordieux,

et j’ai souillé mon âme par les passions,

mais accueille ma pénitence et appelle-moi dans ta lumière,

que je ne devienne pas la proie de l’ennemi !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je n’ai pas entendu ta voix et je n’ai pas obéi à ta Loi,

mais accueille ma pénitence et appelle-moi dans ta lumière,

que je ne devienne pas la proie de l’ennemi !

 

Sainte Mère Marie, intercède pour nous.

 

Tombée au fond du gouffre des péchés, tu n’en es pas restée la proie,

mais reprenant ton essor, par tes oeuvres tu t’élevas

jusqu’au sommet des vertus, provoquant, ô Marie, l’admiration des anges saints.

 

Gloire au Père…

 

Nous te glorifions, ô Trinité, Dieu unique, “Saint, Saint, Saint es-tu,

Père, Fils et Saint Esprit, essence unique et simple, et toujours adorée !”

 

Maintenant et toujours…

 

Ô Vierge, tu as enfanté et vierge tu es demeurée,

car ton sein virginal met au monde Celui qui renouvelle

les lois de la nature : Dieu lui-même le veut ainsi.

 

ODE 5

 

  1. (Hirmos) Dans la nuit je veille, éclaire-moi, ô Ami de l’homme,

guide-moi sur le chemin de tes commandements

et enseigne-moi, mon Sauveur, à faire ta Volonté. Is 26*9-20 ; Ps 143*8-9

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Imite, ô âme infortunée, la femme hémoroïsse,

approche, saisis la robe du Christ pour être délivrée de tes douleurs

par cette parole suave : “Ta foi t’a sauvée !” Mc 5*27-34

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Suis l’exemple de la femme courbée, ô mon âme, approche,

prosterne-toi aux pieds de Jésus et il te relèvera ;

tu marcheras le front haut dans les sentiers du Seigneur. Lc 13*11-13

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Le puits est profond, ô Maître, fais couler sur moi les flots

qui jaillissent de ton Coeur, afin que je n’aie plus soif comme la Samaritaine,

car c’est de toi que s’écoulent les torrents de la vie. Jn 4*11-14

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Que mes larmes soient pour moi comme la piscine de Siloé,

Seigneur et Maître, où je pourrais laver les yeux de mon âme,

et te contempler en esprit, ô Lumière d’avant les siècles. Jn 9*7

 

Sainte Mère Marie, intercède pour nous…

 

Lorsque, poussée par un amour sans égal,

tu as désiré te prosterner devant l’Arbre de la vie,

ton voeu fut exaucé ; rends-moi digne de la gloire d’en-haut.

 

Gloire au Père…

 

Ô Père sans commencement, Fils co-éternel, Paraclet plein de bonté,

Esprit de droiture, Père du Verbe Divin, Verbe du Père Éternel,

Esprit Vivant et Créateur, Trinité et Unité, aie pitié de moi !

 

Maintenant et toujours…

 

De toi, ô Vierge immaculée, sainte Mère de Dieu,

le divin créateur des siècles éternels prit notre chair

pour s’unir intimement à la nature des mortels.

 

ODE 6

 

  1. (Hirmos) De tout mon coeur j’ai invoqué

le Dieu de miséricorde et il m’a entendu.

Il m’a fait remonter de l’enfer, il a libéré ma vie de la corruption. Jon 2*3-10

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. C’est moi, ô Sauveur, qui suis la drachme à l’effigie royale,

autrefois échappée de tes mains !

Hâte-toi, ô Verbe, d’allumer le flambeau, figure de ton précurseur,

pour chercher et retrouver ton image. Lc 15*8

 

Sainte Mère Marie, intercède pour nous.

 

Pour éteindre le brasier de tes passions, ô Marie,

tu fis couler tes larmes en flots abondants ;

à cette grâce accorde-moi de participer également.

 

Sainte Mère Marie, intercède pour nous.

 

Par ta vie sublime d’ici-bas, ô Marie, tu as gagné le céleste repos ;

pour ceux qui chantent ta louange obtiens du Seigneur

qu’ils soient délivrés de leurs passions.

 

Gloire au Père…

 

Ô Trinité supersubstantielle, qui es adorée dans ton Unité,

soulage-moi du fardeau pesant de mes péchés,

et accorde-moi dans ta compassion des larmes de repentir.

 

Maintenant et toujours…

 

Ton sein a mis au monde pour nous un Dieu

qui se conforme à notre humanité ;

ô Mère de Dieu, supplie le Créateur de l’univers

afin que par tes prières nous soyons justifiés.

 

(Kondakion) Réveille-toi ! pourquoi dormir, ô mon âme,

pourquoi dormir ainsi ? car voici la fin s’approche,

et tu rendras compte au jugement.

Veille donc, ô mon âme, pour que t’épargne le Christ Dieu,

lui qui est partout, dans tout l’univers qu’il comble de sa présence.

 

ODE 7

 

  1. (Hirmos) Nous avons péché, nous avons été rebelles,

nous avons commis l’injustice devant ta Face,

nous n’avons pas gardé ni pratiqué tes commandements,

pourtant, à l’heure dernière, ne nous rejette pas, Dieu de nos pères !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu as accumulé, ô mon âme, les crimes de Manassé,

en détournant ton libre-arbitre, en adorant des idoles

et en multipliant les profanations ; hâte-toi, cependant,

d’imiter sa fervente pénitence et excite en toi le repentir ! 2Ch 33*1-13

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Je me prosterne devant toi et mes larmes parlent pour moi :

“J’ai péché plus que la prostituée, plus que tout homme sur terre

j’ai méprisé ta loi ; aie pitié, ô Maître,

de ta créature et rappelle-moi !”

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. J’ai sali ton image et méprisé tes commandements,

toute ma beauté s’est flétrie et ma lampe s’est éteinte au souffle des passions ;

aie pitié de moi, Sauveur, et accorde-moi,

comme chante David, l’allégresse et la joie ! Ps 51*1-10

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Retourne-toi, convertis-toi, dévoile tes secrets,

dis à Dieu qui connaît toutes choses : “Toi seul, Sauveur,

comme chante David, tu connais ce qui est caché dans mon coeur,

aie pitié de moi, selon ta grande miséricorde.” Ps 51

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Mes jours se sont évanouis comme songe au réveil,

tel Ézéchias je pleure sur ma couche

pour que le temps de ma vie soit prolongé ;

mais quel Isaïe viendra vers toi, ô mon âme,

sinon le Dieu de toutes choses. 2R 20*1-11

 

Sainte Mère Marie, intercède pour nous.

 

Ayant imploré le secours de la sainte Mère de Dieu,

tu as détourné la violence des passions

et t’es mise à l’abri des ruses de l’ennemi.

À moi qui suis ton serviteur, porte-moi secours en l’affliction.

 

Sainte Mère Marie, intercède pour nous.

 

Celui que tu as tant désiré, dont tu as suivi les pas,

t’a conduite et soutenue dans la voie du repentir :

et ce Dieu compatissant, sans cesse implore-le,

pour qu’il nous délivre des passions et nous sauve de tout danger.

 

Gloire au Père…

 

Indivisible substance, Divinité unique en Trois Personnes distinctes

dont le règne et le trône sont un, je te chante

l’hymne trois fois sainte au plus haut des cieux !

 

Maintenant et toujours…

 

Nous te chantons, nous te bénissons, devant toi nous nous prosternons,

ô Mère de Dieu, car tu as enfanté l’Un de la sainte Trinité,

ton Fils et ton Dieu, entr’ouvrant pour nous le ciel sur la terre.

 

ODE 8

 

  1. (Hirmos) Celui que les puissances célestes glorifient,

Celui devant qui frémissent les chérubins et les séraphins,

que tout ce qui respire, que toute créature le louent,

le bénissent et l’exaltent dans les siècles.

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Comme un vase de parfum précieux, je répands sur ta tête,

ô Sauveur, la myrrhe de mes larmes ;

je crie vers toi, comme la prostituée, implorant ta miséricorde ;

je te présente ma supplique et j’aspire à la rémission de mes fautes. Mc 14*3

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Nul comme moi n’a péché contre toi, accueille-moi,

pourtant, Sauveur plein de bonté, je fais pénitence dans la crainte et le regret en criant : “Contre toi seul j’ai péché, j’ai commis l’iniquité, aie pitié de moi !”

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Épargne ta créature, ô Sauveur, recherche-moi, ô bon Pasteur,

comme ta brebis égarée, arrache-moi au loup dévorant

et fais de moi un agneau de ton bercail. Mt 18*12 ; Jn 10*11

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Au jour où tu siégeras à ton tribunal, ô mon Juge compatissant,

faisant resplendir l’éclat terrible de ta gloire, ô Christ, quelle épouvante !

La fournaise est brûlante et le monde entier est saisi de terreur

à l’aspect de ta Majesté divine. Mt 25*31-46

 

Sainte Mère Marie, intercède pour nous.

 

Illuminée par la Mère de la Lumière sans déclin,

tu échappas aux ténèbres des passions ;

ayant reçu en toi la grâce de l’Esprit,

illumine, ô Marie, les fidèles qui te chantent.

 

Sainte Mère Marie, intercède pour nous.

 

Saint Zosime fut frappé d’étonnement à la vue de ce miracle nouveau,

car tu devins, ô Marie, un Ange dans la chair ;

et, ravi, d’admiration, il glorifiait le Christ dans les siècles.

 

Gloire au Père…

 

Père du Verbe Dieu, Fils coéternel et Verbe du Père intemporel,

Esprit consolateur et créateur de vie,

Trinité toute-sainte, Aie pitié de moi, Ô Dieu, aie pitié de moi. pitié de nous.

 

Maintenant et toujours…

 

En ton sang l’Emmanuel comme de pourpre fut vêtu, et c’est en toute vérité,

ô Vierge immaculée, que nous honorons ta divine maternité.

 

ODE 9

 

  1. (Hirmos) Virginalement conçu d’une mère sans époux

et engendré sans corruption, le fruit divin demeure inexplicable ;

la naissance de Dieu renouvelle la nature des êtres.

C’est pourquoi toutes les générations te magnifient

et te saluent fidèlement, ô Mère et Épouse de Dieu !

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Sois compatissant, sauve-moi, aie pitié de moi, Fils de David !

Toi qui d’une seule parole a libéré les possédés,

fais-moi entendre ta voix compatissante, comme le larron jadis l’entendit :

“Amen, je te le dis, tu seras avec moi en paradis,

quand je viendrai dans ma gloire !” Lc 23*43

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. L’un des larrons crucifiés avec toi t’insultait, l’autre confessait ta Divinité.

Ô Très Compatissant, ouvre-moi les portes du Royaume de gloire,

comme tu as ouvert au larron qui eut foi en toi

et te confessa comme Dieu ! Lc 23*39-43

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. La création te voyant sur la Croix fut plongée dans la terreur :

les montagnes et les rochers se fendirent,

la terre trembla et l’enfer fut dépouillé ;

la lumière au milieu du jour s’obscurcit en te voyant,

ô Jésus, crucifié dans ta chair ! Mt 27*45-51

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. N’exige pas de moi de dignes fruits de pénitence,

car mes forces sont épuisées,

donne-moi un coeur contrit, accorde-moi la pauvreté en esprit,

pour que je puisse, ô unique Sauveur,

te les offrir comme un sacrifice agréable. Ps 51*19

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi.

 

  1. Tu me sondes et tu me connais, toi qui reviendras

avec tes anges pour juger le monde, incline sur moi un regard compatissant,

aie pitié de moi et fais-moi grâce, ô Jésus, en effaçant mes péchés

plus nombreux que tous ceux commis par le genre humain. Ps 139*1

 

Sainte Mère Marie, intercède pour nous.

 

Tous les anges dans le ciel et les mortels sur la terre sont frappés d’admiration

pour ta sublime vie hors de l’humaine condition : comme un ange dans la chair

et telle un pur esprit, tu traversas le Jourdain, ô Marie, en l’effleurant de tes pas.

 

Sainte Mère Marie, intercède pour nous.

 

Touche le coeur du Créateur envers les chantres de ton nom,

ô sainte Marie, afin que, délivrés de la peine et des dangers

qui font cercle autour de nous, et libérés des tentations,

sans cesse nous puissions magnifier le Seigneur qui t’a glorifiée.

 

Saint André de Crète, intercède pour nous.

 

Pasteur de Crète, saint André, ô Père trois fois heureux,

intercède sans répit pour les chantres de ton nom,

afin qui soient délivrés de toute inquiète pensée,

de l’affliction et du péché ceux qui vénèrent ta mémoire sans fin.

 

Gloire au Père…

 

Consubstantielle Trinité, nous chantons l’unité de tes personnes,

glorifiant le Père et magnifiant le Fils,

nous prosternant devant l’Esprit, Dieu unique en vérité,

unique et triple vie, éternelle royauté.

 

Maintenant et toujours…

 

Très-sainte Mère de Dieu, garde sous ta protection le peuple chrétien

qui partage royalement ton souverain pouvoir et triomphe

grâce à toi des assauts de l’Ennemi et de toute tentation.

 

  1. Virginalement conçu d’une mère sans époux

et engendré sans corruption,

le fruit divin demeure inexplicable ;

la naissance de Dieu renouvelle la nature des êtres.

C’est pourquoi toutes les générations te magnifient et te saluent fidèlement,

ô Mère et Épouse de Dieu !

C’est l’heure de vous réveiller

Épître aux Romains

Saint Paul

Chapitre XIII verset 11 à Chapitre XIV, verset 4

13, 11 D’autant que vous savez en quel moment nous vivons. C’est l’heure désormais de vous réveiller ; le salut est maintenant plus près de nous qu’au temps où nous avons cru.

12 La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les oeuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière.

13 Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité : point de ripailles ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies.

14 Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises.

14,1 A celui qui est faible dans la foi, soyez accueillants sans vouloir discuter des opinions.

2 Tel croit pouvoir manger de tout, tandis que le faible ne mange que des légumes :

3 que celui qui mange ne méprise pas l’abstinent et que l’abstinent ne juge pas celui qui mange ; Dieu l’a bien accueilli.

4 Toi, qui es-tu pour juger un serviteur d’autrui ? Qu’il reste debout ou qu’il tombe, cela ne concerne que son maître ; d’ailleurs il restera debout, car le Seigneur a la force de le soutenir.

Là où est ton trésor, là sera aussi ton cœur

Évangile de Jésus-Christ selon saint Mathieu

Saint Mathieu

Chapitre VI versets 14 à 21

14 En effet, si vous pardonnez aux autres leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi.

15 Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes.

16 — Lorsque vous jeûnez, n’ayez pas, comme les hypocrites, une mine triste. Pour bien montrer à tout le monde qu’ils jeûnent, ils prennent des visages défaits. Vraiment, je vous l’assure : leur récompense, ils l’ont d’ores et déjà reçue !

17 Toi, au contraire, si tu veux jeûner, parfume tes cheveux et lave ton visage

18 pour que personne ne se rende compte que tu es en train de jeûner. Que ce soit un secret entre toi et ton Père qui est là dans le lieu secret. Alors ton Père, qui voit ce qui se fait en secret, te le rendra.

19 — Ne vous amassez pas des richesses sur la terre où elles sont à la merci de la rouille, des mites qui rongent, ou des cambrioleurs qui percent les murs pour voler. (Lc 12.33-34)

20 Amassez-vous plutôt des trésors dans le ciel, où il n’y a ni rouille, ni mites qui rongent, ni cambrioleurs qui percent les murs pour voler.

21 Car là où est ton trésor, là sera aussi ton cœur.

Dimanche du Pardon

Dimanche du pardon : Homélie prononcée par Père Elisée le 18 février 2018 à la Crypte

Chers frères et sœurs !

Nous voilà arrivés aujourd’hui à l’un des moments les plus cruciaux de notre vie ecclésiale, de notre vie spirituelle et donc de notre vie tout court.

En effet, aujourd’hui, au seuil du Grand Carême qui s’ouvre à nous, nous mettons à l’honneur le pardon.

Et non seulement nous le mettons à l’honneur ; mais nous allons surtout le vivre, le poser, le recevoir et donc le « concélébrer ». 

Si nous la laissons descendre en nous cette dimension du pardon, nous sommes comme pris de vertige ; puisque particulièrement aujourd’hui il nous est donné de ne rien retenir qui enchaînerait l’autre à soi-même par quelque lien que ce soit : la haine, le ressentiment, la rancœur, etc… C’est à dire laisser l’autre totalement libre des actes coupables qu’il aurait pu commettre envers nous-mêmes ; refuser de revendiquer notre droit, non par faiblesse, mais pour ne pas être un obstacle sur la route du prochain qui nous blesse, dans la certitude que le Christ marche avec lui et saura écrire droit sur des lignes qui nous semblent courbes…

Oui, quel vertige, mais en même temps : quelle liberté ! Pour l’offenseur bien sûr, mais aussi pour l’offensé, car dans le fond ; chacun d’entre nous est plus lié par ses ressentiments que par les conséquences des sévices qu’il aurait pu subir.

Alors somme toute, n’est-ce pas cela l’amour évangélique ? Cet amour que nous professons généreusement à juste titre… ce même amour que nous croyons vivre mais que nous sommes bien souvent incapables d’actualiser. En effet,  le premier mot de l’amour n’est-il pas le respect, en particulier le respect de ce que mon prochain a de plus précieux : cette liberté qui le configure à son Créateur ? « Aimer son ennemi » signifierait donc avant tout lui pardonner, dénouer tous les liens auxquels je l’avais asservi par mes sentiments négatifs, par mes critiques par les ragots et les médisances que je véhicule à son endroit et qui peuvent devenir ma raison de vivre…

Le but de la manœuvre et de l’enseignement de ce jour, ne serait-il pas au contraire de rendre sa liberté à celui envers qui j’ai du ressentiment ? Autrement dit combattre généreusement, au cœur même de l’offense, du mépris, de l’humiliation, contre tout sentiment négatif qui pourrait permettre au démon d’aliéner celui ou celle qui me blesse en se servant de moi.

Oui, le Christ nous a laissés à cette réflexion, priant en silence son Père de nous envoyer son Esprit pour que nous puissions entrevoir ce chemin que sa Parole vient tout à coup d’éclairer d’une façon aussi fulgurante.

Si nous allons plus avant dans l'Evangile de Saint Matthieu –notamment au chapitre XVIII- nous serons instamment invités à la réflexion sur le mystère du pardon, par un enseignement nous proposant un parallèle entre la façon de pardonner de Dieu et la nôtre.

D'abord Dieu rappelle à l'ordre son débiteur et lui fait voir la gravité de la situation, avant d’être saisi de miséricorde par son humble prière  «le serviteur demeurait prosterné et disait: ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout’» (Mt 18,26-27). Cet épisode met en évidence ce que chacun de nous connaît bien par expérience et avec beaucoup de reconnaissance: Dieu pardonne sans limite celui qui vient vers lui repenti et converti.

Dans la prière du « Notre Père », que nous récitons bien souvent machinalement, le Seigneur proclame la parabole de la remise des dettes :

Dieu nous a pardonné afin que nous puissions, nous aussi, entrer dans la démarche du pardon pour retrouver une vie filiale avec notre Père et une vie fraternelle et incarnée avec nos frères.

C’est la réalité que la communauté des disciples du Christ doit vivre.

Il y a un lien entre le trésor immense de l’amour infini de Dieu qui nous est donné et les rapports que nous avons les uns avec les autres. Libérés de nos fautes, nous pouvons marcher sur un chemin de pardon et de miséricorde.

La miséricorde situe chacun de nous à notre juste place, le pardon offert met en lumière la beauté de l’humanité car le Seigneur veut nous faire entrer dans sa compassion et nous demande de faire ainsi pour pouvoir vivre ensemble.

Seul le pardon ouvre un horizon nouveau, une reconnaissance qui redonne la vie en nous apprenant à rendre grâces et le reconnaître, c’est laisser notre cœur se dilater dans cette action de grâces car celui qui n’a pas pardonné, comme celui n’a pas reçu la remise de sa dette, est emprisonné.

Notre cœur devient alors compatissant et nous voilà proches de celui qui nous a remis notre dette.

C’est ainsi que le Royaume de Dieu habite notre terre et que des merveilles nous sont octroyées chaque jour.

Le pardon vient de l’amour infini de Dieu pour chacun d’entre nous et dès lors que nous en prenons conscience, alors nous sommes dans la joie et cette joie est parfaite !

Dans cet amour incroyable, dans cette joie parfaite ; nous accueillons donc nos semblables avec le même amour dont nous sommes aimés.

En résumé : le mot d’ordre du jour est « pardonner ».

Pardonner pour que vienne le Royaume de Dieu est donc le moyen concret d’y entrer ; alors n’hésitons pas !

Amen !

 

Homélie patristique : sur la Charité par saint Basile de Césarée

  1. Si tu veux être parfait. Nous avons parlé dernièrement du jeune homme dont il est question aujourd’hui, et l’auditeur attentif se rappelle les observations que nous avons faites. D’abord, que ce n’était pas le même que le docteur de la Loi dont il est fait mention dans saint Luc (Lc 10, 28). Car l’un n’interrogeait Jésus-Christ que pour le tenter, et lui faisait des questions captieuses. L’autre le questionne de bonne foi, mais ne sait pas profiter des avis qu’il lui donne. En effet, s’il l’eût interrogé par mépris, il n’eût pas été si affligé de ses réponses.

saint Basile de Césarée

L’Écriture nous le représente avec un caractère moitié bon, moitié mauvais ; louable d’un côté, malheureux et désespéré de l’autre. Reconnaître Jésus-Christ pour vraiment maître ; et, dédaignant le faste des Pharisiens, l’orgueil des docteurs de la Loi, la foule des scribes, ne donner le nom de maître qu’à celui qui est le seul vrai et bon Maître, voilà ce qui méritait d’être loué dans le jeune homme. Le désir qu’il témoigne d’apprendre par quels moyens il pourra obtenir la vie éternelle, est également digne de louanges. Mais ce qui annonce la disposition d’un cœur qui recherchait moins le véritable bien que ce qui plaît à la multitude, c’est qu’après avoir reçu du vrai Maître des conseils salutaires, au lieu de les graver dans son âme et de les mettre en pratique, il s’est retiré fort triste, aveuglé par l’amour des richesses. Voilà ce qui décèle un caractère équivoque et point d’accord avec lui-même. Quoi ! vous l’appelez maître, et vous ne remplissez pas le devoir de disciple ! vous convenez qu’il est bon, et vous négligez ce qu’il vous offre ! toutefois, un être bon ne peut donner que de bonnes choses. Vous l’interrogez sur la vie éternelle, et vous montrez que vous êtes livré tout entier aux avantages de la vie présente ! Les conseils du Maître vous paraissent-ils exagérés, trop durs et trop difficiles ? Vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres (Mt 19, 21).

S’il vous condamnait aux fatigues de ceux qui labourent la terre, ou à courir les périls auxquels s’exposent les commerçants, ou à toutes les peines que se donnent ceux qui ont le désir de s’enrichir, vous auriez raison d’être attristé et rebuté de la difficulté des conseils : mais si le chemin qu’il vous montre pour arriver à la vie éternelle est aisé, s’il n’est point semé de ronces et d’épines, et que cette facilité de faire votre salut, au lieu de vous inspirer de la joie, vous attriste et vous afflige, vous perdez tout le mérite de vos bonnes actions. En effet, si, comme vous dites, vous n’avez tué personne, si vous n’avez ni commis d’adultère, ni dérobé le bien d’autrui, ni porté de faux témoignage, vous rendez inutile le soin que vous avez pris de pratiquer la Loi, faute d’ajouter ce qui reste et ce qui seul peut vous ouvrir l’entrée du royaume de Dieu.

Si un médecin s’engageait à redresser quelqu’un de vos membres qui serait estropié par nature ou par accident, vous seriez satisfait sans doute : et lorsque le grand Médecin des âmes veut vous rendre parfait en ajoutant ce qui vous manque d’essentiel, vous êtes triste et mécontent.

saint Basile de Césarée

Il est clair que vous êtes bien éloigné du précepte de l’amour du prochain, et que vous vous êtes rendu faussement le témoignage de l’aimer comme vous-même. La proposition que vous fait le Sauveur, est une preuve convaincante que vous manquez de la vraie charité. Car s’il était vrai, comme vous l’avez assuré, que vous avez rempli dès votre jeunesse le précepte de l’amour du prochain, et que vous avez donné à chacun autant qu’à vous-même, comment auriez-vous une pareille abondance de richesses ? Le soin des pauvres entraîne de grandes dépenses, pour que chacun ait ce qui est nécessaire, pour que tous les hommes partagent également les biens de la terre et puissent fournir à leurs besoins. Celui donc qui aime son prochain comme lui-même, ne doit rien avoir plus que son prochain : or, il est constant que vous avez des possessions très étendues. D’où vient cette inégalité, si ce n’est de ce que vous préférez vos propres jouissances au soulagement des autres. Ainsi, plus vous abondez en richesses, plus vous manquez de charité. Si vous aviez aimé votre prochain, il y a longtemps que vous auriez songé à lui faire part de vos biens. Mais vous êtes attaché à ces biens comme à une partie de vous-même, et leur privation vous causerait autant de douleur que la perte d’un membre essentiel. Si vous vous étiez fait un devoir de vêtir celui qui est nu, de donner du pain à celui qui a faim, d’ouvrir votre maison aux étrangers ; si vous étiez le père des orphelins, si vous aviez compassion de tous les misérables, auriez-vous tant de peine à vous défaire de vos richesses ? Si vous vous étiez occupé il y a longtemps à distribuer aux pauvres ce que vous avez, il ne vous en coûterait pas d’abandonner ce qui vous reste.

Les commerçants ne font nulle difficulté de donner leurs effets pour en avoir d’autres ; et moins ils donnent pour recevoir en échange des choses d’un grand prix, plus ils se réjouissent comme ayant fait une bonne affaire : et vous, vous vous affligez lorsque vous donnez de l’or, de l’argent, des possessions terrestres, c’est-à-dire, des pierres et de la boue, pour acheter un bonheur éternel.

  1. À quoi vous serviront vos richesses ? vous en porterez des vêtements plus magnifiques ? mais une robe de deux coudées peut suffire et vous servir autant que les habits les plus somptueux. Vous chargerez votre table de mets plus succulents ? mais du pain suffit pour vous rassasier. De quoi donc vous affligez-vous ? qu’est-ce qu’on vous enlève ? la gloire que procurent les richesses ? mais si vous méprisez la gloire d’ici-bas, vous en trouverez une véritable et éclatante qui vous accompagnera dans le royaume des cieux.

Mais, dira-t-on, il est agréable de posséder des richesses, quand même on n’en tirerait aucun avantage. Outre que tout le monde conviendra qu’il y a de la folie à aimer un argent inutile, ce que je vais dire surprendra peut-être, quoiqu’il soit très véritable et conforme aux maximes du Fils de Dieu. On conserve ses richesses en les répandant, on les perd en les retenant. Si vous les gardez, elles vous échapperont ; si vous les répandez, elles vous resteront. Il a répandu ses biens avec libéralité sur le pauvre, dit David ; « sa justice demeure dans tous les siècles » (Ps 3, 9).

Ce n’est, dit-on, ni pour se nourrir plus délicatement, ni pour se vêtir plus superbement, que la plupart souhaitent d’être riches ; et cependant le démon leur suggère mille moyens de faire des dépenses : il emploie mille artifices pour leur persuader que les choses inutiles et superflues sont absolument nécessaires, et que leur fortune n’est jamais suffisante. Ils destinent leurs biens aux besoins présents et à venir : ils en réservent une partie pour eux et une partie pour leurs enfants. Ensuite ils les partagent en mille dépenses diverses. Écoutez quelles sont leurs destinations différentes. « Il faut, disent-ils, qu’une partie de nos richesses soit pour notre usage, et que l’autre soit mise en réserve. On ne se tient point dans les bornes de la pure nécessité. Cette partie est pour la magnificence du dedans, cette autre est pour le faste du dehors. L’une est pour l’appareil des voyages, l’autre pour l’éclat et la splendeur de la maison ». Rien de plus surprenant que de voir toutes les inventions du luxe. C’est une multitude de chars enrichis d’argent et d’airain pour traîner les hommes ou les bagages. C’est un nombre infini de chevaux, dont on apprécie les races comme celles des hommes. Les uns sont destinés à traîner pompeusement par la ville les personnes délicates, les autres sont gardés pour la chasse, les autres pour les voyages : leurs mors et leurs brides sont d’or et d’argent, leurs housses sont de la plus belle pourpre ; on les pare plus magnifiquement que de jeunes époux. C’est une foule de mulets distingués par la couleur, qui ont devant et derrière eux des hommes pour les conduire. Quels essaims de valets de toutes les espèces étalent partout la grandeur du maître, servent à ses besoins ou à ses plaisirs ! intendants, officiers de bouche, échansons, chasseurs, peintres, et mille autres. On voit des troupes de chameaux, dont les uns voyagent, les autres restent dans les champs. On voit des haras de chevaux, des troupeaux de tous genres, des hommes qui les conduisent et qui les gouvernent. Les terres sont suffisantes pour les nourrir et pour augmenter les revenus. Nos riches fastueux ont des bains à la ville, des bains à la campagne. Le marbre brille dans toutes leurs maisons : on l’apporte de Phrygie, de Lacédémone, de Thessalie. Telle est l’exposition de leurs divers domiciles, que les uns sont chauds en hiver, les autres frais en été. Les planchers inférieurs sont parquetés diversement : des lambris dorés décorent les planchers supérieurs. Toutes les surfaces qui ne sont pas ornées de reliefs offrent les plus belles peintures.

  1. Là où est votre trésor, là est votre cœur. Lorsqu’ils ont consumé leurs revenus par tant de dépenses inutiles, ils enfouissent le reste et le mettent en lieu sûr. « L’avenir est incertain, disent-ils, il faut se précautionner contre les nécessités imprévues. » Il est incertain si vous avez besoin de l’argent que vous enfouissez, mais il est certain que vous serez puni de votre cruauté envers les pauvres. Quoi ! parce que vous n’avez pu, malgré tant de moyens, épuiser votre or, vous allez cacher ce qui vous reste dans la terre ? Quelle folie ! vous creusez ses entrailles pour en tirer l’or ; et vous allez l’y remettre après l’en avoir arraché. De là il arrive que vous enterriez votre cœur avec votre argent. « Où est votre trésor, dit Jésus-Christ, là est votre cœur » (Mt 6, 21).

Voilà pourquoi les commandements de Dieu paraissent si durs aux riches. La vie leur semblerait odieuse s’ils n’étaient pas occupés de dépenses superflues. Le jeune homme de notre évangile et ceux qui lui ressemblent sont précisément dans le cas d’un homme qui voyagerait par curiosité pour voir une ville, et qui, après avoir fait courageusement le chemin, arrivé au pied des murs, s’arrêterait dans une hôtellerie, aurait la paresse de ne pas aller plus loin, perdrait par-là tout le fruit de ses peines, et se priverait du plaisir de connaître les raretés de la ville. C’est là le tableau fidèle de ceux qui observent tous les commandements, et qui refusent de se dépouiller en faveur des misérables. J’en ai vu plusieurs qui jeûnaient, qui priaient, qui gémissaient, qui pratiquaient toutes les œuvres de piété où l’on ne débourse rien, et qui n’auraient pas donné une obole aux pauvres. À quoi leur servent toutes leurs vertus qui ne peuvent leur ouvrir le royaume des cieux ? « Un chameau, dit Jésus-Christ, entrera plus facilement par le trou d’une aiguille, qu’un riche par la porte du ciel » (Lc 18, 25). La sentence est claire, celui qui l’a prononcée est incapable de mentir ; mais qu’il est peu de gens à qui elle fasse impression !

« Comment vivrai-je, dira le riche, si j’abandonne tout ce que j’ai ? et que deviendra la figure de ce monde, si tous les hommes vendent leurs biens et les abandonnent ? » Ne me demandez pas l’explication des commandements du Seigneur. Celui qui a porté la Loi saura l’adapter à ce qui paraît impossible.

 

Votre cœur est comme en balance ; il ne sait s’il doit s’attacher aux vains amusements de la vie présente, ou aux avantages solides de la vie future. Les hommes raisonnables doivent croire qu’ils possèdent des biens pour les dispenser avec sagesse, et non pour en jouir dans le sein des délices ; et lorsqu’ils s’en dépouillent en faveur des pauvres, ils doivent se réjouir comme s’ils abandonnaient un bien d’autrui, et non s’attrister comme s’ils perdaient un bien propre. Pourquoi vous affliger et vous laisser abattre parce qu’on vous dit : « Vendez ce que vous avez » ? Quand même vos richesses vous suivraient dans l’autre monde, vous ne devriez pas vous attacher à des biens qui seront effacés par d’autres infiniment plus précieux. Mais si elles doivent nécessairement rester ici-bas, pourquoi ne les vendrions-nous point, pour en tirer un gain immense ? Lorsque vous donnez de l’or pour avoir un cheval, vous n’en ressentez aucune peine : et lorsque vous abandonnez des biens corruptibles pour acquérir le royaume des cieux vous pleurez, vous rebutez le pauvre qui vous demande, vous refusez de donner, vous qui imaginez mille sujets de vaines dépenses !

  1. Au jour du jugement Que répondrez-vous à votre Juge ? Quoi ! vous revêtez des murs, et vous n’habillez pas un homme ? vous décorez des chevaux, et vous ne vous embarrassez pas que votre frère soit couvert de haillons ? vous laissez pourrir votre blé, et vous ne nourrissez pas des malheureux qui périssent de faim ? vous enfouissez votre or, et vous dédaignez un misérable qui est pressé par l’indigence ?

Si vous avez une femme vaine et fastueuse, ce sera bien pis encore. Elle enflammera votre goût pour les plaisirs et pour les délices ; elle excitera vos désirs insensés ; elle ne s’occupera que de perles, de diamants, de pierres précieuses, de l’or qui brillera sur ses habits et dans ses bijoux : en un mot, elle augmentera votre maladie par l’amour de mille superfluités. Elle ne se contentera pas d’y songer en passant ; les jours et les nuits seront sacrifiés à ces soins frivoles. Mille flatteurs qui s’étudient à entretenir ses passions lui amènent des marchands et des artisans de toutes les espèces. Elle ne laisse pas respirer un moment son époux par les continuels sacrifices qu’elle exige de lui. Les plus grandes richesses, des fleuves d’or ne pourraient satisfaire les désirs d’une femme qui fait acheter les parfums des contrées les plus lointaines, comme si c’était l’huile qu’on vend au marché. Les pourpres les plus brillantes que les mers puissent fournir, sont aussi communes chez elle que si c’étaient de simples étoffes tissues de la laine de brebis. Elle fait enchâsser dans l’or les pierres précieuses qu’elle recueille de toutes parts. Les unes ornent son front, les autres entourent son cou, d’autres enrichissent sa ceinture, d’autres lui lient les pieds et les mains : les femmes somptueuses se plaisent à être enchaînées, pourvu que leurs chaînes soient d’or.

Un mari esclave de tous les caprices de sa femme, pourra-t-il avoir soin de son salut ? Comme les ondes, pendant la tempête, engloutissent aisément des vaisseaux mal radoubés : ainsi les inclinations vicieuses des femmes viennent aisément à bout d’entraîner les âmes folles de leurs maris. Or des richesses dissipées de la sorte par un mari et une femme qui cherchent mutuellement à se surpasser par l’invention de folles dépenses, ne doivent trouver aucune voie pour soulager les misères d’autrui. On vous attriste quand on vous dit : « Vendez ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres », afin de pouvoir acquérir la vie éternelle ; et quand on vous dit : Donnez de l’argent pour fournir au faste de votre épouse, pour payer des ouvriers et des artistes de toutes les professions, vous vous réjouissez comme si pour votre or on devait vous donner en échange des effets plus précieux. Ne voyez-vous pas que les murailles de Césarée, minées par le temps, sont tombées en ruine ? on n’en voit plus que des restes, comme des écueils qui dominent sur toute la ville. Que de pauvres l’empressement d’élever ces murailles n’a-t-il pas fait négliger par les riches d’alors ? que sont devenus tous ces superbes ouvrages ? où est celui qui les a ordonnés et dont on admirait la puissance ? Les ouvrages ont disparu comme ces châteaux que les enfants élèvent sur le sable : leur auteur est enseveli dans les enfers, où il expie l’orgueil qui lui a fait construire de vains édifices. Ayez une grande âme ; et des murs grands ou petits seront pour vous la même chose.

Lorsque passant devant la maison d’un homme opulent et fastueux à l’excès, je vois les ornements divers qu’elle étale de tous côtés, je suis persuadé que le maître n’a rien de mieux que ce qui frappe mes regards, et qu’il décore des objets inanimés tandis qu’il néglige la parure de son âme. Quel plus grand service, dites-moi, tirez-vous de sièges d’ivoire, de lits et de tables d’argent, pour que vos richesses employées à ces frivolités ne puissent passer dans les mains des pauvres ? Votre porte est assiégée de misérables qui réclament votre pitié du ton le plus pathétique. Vous les rebutez, vous dites que votre bien ne pourrait suffire à ceux qui vous demandent : votre bouche le proteste en jurant, mais votre main dans son silence vous confond. Oui, la bague précieuse qui brille sur votre doigt publie votre parjure. Combien pourrait-on payer de dettes du prix de votre diamant ? combien pourrait-on rétablir de familles ruinées ? votre seule garde-robe suffirait à vêtir tout un peuple qui meurt de froid. Cependant vous avez la barbarie de renvoyer le pauvre sans lui faire la plus modique aumône. Vous ne craignez pas le courroux de votre Juge, ni le châtiment dont il doit punir votre dureté. Vous n’avez pas eu compassion des autres ; on n’aura point compassion de vous. Vous avez fermé votre porte ; la porte du ciel ne vous sera pas ouverte. Vous avez refusé du pain ; vous n’obtiendrez pas la vie éternelle.

  1. Vous avez beaucoup de besoins, parce que vos désirs sont insatiables Vous dites que vous êtes pauvre ; j’en conviens avec vous. Celui-là est pauvre qui a beaucoup de besoins : or vous avez beaucoup de besoins, parce que vos désirs sont insatiables. Vous voulez ajouter dix talents à dix autres que vous avez déjà : quand vous en aurez vingt, vous voudrez en avoir encore un pareil nombre ; et votre bien qui grossit ne fait qu’allumer votre convoitise loin de l’éteindre. Plus un homme ivre boit, plus il veut boire : ainsi plus un homme nouvellement enrichi amasse de biens, plus il désire d’en amasser, et sa maladie augmente avec ses trésors. L’amour des richesses produit dans le cœur des riches des effets contraires à leurs désirs. Ils ne sont pas aussi réjouis de ce qu’ils possèdent, qu’affligés de ce qui leur manque, ou plutôt de ce qu’ils croient leur manquer. Leur esprit est déchiré par mille inquiétudes, parce qu’ils sont jaloux de surpasser toujours ce qui est au-dessus d’eux. Ils devraient se réjouir et remercier le Seigneur de ce qu’ils sont plus à l’aise que tant d’autres : ils s’affligent et se désespèrent d’être moins riches que deux ou trois personnes. Quand ils sont parvenus à atteindre un homme qui était plus riche, ils font aussitôt de nouveaux efforts pour égaler la fortune d’un autre qui les surpasse. Quand ils ont égalé celui-ci, leur émulation se porte vers un troisième. Et comme ceux qui montent les degrés d’une échelle vont toujours d’échelons en échelons jusqu’à ce qu’ils soient parvenus au dernier : ainsi les hommes cupides ne s’arrêtent dans leur folle passion que lorsque, montés au plus haut degré de la fortune, ils s’exposent eux-mêmes à une chute plus fâcheuse. Le Créateur de l’univers a rendu l’oiseau de Séleucie insatiable pour l’utilité des hommes : et vous, vous vous rendez vous même insatiable pour le malheur des autres. L’homme avide dévore des yeux tout ce qu’il voit : il ne se lasse point de prendre, comme « l’œil ne se lasse point de regarder » (Qo 1, 8) ; semblable à la mort, il ne dit jamais : « C’est assez ! » (Pr 27, 20 ; 30, 16). Malheureux, quand vous servirez-vous de ce que vous avez acquis ? quand jouirez-vous enfin sans vous tourmenter continuellement pour faire de nouvelles acquisitions ?

« Malheur, dit le Prophète, malheur à ceux qui, pour faire tort à leur prochain, joignent maison à maison et champ à champ » (Is 5, 8). Que faites-vous autre chose, vous qui inventez mille prétextes pour envahir ce qui appartient à votre prochain ? « La maison de ce voisin, dites-vous, offusque la mienne ; c’est une maison de bruit et de tumulte ; c’est un refuge de vagabonds ». Quel prétexte n’alléguez-vous pas pour inquiéter un voisin qui vous gêne ? vous ne lui donnez aucun repos, vous le persécutez sans relâche, vous ne cessez pas de le tourmenter et de le vexer jusqu’à ce que vous l’avez contraint de chercher une autre retraite. Qu’est-ce qui a fait périr Naboth (1 R 21) ? N’est-ce point l’avidité d’Achab qui voulait, s’emparer de la vigne de cet infortuné Israélite ? L’homme cupide est un mauvais voisin à la ville comme à la campagne. La mer respecte les bornes qui lui ont été assignées ; la nuit observe toujours les mêmes règles : l’homme cupide ne connaît ni temps, ni mesure ; incapable de suivre des degrés, il ressemble au feu qui saisit et dévore tout. Les fleuves qui n’ont que de petits commencements, croissent peu à peu, se débordent enfin avec impétuosité, et entraînent tout ce qui s’oppose à leur passage. C’est ainsi que ceux qui ont établi leur puissance sur les ruines de plusieurs qu’ils ont opprimés, s’enhardissent à des injustices nouvelles, et se servent des premières victimes de leur cupidité comme d’un instrument pour en accabler d’autres. C’est des excès même de leurs crimes qu’ils tirent les moyens d’augmenter leur puissance. Les premiers qu’ils ont rendus malheureux, ils les contraignent de les seconder dans leurs injustes projets, de leur prêter du secours pour faire à d’autres tout le mal qu’ils pourront. Est-il un voisin, est-il un ami, est-il un associé qui soit à l’abri de leurs fureurs ? Rien ne résiste à la violence des richesses ; tout cède à leur tyrannie, tout redoute cette puissance énorme. Quand on a souffert : d’un riche, on est moins occupé à s’en venger qu’à prendre des mesures pour n’en pas souffrir de nouveau. Un riche inique accouple ses bœufs ; il laboure, sème, recueille ce qui ne lui appartient pas. Si vous lui résistez, il vous charge de coups : si vous vous plaignez, vous serez accusé de l’avoir insulté, vous serez traîné devant les tribunaux, jeté en prison. On trouvera des faux témoins qui mettront votre vie en péril. Vous serez trop heureux de donner encore de l’argent pour vous délivrer de cette persécution.

  1. Suspendez un peu, ô riche, le cours de vos iniquités, prenez quelque temps pour réfléchir, considérez à quoi aboutira enfin tout cet empressement de grossir votre fortune. Vous avez tant d’arpents de terre propres au labour, tant d’autres plantés d’arbres : vous avez des collines, des plaines, des prés, des fontaines, des fleuves. Quel sera le terme de tout cela ? Trois coudées de terre seulement vous attendent ; un tombeau de quelques pierres suffira pour garder votre misérable cadavre. Pourquoi donc prenez-vous tant de peines ? pour qui commettez-vous tant d’injustices ? pourquoi recueillez-vous des fruits inutiles ? que dis-je ? inutiles ; ils seront l’aliment d’un feu éternel. Ne reviendrez-vous jamais de cette ivresse ? ne reprendrez-vous pas de meilleurs sentiments ? ne rentrerez-vous pas en vous-même ? ne vous représenterez-vous pas le tribunal du Fils de Dieu ? Que pourrez-vous répondre lorsque vous serez environné des anciennes victimes de vos injustices qui solliciteront la vengeance du Juge suprême ? Que ferez-vous alors, quels défenseurs payerez-vous ? Quels témoins subornerez-vous ? comment corromprez-vous un Juge qu’on ne peut séduire ? Il n’y aura pas là d’orateur habile, de discours artificieux propres à faire illusion au Juge et à lui dérober la vérité. Vos flatteurs, votre argent, vos dignités, ne vous suivront point. Sans amis, sans secours, sans défenseur, sans défense, confus, honteux, triste, abattu, timide, vous serez laissé seul avec vos crimes. De quelque côté que vous portiez les yeux, vous verrez les témoignages évidents de ces crimes, les larmes de l’orphelin, les gémissements de la veuve, les pauvres que vous aurez outragés, les serviteurs que vous aurez maltraités, les voisins que vous aurez irrités. Tout s’élèvera contre vous. Vos mauvaises actions, triste compagnie, vous entoureront.

L’ombre suit le corps ; les péchés suivent les âmes et se montrent sans cesse à elles. Aussi ne pourra-t-on nier alors ce qu’on aura fait ; les plus impudents ne pourront ouvrir la bouche. Les actions de chacun déposeront contre lui, non en élevant la voix, mais en se montrant telles qu’elles ont été faites. Comment puis-je vous décrire toutes les circonstances d’un jugement terrible ? Si vous écoutez mes paroles, si elles vous touchent, pensez à ce jour où « éclatera du haut des cieux la colère du Seigneur » (Ro 1, 18). Songez au glorieux avènement de Jésus-Christ, où « les bons ressusciteront pour la vie éternelle, et les méchants pour entendre l’arrêt de leur condamnation » (Jn 1, 29). Alors les pécheurs seront couverts d’une confusion éternelle ; alors « une flamme ardente dévorera les ennemis de Dieu » (He 10, 27).

Comment vous ferai-je impression ? que vous dirai-je ? Si vous ne désirez pas le royaume céleste, si vous ne redoutez pas l’enfer, où trouver un remède pour guérir votre âme ? Si les punitions les plus humbles ne vous effraient pas, si les récompenses les plus magnifiques ne vous invitent pas, nous parlons à un cœur de pierre.

  1. Considérez, ô hommes, quelle est la nature des richesses. Pourquoi l’éclat de l’or vous éblouit-il de la sorte ? L’or, l’argent, le jaspe, l’agate, l’hyacinthe, l’améthyste, en un mot, les pierres les plus précieuses ne sont réellement que des pierres. Voilà ce que les richesses ont de plus brillant. Vous renfermez une partie de ces pierres, et vous condamnez leur éclat aux ténèbres. Vous en portez quelques-unes aux doigts, vous vous glorifiez de leur splendeur et de leur prix. A quoi vous sert, je vous le demande, de montrer votre main, parce qu’un beau diamant y brille ? Ne rougissez-vous pas d’avoir tant d’empressement pour une pierre, et de faire paraître la même faiblesse qu’une femme enceinte, qui par un goût bizarre ronge quelquefois des cailloux ? n’avez-vous pas honte de ramasser avec tarit de soin des pierres et des diamants de toutes les espèces ? Quel homme fier de sa parure a pu prolonger sa vie d’au jour ? quel est celui dont la mort ait respecté les richesses ? quel est celui que les maladies aient épargné à cause de son argent ? Jusques à quand l’or sera-t-il le piège des âmes, l’hameçon de la mort, l’appât du péché ? Jusques à quand les richesses seront-elles une source de guerres ? jusques à quand forgera-t-on pour elles des armes, aiguisera-t-on des glaives ? C’est pour les richesses que lus parents foulent aux pieds la nature, que les frères se regardent d’un œil qui respire le meurtre ; c’est pour les richesses que les déserts sont remplis d’assassins, les mers couvertes de pirates, les villes pleines de calomniateurs. Quel est le père du parjure et du mensonge ? quel est l’artisan des plus fausses accusations ? n’est-ce pas l’or et le désir d’avoir de l’or ? Que les hommes sont malheureux de faire de leurs biens l’instrument de leurs maux ? L’argent vous a été donné pour subvenir aux besoins de votre vie, et non pour vous porter au crime ; pour être la rançon de votre âme, et non l’occasion de votre perte.

« Il faut, dites-vous, que je conserve mes biens pour mes enfants ». Tel est le prétexte spécieux de la cupidité. Vous objectez des enfants, et vous satisfaites votre cœur. Ne vous en prenez pas a celui qui n’est pas cause de votre passion. Il a un autre père, un autre maître que vous. C’est de Dieu qu’il a reçu la vie, c’est de Dieu qu’il en attend le soutien. Est-ce que cette maxime de l’Évangile ne regarde point les gens mariés : « Si vous voulez être parfait, vendez ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres ». Lorsque vous demandiez à Dieu de bénir votre mariage et de vous donner des enfants, avez-vous ajouté à votre prière ces mots : « Donnez-moi des enfants, afin que je désobéisse à vos préceptes ; donnez-moi des enfants afin que je n’arrive pas au royaume des cieux » ? Avez-vous une caution de la vertu de vos enfants ? avez-vous quelqu’un qui vous assure qu’ils feront un bon usage des biens que vous leur laisserez ? Les richesses sont pour bien des jeunes gens un moyen de débauches et d’infâmes désordres. N’entendez-vous pas l’Ecclésiaste qui dit : « J’ai vu une folie prodigieuse, des richesses amassées pour un enfant dont elles ont fait le malheur » (Qo 5, 12) ; et ailleurs encore : « Je laisse à un homme après moi des biens amassés avec de grandes peines ; qui peut savoir s’il sera sage ou insensé » (Qo 2, 18) ?

Prenez donc garde que ces richesses amassées par vous avec de si grandes peines ne deviennent un jour la matière des crimes de vos enfants, et que vous ne soyez puni pour vos péchés personnels, et pour ceux que vous aurez fait commettre à un autre. Votre âme vous est plus proche que vos enfants, vous tenez à elle par un lien plus étroit : elle a le droit d’aînesse ; il faut quelle soit la première partagée. Procurez-lui d’abord une vie abondante, une vie éternelle ; après cela vous distribuerez à vos enfants leur subsistance. Des enfants qui n’ont rien reçu de leur père se sont fait souvent une fortune par leur propre industrie ; mais si vous abandonnez le soin de votre âme, qui en aura compassion ?

  1. Ce discours s’adresse à ceux qui ont des enfants ; ceux qui n’en ont pas, comment pourront-ils justifier leur avarice ? « Je ne vends pas ce que j’ai, dit un avare, et je ne le donne pas aux pauvres, parce qu’on a mille besoins dans la vie ». Ce n’est donc pas du Seigneur que vous recevez des leçons, ce n’est pas l’Évangile qui doit régler votre conduite ? mais vous êtes à vous-même votre législateur et votre maître. Voyez à quel péril vous vous exposez en raisonnant de la sorte. Si vous rejetez comme impossibles les commandements que Dieu vous donne comme nécessaires, vous présumez d’être plus sage que le Législateur suprême. « Mais, dites-vous, je jouirai de mes biens pendant ma vie, et, après ma mort, je ferai les pauvres mes héritiers par mon testament ». C’est-à-dire, que vous deviendrez charitable envers les hommes quand vous ne serez plus parmi les hommes : c’est lorsque je vous verrai parmi les morts que je vous dirai ami de vos frères. On vous saura beaucoup de gré d’être devenu libéral et magnifique quand vous serez couché dans le tombeau et réduit en poussière. Pour quel temps, dites-moi, demanderez-vous à être récompensé ? est-ce pour celui de votre vie, ou pour celui qui a suivi votre mort ? Pendant que vous viviez, livré aux plaisirs et plongé dans les délices, vous ne daigniez point jeter un regard sur le pauvre. Après le trépas, quelles actions peut-on faire ? de quelles actions peut-on demander le prix ? Faites paraître de bonnes œuvres, et demandez-en la récompense. On ne négocie plus après que le marché est fermé ; on ne couronne point celui qui n’entre dans la lice qu’après les combats ; on n’attend point la fin de la guerre pour signaler son courage : ainsi, après la vie, on ne fait plus d’actions méritoires.

Vous promettez d’être bienfaisant par écrit et sur une tablette ! Qui donc vous annoncera le moment de votre départ ? qui vous répondra du genre de votre mort ? combien ont été enlevés subitement ; par un accident imprévu, sans pouvoir prononcer une parole avant de mourir ? à combien la fièvre n’a-t-elle pas causé un délire total ? pourquoi donc attendez-vous le temps où vous ne serez plus à vous-même, où vous serez plongé dans une nuit profonde, accablé par le mal, où personne ne viendra à votre secours, où vous aurez à vos côtés un héritier avide qui ne songera qu`à pourvoir à ses intérêts et à rendre inutiles vos bonnes résolutions ? Regardant autour de vous et vous voyant abandonné, vous reconnaîtrez alors votre imprudence, vous déplorerez votre folie, d’avoir attendu à accomplir le précepte du Seigneur que l’usage de la voix vous fût presque ôté ; que votre main tremblante ne pût former aucun caractère ; que vous ne pussiez manifester vos intentions, ni par la parole, ni par l’écriture. Mais je suppose que vous avez fait un testament bien clair, où tous les articles soient bien nettement énoncés : une seule lettre transposée suffira pour détruire tous vos projets ; il ne faudra qu’un seul nom falsifié, que deux ou trois témoins subornés, pour faire passer votre héritage à d’autres.

  1. Pourquoi vous abuser vous-même, en vous servant de vos richesses pour vivre dans le luxe, et en promettant pour l’avenir de donner ce dont vous ne serez plus le maître ? Votre conduite, comme nous l’avons démontré, est aussi absurde que criminelle. « Je jouirai pendant ma vie des plaisirs, j’accomplirai les commandements après ma mort ». Abraham vous dira : « Vous avez reçu vos biens pendant votre vie » (Lc 16, 25). Le chemin qui mène à la vie éternelle est étroit ; vous n’y pouvez passer si vous n’avez déposé le fardeau de vos richesses. Vous êtes sorti du monde avec ce fardeau ; vous avez négligé de vous en défaire comme vous l’ordonnait le Seigneur. Lorsque vous viviez, vous vous êtes préféré vous-même à ses préceptes : ce n’est qu’après votre mort et votre dissolution que vous les avez préférés à vos ennemis. « Que le Seigneur, dites-vous, reçoive mes biens, afin qu’un tel ne les ait pas ». N’est-ce point là vous venger de vos ennemis plutôt que témoigner de la bienveillance à vos frères ? Lisez votre testament. « Je voudrais vivre encore, dites-vous à-peu-près, et jouir de mes biens ». C’est à la mort qu’on a obligation de ce que vous donnez, et non pas à vous. Si vous eussiez été immortel, vous n’auriez guère songé aux préceptes du Seigneur. « Ne vous trompez pas, on ne se moque point de Dieu » (Ga 6. 7). On ne conduit pas à l’autel un être mort : offrez une victime vivante. Celui qui n’offre que les choses dont il n’a plus besoin, ne saurait être agréé. Eh quoi ! vous n’offrez au Bienfaiteur suprême que ce que la mort va vous arracher malgré vous. Vous n’oseriez pas recevoir des hôtes illustres avec les restes de votre table ; et vous prétendez apaiser Dieu avec les restes de votre fortune !

Voyez, ô riches, le terme de l’attachement aux biens de ce monde, et cessez enfin de sous passionner pour eux. Plus vous aimez vos richesses, plus vous devez être jaloux de ne rien laisser de ce qui vous appartient. Prenez tout pour vous ; emportez tout : ne laissez pas votre fortune à d’autres. Peut-être que vos serviteurs vous refuseront jusqu’à la dernière parure, et que, pour plaire désormais à vos héritiers, ils ne se mettront guère en peine de vous faire d’honorables funérailles. Peut-être même qu’ils se permettront contre vous ces raisonnements philosophiques : « C’est une folie, diront-ils, de parer un mort, d’inhumer avec tant de faste un cadavre insensible. N’est-il pas plus à propos de laisser aux vivants cet habit précieux et magnifique que de l’enterrer et de le laisser pourrir avec un mort ? à quoi bon cette riche sépulture, ce monument si superbe, et tous ces frais inutiles ? ceux qui survivent feront un meilleur usage de cet argent ». Voilà ce qu’ils diront pour satisfaire à vos dépens d’avides héritiers.

Prenez les devants, et construisez-vous vous-même un tombeau. La piété est une belle sépulture. Sortez de ce monde revêtu de tous vos biens. Faites-vous une parure de vos richesses ; ayez-les avec vous. Suivez les avis d’un excellent conseiller, de Jésus-Christ qui vous aime, qui s’est rendu pauvre à cause de nous, afin que nous nous enrichissions par sa pauvreté (2 Co 8, 9), qui s’est livré lui-même pour être le prix de notre rédemption (1 Tim 2, 6). Obéissons-lui comme à un être souverainement sage, qui voit mieux que nous ce qui nous est utile ; écoutons-le comme un être bon qui nous aime ; témoignons-lui notre reconnaissance comme à notre bienfaiteur. Observons fidèlement les préceptes qu’il nous donne, afin que nous soyons héritiers de la vie éternelle en Jésus-Christ lui-même, à qui soient la gloire et l’empire dans les siècles des siècles.

Amen.

 

* sur le site Patristique.org cette homélie est archivée comme "Homélies contre les riches"

 

 

Homélie : Le Pardon Homélie prononcée par Père René le 17 mars 2002 à Colombelles

Dimanche de l’Exil d’Adam

Épître aux Romains XIII, 11-XIV, 4

Évangile selon saint Matthieu VI, 14-21

Homélie prononcée par Père René le 17 mars 2002 à Colombelles

Dimanche de l'Exil d'Adam

Adam chassé du ParadisCe dimanche, dès la célébration des Vêpres qui vont suivre, débute le Grand Carême. Un carême qui doit nous faire suivre progressivement le Christ dans ses Saintes Souffrances, jusqu’à la mort sur la Croix et la Résurrection glorieuse de Pâques. C’est dire combien ce dimanche est solennel.

Jésus n’avait aucun péché personnel, dit saint Paul, mais Dieu l’a fait péché pour nous et pour notre salut. La nuit, les ténèbres et la mort générées par nos péchés ont pénétré la nature humaine du Fils de Dieu. À cause de nous et de nos péchés, Dieu, dans l’humanité du Christ, a été sali, humilié et blessé jusqu’à la mort. Jésus a connu sur la Croix, à cause de nos fautes, l’horreur du péché et de la mort, c’est-à-dire tout ce qu’il y a de plus étranger, opposé et contraire à sa divinité. L’énormité du péché du monde et de nos propres péchés s’est emparée de Jésus jusqu’à Le mener à la Croix, jusqu’ aux portes du néant prêt à saisir Celui qui est l’Être et la vie mêmes.

C’est pourtant sur la Croix, de la Croix que Jésus adresse à son Père cette ultime supplication pour nous : « Père, pardonne-leur... » Jésus est venu sur terre pour revêtir tous les péchés de notre nature, les porter en oblation à son Père et Le prier de nous les pardonner, s’offrant Lui-même à la mort comme prix de notre pardon. Nous sommes tellement complices et prisonniers de nos péchés que Jésus ajoute : « Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Jésus se révèle notre Sauveur ici-bas et notre avocat devant Dieu. « Si nous venons à pécher, dit saint Jean, Jésus est comme un avocat auprès du Père, […] non seulement pour nous, mais pour le monde entier . » Jésus est mort pour que son Père nous pardonne. Ressuscité, Il ne cesse d’intercéder encore pour nous auprès du Père. Voici la justice de Dieu pour nous : le Père pardonne à tous à cause de l’amour qu’Il nous porte à travers le sacrifice accompli par son Fils.

Pourtant Jésus a mis une condition à notre salut : que nous nous pardonnions les uns les autres réciproquement toutes nos fautes. « Si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes. » Et Jésus nous demande de prier son Père en disant : « Notre Père […] pardonne nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Tant qu’il s’agissait de Lui-même, Jésus demandait notre pardon à son Père, parce que nous ne savons ni ne comprenons ce que nous faisons. Nous ne comprenons ni la réalité de la Personne de Jésus, ni ce qu’aura été en profondeur son œuvre pour nous et pour le monde. Jésus pardonne les offenses que nous Lui faisons, comme à tous ceux qui L’ont insulté et L’insultent toujours, à ceux qui L’ont trahi et Le trahissent toujours. Sur la Croix Jésus pardonnait ainsi à tous, prêtres, pharisiens, soldats, à la foule, aux disciples même qui L’abandonnaient et jusqu’aux brigands qui L’insultaient. Cela, Jésus l’a pris et continue de le prendre totalement sur Lui. Il pardonne à tous, jusqu’à aujourd’hui toutes les offenses, toutes les blessures que nous ne cessons de Lui porter.

Mais tout change dès la moindre offense que nous faisons, même au plus petit de nos frères. Cela Jésus ne le pardonne pas, à moins de demander nous-mêmes préalablement pardon à tous ceux que nous offensons ou avons déjà offensés. Nous demander mutuellement pardon est une exigence absolue. Ce n’est pas une attitude simplement morale. C’est la conséquence obligée de la grâce que Dieu nous fait en nous accordant son pardon. Si nous refusons ou oublions de pardonner aux autres, Dieu ne nous remettra pas nos propres fautes. C’est le sens de la parabole du serviteur impitoyable qui refuse de remettre à son camarade une dette infime, alors que son maître vient de lui remettre la sienne autrement énorme. « Serviteur méchant, dit le maître, ne devais-tu pas avoir pitié de ton compagnon comme moi j’ai eu pitié de toi ? » Et dans son courroux le maître le livre aux bourreaux jusqu’à ce qu’il rembourse tout son dû. Jésus prononce cette parabole en réponse à une question de Pierre : « Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner ? Irai-je jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répond : « Je ne te dis pas sept fois mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois . » c’est-à-dire toujours. Saint Jean écrit pareillement : « Si nous nous aimons tous les uns les autres, Dieu demeure en nous ; en nous son amour est accompli. » Par contre, « Celui qui dit "J’aime Dieu", et déteste son frère est un menteur. » Mais « Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous. » Jésus et son Père viennent faire leur demeure en nous .

Ainsi Dieu pardonne, Dieu nous pardonne en Jésus-Christ, à cause de Jésus-Christ. Mais à la condition préalable de nous pardonner nous-mêmes les uns les autres auparavant. Ce n’est pas facile, mais c’est une condition dirimante. Si elle n’est pas respectée, le Père non plus ne pourra nous pardonner.

En avons-nous réellement conscience ? Ne vivons-nous pas avec le sentiment que rien n’est vraiment grave, que le temps efface tout et puis, qu’il y a eu déjà tellement pire. Et qu’enfin Dieu ne peut que pardonner. C’est avec des propos aussi faux que le monde se retrouve aujourd’hui comme aux pires moments de l’Histoire. Reste à espérer que Dieu s’en satisfait. L’Évangile dit tout le contraire.

Alors nous, en ce Carême, pour ce Carême, faisons enfin l’effort de nous pardonner en vérité. Surmontons cette faiblesse, ce penchant à nous excuser nous-mêmes toujours et de tout. Regardons-nous en face, refusons à notre visage d’être un masque trompeur, à nos paroles un langage hypocrite. Ayons le courage de nos paroles et de nos actes. Si nous avons offensé quiconque en quelque manière, sachons le reconnaître devant lui et demander son pardon. Après quoi nous pourrons demander pour nous-mêmes le pardon libérateur de Dieu. C’est la seule façon de pouvoir entrer dans ce Carême dans la paix et la joie. C’est aussi la seule manière de pouvoir approcher du saint Corps et du saint Sang du Christ. Se pardonner n’est pas seulement nous libérer de nos dettes morales et spirituelles. C’est recouvrer en nous-mêmes une liberté nouvelle.

C’est porter sur les autres et sur nous-mêmes un regard neuf. C’est retrouver le chemin perdu du cœur du prochain. Par là, c’est renouer avec notre vocation véritable de partage et de communion. C’est justifier pleinement notre présence autour de la table eucharistique. Nous ne sommes pas des pécheurs isolés les uns des autres, bien que chaque péché nous isole en notre propre "Moi". Nous sommes appelés à être une communauté en Christ. Mais l’absence de pardon réciproque nous isole les uns des autres et détruit la communauté Alors que le pardon détruit le péché et rétablit la communauté dans son unité.

Il faut ici réitérer la nécessité absolue de la confession. Le moment privilégié de se reconnaître pécheur et d’implorer de Dieu son pardon renouvelle en chacun de nous le don baptismal de l’Esprit. Tout ce Carême doit être pour nous tous un renouveau de la grâce baptismale, le rétablissement de notre communion avec le Seigneur et avec nos frères et la joie de réparer par le repentir les déchirures que nous ne cessons de faire à la tunique sans couture du Christ.

Dés lors nous pourrons entendre, quand nous échangerons tout à l’heure nos pardons réciproques, s’élever en contrepoint les accents du Canon de Pâques, prémices de notre salut.

Amen.

 

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Boris le 13 mars 1994

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ce dimanche qui nous introduit dans le Grand Carême de Pâques, nous l'appelons généralement le dimanche de l'expulsion d'Adam. Nous pourrions aussi bien l'appeler le dimanche du repentir d'Adam et le dimanche du pardon d'Adam et le dimanche de la restauration d'Adam.

Adam est une personne, Adam est un symbole. Adam est aussi un nom générique de l'humanité entière qui s'est dévoyée, qui s'est éloignée de Dieu et que le Seigneur lui-même est venu rechercher. Saint Irénée de Lyon, ce grand évêque du second siècle disait - et les chants liturgiques du Samedi Saint le reprennent - que Dieu est venu chercher Adam sur la terre et que, ne l'ayant pas trouvé, il est descendu jusqu'aux enfers. C'est une des grandes idées de saint Irénée que, si Dieu est venu sauver l'homme, Il est venu pour sauver l'homme tout entier, Il est venu pour sauver chaque homme et pour sauver tous les hommes. Tous les hommes sans exception sont appelés au salut, sont appelés à la vie. Saint Irénée le dit : « Si Adam lui-même, notre premier père, n'avait pas été sauvé, l'œuvre de Dieu n'aurait pas été complète. » C'est sur ce mystère d'Adam que je voudrais m'arrêter un moment aujourd'hui.

Fréquemment, nous éprouvons un certain ressentiment vis-à-vis d'Adam. Bien sûr, si le premier père n'avait pas chuté, s'il n'avait pas péché, nous n'en serions pas là. Mais ce ressentiment va tellement loin qu'au fond nous n'avons pas la force de pardonner à Adam quand nous voyons tout le mal, toutes les tristesses, tout le péché, toutes les souffrances, toutes ces puissances de mort qui ont saisi toute la création. Il est certain qu'humainement, il nous est difficile de surmonter ce sentiment presque viscéral de ressentiment.

L'Église voit les choses autrement. Nous avons entendu ces chants extraordinaires que nous percevons avec l'oreille intérieure, cette écoute spirituelle qui traverse les temps et l'espace.

Nous avons entendu ces lamentations d'Adam chassé du Paradis, se tenant humblement courbé jusqu'à terre et pleurant sur son propre sort et pleurant sur le Paradis perdu. Ce Paradis perdu, ce n'est pas seulement la douceur paradisiaque perdue, c'est avant tout la tristesse d'être coupé de Dieu. Adam se lamente avant tout de cette séparation du Seigneur, parce qu'en Lui est la vie, en Lui est la lumière, en Lui est la paix, en Lui est la douceur.

Adam pleurait cette séparation, plus grave, plus douloureuse que la perte de tous les bienfaits et de tous les fruits du Paradis, de sa bonne odeur et de la douceur de la brise qui le recouvrait. Alors, il était dans la joie, dans la paix, dans la gloire, mais avant tout il était en Dieu et Dieu venait dans le jardin converser avec lui à la brise du jour. C'est cela, la grande tristesse d'Adam, et c'est cela dont l'Église fait mémoire aujourd'hui. Elle fait mémoire pour Adam et elle fait mémoire pour les fils d'Adam et d'Ève qui sont appelés à entrer dans cet espace nouveau de repentance, de douceur aussi, en un regard renouvelé vis-à-vis d'Adam et vis-à-vis de tous ceux qui en portent l'héritage.

Désormais nous sommes appelés à mourir et dans ce chemin vers la mort, il y a cette dimension d'espérance et d'attente, de nostalgie aussi, nostalgie qui n'est pas seulement celle de la Bible, celle de l'Église, mais qui est inscrite au cœur même de l'humanité. Dans toutes les religions antiques et dans l'incroyance même du romantisme, il y a cette nostalgie, ce rappel, ce souvenir du Paradis perdu, c'est-à-dire l'idée que les choses n'étaient pas à l'origine comme elles le sont maintenant.

Nous sommes en marche avec Adam et avec Ève. Les Pères de l'Église ont chanté les pleurs d'Adam, son repentir et cette certitude que désormais, il est dans la lumière du Christ. C'est pourquoi, dans l'icône de la Résurrection le Seigneur, Celui que saint Paul appelle avec audace le « Nouvel Adam », récapitule, rassemble l'humanité pécheresse tout entière en Lui. Par Sa mort, la vie, la justice et la grâce sont venues dans le monde, venues jusqu'à nous. Il est venu dans cette terre lointaine chercher le fils prodigue, venu dans la montagne prendre sur Ses épaules la brebis égarée. Jésus prend sur Lui toute notre humanité, elle qui, en face des myriades d'anges, est comme une seule brebis égarée qu'Il doit ramener à la bergerie, à la maison du Père.

Jésus-Christ descend, Il descend jusqu'à terre, Il prend notre humanité, humiliée, pécheresse, Il prend notre péché sur Lui, Il meurt par amour et mourant par amour, Il descend plus bas encore, jusqu'aux confins de l'enfer, là où aucune lumière n'a jamais pénétré. Comme le dit le psaume : « Comment les morts te loueraient-ils ? » (Ps VI, 6) Jésus descend là d'où aucune louange ne pouvait monter vers Dieu. Jésus descend jusque-là, Il dévitalise la mort ; Il tend la main - comme nous le voyons sur l'icône - à Adam et à Ève pour les ramener jusqu'au Royaume, dans lequel ils sont déjà, dans l'attente de la Résurrection finale avec tous les Saints. Adam et Ève sont aussi des saints de l'Ancien Testament et avec les saints de tous les temps, ils sont dans l'attente de la Résurrection pour que l'humanité totale, pour que l'Adam total puisse désormais être tout entier rassemblé, récapitulé, sauvé, dans les mains du Christ. « Quand le Fils de l'homme sera élevé de terre, il attirera tous les hommes à lui. » (Jn XII, 32) Voici le nouvel Adam, le véritable Adam qui nous attire à Lui.

Je voudrais terminer simplement par la lecture d'un poème écrit par un des grands saints de notre époque, le starets Silouane de l'Athos, qui fut canonisé en 1988 lors du millénaire du baptême de la Russie :

Adam languissait sur terre et sanglotait amèrement. La terre ne lui était pas douce, il soupirait après Dieu en clamant : « Mon âme languit après le Seigneur et je Le cherche avec des larmes. Comment ne Le chercherais-je pas ? Quand j'étais avec Lui, mon âme était joyeuse et sereine et l'Ennemi n'avait point d'accès auprès de moi. Mais à présent l'esprit mauvais a pris pouvoir sur moi, il agite et fait souffrir mon âme. C'est pourquoi mon âme désire à en mourir le Seigneur. Mon esprit s'élance vers Dieu, rien ne peut consoler mon âme... » Ainsi se lamentait Adam, et les larmes lui coulaient de son visage sur la poitrine et jusqu'à terre et tout le désert résonnait de ses gémissements.

Le starets Silouane reprend ce chant d'Adam à son compte, et nous aussi nous disons avec lui :

« Moi aussi, j'ai perdu la grâce, et je crie avec Adam : Sois miséricordieux envers moi, Seigneur, donne-moi un esprit d'humilité et d'amour
Ô amour du Seigneur ! celui qui t'a connu, sans se lasser te cherche jour et nuit et s'écrie : Je Te désire, Seigneur, et je Te cherche avec des larmes. Comment pourrais-je ne pas Te chercher ? Tu m'as donné de Te connaître par le Saint Esprit et cette connaissance divine entraîne mon âme à Te chercher en pleurant.

Puis de nouveau les lamentations d'Adam : « Pourquoi ai-je offensé le Dieu que j'aime ? »

Adam marchait sur terre et pleurait à cause des maux sans nombre de son cœur, mais ses pensées étaient absorbées en Dieu. Et lorsque son corps était à bout de forces et ne pouvait plus répandre de larmes, même alors son esprit restait tendu vers Dieu, car il ne pouvait oublier le Paradis et sa beauté. Mais, plus que tout, Adam aimait Dieu, et cet amour lui donnait la force de s'élancer vers Lui.

Voilà ce que le starets Silouane pouvait entrevoir dans sa vision spirituelle, en accord profond avec l'Église. C'est pourquoi, au-delà de tout ressentiment, nous comprenons qu'Adam est aussi le premier repentant, le premier qui a pleuré son péché et qui finalement est restauré dans le Royaume de Dieu. À notre tour, nous sommes à la recherche de Dieu à travers les dédales de notre existence, tout en sachant que nous avons dans l'Église une Parole certaine, que nous avons la Parole de Dieu, que nous avons sa puissance, la grâce de l'Esprit Saint qui nous conduit à la repentance, aux pleurs, au pardon que nous devons à la fois donner et demander humblement. C'est ainsi que nous préparons notre purification, notre libération.

C'est cela le commencement de notre propre résurrection.

Amen.

Père Boris

Homélie prononcée le 3 mars 1985 par Père Boris Bobrinskoy

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit

Chaque année en ce jour de la fête du Triomphe de l’Orthodoxie, nous sommes appelés à prêcher, à rendre compte de notre foi , de notre vie, de notre identité, de notre espérance. Parler de l’Orthodoxie c’est parler de ce qu’il y a de plus précieux dans cette foi et cette espérance. Mais peut-on définir ou même décrire ce qui participe au mystère même de Dieu, de la vie divine, de la vie trinitaire, de cette vie inépuisable de Dieu qui ruisselle sans bornes dans notre existence humaine, dans notre péché aussi, hélas, et dans notre déchéance ?

Il faudrait que le temps s’arrête pour parler de manière digne du mystère de notre foi et pour chanter plutôt que parler, d’un chant qui suggère un silence de plénitude et d’adoration, pour parler de notre foi orthodoxe et, avant tout, du saint mystère de la divine et adorable Trinité, l’Alpha et l’Oméga de notre vie. Pour chanter cette adorable Trinité sur laquelle nous sommes suspendus dans l’existence et dans le bien-être, cette Trinité qui œuvre en nous sans cesse pour nous rendre dans notre vie personnelle et dans notre vie ecclésiale, de plus en plus à Son image.

Parler de la communion trinitaire c’est parler du travail de Dieu dans notre vie. " Mon Père, jusqu’à présent, est à l’oeuvre, dit Jésus, et moi aussi je suis à l’œuvre. ", et l’Esprit Saint Lui-même est en œuvre en nous. Après le repos de Dieu au septième jour, après le péché de l’homme, Dieu s’est remis au travail, jusqu’au grand jour du Samedi Saint où Dieu s’est de nouveau reposé de ses œuvres. Et lorsque l’on voit le péché et le mal aujourd’hui on a presque l’impression que, de nouveau, Dieu a besoin de se remettre au travail, mais désormais non plus seul, mais à travers nous.

C’est ainsi que parler de la divine Trinité et de l’amour de Dieu dans ce jour de l’Orthodoxie c’est parler aussi du mystère pascal qui nous révèle l’amour sans fin de la Sainte Trinité. En effet, le mystère pascal, c’est avant tout, le Père qui " a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne meurt pas mais ait la vie éternelle. " Le mystère pascal, c’est l’obéissance totale du Christ à la volonté aimante du Père. Le mystère pascal, c’est la mort et la résurrection que Jésus a traversé seul pour qu’à sa suite, nous aussi, dès maintenant, dès aujourd’hui, nous puissions traverser la mort au vieil homme et à nos péchés et anticiper la résurrection future dans la vie et les sacrements de l’Église. Le mystère pascal, c’est aussi la puissance et la grâce du Saint Esprit qui était en plénitude en Jésus à tous les moments de son existence et qui maintenant se déverse dans une Pentecôte inépuisable sur le monde à travers l’Église.

L’Église quand nous parlons d’elle comme image de la Trinité, nous parlons aussi d’elle comme communion des Saints parce que la Trinité, Elle-même, c’est le principe de toute communion et parce que l’Église et notre vie ne sont valables que si se renouvelle et se réalise en elles cette communication trinitaire qui nous est donnée. Communion des Saints dans l’Église, cela veut dire l’union du ciel et de la terre autour de l’Agneau sans tache immolé et victorieux. L’Église est ainsi un organisme de grâce où à travers et, hélas aussi, malgré nos institutions humaines, la vie divine se communique et se renouvelle et nous transforme de plus en plus, si nous le voulons bien, à la ressemblance divine.

Et aujourd’hui dans ce jour du Triomphe de l’Orthodoxie, si je mentionne, même brièvement, l’icône qui est la cause historique de cette célébration liturgique d’aujourd’hui, il faut dire que ce Dimanche de l’Orthodoxie et la célébration des Saintes Icônes se situent au début du Carême pour rappeler que l’icône liturgique que nous vénérons correspond en profondeur, et doit correspondre en vérité, à l’image intime du Sauveur qui est gravée dès notre naissance dans notre cœur. Une image qui doit devenir dans notre vie entière comme notre programme, comme notre destinée, comme le but de notre croissance, que cette image se révèle et resplendisse.

Le mystère de l’Église c’est donc le mystère, et le miracle, constamment renouvelé, toujours incroyable, toujours mis en doute d’ailleurs, le miracle du ruissellement de la vie divine qui se répand dans notre existence humaine, dans notre vie charnelle par les sacrements innombrables, par le sacrement de l’Église, car dans l’Église tout est sacrement, tout est mystère, tout est sainteté, tout est don. On peut ainsi parler de l’Église pour reprendre la parole de Jésus dans l’Évangile d’aujourd’hui comme de cette échelle dont Jésus parlait et que déjà Jacob avait vue en songe : " En vérité, en vérité je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les Anges de Dieu monter et descendre au dessus du Fils de l’Homme. " Eh bien ! C’est cette échelle qu’est l’Église, que sont les sacrements et qu’est l’Évangile, par laquelle montent et descendent les Anges de Dieu et les Saints, et par laquelle la grâce de Dieu nous atteint et nous élève. Et nous aussi, sur cette échelle qu’est l’Église, nous montons vers le Seigneur.

L’Église, c’est donc la communion des Saints, des Anges des vivants et des défunts tous ensemble, tous unis autour de l’Agneau céleste auquel nous nous unissons dans l’Eucharistie et dans la louange. Cette présence des Saints, cette union des vivants et des défunts et des Saints avec, bien sûr, en premier lieu la présence de la Toute Sainte et Pure Mère de Dieu, tout cela est vécu avec un relief, je dirais, unique dans la foi, dans l’expérience et dans la liturgie de l’Église orthodoxe. C’est cela la vérité ultime, c’est cela le mystère de l’Église toute entière, et l’Église dans l’Eucharistie, et l’Église autour de l’Agneau est replacée pour ainsi dire dans un rayon de lumière de la gloire Trinitaire. L’Église, c’est aussi –et nous l’affirmons aujourd’hui lorsque nous parlons en mettant peut-être les mots entre guillemets "le Triomphe de l’Orthodoxie"–, l’Église, c’est aussi le miracle permanent, constamment renouvelé de la transmission de la vie divine à travers et malgré nos défaillances, nos lourdeurs, nos contradictions, nos mensonges, nos impuretés, nos ambitions, nos carriérismes, nos lâchetés…

C’est bien pour que l’Église soit plus belle, plus pure, plus virginale encore, plus glorieuse, que ce Carême nous invité à l’effort spirituel, à la prière particulière privée et commune, à une prière plus intense, à un jeûne plus véritable, plus honnête, à l’amour renouvelé du prochain, afin d’atteindre une meilleure correspondance avec l’Archétype, afin d’arriver à une plus grande transparence à la lumière divine pour que la lumière du Christ brille dans le monde à travers nos vies, à travers nos engagements. J’ai parlé de transparence. On pourrait prendre la comparaison suivante : plus un verre ou une vitre est transparent, plus il devient invisible relayant fidèlement la lumière et l’image ; plus l’Église est transparente et plus elle s’efface devant le message du Sauveur, devant Sa présence vivifiante, et devant les hommes aussi ; plus alors elle s’ouvre au service de Dieu et des hommes, comme une icône de Dieu pour les hommes et comme une icône des hommes pour Dieu. L’Église ainsi, icône véritable, ne s’impose pas, mais la lumière et l’amour luisent d’eux-mêmes dans les ténèbres et se propagent de par leur vérité, et se proposent de par leur beauté interne.

" Venez et voyez " disait aujourd’hui dans l’Évangile Jésus aux premiers disciples. Venez et voyez ! cette parole interpelle les hommes mais cette parole juge aussi l’Église et les chrétiens. Sommes-nous suffisamment à l’image du Christ pour que la vision soit convaincante, pour que la venue soit évidente ?

Le Triomphe de l’Orthodoxie que nous célébrons aujourd’hui ensemble va plus que jamais de pair avec l’humiliation et les innombrables épreuves physiques et morales de nos Églises, non seulement de l’Orthodoxie mais du Christianisme tout entier à travers le monde. Partout, en effet, partout sans exception, aujourd’hui la foi chrétienne est mise en question, peut-être plus ouvertement dans les régimes athées ou totalitaires mais non moins réellement, plus insidieusement sûrement dans les pays et les civilisations saisies par le matérialisme pratique bien plus pernicieux peut-être et bien plus fatal encore. En face de ces dangers, de ces épreuves et de ces assauts multiples et variés du Malin les Églises Orthodoxes ont quelquefois tendance à se fermer sur elles-mêmes, à définir leur identité contre le monde ambiant, contre les chrétientés non Orthodoxes, contre les autres religions, dans un durcissement confessionnel humainement compréhensible, mais un durcissement confessionnel de sauvegarde qui rétrécit et qui limite la portée du message de l’Évangile.

Seul le feu de l’Esprit peut embraser le monde. Ne vivons-nous pas aujourd’hui une coexistence douloureuse de deux mondes, l’Église et le monde ambiant ? Deux mondes tellement éloignés qu’il semble quelquefois que le message divin ne se communique que difficilement.

Et pourtant, nous assistons les uns et les autres tous les jours à des conversions, à des retours au Christ, et chaque conversion, chaque repentance, chaque retour à la maison du Père est toujours et de nouveau un sujet continuel d’étonnement, de miracle, de joie.

La faute de cette division, à cette coexistence douloureuse entre l’Église et le monde, la faute en est-elle au monde seulement ? Que faisons-nous, nous-mêmes, de la sagesse de Dieu, de la connaissance des mystères dans lesquels nous baignons, du feu de l’amour qui nous saisit et qui nous est communiqué avec tant d’abondance ? Si le monde est dans l’enfer de l’ignorance et du péché et de la souffrance, nous devons tout de même nous rappeler à nous-mêmes –nous d’abord– et au monde ensuite que les portes de l’enfer que nous côtoyons et qui trouve écho en nous-mêmes, que ces portes de l’enfer ont été aussi arrachées par la force invincible du Ressuscité. Croyons-nous vraiment cela ? Croyons-nous fortement du fond de notre âme en la force invincible du Ressuscité, en la puissance glorieuse et actuelle de l’Esprit vivifiant ?

Ne faudrait-il pas peut-être pour cela moins parler d’Orthodoxie et davantage de l’Évangile et de la Résurrection ? Et toujours évoquer le visage ruisselant de sang et illuminé d’amour du Ressuscité, de Celui qui est venu non pour être servi mais pour servir et pour donner Sa vie en rançon pour la vie du monde.

Amen.

Père Boris

Homélie prononcée à la Crypte par le Père René le 24 février 1991

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Le Triomphe de l'Orthodoxie peut s'illustrer par ces mots de saint Paul : " Connaître le Christ, Lui, avec la puissance de Sa Résurrection..." (Ph III, 10).

Le Triomphe de l'Orthodoxie, c'est la célébration du triomphe du Christ sur Sa propre mort, qui marque le triomphe de toute vie humaine sur la mort. C'est bien pourquoi le premier dimanche de Carême lui est consacré, marquant ainsi d'emblée le but vers lequel nous courons tous en cette sainte Quarantaine : la victoire du Christ sur la mort.

La Résurrection du Christ est le point de départ d'une action victorieuse du Christ dans le monde. Aussi est-elle entourée d'une jubilation triomphale. " Jésus le Seigneur, dit saint Paul, a effacé la cédule de notre dette en la clouant sur la Croix ; Il a dépouillé les Principautés et les Puissances et les a données en spectacle à la face du monde, en les traînant dans Son cortège triomphal." (Col II, 14-15)

La Résurrection du Christ a provoqué la glorification de Sa chair, et cette glorification s'étend au Corps entier du Christ, qu'est l'humanité régénérée dans l'Église. La puissance de la Résurrection du Christ nous apporte les prémices non seulement de notre immortalité mais de la transfiguration glorieuse de notre nature.

C'est pourquoi tous les dogmes conciliaires, celui de la divinité du Christ, puis celui de la divinité de l'Esprit, celui des deux natures divine et humaine du Christ et pour finir celui que nous célébrons aujourd'hui, celui de la vénération des Saintes Images, sont tous considérés en Orient chrétien comme le triomphe de l'Orthodoxie. Car tous, y compris le culte des Saintes Images, manifestent que la puissance de la Résurrection du Christ peut dès ce monde-ci transfigurer notre nature. Le chrétien orthodoxe ne doit pas simplement attendre la Gloire pour la fin des temps ; dès aujourd'hui il sait que notre chair peut être sanctifiée, glorifiée et pour tout dire déifiée, par la puissance des énergies divines qui nous sont acquises et déversées par le Ressuscité.

Cette transfiguration de notre chair, de notre nature humaine, possible dès notre vie sur terre, dépasse autant qu'elle les accomplit, toutes notions de rédemption, de salut et de justification. Non seulement notre nature peut être déifiée, mais le monde lui-même aussi, pour lequel nous sommes tous rois, prêtres et prophètes.

L'échelle qui repose sur la pierre angulaire du Fils et qui mène au Père, l'échelle où montent et descendent les saints Anges est le faisceau des énergies divines qui transfigurent le monde dans la lumière du Thabor. La Gloire du Ressuscité devient la gloire de tout croyant ; la Gloire du Christ devient celle d'un monde déjà renouvelé en puissance. Le triomphe de la vie divine en l'homme, voilà le triomphe de l'Orthodoxie !

Mais ce n'est pas sans raison que le triomphe de l'Orthodoxie est célébré en tête du Carême. Cette Gloire, nous n'y accédons que dans la mesure où nous purifions notre nature. Participer à la Résurrection glorieuse du Christ exige d'y préparer nos cœurs, nous avons la responsabilité de rendre notre nature transparente aux énergies divines, d'éliminer en nous tout ce qui nous rend opaques et imperméables à l'Esprit, car cet Esprit nous appelle, dit saint Paul, à posséder la Gloire du Seigneur Jésus-Christ. (2 Th II, 14)

Si donc le triomphe de l'Orthodoxie est de connaître le Christ avec Sa puissance de Résurrection, saint Paul ajoute aussitôt " et avec la communion à ses souffrances". Le triomphe de l'Orthodoxie présuppose l'humiliation des cœurs. " Ayez en vous, dit saint Paul, les sentiments mêmes qui furent dans le Christ Jésus." (Ph II, 5) Ce qui exige d'éradiquer en nous toute volonté triomphaliste. Reconnaissons que nous sommes trop souvent, en tant qu'orthodoxes, déchirés par une certaine incompréhension de notre foi et que nous le ressentons comme une douloureuse brûlure du cœur. Cette réaction négative doit être dépassée pour être vécue comme un amour plus brûlant encore pour le Seigneur.

Le triomphe de l'orthodoxie se manifeste en premier et déjà dans ce travail de purification que nous menons sur nous-mêmes, sur notre chair, c'est-à-dire sur cette capacité d'orgueil, d'égoïsme, de volonté possessive qui se cache dans les replis de notre cœur, sur tout ce qui insulte en nous l'icône du Christ, la figure du Serviteur souffrant, la figure de l'homme des Béatitudes.

Nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes jamais seuls. Le Christ est toujours avec nous. Il ne cesse de nous prodiguer l'Esprit saint. Ne contristons pas l'Esprit qui est en nous, qui gémit en nous, qui prie pour nous, qui Se joint à notre esprit pour nous faire nous écrier " Abba, Père".

La réception de l'Esprit saint, son acquisition, voici où se situe aujourd'hui le triomphe de notre foi. Mais le Saint-Esprit ne s'impose pas. On ne l'acquiert qu'avec un cœur assoiffé de Dieu, et l'humilité est la voie pour s'ouvrir à la lumière ineffable. Tous les saints orthodoxes l'ont expérimenté, saint Syméon le Nouveau Théologien, saint Grégoire Palamas, saint Séraphim de Sarov, pour ne citer que les plus connus.

Cette voie de l'humilité est le trésor de l'Orthodoxie. Encore faut-il que chacun d'entre nous s'en persuade et le vive ; tout dépend de notre soif de repentir et de notre détermination à vivre selon l'Esprit. Si nous l'abandonnons, nous ne sommes plus dans l'Esprit de Dieu, nous ne sommes plus dans l'Église du Saint-Esprit, et Dieu ne nous connaît plus. Il se peut que nous parlions encore du triomphe de l'Orthodoxie, mais Dieu n'est plus en nous et Sa Gloire nous a abandonnés.

Mais l'humilité et l'abaissement, pour être nécessaires, ne sont pas une fin en soi. Le propre mouvement d'anéantissement du Christ de Son rang divin, à Son Incarnation, puis à Sa mort sur la Croix, a été pour entraîner Son triomphe, Son exaltation au plus haut des Cieux, et qu'Il soit proclamé Seigneur, à la Gloire de Dieu le Père.

Notre humiliation vécue pour le Christ est pour amener notre relèvement dans Sa Gloire et pour le partage de Son triomphe. Vivre selon le Christ, c'est déjà vivre avec le Christ, c'est déjà partager Sa Gloire, c'est nous ouvrir à la lumière thaborique, prémices de la lumière du Huitième Jour. " Purifions donc nos sentiments, dit saint Jean Chrysostome, et nous verrons le Christ dans la lumière inaccessible de Sa Résurrection." Et pour revenir à saint Paul : " acceptons de tout perdre afin de gagner le Christ, de Le connaître, Lui, avec Sa puissance de Résurrection et la communion à Ses souffrances, de Lui devenir conformes dans sa mort, afin de pouvoir... ressusciter d'entre les morts."

Quel plus grand triomphe à espérer ? Quel plus grand triomphe rechercher ?

Père René

Top