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Homélie patristique de saint Jean Damascène

Seconde épître de saint Pierre chapitre Ier, versets 10 à 19
Évangile selon saint Matthieu chapitre XVII, versets 1 à 9.Saint Jean Damascene

“Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui”

“Une nuée lumineuse les couvrit de son ombre” et les disciples ont été saisis d’une grande crainte en voyant Jésus le Sauveur, avec Moïse et Élie, dans la nuée.

Jadis, il est vrai, quand Moïse a vu Dieu, il est entré dans la nuée divine(1), donnant ainsi à comprendre que la Loi était une ombre.

Écoute ce que dit saint Paul : “La Loi, en effet, n’avait que l’ombre des biens à venir, non la réalité même”(2).

Israël, en ce temps-là, “n’avait pas pu fixer les yeux sur la gloire passagère du visage de Moïse”(3). “Mais nous, le visage découvert, nous reflétons la gloire du Seigneur et nous sommes transformés d’une gloire en une gloire plus grande, par l’action du Seigneur qui est Esprit”(4). C’est pourquoi la nuée qui a couvert les disciples de son ombre n’était pas remplie de ténèbres mais de lumière.

En effet, “le mystère resté caché depuis les siècles et les générations a été révélé”(5) et la gloire perpétuelle et éternelle est manifestée. Voilà pourquoi Moïse et Élie, aux côtés du Sauveur, personnifiaient la Loi et les prophètes. Celui qu’annonçaient la Loi et les prophètes, c’est, en vérité, Jésus, le dispensateur de la vie.

Moïse représente aussi l’assemblée des saints qui se sont endormis jadis (6) et Élie, celle des vivants(7), car Jésus transfiguré est le Seigneur des vivants et des morts. Et Moïse est enfin entré dans la Terre promise, car c’est Jésus qui y conduit.

Autrefois, Moïse avait vu de loin seulement l’héritage promis(8); aujourd’hui il le voit clairement.

Saint Jean Damascène (675-749)

Notes
1. Exode chapitre XXIV, verset 18
2. Épître aux Hébreux chapitre X, verset 1
3. Deuxième Lettre aux Corinthiens chapitre III, verset 7
4. verset 18
5. Lettre aux Colossiens chapitre Ier, verset 26
6. Deutéronome chapitre XXXIV, verset 5
7. Deuxième Livre des Rois chapitre II, verset 11
8. Deutéronome chapitre XXXIV, verset 4

Homélie prononcée par le diacre Dominique Beaufils à la Crypte dimanche 17 juin 2018, sur Mt.6, 22-33

Frères et sœurs en Christ,

« Cherchez d’abord le royaume et la justice de Dieu, tout le reste vous sera donné par surcroit ». Voilà la leçon que nous donne aujourd’hui le Christ.

Cherchez le royaume de Dieu, qui est le seul but important pour nous, car il est la vie éternelle, la vie en Dieu ; il est le but le plus précieux, ce trésor enfoui dans un champs, cette perle de grand prix, pour lesquels nous vendons tout ce que nous possédons pour pouvoir les acquérir, et à côté desquels rien de matériel n’a de valeur. Mais le royaume de Dieu nécessite un cheminement, non par un chemin large et spacieux, qui mène à la perdition, mais par un sentier resserré dont le Christ nous dit que peu nombreux sont ceux qui le trouvent.[i]Ceux qui le trouvent, ce ne sont pas ceux qui sont comme le terrain pierreux ou les épines où le grain de la Parole de Dieu ne peut pas prendre racines, mais ceux qui sont comme la bonne terre qui porte du fruit ; ce ne sont pas ceux qui sont comme l’ivraie semée dans le champ par l’ennemi, mais comme le bon blé recueilli dans le grenier divin.

Cherchez la justice de Dieu, qui n’est pas une justice pénale, comme celle des hommes, mais qui est notre justification, celle que nous demandons au Seigneur de nous donner devant Son trône redoutable. Car, si le jugement a été remis au Christ par le Père[ii], le Christ est aussi notre avocat devant le Père, comme le dit le saint apôtre Jean : « …si quelqu’un vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père, Jésus Christ Qui est juste. »[iii]

« Cherchez d’abord le royaume et la justice de Dieu », comment réaliser cela dans la pratique ? Le Christ nous montre le chemin dans cet évangile. Mais il ne faudrait pas que la fraîcheur et la poésie des comparaison avec les oiseaux du ciel et les lys des champs nous fassent méconnaître deux enseignements essentiels : la lampe du corps, c’est l’œil ; nul ne peut servir deux maîtres.

« La lampe du corps, c’est l’œil ». Et, selon que l’œil est sain ou malade, le corps tout entier est dans la lumière ou dans les ténèbres. Quel est le sens de ces paroles ? Rappelons-nous Adam et Eve qui ont choisi de se séparer de Dieu, Qui est Lumière, et d’obéir à Satan, qui est ténèbres. « Leurs yeux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus »[iv]. Leurs yeux se sont ouverts sur le charnel mais se sont fermés à la vue de Dieu ; ils ont perdu la perception du divin. L’œil sain qui leur donnait la lumière de la vie est devenu malade. Ils ont été envahis par les ténèbres, et la mort est entrée dans le monde. La lumière qui était en eux est devenue ténèbres, et quelles ténèbres !

Mais, en S’incarnant, Dieu nous a donné de pouvoir recevoir à nouveau la Lumière en nous : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. »[v]Cette lumière, c’est le Christ, Qui nous dit : Moi, Je suis la lumière du monde. Qui Me suit ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la Lumière Qui conduit à la Vie.»[vi]Tout est dit : nous ne pouvons retrouver la lumière et la vie qu’en Christ. Il nous faut ouvrir les yeux sur le Christ Qui nous redonne des yeux sains pour que notre corps entier, notre cœur soient de nouveau dans la Lumière. Il nous faut ouvrir la porte de notre cœur au Christ, pour devenir Sa demeure et le temple de l’Esprit Saint. Alors, nous pourrons nous charger de notre croix et Le suivre, car Il nous mène au Père, dans le Royaume des Cieux.

« Nul ne peut servir deux maîtres ». L’évangile nous parle d’argent. Et nous voyons ce jeune homme riche qui renonce à suivre le Christ parce qu’il préférait ses richesses.[vii]Mais cet autre maître, ce n’est pas seulement l’argent ; c’est tout ce qui est contraire à la foi, tout ce qui nous détourne de la foi ; c’est ce que le monde propose, d’attrayant, d’accaparant, pour nous faire oublier Dieu, nous faire remplacer Dieu. Notre société pervertie a bien compris que ceux qui ont cherché à faire disparaître la foi dans le monde par l’interdiction et la persécution ont échoué. Au contraire, ils ont contribué à renforcer la foi ; ils ont contribué à l’émergence et la manifestation d’une véritable sainteté. Alors, elle cherche à la remplacer par une société de consommation, les plaisirs futiles, les désirs matériels, la possession ; par tout ce qui nous permet de nous rendre maîtres de la vie, à laquelle le Christ nous dit pourtant qu’on ne peut ajouter une seule coudée : depuis son émergence, avec des nouvelles formes de procréation incompatibles avec la théologie orthodoxe du mariage, avec le non respect de la vie de l’embryon. Jusqu’à sa fin, en transformant une sédation apaisante et bienfaisante en une « sédation profonde explicitement létale », autrement dit par l’euthanasie, le suicide assisté, refusant de reconnaître en Dieu le Seul Créateur, le Seul Maître de la vie et de la mort ; en acceptant encore et toujours la proposition démoniaque d’être « comme » des dieux.

« Nul ne peut servir deux maîtres ». On ne peut accepter, voire cautionner la déviation perverse de la civilisation et prétendre être chrétien. On ne peut pas vouloir la vie et choisir la mort.

Il nous faut rester dans la lumière, vivre dans la lumière en aimant le Christ, en suivant la Parole du Christ : « Si quelqu’un M’aime, il gardera Ma Parole ; Mon Père l’aimera ; Nous viendrons à lui et établirons chez lui Notre demeure »[viii].

Frères et sœurs en Christ, si nous avons compris cela, si nous suivons ces deux enseignements essentiels, tout le reste va de soi. Nous n’avons plus à nous inquiéter de la nourriture et du vêtement, car nous savons que Dieu y pourvoira sans même que nous ayons à le Lui demander.

Nous comprenons que la nourriture véritable n’est pas celle qui flatte nos papilles, mais celle qui nous conduit vers le royaume des cieux : le pain substantiel que nous demandons dans la prière du Seigneur. La nourriture véritable, c’est la Parole de Dieu, la prière, les leçons des pères de l’Eglise ; qu’un jeûne authentique n’est pas seulement de nourriture, mais de la parole et de la pensée, pour centrer toute notre vie sur Dieu.

Nous comprenons que le plus beau vêtement n’est pas celui qui met en valeur la beauté physique, mais celui qui nous permettra d’entrer dans la salle du repas de noces du royaume. Le plus beau vêtement, c’est la foi, l’amour de Dieu, l’amour du Christ, dont le critère est l’amour du prochain. Le plus beau vêtement, c’est être fidèles aux commandements divins, à la Parole du Christ. C’est vivre une vie en Christ, vivre la vie de l’Eglise. Et cette vie de l’Eglise, nous ne pouvons la vivre que si nous avons conscience que, dans le prêtre comme dans l’évêque, nous voyons le Christ, car ils sont l’image, la parole, les représentants du Christ. Le plus beau vêtement, c’est d’être comme les lys des champs, à l’image de cette foule immense que nous montre le livre de l’apocalypse, qui « se tenait debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtue de robes blanches et des palmes à la main, proclamant à haute voix : le salut est à notre Dieu Qui siège sur le Trône et à l’Agneau », et disait avec les anges :  « Amen ! Louange, gloire, sagesse, action de grâce, honneur puissance et force à notre Dieu dans les siècles des siècles. Amen ! [ix]»

[i]Mt.7,13-14

2Jn.5,22

[iii]1Jn,2,1

[iv]Gn.3,7

[v]Is.9,1

[vi] Jn.8,12

[vii] Mt.19,16-22

[viii] Jn.14,23

[ix] Ap.7,9-12

Homélie prononcée par le diacre Dominique Beaufils à la Crypte dimanche 29 avril 2018, sur la guérison du paralytique de Bethzatha (Jn.5,1-15)

Christ est ressuscité !

Frères et sœurs en Christ,

Après la proclamation de la résurrection du Christ, le doute de Thomas et l’annonce de l’Ange aux Myrrhophores, la guérison du paralytique de Bethzatha, que l’Eglise nous propose pour ce quatrième dimanche après Pâques, est, lui aussi, un évangile de résurrection.

Nous voyons cet infirme, paralysé depuis 38 ans, dont la paralysie était liée au péché, comme le Christ le révèlera lorsqu’Il le trouvera dans le Temple, en lui disant : « ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive pire encore », mais qui avait un désir profond de guérir. Il persévérait depuis 38 ans malgré les échecs répétés liés à sa paralysie, avec l’espoir d’une guérison divine, car  c’était l’Ange du Seigneur qui donnait à l’eau le pouvoir de guérir. Le Christ est touché par sa persévérance. Bien que connaissant son désir, Il lui demande « veux-tu guérir ?» comme Il demandera aux aveugles de Jéricho « que voulez-vous que Je fasse pour vous ? », car Il voulait que l’homme exprime son désir avant de le guérir. Et, sur la Parole du Christ,  le paralytique se lève, prend son grabat et marche.

Il ne nous faut pas nous arrêter sur le simple récit de cette guérison miraculeuse, comme le Christ avait déjà guéri le fils du centurion de Capharnaüm, comme Il fera de nombreuses guérisons et ressuscitera des morts, car cette guérison a une portée plus profonde et plus universelle, une portée que le Christ exprimera aux juifs qui lui reprochent d’avoir fait une guérison un jour de Sabbat : « Comme le Père relève les morts et les fait vivre, le Fils, Lui aussi, fait vivre qui Il veut ».

Le Christ n’est pas venu par hasard à la piscine de Bethzatha (le Christ ne fait rien par hasard), Il est venu pour guérir un homme souffrant, paralysé par le péché et manifestant un désir réel de guérison. Qui est cet homme ? Ce n’est pas un paralytique anonyme. De la même façon qu’Adam est l’image de l’humanité toute entière, cet homme est l’image de l’humanité toute entière, et le Christ est venu pour guérir l’humanité toute entière souffrant, paralysée par le péché et ayant le désir de guérir. Et la guérison donnée par le Lui n’est pas tant une guérison physique qu’une guérison de l’âme, une restauration de l’homme dans son unité pour le salut et la résurrection.  Le verbe grec « swzw » signifie en même temps « guérir » et « sauver », et l’évangile de Saint Luc nous montre ces dix lépreux que le Christ a purifiés de leur lèpre, et dont un seul vient rendre grâce ; et à un seul, Il dira : « ta foi t’a sauvé ».

Dans une belle méditation sur cet évangile du paralytique, le père Lev Gillet montre qu’il y a deux types de guérison : l’une institutionnelle, dans l’Eglise, par les sacrements, en particulier le baptême et la pénitence, qui est un renouvellement du baptême, sans oublier le sacrement des malades ; l’autre par contact direct avec le Sauveur Qui peut, quand Il le juge bon, agir sur l’homme en Se passant des institutions. C’est aussi ce que nous rappelle Monseigneur Georges Khodr, lorsqu’il écrit : « Comme si le Christ ne pouvait pas, avec ou autrement que par l’eau, baptiser en Dieu celui auquel Il désire accorder Sa grâce ». Nous avons ici l’eau du baptême fécondée par l’Esprit Saint, qui procure le salut à ceux qui y sont plongés, et le contact direct avec le Christ.

Dans les Paroles du Christ, nous comprenons que la guérison du paralytique n’est pas un aboutissement, l’épilogue d’un épisode de la vie du Christ, mais qu’elle est un point de départ pour une vie nouvelle. Quand Il demande « veux-tu guérir ? », Il n’impose pas, mais propose une guérison qui implique le renoncement au péché – comme Il dira au paralytique guéri : « ne pèche plus » – la mort au vieil homme, pour une vie nouvelle en Christ. « Veux-tu guérir ? », c’est ce qui est demandé – dans une autre forme – lors du baptême : «  Renonce-tu à Satan ? Te joins-tu au Christ ? ». Et, quand le Christ demande à chacun de nous « veux-tu guérir ? », cela implique la pénitence et la conversion. Le paralytique essayait chaque fois d’aller dans l’eau de la piscine, mais ne le pouvait pas. Et le Christ le guérit. Nous, si nous désirons être guéris par le Christ, cela implique que nous fassions la même démarche volontaire de mourir au vieil homme et de renaître pour une vie en Christ.

La guérison du paralytique de Bethzatha n’est pas un aboutissement, mais un point de départ. Le Christ ne lui dit pas, comme lors d’autres guérisons : « Ta foi t’a sauvé ». Il lui dit « lève-toi, prends ton grabat et marche ». C’est là tout un programme qu’Il donne à cet homme : « Lève-toi », mets-toi debout, toi que le péché paralysait ; et nous retrouvons le paralytique de Capharnaüm pour lequel le Christ disait : « qu’est-il plus facile, de dire ‘tes péchés te sont remis’ ou de dire ‘lève-toi et marche’ ». Lève-toi – egeire–  signifie également : réveille-toi, ressuscite ; réveille-toi de ton sommeil spirituel ; ressuscite, toi que le péché tenait spirituellement mort. « Prends ton grabat », ce grabat qui est le symbole de tout ce que tu as vécu de tout ce que tu as souffert, mais aussi de ta persévérance. « Marche », pas seulement pour profiter de cette possibilité nouvelle que tu as reçue, mais reprends la marche vers la maison que tu n’aurais jamais du quitter : la Maison du Père, le Royaume des Cieux.

Ce programme, ce n’est pas seulement au paralytique, c’est à nous que le Christ le donne. « Lève-toi », ne sois pas oisif, indolent, paralysé par l’ascédie. Mais « lève-toi », ce n’est pas seulement être debout, c’est aussi se tenir spirituellement droit, être droit en présence du Christ, dans la crainte de Dieu. C’est pour cela qu’à chaque moment important de la divine liturgie, en particulier à la petite entrée, qui est l’entrée du Christ dans le sanctuaire, lorsque le Christ va nous parler par l’Evangile, le diacre nous enjoint : « Sagesse, tenons-nous droits ».

Ce n’est pas seulement au paralytique, c’est à nous que le Christ enjoint : « prends ton grabat et marche ».Et nous L’entendons dire : « si tu veux venir à Ma suite, charge-toi de ta croix et suis-Moi ». Parce que notre grabat, c’est notre croix ; nos difficultés, nos peines, nos souffrances, nos maladies, nos infirmités, physiques mais surtout spirituelles, c’est le poids de nos péchés. Tout cela, il nous faut l’assumer pour suivre le Christ, Qui nous mène au Père, au Royaume des Cieux, en sachant que le chemin passe par une mort en Christ pour ressusciter avec Lui et en Lui, car, écrit le saint apôtre Paul aux romains « si nous avons été totalement assimilés à Sa mort, nous le serons aussi à Sa résurrection ».

Frères et sœurs en Christ,

Comprenons qu’avec ce récit de la guérison du paralytique de Bethzatha, c’est le programme de toute notre vie que le Christ nous propose, car c’est en Lui et par Lui que nous pouvons trouver la guérison totale, physique et spirituelle, qui est le salut, la résurrection, la Vie éternelle.

Christ est ressuscité ! A lui la gloire dans les siècles des siècles. Amen

 

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Boris Bobrinskoÿ le 24 avril 1988

Dimanche des Myrrhophores et du juste Joseph

Troisième dimanche après Pâques

Lecture des Actes des Apôtres Ac 6,1-7

Évangile selon saint Marc 15,43-16,8Père Boris Bobrinskoy

Le Christ est ressuscité,

En vérité Il est ressuscité !

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

C’est aujourd’hui le seul jour de l’année où l’Église propose la lecture conjointe de l’ensevelissement du Christ et de sa Résurrection. C’est le ministère des femmes qui unit ces deux moments, ces deux étapes du mystère du Christ mort et ressuscité. En ce troisième dimanche depuis la Pâque, l’Église célèbre la mémoire des saintes femmes porteuses de myrrhe, venues pour embaumer le Christ. Elle adjoint à cette mémoire le nom de Joseph d’Arimathie et celui de Nicodème, le pharisien qui vint une nuit interroger Jésus, comme le rapporte l’évangile de saint Jean.

Arrêtons-nous sur ce service des femmes Myrrhophores. On peut y distinguer trois étapes.

Premièrement, ce sont des femmes qui servirent Jésus pendant tout le temps de Son ministère public, comme le rapportent les Évangiles. Elles l’accompagnaient, Lui et Ses disciples, mettant à Son service tous leurs biens. Pendant le ministère en Galilée, pendant les traversées de la Samarie et les séjours à Jérusalem pour la Pâque, elles étaient présentes, ces femmes, celles dont nous connaissons le nom et celles dont nous ne connaissons pas le nom. Elles étaient là, avec Marie, la mère de Jésus, près du groupe que formait Jésus avec Ses disciples. Il faut comprendre combien la fidélité et l’amour – et par conséquent le service – de ces femmes se sont enracinés, développés au cours de cette période d’intimité, de présence de Jésus, pendant laquelle elles se sont profondément et pour toujours attachées à Lui.

Ensuite, la condamnation de Jésus, Sa passion et Sa crucifixion ont signifié pour elles l’effondrement de l’espérance du royaume, l’effondrement de la joie et de la douceur qui les pénétraient lors de l’entrée triomphale à Jérusalem. Elles ont partagé alors l’angoisse des disciples, cette angoisse silencieuse croissant à mesure que le temps du dénouement approchait. Néanmoins, le danger d’être parmi Ses fidèles ne les a pas fait fuir. Elles sont demeurées auprès de Lui pendant Son procès, elles l’ont suivi jusqu’à la croix et sont restées présentes lors de Sa mise à mort. Elles demeurent, regardant la Croix à quelque distance et assistant à la mort de Jésus. Elles sont donc présentes à la descente de croix et participent à l’ensevelissement du Seigneur, avec Joseph et Nicodème. Elles déposent au tombeau, avec Jésus, tout leur amour, toute leur douleur, toute leur désolation, en un mot tout leur cœur. Et lorsqu’elles s’en retournent chez elles pour respecter le Sabbat, le lendemain du vendredi, – et c’était un Grand Sabbat que ce jour-là, disent les évangélistes – leurs cœurs demeurent dans le tombeau, leurs cœurs brûlants d’amour et de larmes.

C’est pourquoi, dès que cela est possible, c’est-à-dire dès le premier jour de la semaine, tôt le matin, elles repartent au tombeau avec des aromates qu’elles ont acheté pour parfaire l’embaumement de Jésus qu’elles n’avaient pas eu le temps de terminer le vendredi soir. Les voici devant le tombeau.

D’après les évangélistes Marc et Luc, le tombeau est déjà vide et la pierre a été roulée. D’après Matthieu, un ange vient et fait basculer la pierre. Cette différence est de peu d’importance et le témoignage de Marc est sans doute le plus archaïque. Il présente l’ange accueillant les femmes à l’intérieur du tombeau et prononçant cette parole que l’on retrouve chez tous les évangélistes, et dans la bouche même de Jésus : « Ne craignez point. »

En effet, les femmes sont là, figées de crainte. Qui les libèrera de leur crainte, qui les rendra à la vie ? Les paroles de l’ange n’y suffiront point. « Vous cherchez Jésus le Nazaréen, le crucifié. Il n’est point ici, voici le lieu où on l’avait mis. » Car les femmes restent dans la crainte, s’en retournent en silence et « ne dirent rien à personne, car, ajoute Marc, elles avaient peur. »

Nous voici nous aussi devant le mystère du tombeau du Christ. Le tombeau où Jésus a été déposé avec notre cœur, nous le retrouvons aujourd’hui, désormais lumineux. Comme les femmes, nous avons déposé au tombeau nos tristesses, nos doutes, nos douleurs, nos épreuves, nos chutes aussi, nos infidélités comme nos espérances. Notre cœur est parfois sombre comme un tombeau dont une grosse pierre barre l’entrée. Il nous faut alors supplier le Seigneur pour qu’un ange vienne faire basculer la pierre. Lorsque cette pierre est retirée, nous découvrons notre cœur plein de lumière, un cœur semblable au tombeau du Christ. Car le tombeau du Christ est désormais un tombeau source de vie, un tombeau source de lumière, un « tombeau vivifiant », comme le chante l’Église Là se trouvent notre foi et notre espérance : tous les instruments de la passion et de la mort du Christ, le fouet, les injures, les crachats, la lance, la croix, tous ces instruments d’humiliation et de souffrance deviennent porteurs de vie, de force, de joie et d’espérance.

C’est pourquoi nous accompagnons ces femmes dans leur troisième et ultime service. Car leur ultime service n’est pas celui du tombeau où elles ont déposé le Seigneur, leur ultime service, c’est d’annoncer la Résurrection. Car ce sont elles, ce sont ces femmes qui sont appelées les premières à annoncer la Résurrection. Elles qui L’avaient servi humblement pendant Sa vie, qui avaient offert leur temps, leur fortune, en restant au dernier rang. Ce sont ces mêmes femmes, si rarement mentionnées, qui sont les premiers témoins de la Résurrection et les premières à porter la Bonne Nouvelle aux apôtres.

Ne devrions-nous pas, nous aussi, nous mettre à l’écoute de tous ceux et de toutes celles qui, dans l’église, accomplissent d’humbles services envers le Christ ? C’est peut-être dans leurs cœurs que résonne en premier le lumineux message de la résurrection, le message de résurrection qu’ils nous transmettent. Car ce ne sont pas seulement les prêtres qui, du haut de l’ambon, disent au peuple de Dieu : « Le Christ est ressuscité  !» Chacun d’entre nous, quelle que soit sa place dans l’Église a besoin de s’entendre dire cette parole :

Le Christ est ressuscité

Père Boris

Homélie patristique par saint Grégoire Palamas (1296-1359)

Dimanche des Myrrhophores et du juste Joseph

Troisième dimanche après Pâques

Lecture des Actes des Apôtres Ac 6,1-7

Évangile selon saint Marc 15,43-16,8

 

La Résurrection du Seigneur, c’est le renouvellement de la nature humaine, c’est le retour à la vie, la création à nouveau du premier Adam conduit par le péché à la mort, et par la mort à la terre d’où il fut tiré. La Résurrection, c’est le retour à la vie immortelle.

Personne n’a vu Adam quand Dieu l’a créé, quand il reçut le souffle de vie, car aucun être humain n’existait encore. Et quand après, par le Souffle divin, il reçut celui de la vie, la première créature à le voir, fut la femme, Ève, qui vint après le premier homme.

Il en est de même pour le second Adam, c’est-à-dire le Seigneur. Personne ne l’a vu quand Il est ressuscité des morts. Aucun des siens n’était là et les soldats qui Le gardaient étaient morts de frayeur. Après sa Résurrection, la femme est la première à Le voir, comme Marc nous l’a fait entendre aujourd’hui : Jésus étant ressuscité, le matin du premier jour de la semaine il apparut d’abord à Marie de Magdala. Certains pensent que l’évangéliste a clairement indiqué ici l’heure de la Résurrection du Seigneur, que c’était le matin, qu’Il était apparu d’abord à Marie de Magdala, à l’instant même de sa Résurrection. Mais l’évangéliste n’a pas dit cela, comme on va le voir, si nous faisons bien attention.

Un peu plus haut, en accord avec les autres évangélistes, Marc dit que la même Marie est venue au tombeau avec les autres femmes myrrhophores, qu’elles le trouvèrent vide et qu’elles s’en allèrent. Voyez-vous que le Seigneur est ressuscité bien avant que Marie L’ait vu ? Quand l’évangéliste veut préciser l’heure, il ne dit pas simplement “matin” comme ici, mais “de grand matin”. Et par lever du soleil, il entend la faible lueur qui précède le lever du soleil à l’horizon. Jean déclare la même chose quand il dit que “Marie de Magdala est venue dès le matin au sépulcre, avant que les ténèbres fussent dissipées et qu’elle vit que la pierre avait été enlevée du sépulcre.” Jean dit aussi que Marie de Magdala n’est pas simplement venue au tombeau, mais qu’elle en est repartie sans avoir vu le Seigneur. Elle a couru et elle est allée trouver Pierre et Jean et elle ne leur a pas annoncé que le Seigneur était ressuscité, mais qu’on L’avait enlevé du sépulcre. Donc, elle ignorait encore la Résurrection.

Ce que je vais révéler maintenant à votre charité, est recouvert comme d’une ombre, par les évangélistes. L’annonce de la Résurrection du Christ, c’est la Mère de Dieu qui l’a reçue la première. Cela, c’est juste et normal. C’est elle qui, la première, L’a vu après sa Résurrection et a eu le bonheur d’entendre sa Voix. Elle ne L’a pas seulement vu de ses yeux et entendu de ses oreilles, mais encore elle a été la première et la seule à toucher de ses mains ses Pieds immaculés, bien que les évangélistes ne disent pas tout cela clairement, pour ne pas éveiller de soupçons chez les infidèles.

Mais puisque par la Grâce du Ressuscité, ma parole s’adresse aujourd’hui à des fidèles, l’occasion de la fête nous pousse à clarifier ce qui concerne les myrrhophores. Et le droit nous est donné par Celui qui a dit : “Il n’y a rien de caché qui ne doive être révélé.” Et cela va l’être.

Les myrrhophores sont les femmes qui accompagnèrent la Mère du Seigneur, restèrent auprès d’elle durant les heures de la Passion rédemptrice, et qui avec amour recouvrirent d’aromates le Corps de Jésus. Quand Joseph et Nicodème demandèrent et reçurent de Pilate le Corps du Seigneur, lorsqu’ils Le descendirent de la Croix, L’enveloppèrent dans un linceul avec de forts aromates, Le déposèrent dans un sépulcre taillé dans le roc et en fermèrent l’entrée par une grande pierre, Marie de Magdala et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre et regardaient, selon l’évangéliste Marc. En disant l’autre Marie, il entend, de toute manière, la Mère du Christ, qu’on appelait aussi mère de Jacques et de José, les fils de son époux Joseph.

Elles n’étaient pas seules à regarder l’ensevelissement du Christ. Il y avait d’autres femmes, selon le récit de Luc. Des femmes venues de la Galilée pour L’accompagner, qui virent le sépulcre et la manière dont le Corps était déposé, et que ces femmes étaient Marie de Magdala, Jeanne et Marie, mère de Jacques et les autres, qui étaient avec elles. L’évangéliste dit aussi qu’elles étaient allées acheter des aromates, et des parfums. Elles ignoraient encore que Lui était en vérité l’arôme de la vie, pour ceux qui L’approchent dans la foi, comme l’odeur de la mort est pour ceux qui demeurent incrédules jusqu’au bout. Le parfum de ses vêtements, celui de son Corps, sont supérieurs à tous les parfums. Son Nom est comme le parfum qui se répand, son arôme divin a rempli l’univers. Elles ne le savaient pas ! C’est pourquoi elles préparèrent des parfums et des aromates, comme pour honorer un mort, qu’elles inventèrent un antidote pour permettre à ceux qui le voudraient de rester près du Corps décomposé, qu’on allait oindre.

Elles préparèrent les parfums et, selon le commandement, elles se reposèrent pendant le Sabbat. En effet, elles n’avaient pas vécu de véritable Sabbat, pas plus qu’elles ne sentiront ce béni par-dessus tous, qui nous transporte du séjour de l’enfer au sommet lumineux et divin du ciel.

Donc, le premier jour de la semaine, comme le dit Luc, alors qu’il était encore nuit, elles vinrent au sépulcre portant les aromates qu’elles avaient préparés ; Matthieu dit “à l’aube du premier jour de la semaine”, et que celles qui vinrent étaient deux. Et Jean le complète : “Dès le matin, dit-il, avant que les ténèbres ne fussent dissipées”, et que celle qui y vint était Marie de Magdala. Par “premier jour de la semaine”, les évangélistes entendent le Dimanche. Avec les expressions : tard le Sabbat, profond crépuscule, tôt le matin et, le matin alors qu’il faisait encore nuit, ils parlent du moment de l’aurore où l’obscurité lutte avec la lumière, de l’heure où l’horizon oriental commence à s’éclairer et annonce le jour.

Si de loin, on observe l’orient, la lumière change de couleur vers la neuvième heure de la nuit, (1) alors qu’il reste encore trois heures pour l’arrivée du jour parfait. Les évangélistes semblent quelque peu en désaccord, quand à cette heure et sur le nombre de femmes. Cela est dû au fait, comme ils l’ont dit, que les myrrhophores étaient nombreuses et qu’elles ne sont pas toutes venues ensemble, en une seule fois, et pas toujours les mêmes ; toutes à l’aube, mais pas au même moment. Marie de Magdala est venue seule, sans les autres et elle y est restée plus longtemps.

Chaque évangéliste ne parle donc que de l’une de ces venues et de certaines femmes et laisse les autres. Et moi, j’en déduis, après avoir comparé les évangélistes — je l’ai déjà dit — que la première à venir au sépulcre de son Fils et Dieu, fut la Mère de Dieu avec Marie de Magdala. Cela nous est particulièrement rapporté par l’évangéliste Matthieu : “Marie de Magdala, dit-il, et l’autre Marie allèrent visiter le sépulcre. Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre ; car un ange du Seigneur qui était descendu du ciel vint rouler la pierre et s’assit dessus. Son aspect ressemblait à l’éclair, et son vêtement était blanc comme la neige. À sa vue les gardes furent frappés d’épouvante et devinrent comme morts.”

Toutes les autres femmes arrivèrent après le tremblement et la fuite des gardes et trouvèrent le sépulcre ouvert et la pierre roulée. Mais la Mère de Dieu était là quand eut lieu le tremblement de terre, quand la pierre fut roulée et le tombeau s’ouvrit, quand les gardes terrifiés n’avaient encore pris la fuite, car ce n’est pas pour rien qu’ils s’enfuirent. La Mère de Dieu, elle, était sans crainte et se réjouissait de tout ce qu’elle voyait. Moi je pense que c’est pour elle, la toute première, que le tombeau porteur de vie a été ouvert. D’abord pour elle et à cause d’elle, puis pour nous tous aussi, que tout a été ouvert, tout ce qui est en haut dans le ciel et tout ce qui est en bas sur la terre. C’est à cause d’elle que l’ange a resplendi, alors qu’il était encore nuit, dans la lumière angélique éclatante, dans laquelle elle vit non seulement le tombeau ouvert, mais aussi les linceuls on ordre, témoins éloquents de la Résurrection de l’Enseveli. L’ange était celui de l’Annonciation, c’était Gabriel qui la voyait se presser vers le sépulcre.

Autrefois, il lui avait dit : “Ne crains pas Marie, tu as trouvé grâce devant Dieu.” Maintenant, il descend encore une fois, et tient le même langage à la toujours Vierge. Il lui annonce la Résurrection de Celui qu’elle a conçu sans semence, roule la pierre, lui montre le tombeau vide avec les linceuls et lui confirme le message de la joie. Matthieu écrit : “L’ange s’adressant aux femmes leur dit : Vous, ne craignez pas ; car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n’est point ici ; Il est ressuscité de morts”. Car le Seigneur que ni les serrures, ni les verrous et les scellées de la mort et du tombeau ne purent retenir est aussi notre Seigneur, à nous les anges du ciel, Il est l’unique Maître de l’univers. “Voyez le lieu où le Seigneur a été mis ; et hâtez-vous d’aller dire à ses disciples qu’Il est ressuscité des morts”. Et il ajoute : “qu’elles sortiront du sépulcre avec crainte et joie.” Je crois que c’est Marie de Magdala qui est sortie pleine de crainte, de même que les autres femmes qui y étaient venues. Elles n’avaient pas compris le sens des paroles de l’ange, elles n’avaient pu supporter jusqu’au bout l’intensité de la lumière, pour voir et comprendre clairement. Tandis que la joie fut pour la Mère de Dieu ; elle avait compris le sens des paroles de l’ange. Aussi brilla-t-elle dans la lumière, elle qui était toute pure et pleine de Grâce divine. Elle a aussi fait sienne la vérité, elle a cru l’archange, qui dans le passé fut digne de foi.

Et comment la Vierge n’aurait-elle pas compris tout ce qui s’accomplissait, elle qui possédait la Sagesse divine et suivait de près les événements : le grand tremblement de terre, l’ange resplendissant descendant des cieux, les gardes morts de frayeur, le tombeau vide, le grand miracle des linceuls en ordre, conservés par la myrrhe et l’aloès, sans contenir le Corps, et le message angélique plein de joie ? Ce message, Marie de Magdala, sortant du tombeau, paraît ne pas l’avoir entendu — d’ailleurs l’ange n’a pas parlé à elle. Elle a vu que le tombeau était vide, elle n’a pas remarqué les linceuls et elle s’est hâtée d’aller trouver Pierre et l’autre disciple, comme le rapporte Jean.

Tandis que la Mère de Dieu rencontre d’autres femmes, revient sur ses pas et c’est alors que Jésus les rencontre et leur dit : “Réjouissez-vous !” Ainsi donc, la Mère de Dieu, bien avant Marie de Magdala, a vu Celui qui pour notre salut a souffert, a été enseveli et qui est ressuscité.

Matthieu dit encore : “qu’elles s’approchèrent de Jésus et embrassèrent ses Pieds, se prosternant devant Lui”.

L’Enfantrice de Dieu est seule à comprendre le sens des paroles de l’ange qui annonce la Résurrection, Marie de Magdala étant présent, comme elle est la première parmi les femmes qui L’entourent à rencontrer son Fils et son Dieu, à voir et à reconnaître le Ressuscité. Aussi se prosterne-t-elle et Lui touche les pieds, et devient ainsi l’apôtre des apôtres.

De ce que Marie Madeleine n’était pas avec la Mère de Dieu qui revenait du sépulcre, quand le Seigneur l’a rencontrée, nous l’apprenons par Jean : Elle courut, dit-il, et vint trouver Simon Pierre et l’autre disciple que Jésus aimait, et elle leur dit : Ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons pas où ils L’ont mis”. Comment donc, comment, si elle L’avait vu, et si elle L’avait touché de ses mains et si elle L’avait entendu, aurait-elle pu dire de telles paroles, à savoir qu’ils L’ont enlevé et on ne sait pas où ils L’ont mis ? Et après la course de Pierre et de Jean au sépulcre, où, après avoir vu les linceuls, ils repartent, Marie, dit encore Jean, se tient près du sépulcre et pleure.

Voyez-vous qu’elle n’avait encore rien vu ni rien entendu ? À la question des anges qui lui apparurent et lui dirent : “Femme, pourquoi pleures-tu ?” elle répond comme s’il s’agissait d’un mort. Et quand elle se retourne en arrière et qu’elle voit Jésus, à nouveau, elle ne comprend rien quand Il lui dit : “Pourquoi pleures-tu ?” Elle répond à côté, jusqu’au moment où Jésus l’appelle par son nom et lui prouve que c’est Lui. Alors elle se prosterne et tente d’embrasser ses pieds, et elle L’entend dire : “Ne me touche pas”. On déduit de tout cela que lors de la précédente apparition à sa Mère et aux femmes qui l’accompagnaient, Jésus permit à elle seule de Lui toucher les Pieds, bien que Matthieu permette cela à toutes les femmes. Il ne veut pas ; pour les raisons exposées plus haut, mettre en avant la Mère.

Après la Mère de Dieu qui fut la première à venir au sépulcre, la première à entendre l’évangile de la Résurrection, beaucoup d’autres femmes s’assemblèrent et virent, elles aussi, la pierre roulée et entendirent l’ange. Au retour, elles se séparèrent. Selon Marc, les unes quittèrent le sépulcre, dans la crainte et la stupeur, sans rien dire à personne, car elles avaient peur. D’autres accompagnèrent la Mère du Seigneur et elles purent voir et entendre l’ange. Marie Madeleine, elle, se hâta d’aller chez Pierre et Jean et avec eux revint au sépulcre.

Quand ceux-ci partirent, elle resta seule et put voir ensuite le Seigneur, qui l’envoya dire aux apôtres “qu’elle avait vu le Seigneur et qu’Il lui avait dit ces choses,” comme le raconte Jean.

Si Marc dit que cette apparition a eu lieu exactement au lever du jour, après l’aube, il ne prétend pas, cependant, que cette heure fût celle de la Résurrection du Seigneur, ni celle de sa première apparition.

Nous avons donc, pour ce qui regarde les myrrhophores, l’accord rigoureux des quatre évangélistes.

Malgré les femmes myrrhophores, malgré Pierre, Luc et Cléopas, qui disaient le Seigneur vivant et qui L’avaient vu, les disciples furent incrédules ; le Seigneur le leur reprocha quand Il Se manifesta au milieu d’eux, alors qu’ils étaient ensemble.

Après être apparu à beaucoup et de nombreuses manières, montrant qu’Il était vivant, les disciples non seulement crurent mais encore ils allèrent Le proclamer partout. Leur voix se fit entendre par toute la terre et leurs paroles retentiront à travers le monde entier. Le Seigneur coopérait avec eux et confirmait leur parole par les miracles qui suivaient. En effet, les miracles étaient nécessaires pour la prédication de la doctrine sur toute la terre. Ces grands prodiges étaient nécessaires pour l’exposition et le confirmation de la prédication.

Il est vrai que pour ceux qui reçoivent la parole et y croient fermement, les miracles ne sont pas nécessaires. Quels sont ceux-là ? Ceux dont les œuvres témoignent. “Montre-moi ta foi, est-il dit, par tes œuvres”. Que celui qui croit le montre donc par les œuvres d’une vie droite.

Car autrement, qui croira que ses pensées sont vraiment élevées, grandes, célestes comme l’exige la piété ? Si ses œuvres sont mauvaises, s’il est attaché à la terre et aux choses de la terre ? Frères, on ne gagne rien à dire qu’on a une foi divine, si nos œuvres ne sont pas en rapport. À quoi ont servi les lampes aux vierges insensées qui n’avaient pas d’huile, je veux dire les œuvres de l’amour et de la compassion ? À quoi a servi l’invocation d’Abraham son père au riche qui brûlait dans la flamme inextinguible, pour son indifférence à l’égard de Lazare ? À quoi a servi l’invitation aux Noces divines dans le palais nuptial éternel, à celui qui n’avait pas la tunique des bonnes œuvres ? Pourtant il a été invité, il a pris place parmi les saints convives, mais pour avoir vêtu la tunique de sa mauvaise vie, de ses actes répréhensibles, il a été confondu, puis jeté les mains et les pieds liés dans le géhenne où retentissent les larmes et les grincements de dents.

Qu’aucun de ceux que le Christ a appelés ne goûte jamais à ce lieu. Que la vie de chacun soit conforme à la foi et que tous entrent dans la chambre des noces de la joie indicible et vivent éternellement avec les saints, dans le séjour de l’allégresse véritable.

Amen !

Grégoire Palamas (1296-1359)

archevêque de Thessalonique

Homélie prononcée par le diacre Dominique Beaufils à la Crypte le 18 mars 2018, dimanche de Saint Jean Climaque

Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen.

Frères et sœurs en Christ,

Nous sommes maintenant dans la seconde moitié du saint carême, dans la montée vers la grande Semaine et la Résurrection du Christ.

Dimanche dernier, l’Eglise nous a rappelé le sens du carême, qui est aussi celui de notre vie : la vénération de la Croix du Christ, instrument de la passion, mais surtout de la résurrection ; de la résurrection du Christ et de notre propre résurrection.

Mais la croix est l’instrument de notre résurrection si, comme l’écrit le saint apôtre Paul aux romains, nous avons été  totalement assimilés à la mort du Christ.[i] Et le livre de l’Apocalypse prophétise : « heureux ceux qui sont morts dans le Seigneur »[ii]. Comment ? Le Christ nous dit : « si quelqu’un veut venir à Ma suite, qu’il… se charge de sa croix et qu’il Me suive ».[iii] Il nous faut donc nous charger de notre croix et suivre le Christ.

Nous avons trop tendance à assimiler notre croix à nos peines, nos afflictions, nos difficultés, à nos souffrances ou nos infirmités, en un mot à tout ce qui mine notre existence. Mais nous oublions que notre croix, c’est également nos passions, nos péchés, une vie centrée sur notre ego, sur le matériel. Finalement, notre croix, c’est tout ce que nous rappelle la prière de Saint Ephrem. C’est notre esprit d’oisiveté, de découragement, de domination, de vaines paroles ; c’est notre manque d’humilité, d’intégrité, de patience et d’amour ; c’est le jugement de nos frères sans voir nos fautes, et l’oubli de bénir – de rendre grâce – à Celui Qui est Seigneur et Maître de ma vie.

Aujourd’hui, Saint Jean Climaque vient à notre aide pour nous guider en nous montrant comment nous charger de cette croix et suivre le Christ. C’est ce que chante le lucernaire ton 8 des vêpres : « Tu es monté vers Dieu par ta foi, abandonnant les désordres de ce monde agité ; prenant ta croix, tu as suivi le Christ, maîtrisant sous le frein de l’ascèse les élans de ton corps, avec la force qui émane du Saint Esprit ».

Ce chemin qui mène à Dieu, Saint Jean l’a figuré dans l’échelle qui l’a fait nommer « Climaque ». Cette échelle, c’est celle que Jacob a vue en songe, plantée dans la terre et dont le sommet arrivait au ciel, et les Anges de Dieu montaient et descendaient sur elle[iv]. Cette échelle, c’est le pont entre la terre et le ciel, par laquelle il est donné à l’homme de monter vers Dieu, par laquelle il lui est donné de pouvoir devenir Dieu. Car cette échelle, nous dit Saint Jean Damascène[v], c’est la Très Sainte Mère de Dieu par Qui le Très Haut est descendu des cieux dans Son incarnation, elle qui est remontée au ciel dans sa glorieuse Dormition.

Ainsi, bien que la Mère de Dieu semble absente de l’échelle de Saint Jean Climaque, elle est en réalité partout présente, car elle est l’échelle sainte. C’est dans son intercession que l’homme peut progresser vers Dieu dans l’Esprit Saint. C’est le sens de ce qu’écrit Saint Jean Climaque, que  nous pouvons tout en Celui Qui nous fortifie si l’Esprit Saint descend sur nous comme sur la Vierge, si la vertu du Très Haut nous couvre de Son ombre de patience.[vi]

L’Archimandrite Placide, de bienheureuse mémoire, montre l’échelle comme une voie qui achemine vers la déification de l’homme, dont on ne peut avoir une intelligence véritable qu’en s’y engageant soi-même, en s’efforçant de percevoir ce que Dieu dit à travers elle, et en s’appliquant à suivre ses directives.[vii]

En ce dimanche de Saint Jean Climaque, nous avons entendu dans l’Evangile, le Christ Lui-même nous donner une échelle sainte pour nous élever vers Dieu, pour être rendus dignes d’une grande récompense dans les cieux, qui sera de devenir fils adoptifs du Père, comme frères du Christ et fils de la Très Sainte Mère de Dieu.

Les Béatitudes ne peuvent pas être comprises comme un enseignement datant de plus de vingt siècles, donné aux foules venues de Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de Judée et d’au-delà du Jourdain, comme nous le dit l’Evangile. Les Béatitudes sont un enseignement que le Christ donne aujourd’hui, ici même et à nous ; un enseignement immuable, dont les préceptes ne peuvent pas être changés, a fortiori abolis par le temps. Dans ce temps où la civilisation est bouleversée, où les valeurs essentielles de la vie sont renversées, où se réalise pour nous la promesse du Satan : « tout cela, je te le donnerai si tu m’adores », nous devons comprendre que les Béatitudes sont les jalons qui nous guident dans le chemin qui mène à Dieu ; la sécurité qui nous empêche de chuter de l’échelle sainte qui mène de la terre au ciel, de sombrer dans la traversée de la mer de Galilée, qui nous mène de la rive terrestre à celle du royaume des cieux.

C’est dans ce temps du présent éternel que nous devons cultiver l’esprit de pauvreté. L’esprit de pauvreté, ce n’est pas seulement ne pas rechercher le matériel, la richesse, le profit, c’est accepter avec joie et action de grâce tous ce qui est dons de Dieu ; c’est, comme le Christ le demande au jeune homme riche, vendre ce que nous possédons et le donner aux pauvres, figure symbolique de l’aumône, dont les pères de l’Eglise nous disent qu’elle est le gage du Royaume. Mais avoir l’esprit de pauvreté, c’est aussi être en quête de l’Esprit Saint. Saint Séraphim de Sarov nous dit que le but de la vie chrétienne, c’est l’acquisition de l’Esprit Saint. Et l’Esprit Saint, nous ne pouvons pas l’acquérir dans un supermarché ou sur internet : nous ne pouvons l’acquérir que dans la vie en Christ, dans la vie de l’Eglise, dans la prière et l’amour.

L’esprit de pauvreté entraîne tout le reste dans son sillage : la douceur, à l’image du Christ Qui est « doux et humble de cœur »[viii] ; cette douceur qui nous permet de nous supporter les uns les autres, comme le demande le saint apôtre Paul aux éphésiens[ix], et par laquelle nous pouvons être témoins du Christ dans ce monde où règnent discorde, rivalité ou haine. La consolation des pleurs, car la quête de l’Esprit Saint procède de l’espérance et de la joie. Et les larmes du repentir et de la pénitence sont une consolation très douce que nous donne le Christ Lui-même. La faim et la soif d’une justice qui ne soit pas la justice pénale des hommes, fluctuante avec les déviations des mœurs et selon les circonstances, mais la justice divine, qui est la justification, permanente et immuable, que traduit Saint Isaac le Syrien lorsqu’il dit : « c’est nous qui avons péché, mais c’est le Christ Qui est mort sur la croix pour nos péchés. » C’est pour cette justification divine que le Christ nous demande d’accepter d’être persécutés. Ce désir de la justice divine nous amène à avoir un cœur pur, qui voit dans ses frères non pas les défauts mais l’Image de Dieu. C’est aussi pour cela que le Christ nous dit que les cœurs purs verront Dieu. La miséricorde, sans esprit de revanche, qui culmine dans l’amour des ennemis qui permet d’être pacificateurs, porteurs de la paix du Christ dans un monde déchiré par les guerres.

Tout cela, frères et sœurs en Christ, est d’une parfaite actualité ; tout cela, nous devons le vivre dans toute notre vie. Mais aussi, nous devons nous préparer à vivre la dernière Béatitude, d’être insultés, persécutés, calomniés à cause du Christ, dans un monde où les chrétiens sont persécutés, chassés et même tués pour leur foi en Christ ; dans une civilisation qui veut se passer de Dieu, et où l’on est méprisés, marginalisés lorsque l’on défend les valeurs Chrétiennes.

C’est de cette croix que nous devons nous charger pour suivre le Christ, avec le même Amour que le Christ. C’est cette croix que nous devons assumer pour être témoins du Christ dans le monde – conscients que témoins et martyrs sont le même mot, la même chose – et devenir dignes d’une récompense qui sera grande dans les cieux.

Frères et sœurs en Christ, prions pour que, par l’intercession de la bienheureuse Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, le Christ Lui-même soit notre aide, notre soutien pour progresser sur l’échelle sainte.

A Lui la gloire dans les siècles des siècles.

Amen.

[i] Rm.6,5

[ii] Ap.14,13

[iii] Mt.16,24

[iv] Gn.28,12

[v] 3ème homélie sur la dormition, 2, in St. Jean Damascène : « Homélies sur la nativité et la dormition », Cerf Ed. Paris 1961, p.181

[vi] cf. quatrième degré, 40, p.70

[vii] « L’échelle sainte », Abbaye de Bellefontaine Ed. Bégrolles-en-Mauges, 1978, pp.8-9

[viii] Mt.11,29

[ix] Eph.1,2

Dimanche du Jugement dernier

Homélie prononcée par Père Elisée le dimanche 11 février 2018 à la crypte.

Chers frères et sœurs !

Après nous avoir enseigné le désir de Zachée, l’humilité du publicain et la conversion du fils prodigue, la Parole de ce dernier dimanche de préparation au grand carême, nous interpelle, sans compromis, sur le moment le plus redoutable de notre existence à tous ; à savoir: le Jugement dernier.

Jugés par le Christ, le Roi de gloire, serons-nous maudits ou bénis, jetés dans la fournaise éternelle ou rendus dignes de la béatitude éternelle ?

Le message est clair, évident : au jour du Jugement il nous sera demandé compte d'une chose et d'une seule : de notre AMOUR les uns pour les autres. Et en cela, il n’y aura aucune ambiguïté dans les paroles du Christ.

Aucune ambiguïté non plus dans ces autres paroles de Saint Paul : "si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien [...] donnerais-je mon corps aux flammes, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert de rien." (1 Co XIII, 2-3).

Devant de telles paroles notre espérance défaille et, comme les disciples, nous sommes prêts à dire : "Mais alors, qui peut être sauvé ?" (Mc X, 26 ; Lc XVIII, 26).

Revenons à l'épitre du jour : "oserions-nous manger de la viande, au risque d'offenser la foi de nos frères ? ". Ne nous arrêtons pas maintenant à la question de manger de la viande ou non…  retenons seulement la conclusion : en péchant contre nos frères, en blessant leur conscience, c'est contre le Christ lui-même que nous péchons.

La leçon que nous donne Saint Paul est qu'en toute chose, en toute action et en toute pensée, nous ne sommes jamais seuls, mais toujours solidaires de nos frères et de tout être humain dans le Christ; "ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à Moi que vous l'avez fait ; ce que vous n'avez pas fait à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait ".

Nous ne vivons pas seulement pour nous-mêmes, pour notre confort matériel ni davantage pour le devenir de notre seule âme, pour notre seule survie dans l'au-delà.

Nous ne vivons qu'en dépendance les uns des autres …nous sommes les membres d’un seul corps ; et tous nous ne vivons qu'en fonction d'une seule Vie qui nous récapitule tous, …une seule tête, celle du Christ notre Dieu.

Chacun d'entre nous a reçu le don et la grâce de l'amour du Christ par le sacrement du baptême.

Dès lors, au Jugement dernier, c'est sur la mise à profit ou non de ce don d’amour,… que nous ayons aimé ou refusé d'aimer… qu'il nous sera demandé des comptes.

Si nous comprenons  que tout prochain est notre frère et que tout frère est en Christ autant que nous - et plus encore que nous s'il est humilié et désespéré -, alors soyons sans crainte, nous serons justifiés et le Jugement du Christ ne retiendra rien de nos péchés et de nos fautes.

Le tout est d’accepter que notre prochain ne soit pas comme nous souhaiterions qu’il soit, mais surtout d’accepter simplement ce qu’il est ; d’être aussi exigeant envers nous-mêmes que nous pouvons l’être envers notre prochain.

Dès lors, ensemble, en Eglise, les uns pour les  autres, nous prions « encore et encore » pour : "Une fin chrétienne, sans douleur, sans honte, paisible et notre justification devant son trône redoutable".

C’est ce que le Christ nous enseigne aujourd’hui, dans l’évangile de Saint Matthieu.

Il y a deux surprises dans cette scène, deux bouleversements par rapport à la vision traditionnelle du jugement final :

La première surprise est que celui qui préside le jugement n’est pas le Père, mais le Fils de l’homme, soit Jésus lui-même. Certes, le jugement est fait au nom du Père, puisque le Fils de l’homme dit : « Venez les bénis de mon Père ». Mais c’est bien le fils qui préside le jugement. C’est le « Fils de l’homme dans sa gloire », nous dit le texte ; il est même appelé aussi « le roi ». Mais c’est bien un homme, puisqu’il parle à la fin de « ces petits qui sont mes frères ». Il se met au même niveau que les hommes, et spécialement des lus humbles. Qui plus est, nous savons que ce « Fils de l’homme dans sa gloire » va être arrêté, condamné, subir la passion et mourir sur une croix comme un malfaiteur. Donc celui qui préside le jugement final est aussi celui qui a été victime d’un jugement injuste ; celui qui juge est aussi celui qui a été condamné comme criminel.

Mais derrière ce paradoxe, se cache une grande découverte : nous sommes jugés, non pas par un juge lointain et implacable, mais par un juge qui connaît l’âme humaine, les souffrances humaines, qui a même été victime d’une justice injuste. C’est pourquoi ce juge nous jugera plus avec miséricorde qu’avec rigueur ou sévérité.

La deuxième surprise de cette parabole du jugement final, c’est notre étonnement à l’audition du jugement. J’avais faim et vous m’avez donné à manger. J’avais soif et vous m’avez donné à boire… Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim et t’avons-nous donné à manger ? Avoir soif et t’avons donné à boire ? Réponse du Juge : Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! Le juge s’identifie donc à la victime, à la personne qui a subi une injustice ou une souffrance ! Or ce juge, c’est non seulement le Fils de l’homme, mais c’est aussi le Fils de Dieu, puisqu’il parle des « bénis de mon Père ».

En résumé on pourrait dire que, dans ce récit, les rôles sont complètement bouleversés : Dieu disparaît de son trône de Juge, mais il réapparaît dans les humbles de ce monde. La place de Dieu a totalement changé, et cela grâce à Jésus, qui a vécu personnellement le sort de l’humanité, avec ses souffrances et ses gestes de bonté.

La conséquence de cela, est que Dieu est descendu de son trône, pour que l’être humain dans sa fragilité soit élevé au rang de Dieu : tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait, dit Dieu par la bouche du Christ.

Autrement dit, Dieu peut être découvert à travers l’homme par la miséricorde ; et l’homme le plus insignifiant est élevé à la dignité divine, par la miséricorde de Dieu.

Mais qui dit miséricorde, dit aussi pardon

Et cette dimension du pardon est importante ! Ce même pardon que nous poserons les uns envers les autres la semaine prochaine ; ce pardon que nous devons vivre, ce pardon que nous donnerons, ce pardon que nous accepterons les uns des autres.

Amen !

Homélie prononcée par Père Boris le dimanche 22 février 2009 à la crypte.

Dimanche du Jugement dernier, du Carnaval, du dernier jour de viande Première épître aux Corinthiens VIII, 8 - IX, 2 - Évangile selon saint Matthieu XXV, 31-46

Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit,

De Dimanche en Dimanche, s’approche notre entrée en cette période bénie du Grand Carême et, aujourd’hui, l’Église nous rappelle la parabole du Jugement Dernier. C’est en effet une parabole et nous ne savons pas comment, en réalité, sera opéré ce Jugement.

Cette parabole est non seulement un enseignement sur le jugement de tous, la condamnation des pécheurs et la béatification des justes mais aussi un rappel que, dans ce jugement, c’est l’Amour qui est essentiel. En effet, d’une part c’est l’Amour de Dieu qui nous juge, et d’autre part c’est l’Amour de Dieu qui est béni par ceux qui font le bien, tandis qu’il est bafoué par ceux qui méprisent et ignorent les pauvres, les malades et tous ceux qui souffrent.

Dans cette parabole sur le jugement, deux sentences s’opposent et l’Évangile d’aujourd’hui nous apprend que le châtiment – si on doit l’appeler châtiment – est d’être éloigné de Dieu. À tous ceux qui font le mal, le Seigneur annonce « Allez-vous-en loin de Moi », comme un bannissement loin du Seigneur. Ainsi la véritable souffrance serait d’être pour toujours loin du Christ, car nous avons été créés à Son Image et notre vocation est de progresser vers Sa ressemblance.

Mais, pour la récompense comme pour le châtiment, nous entendons cette extraordinaire parole du Seigneur : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre Mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait, ce que vous n’aurez pas fait au plus petit d’entre Mes frères, c’est à Moi que vous ne l’aurez pas fait » Ici, le Seigneur affirme une identité. Elle signifie véritablement une présence réelle comme nous pouvons le dire dans le sacrement de l’Eucharistie. Dans le sacrement de l’Eucharistie, il est vrai qu’il y a la présence réelle du Seigneur dans le Pain et dans le Vin consacrés. Et n’oublions pas qu’il y a aussi la présence réelle dans le Corps du Christ que constitue l’Église tout entière. En effet, dans l’Eucharistie, nous communions véritablement au Seigneur et, par conséquent, devenons nous-mêmes Corps et Sang du Christ. Mais, aujourd’hui, il est question d’une autre identification. Une autre réalité s’impose à nous, le Seigneur S’identifie Lui-même au "plus petit ", au plus humble, au plus malheureux… Je dirais que le Seigneur S’identifie Lui-même, avant tout, à celui qui souffre, c’est-à-dire à celui qui est dans la détresse, le besoin, la solitude… à celui qui est malade, emprisonné, torturé… Et nous pensons souvent, en particulier dans l’ACAT, à tous ceux qui, torturés et plus généralement à tous ceux qui sont incarcérés et souffrent, que ce soit justement ou

injustement, car la souffrance est toujours, d’une manière ou d’une autre, une souffrance injuste.

Non seulement le Seigneur S’identifie Lui-même, mais encore Il désire que nous le sachions et que nous le vivions. Il veut que nous devenions peu à peu capables de Le discerner sous les traits émaciés, blafards ou tuméfiés du pauvre et du souffrant. Il veut que nous puissions, en dévisageant le malheureux, apercevoir le visage du Crucifié, découvrir le visage de Celui qui a pris sur Lui tous nos péchés et toutes nos misères, et reconnaître le visage de Celui qui S’est humilié pour nous sanctifier et nous diviniser.

Ainsi, cette entrée dans le Carême nous incite non pas seulement à prier, à jeûner, à participer aux offices, mais, avant tout, à aimer. Le Carême nous appelle à percevoir, penser, agir et vivre selon ce don divin qu’est l’amour. Pour ce faire, il nous faut demander d’acquérir de l’Esprit Saint ce don de miséricorde, de compassion et, en définitive, de présence véritable à ceux qui sont dans le besoin et peut-être n’osent même pas lever les yeux vers nous. Il y en a tellement autour de nous, nous pourrions aisément dresser de longues listes de tous ceux qui sont dans l’épreuve, non seulement ceux qui souffrent dans leur corps, mais aussi ceux qui souffrent dans leur âme. Dans l’entourage de chacun de nous, ceux qui sont dans le doute, la peine, le deuil et l’épreuve sont nombreux.

Alors, à mesure que nous apprenons à distinguer chez ces "petits", chez ces plus petits d’entre nos frères et nos sœurs, le visage du Christ, nous devenons capables de reconnaître le Seigneur jusqu’à Le découvrir aussi dans notre propre cœur. Dès lors, à mesure que nous découvrons le Seigneur dans notre propre cœur, nos yeux s’ouvrent à l’amour du prochain. Je pense que toute cette transformation de notre regard vis-à-vis du prochain comme de nous-mêmes est tout à fait essentielle pour notre vie et notre existence.

Et ce n’est pas tout, j’aimerais encore vous dire que ce "petit" qui se tient à nos portes comme le Lazare de la parabole du mauvais riche, ce pauvre qui est à terre au sens propre comme au sens figuré est aussi le Seigneur qui frappe à la porte de notre cœur. Même s’il garde les yeux baissés devant nous, le pauvre qui quémande un regard de notre part frappe à la porte de notre cœur. Hélas, bien souvent, notre cœur reste fermé. Notre cœur blindé est clos, car il est déjà rempli, comblé, envahi par tant de choses qui nous semblent nécessaires et essentielles. Comme si notre cœur n’était pas assez grand, nous n’avons plus de temps ni d’espace à donner au Seigneur Lui-même. Ainsi le Seigneur est, Lui aussi, comme le pauvre mendiant dehors qui frappe à la porte de notre cœur et qui nous adresse cette parole que nous trouvons dans l’Apocalypse « Voici, Je Me tiens à la porte, et Je frappe. Si quelqu’un entend Ma voix et ouvre la porte, J’entrerai chez lui, Je souperai Moi avec lui, et lui avec Moi .(...[i])» Ainsi, comme les Pères de l’Église n’hésitent pas à le dire, le Seigneur Se présente Lui-même comme un mendiant, un mendiant d’amour parce que mendier ce n’est pas seulement mendier le pain et le nécessaire, mendier c’est toujours véritablement demander un peu d’amour.

Par conséquent, dans cette parabole il y a non seulement l’identification du Christ à notre prochain qui souffre, mais il y a encore, parallèlement, un appel à imiter le Seigneur dans Son amour, à vivre de jour en jour l’Amour du Christ. Et, quand nous vivons cet Amour du Christ, nous grandissons. L’amour est inventif, l’amour est créateur, il nous enseigne, nous fait découvrir et sortir de nous-mêmes, parce qu’aimer ce n’est pas aimer pour soi-même, c’est aimer pour l’autre. Ainsi, le Seigneur Lui-même est à la racine de cet amour qui nous est donné et qui est grandi en nous par l’Esprit Saint.

Créés à l’Image du Seigneur, nous devons, nous-mêmes, grandir et croître dans la ressemblance. Cette ressemblance passe par l’humilité du Christ, par Sa Croix, Ses souffrances, Sa Passion et Sa mort et puis vient ensuite Sa Résurrection.

Que le Seigneur nous donne, dans le Carême qui s’annonce, d’apprendre à voir, à ouvrir notre cœur et à aimer.

Nous allons également apprendre à demander pardon les uns aux autres, non seulement à pardonner « Moi je pardonne… » mais à demander humblement pardon, à nous incliner, nous agenouiller, nous prosterner – fût-ce en esprit – devant tous ceux de notre entourage que nous côtoyons, de jour en jour, au fil de notre existence.

Que le Seigneur nous donne, dès aujourd’hui, cet apprentissage de la compassion, de la miséricorde et du véritable amour.

Qu’Il ouvre nos yeux et qu’Il nous apprenne à discerner en nos frères le Visage, l’Image et la Présence réelle du Christ.

[i] Cf. Apocalypse de saint Jean III, 20.

 

Homélie prononcée par le père Boris à la Crypte le 6 mars 2005.

Dimanche du carnaval - Dernier jour de viande

1 Corinthiens VIII, 8 - IX, 2

Évangile selon saint Matthieu XXV, 31-46

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Il faut rappeler que cette lecture de l’Évangile est, bien sûr, une parabole, dont nous devons nous efforcer de retirer le sens intérieur car elle a et gardera toute son actualité jusqu’à la fin de temps. Tous et chacun de nous sommes concernés quotidiennement et constamment par ces paroles de Jugement,

Oui ! Le Seigneur vient ici : « Quand le Fils de l’homme viendra dans la gloire entouré de ses saints anges Il s’assiéra sur le trône de Sa gloire », Il siégera sur un trône pour le jugement. Ce jugement se présente comme une séparation des brebis d’avec les boucs, comme une sélection, comme un tri. Mais il ne s’agit ni d’un tri arbitraire ni d’un tri opéré de l’extérieur. Ce n’est pas non plus un tri qui ne connaîtrait que la réalité historique de la vie de chacun de nous, ne considérant que la succession des événements de notre vie.

C’est aujourd’hui, ici et maintenant, que pour chacun de nous se tri s’opère. Ce tri n’est pas seulement un choix, une décision, un jugement établi par Dieu, c’est nous-mêmes qui portons la responsabilité et le fardeau de nos actes et qui, en définitive, disons au Seigneur "oui" ou "non", ou bien encore "ni oui ni non" comme des tièdes qui refusent de s’engager.

Dans l’histoire de la Chrétienté, cette parabole a, hélas, pesé très lourdement sur la conscience des chrétiens, mais aussi sur la conscience populaire, voire sur l’inconscient collectif. Il en a souvent émané l’image menaçante d’un Dieu qui juge avec rigueur et qui sanctionne avec sévérité. Combien souvent les prédicateurs étaient là pour bien inculquer aux fidèles cette crainte du jugement et par conséquent inspirer à leur auditoire cette peur des châtiments éternels et du feu inextinguible. Combien souvent les prédicateurs ont cru bon d’inspirer la terreur par l’évocation du Jugement Dernier pour nous encourager à faire le bien et pour nous faire fuir le péché. Quelles que soient leurs bonnes intentions, la crainte de la sanction ne doit pas passer au premier plan car il faut reconnaître que, dans cette triste perspective, le bien que nous faisons ne puise plus sa source dans l’amour. Dès lors, les bonnes oeuvres que nous accomplissons ne sont plus suscitées par la reconnaissance du Seigneur dans l’autre, mais par la crainte des souffrances et la terreur que nous inspire le châtiment.

Après avoir écarté cette image regrettable, il importe de pénétrer plus en profondeur dans cette parabole et porter notre attention sur ce mystère de l’identité du Christ avec les pauvres, les malheureux, les laissés-pour-compte.

Dans le mystère du Christ, nous pouvons en effet distinguer diverses modalités de Sa présence dans le monde, dans l’Église et dans les coeurs humains. Tout d’abord, le Christ a revêtu notre humanité et a vécu dans le monde. Puis, Il est ressuscité, fut élevé aux Cieux. Depuis, le Christ siège en tant que Dieu-homme à la droite du Père pour toujours, mais en même temps, comme Il nous l’a promis « Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.  », le Christ est parmi nous dans le mystère de l’Église et dans la divine eucharistie.

Saint Paul illustre la Présence du Christ dans l’Église par différentes images, le Christ est parmi nous comme la tête de l’Église, le chef de l’Église et l’Époux de l’Église. Bien sûr, il y a aussi la Présence du Christ dans la liturgie, dans la Parole de Dieu et la Sainte Eucharistie. Tout d’abord, nous vivons sa Présence dans la Parole de Dieu telle que nous l’entendons dans l’Évangile parce que le partage de la Parole de l’Évangile est aussi une communion véritable à la Présence du Seigneur. Puis, nous faisons l’expérience de sa présence dans la divine communion eucharistique lorsque nous nous approchons du saint calice et nous recevons le Corps et le Sang du Christ. Comme le soulignait saint Nicolas Cabasilas, un grand auteur spirituel du XIVe siècle, dans la sainte eucharistie ce n’est pas nous qui assimilons le Christ à nous, mais c’est le Christ qui nous assimile à Lui-même.

Mais il est une autre manière encore par laquelle le Christ est avec nous jusqu’à la fin du monde. Le Christ s’identifie avec les plus pauvres et avec les plus malheureux. Ce n’est pas nous qui opérons cette identification dans un regard de pitié, le Christ ne nous demande pas si nous voulons que cette identité se fasse, le Christ fait Lui-même le choix de cette identité. Par conséquent, il ne s’agit pas de savoir si ces pauvres et malheureux ont la foi en Dieu, s’ils connaissent le Christ, s’ils ont un certificat de baptême, s’ils sont orthodoxes ou catholiques. Simplement ce sont des malheureux, des pauvres, des personnes qui souffrent dans leur âme ou dans leur chair. Je dirais que par prédilection le Seigneur choisit d’être avec eux, de s’unir à eux, d’être en communion avec eux. Le Seigneur pénètre tellement en eux qu’en définitive nous ne percevons plus qui est le pauvre et où est le Seigneur, c’est là le mystère de l’identification que nous enseigne la Parabole du Jugement Dernier.

Saint Jean Chrysostome, en particulier, a beaucoup parlé à ce sujet, il affirme deux présences réelles du Christ, deux mystères de la transformation du Christ : D’une part, sacramentellement, dans le Pain et le Vin devenant Corps et Sang du Christ et d’autre part dans le pauvre, dans le plus petit de nos frères. « Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites, […] toutes les fois que vous n’avez pas fait ces choses à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne les avez pas faites ». C’est aussi une présence réelle car le Christ choisit d’être en eux.

Parfois, si l’Esprit Saint illumine notre propre coeur, si c’est à la lumière de l’Esprit que nous tournons notre regard sur ces pauvres et ces laissés-pour-compte, alors l’oeil de notre coeur devient capable de discerner le visage meurtri mais aussi glorieux du Christ

De jour en jour, il nous faut apprendre à percevoir cette identité car c’est de jour en jour que cette présence du Christ se réalise. Ainsi, c’est de jour en jour que le Jugement de Dieu s’accomplit en nous quand nous n’avons pas reconnu la venue du Christ, quand nous n’avons pas été sensibles à sa grande présence. Il n’y a pas, en effet, de plus grande présence du Christ que dans ceux auxquels Il veut s’identifier.

Saint Paul parle, lui aussi, de cela. Lorsque je prépare une prédication d’évangile, quand je m’interroge sur le lien entre l’épître et l’Évangile du jour, il m’arrive souvent d’être sensible à une consonance, à une résonance. Eh bien, aujourd’hui nous avons entendu une lecture à la fin du chapitre VIII de la première épître de saint Paul aux Corinthiens. Saint Paul met notamment en garde contre ceux qui fort de leurs certitudes et croyant qu’ils ont la connaissance peuvent se permettre de manger des aliments souillés par le sang des sacrifices offerts aux idoles. À cette occasion, saint Paul dit en substance « Moi, peut-être ai-je la connaissance et je ne crains rien même si je mange. Mais si je mange ces aliments souillés je blesserais, je scandaliserais ou j’induirais en erreur le pauvre. Par le fait même, ma liberté deviendrait une pierre d’achoppement pour les faibles ». Saint Paul est soucieux des faibles au point qu’il s’engage personnellement « et si véritablement ce que je fais est un scandale pour les faibles alors, plus jamais de tout ma vie je ne mangerais de viande sacrifiée aux idoles. Car, il vaut même mieux que je ne mange jamais de viande plutôt que soit scandalisé et que tombe ce faible pour lequel le Christ est mort. » Alors saint Paul conclut « En péchant de la sorte contre les frères, et en blessant leur conscience faible, vous péchez contre le Christ. » Cela signifie que ce n’est pas seulement le bien que nous faisons au pauvre, au petit, au faible que nous faisons au Christ lui-même en eux, ce n’est pas seulement le bien que nous ne faisons pas que nous ne faisons pas au Christ, mais c’est aussi le mal que nous faisons. Quand nous suscitons la peine, le scandale, le trouble, quand nous risquons de faire tomber le pauvre, le petit, le faible, en tout cela nous portons atteinte au visage et au corps du Christ,

Et on peut dire ainsi que le Christ a porté en lui toutes nos blessures et toutes nos faiblesses, par conséquent nous devons veiller à ce que chaque mouvement de notre être soit un mouvement d’amour. Voilà pourquoi je reviens à ce que je disais au début au sujet des sentiments de crainte qui nous poussent à bien faire. L’Évangile d’aujourd’hui nous rappelle que le bien-faire n’a aucune valeur devant le Seigneur si ce bien-faire ne jaillit pas d’un coeur compatissant.

Et ce coeur compatissant, véritable moteur de notre vie, nous est façonné par l’Esprit Saint. Le saint prophète Ézéchiel nous dit « J’ôterai de leur corps le coeur de pierre, et je leur donnerai un coeur de chair » c’est-à-dire un coeur vivant, animé, brûlant. C’est l’Esprit Saint qui transforme notre propre coeur en un coeur sensible et palpitant. L’Esprit Saint nous ouvre les yeux pour nous rendre aptes à voir la tristesse et le malheur des autres, l’Esprit Saint nous insuffle la force véritable, c’est-à-dire la force d’aimer. Quand notre coeur profond est transformé par l’amour de Dieu alors tout ce que nous ferons jaillira de là, tous nos actes seront des élans d’amour. Animés de la force intérieure de l’amour, dotés d’un coeur de chair, tout ce que nous faisons devient geste d’amour, de douceur, de tendresse, de pardon et de consolation.

De jour en jour, il nous faut veiller à offrir notre coeur et nos yeux à l’action de l’Esprit Saint. De jour en jour, car le Seigneur nous dit « Maintenant est venu le Jugement de ce monde  ». Oui ! C’est maintenant. Aujourd’hui, maintenant, à cet instant même – et jour après jour – le jugement de Dieu s’accomplit sur chacun de nous.

Je rappellerais enfin cette parole du Seigneur : « Celui qui écoute ma parole, et qui croit à Celui qui m’a envoyé ne verra pas de jugement, il est déjà passé de la mort à la vie  ». Ainsi cette parabole du Jugement nous entraîne au-delà d’elle-même en soulignant la nécessité et l’urgence d’une intériorisation. Elle nous exhorte à approfondir dès maintenant le mystère même de l’amour et le mystère même du Christ qui est là parmi nous aujourd’hui.

Amen.

Père Boris

Cf. évangile selon saint Matthieu XXVIII, 20.

Cf. évangile selon saint Jean XXII, 31.

Cf. évangile selon saint Jean V, 24.

 

Homélie prononcée à la Crypte par le Père René le 7 mars 1994.

Dimanche du Carnaval - Dernier jour de viande

1 Corinthiens VIII, 8 - IX, 2

Évangile selon saint Matthieu XXV, 31-46

         Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

C'est une tâche bien périlleuse pour nous tous que d'aborder la parabole du Jugement Dernier. Le message est clair, évident : au jour du Jugement il nous sera demandé compte d'une chose et d'une seule : de notre amour les uns pour les autres. Aucune ambiguïté dans les paroles du Christ. Aucune ambiguïté non plus dans celles de l'Apôtre : "si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien [...] donnerais-je mon corps aux flammes, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert de rien." (1 Co XIII, 2-3). Devant de telles paroles notre espérance défaille et, comme les disciples, nous sommes prêts à dire : "Mais alors, qui peut être sauvé ?" (Mc X, 26 ; Lc XVIII, 26)

Revenons à l'Apôtre du jour, que nous écoutons souvent trop distraitement. Ses paroles ne paraissent concerner que le Carême qui vient : oserions-nous manger de la viande, au risque d'offenser la foi de nos frères ? Peu importe que le problème ait été autre pour saint Paul et ses contemporains que pour nous ; retenons seulement la conclusion : en péchant contre nos frères, en blessant leur conscience, c'est contre le Christ lui-même que nous péchons. Saint Paul dit encore : "ne va pas avec ton aliment faire périr celui pour qui le Christ est mort." Au reste de quel aliment s'agit-il ? Car, dit toujours saint Paul, le règne de Dieu n'est pas une affaire de boisson ou de nourriture ; il est justice et paix dans l'Esprit Saint. C'est pourquoi, si notre conduite peut causer en quoi que ce soit la chute, et pire encore la mort de nos frères voire de toute personne au monde, de quelle fidélité témoignons-nous pour la grâce reçue  ! Le Christ, Lui, a donné Sa vie pour nous et nous irions compromettre Son œuvre de salut  !

La leçon de l'Apôtre est qu'en toutes choses, action et pensée, nous ne sommes jamais seuls, mais toujours solidaires de nos frères et de tout être humain dans le Christ. Le fondement de cette solidarité repose sur notre solidarité avec le Christ qui nous récapitule tous, ainsi que Jésus l'affirme Lui-même : "Ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ; ce que vous n'avez pas fait à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait."

Saint Paul avait une conscience aiguë de cette appartenance des hommes - qui sont le Corps du Christ sur terre - au Christ céleste. Quand sous le nom de Saül il menait, comme il le dit, une persécution effrénée contre les chrétiens, Jésus lui apparut dans l'éblouissement du chemin de Damas. "Qui es-tu, Seigneur ? interrogea Saül - Je suis ce Jésus que tu persécutes.", répondit le Christ. L'expérience de Paul lui permit de découvrir l'union sans séparation entre le Christ glorieux et ses frères sur terre, révélation certainement à l'origine de sa réflexion sur l'Église du Christ dans le monde.

Mais saint Paul nous apprend plus encore. Saint Paul n'a pas eu de remords de sa conduite passée, remords qui n'eut été qu'une attitude psychologique négative, stérile et destructrice. Il en a eu le repentir qui est tout autre, c'est-à-dire la résolution catégorique d'abandonner les erreurs passées, d'en prendre le contre-pied et de s'engager dans la voie nouvelle de Celui qu'il persécutait jusqu'alors dans la personne de Ses frères.

Dès lors saint Paul s'est fait l'apôtre totalement adonné au Seigneur, parcourant le monde pour lui adjoindre une multitude de frères, multipliant les Églises du Seigneur, malgré les peines, les tribulations et, à son tour, les persécutions reçues pour le Christ. Saint Paul a retourné sa faute en œuvre pour le Seigneur ; il se considérait comme le premier des pécheurs, pour que la grâce du Seigneur surabonde en lui et dans le monde. Au point qu'au soir de sa vie, face au jugement qui l'attendait, Paul osait confesser : "Le moment de mon départ est venu ; j'ai combattu jusqu'au bout le bon combat ; j'ai achevé ma course ; j'ai gardé la foi. Et maintenant voici qu'est préparée pour moi la couronne de justice qu'en retour le Seigneur me donnera en ce Jour-là, lui le juste Juge, non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront attendu avec amour son apparition."

Voici comment il nous faut, nous aussi, attendre la venue du Jugement Dernier. Oui  ! en péchant contre nos frères, comme le dit saint Paul, nous péchons contre le Christ. Nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes qu'en Christ, auquel, comme nous, tout homme participe, chrétien ou non. Nous ne vivons pas seulement pour nous-mêmes, pour notre confort matériel ni davantage pour le devenir de notre seule âme, pour notre seule survie dans l'au-delà. Nous ne vivons qu'en dépendance les uns des autres ; et tous nous ne vivons qu'en fonction d'une seule Vie qui nous récapitule tous, celle du Christ notre grand Dieu.

C'est sous l'angle de l'amour qu'il faut nous considérer. Au soir de notre vie, c'est sur l'amour qu'il nous sera demandé des comptes. L'exemple de saint Paul prouve que tout est toujours possible. Le Jugement du Christ ne retient rien de nos péchés, de nos fautes, de nos crimes, de l'infirmité de nos cœurs, si nous comprenons que tout prochain est notre frère et que tout frère est en Christ autant que nous - et plus encore que nous s'il est pauvre, souffrant, humilié, désespéré -.

Il n'y a rien, absolument rien à redouter du Jugement Dernier, si nous acceptons dès aujourd'hui de nous oublier nous-mêmes pour nous centrer en vérité en Jésus-Christ, c'est-à-dire sur la personne de tous nos frères, dans le mystère de la communion des Saints et de la récapitulation du monde entier dans le Christ Jésus.

Saint Prophète Sophonie

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Elisée le 3 décembre 2017

XXVIème dimanche après la Pentecôte
Saint Luc XII, 16-21

Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Chers frères et sœurs !

Aujourd’hui est un jour spirituellement très riche puisque nous commémorons d’une part le saint prophète Sophonie et d’une autre nous bénéficions d’un enseignement substantiel qui est à tirer de la parabole du riche insensé.

Cette parabole a une perspective eschatologique à la fois évidente et pressante :

  • nous détacher des biens de ce monde en nous tournant vers le Royaume des Cieux
  • veiller et prier pour discerner dans « les signes des temps » la venue même du Christ
  • et surtout hâter l’urgence de notre conversion.

Pour bien replacer cette parabole dans son contexte, il nous faut remonter quelques versets plus haut pour y voir qu’elle est introduite par la question d’un homme, venu solliciter le Christ afin qu’Il lui serve de médiateur dans une affaire d’héritage.

Or cet homme ignorait de toute évidence que le Christ se refuse par principe à entrer dans des questions d’argent, tout comme Il se défend à la fois contre toute exploitation politique ou temporelle ainsi que de son prestige de thaumaturge, de prophète et de Messie.

Cependant, le Seigneur en profite une fois de plus pour élever l’esprit de ses interlocuteurs des intérêts temporels vers le « trésor » éternel qu’est le Royaume des Cieux.

Dans les paraboles comme dans la prière ; la « méthode » du Christ est toujours la même : Il attend que l’on vienne à Lui et qu’on lui expose l’objet de nos requêtes.

Tel est le cas précisément ici où le Seigneur amorce sa réponse de manière subtile et profondément spirituelle : « Homme, qui donc m’a établi juge ou arbitre entre vous ? ».

D’un premier abord on pourrait être surpris de cette distanciation que Jésus semble vouloir mettre entre son interlocuteur et Lui… Lui ; qui connaissait pourtant Nathanaël avant même de le rencontrer personnellement; aurait pu nommer ce riche insensé par son prénom… et bien non ; il n’en est rien ! Il l’appelle « homme » ; voulant par ce biais appuyer l’écart entre les intérêts trop humainement matériels de ce riche personnage et la sphère divine qui ; en Lui le Christ ; s’est incarnée.

Voilà donc comment Il s’y prend pour nous détourner de tout héritage terrestre et nous attirer vers Son propre héritage ; l’héritage céleste ! Et si Il a effectivement pour tâche de nous départager, c’est uniquement en vue du Royaume, par le Jugement Dernier !

L’avarice qui est le sujet de cette parabole se doit donc d’être convertie ; faute de quoi elle devient à la fois de l’égoïsme et de l’idolâtrie ; et nous rappelle la précarité des biens de ce monde par le fait de l’imminence toujours éventuelle de notre mort ; ainsi qu’insiste Jésus à la fin de la péricope : « Insensé ! Cette nuit-même on te redemandera ton âme et les richesses que tu auras amassées, pour qui seront-elles ? ».

Voilà donc l’alternative : non pas entre richesse et pauvreté ; mais entre plénitude terrestre (c’est à dire temporaire) ; ou bien plénitude céleste et éternelle ! Autrement dit ; nous avons le choix d’un côté entre l’avarice fermée sur elle-même, stérile et d’avance condamnée par une mort spirituelle inévitable ; de l’autre la générosité qui dispense à autrui, non seulement les biens auxquels nous sommes attachés, mais aussi tous les dons que nous avons reçus de la libéralité du Créateur.

Au verset 19, lorsque ce riche insensé se vante en clamant « Mon âme tu as beaucoup de bien en réserve pour de nombreuses années : prends du repos, mange, bois et réjouis-toi ! » il se condamne lui-même car en se congratulant de la sorte, il se révèle en réalité sans âme ; car par l’accumulation de ses richesses c’est au contraire l’âme (et donc la vie) de pauvres personnes qu’il détient odieusement.

Et justement aujourd’hui, nous allons avoir l’occasion de mettre tout cela en pratique ; non seulement de par la quête spéciale que Mgr Jean nous demande de faire en ce jour pour l’ACER mais également par l’appel que l’association Montgolfière lance à l’approche de Noël. Pensons également aux diverses associations d’aide à nos frères chrétiens persécutés en Orient et qui ont vraiment besoin de notre soutien.

Mais n’oublions pas non plus notre paroisse qui vit pour vous, mais qui a besoin de vous pour vivre. Qu’il nous soit donc permis de vous demander d’être à jour dans vos cotisations ainsi que m’a demandé de le rappeler Lucia, notre chère trésorière.

Alors ; chers frères et sœurs ; quittes à être de « riches insensés », soyons-le à la manière du Prophète Sophonie !

Ce prophète était lui aussi un « riche insensé »… mais aux antipodes de celui de la parabole !

Le prophète Sophonie ; lui ; était riche des dons de Dieu et insensé aux yeux du monde, lui qui nous dit dans son livre : « Cherchez Yahvé, vous qui accomplissez ses ordonnances, cherchez la justice, cherchez l’humilité ; alors Yahvé sera au milieu de vous, Il exultera pour de joie pour vous, Il vous renouvellera par Son amour, Il dansera pour vous avec des cris de joie comme au jour de fête ».

Ainsi ; en ayant pour visée de nous appauvrir matériellement dans le but de nous enrichir spirituellement ; d’un même cœur et d’un même esprit ; faisons ensemble monter cette prière : « Saint Prophète Sophonie; prie Dieu pour nous ! »

Amen.

Père Elisée

Le Semeur

Homélie prononcée par le père Boris le 24 octobre 1999 au Monastère de Notre-Dame-de-Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Père Boris BobrinskoyNous venons d’entendre la parabole du semeur qui sème sa semence sur différents sols. Or le Seigneur Lui-même nous donne une explication de cette parabole : Ici, le semeur, c’est Dieu, Lui-même, qui sème dans les cœurs humains. Et il y a toujours le risque énorme que cette semence ne se perde, en se desséchant ou en étant emportée par l’ennemi.

En résonance, on trouve, dans l’évangile de saint Jean, comme une continuation de cette parabole du semeur lorsque le Seigneur dit : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il demeure seul. S’il meurt, il porte un fruit multiple. » (1)

C’est une parole extraordinaire dans laquelle le Seigneur ne s’identifie plus au semeur, mais au grain de blé, c’est-à-dire l’Agneau. De même qu’une seule goutte d’eau peut refléter le ciel, les étoiles et l’immensité du monde, de même ce grain de blé contient en lui toute la plénitude de la vie divine. C’est le Seigneur Lui-même qui entre dans la terre de nos cœurs pour y mourir et y donner un fruit nombreux.

La descente du Seigneur dans les cœurs humains est l’image de son abaissement, de sa kénose, elle manifeste ce risque énorme que prend le Créateur du ciel et de la terre en affrontant la liberté de l’homme, le risque d’en être rejeté ou d’en être ignoré. C’est pourquoi le Seigneur se compare, ailleurs, à un mendiant qui frappe à la porte : «Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre, j’entrerai et je dînerai près de lui et lui près de moi. » (2)

Ce risque que prend le Seigneur est la continuation de celui qu’Il a pris lorsqu’Il a créé le ciel et la terre, car le ciel et la terre ont été créés pour l’homme qui en est le couronnement, le prophète, le prêtre et le roi. L’univers entier a été créé en vue de la vie divine que Dieu veut communiquer à Sa créature.

Dieu descend pour offrir Sa grâce à l’homme, Dieu descend jusqu’à l’homme dans l’humilité, comme un petit enfant innocent, comme un serviteur qui lave les pieds de ses disciples (3). Encore et encore, nous voyons dans les évangiles les signes de l’humilité qui font la véritable grandeur de Dieu. Le Seigneur sème Sa parole dans les cœurs humains. Ou plus exactement, Il descend Lui-même, Il entre dans les cœurs par Sa parole, par Sa révélation. Il pénètre dans les cœurs humains pour les transformer peu à peu. Cette transformation est le fruit de notre vie entière.

Nous sommes appelés à devenir cette bonne terre qui reçoit la semence. Une terre fertilisée par le feu, par l’eau et le souffle de l’Esprit Saint. Telles sont les trois grandes images de l’Esprit, et. Justement, la terre a besoin de ces trois éléments pour devenir fertile et féconde, pour accueillir la semence divine qui vient mourir en nous, pour la faire germer et fructifier. Il y a différentes manières de mourir. Il y a le grain qui meurt par dessèchement. Mais ce n’est pas de cette mort que le Seigneur parle. La mort en vérité, la mort en esprit, la mort en Dieu, c’est mourir au vieil homme, c’est mourir pour donner la vie. C’est la loi de la nature, la loi de notre vie.

Dans la mesure où le Seigneur, comme un grain de blé vient mourir en nous, Il s’assimile à nous et nous nous assimilons à Lui. Alors c’est nous qui devenons cette parole, cette semence qui grandit et se multiplie. À notre tour, nous répandons la semence, nous la semons dans d’autres cœurs. À l’image du Seigneur, nous devons alors, nous aussi, mourir pour renaître.

Puissent cette parabole du semeur et la phrase du Seigneur sur le grain de blé qui meurt être des paroles illuminatrices pour nous apprendre à nous oublier nous-mêmes, pour accueillir cette semence et devenir, nous-mêmes, un blé multiple, un pain chauffé, doré au feu de Dieu pour devenir, tous ensemble, le pain de l’Eucharistie que le Seigneur nous a donné afin que le monde puisse s’en nourrir et y trouver la vie.

Amen.

Père Boris

Notes (1) Cf. évangile selon saint Jean XII, 24.
(2) Cf. Apocalypse III, 20.
(3) Cf. évangile selon saint Jean XIII, 1-11.

Homélie prononcée par Père René, à la Crypte le 1er novembre 1987

Aujourd’hui, l’Occident chrétien fête tous les saints qui lui sont propres, mais aussi tous les saints de l’Église primitive et par implication tous les saints de l’Église universelle. L’Église célèbre ainsi en occident, comme nous le faisons le dimanche après la Pentecôte, tous ceux en qui la vie de l’Esprit et la vie dans l’Esprit a germé, s’est épanouie et a donné du fruit.

Or, cette vie dans l’Esprit est semée en nous par Jésus avec chacune de ses Paroles, comme autant de graines du Royaume à venir. C’est qu’en effet, le Verbe de Dieu est pour nous, dans le Christ ressuscité, "esprit vivifiant". Pourtant il s’en faut de beaucoup que toutes ces graines croissent, s’épanouissent et donnent du fruit. Jésus nous en prévient : certaines meurent tout de suite, car elles tombent en dehors de la terre ou germent sur le roc. D’autres périssent étouffées par les épines de la vie. Seules celles qui tombent en terre bonne, noble et généreuse produisent du fruit jusqu’au centuple.

Notre responsabilité est donc entière. La Parole meurt chez ceux qui ne croient pas ou ne croient que pour un moment. Elle flétrit, s’éteint et dépérit quand nous croyons mais que nous ne la mettons pas en pratique, accaparés que nous sommes par les plaisirs ou les soucis de la vie. Elle donne du fruit jusqu’au centuple chez ceux qui la reçoivent, la retiennent et la font prospérer, ceux qui s’associent à l’œuvre du Seigneur en eux et se font ses coopérateurs dans le monde.

L’avertissement de Jésus est clair : il faut accueillir la Parole dans la foi et la mettre en pratique. Rien de ceci ne peut s’accomplir si précisément nous n’accueillons pas la Parole dans l’Esprit Saint. Nous sommes un temple de Dieu et l’Esprit Saint demeure en nous. "Nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, dit saint Paul, mais l’Esprit, qui vient de Dieu, pour connaître les dons de Dieu dans Sa Grâce" . Sans la présence de l’Esprit Saint, la Parole de Dieu ne peut germer en nous. Si nous n’avons que l’esprit du monde, la Parole de Jésus n’est plus pour nous qu’une parole du monde et une lettre morte. Car c’est l’Esprit qui vivifie et qui nous fait naître à la connaissance de la Vérité. Si l’Esprit Saint n’est pas dans nos cœurs, les soucis et les plaisirs du monde nous envahissent et étouffent en nous la Parole. Or nous n’avons pas reçu l’esprit du monde mais l’Esprit Saint, en tout temps, au baptême, à chaque écoute de la Parole, à chaque partage de la Sainte Eucharistie. C’est l’Esprit Saint qui nous fait reconnaître la Parole de Jésus comme Parole de Dieu. Si nous n’écoutons pas l’Esprit Saint, si nous lui préférons l’esprit du monde, nous ne sommes plus que des hommes fermés à la Parole de Dieu et au Royaume, nous n’appartenons plus à l’Église du Christ, nous ne sommes plus l’Église des saints de Dieu.

Encore ne suffit-il pas de recevoir la Parole, de croire en la Parole, il faut agir. Il faut devenir les coopérateurs de Dieu, puisque nous sommes par destination le champ de Dieu. Jésus n’a pas de mot trop dur pour ceux qui écoutent et ne pratiquent pas. Ils sont comme des insensés qui bâtissent sur le sable. Viennent le vent et la pluie et leurs maisons s’écroulent. Et à ceux qui alors l’appelleront, Jésus dira "Je ne vous connais pas" . Or le refus de pratiquer la Parole vient du refus de nous ouvrir à l’action de l’Esprit Saint. Car c’est l’Esprit qui ne cesse d’incarner le Verbe en nous et de nous acheminer vers la Vérité.

Il y a donc une adéquation entre l’écoute, la réception et la mise en œuvre de la Parole et l’acquisition et la croissance de la vie de l’Esprit en nous.

Nous ne pouvons pas reconnaître et faire vivre la Parole sans la présence active de l’Esprit Saint. Réciproquement c’est l’ouverture à la Parole et sa mise en œuvre qui nous introduisent dans la voie de la vie de l’Esprit, dans la voie de la sainteté.
Les saints que l’Église fête, en ce jour comme en tout temps, en Occident comme en Orient, sont ceux qui se sont voulus disciples du Christ, ceux qui ont reçu sa Parole avec un cœur noble et généreux, ceux qui à l’exemple de la Mère de Dieu l’ont reçue et méditée dans leurs cœurs. Parce qu’ils se sont faits disciples, l’Esprit de Sainteté repose sur eux comme sur le Christ Lui-même. Et l’Esprit qui les habite les conforme toujours plus au Christ. En eux la Parole et l’Esprit croissent pareillement et ils donnent à l’Église et dans l’Église du fruit à cent pour un.

Il y a un mystère dans cette adhésion et cette communion des saints à la Parole incarnée. Jésus en effet se remet littéralement entre nos mains. Jésus ne force ni n’oblige aucun de nous. Il respecte la liberté de tous et l’usage que nous faisons du don de sa Parole. De même que Jésus s’est anéanti dans notre chair pour s’incarner, que Jésus s’est humilié jusqu’à la mort de la Croix pour nous, de même le Verbe préexistant continue de s’anéantir dans une Parole que nous pouvons tout aussi bien accueillir et faire fructifier que rejeter et laisser dépérir. La folie de la Croix se perpétue dans la folie d’une Parole d’humilité et d’amour qui s’offre et ne s’impose pas.

C’est par le même mystère que nous pouvons entendre cette Parole, la faire vivre en nous, la faire nôtre. En nous accordant à elle dans le même "esprit" d’humilité et d’amour. Il nous faut communier à la mort et à la Résurrection du Verbe de Vie pour que sa Parole devienne en nous "esprit de Vie". Si le grain ne meurt, il demeure seul, mais s’il meurt il porte beaucoup de fruit . On passe à la vie par la mort, ce qui exige une conversion incessante du cœur, le renoncement quotidien à l’esprit du monde, la volonté délibérée et ardente de se laisser pénétrer et guider par l’Esprit du Seigneur. Car c’est dans l’Esprit et par l’Esprit que nous sont données la connaissance et l’intelligence de la Parole ; et la Parole devient à son tour esprit vivifiant en nous. La Parole jaillit dans nos vies en nouveauté et cette nouveauté c’est déjà le jaillissement du Royaume.

Père René

Cf. Première épître aux Corinthiens II, 12.

Voir notamment évangile selon saint Luc 13, 27 ; et évangile selon saint Matthieu 7, 22 et 25, 1-2

Cf. évangile selon saint Jean XII, 24.

Homélie prononcée par Père René, à la Crypte le 9 novembre 2003

Aujourd’hui, l’Occident chrétien fête tous les saints qui lui sont propres, mais aussi tous les saints de l’Église primitive et par implication tous les saints de l’Église universelle. L’Église célèbre ainsi en occident, comme nous le faisons le dimanche après la Pentecôte, tous ceux en qui la vie de l’Esprit et la vie dans l’Esprit a germé, s’est épanouie et a donné du fruit.

Or, cette vie dans l’Esprit est semée en nous par Jésus avec chacune de ses Paroles, comme autant de graines du Royaume à venir. C’est qu’en effet, le Verbe de Dieu est pour nous, dans le Christ ressuscité, "esprit vivifiant". Pourtant il s’en faut de beaucoup que toutes ces graines croissent, s’épanouissent et donnent du fruit. Jésus nous en prévient : certaines meurent tout de suite, car elles tombent en dehors de la terre ou germent sur le roc. D’autres périssent étouffées par les épines de la vie. Seules celles qui tombent en terre bonne, noble et généreuse produisent du fruit jusqu’au centuple.

Notre responsabilité est donc entière. La Parole meurt chez ceux qui ne croient pas ou ne croient que pour un moment. Elle flétrit, s’éteint et dépérit quand nous croyons mais que nous ne la mettons pas en pratique, accaparés que nous sommes par les plaisirs ou les soucis de la vie. Elle donne du fruit jusqu’au centuple chez ceux qui la reçoivent, la retiennent et la font prospérer, ceux qui s’associent à l’œuvre du Seigneur en eux et se font ses coopérateurs dans le monde.

L’avertissement de Jésus est clair : il faut accueillir la Parole dans la foi et la mettre en pratique. Rien de ceci ne peut s’accomplir si précisément nous n’accueillons pas la Parole dans l’Esprit Saint. Nous sommes un temple de Dieu et l’Esprit Saint demeure en nous. "Nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, dit saint Paul, mais l’Esprit, qui vient de Dieu, pour connaître les dons de Dieu dans Sa Grâce" . Sans la présence de l’Esprit Saint, la Parole de Dieu ne peut germer en nous. Si nous n’avons que l’esprit du monde, la Parole de Jésus n’est plus pour nous qu’une parole du monde et une lettre morte. Car c’est l’Esprit qui vivifie et qui nous fait naître à la connaissance de la Vérité. Si l’Esprit Saint n’est pas dans nos cœurs, les soucis et les plaisirs du monde nous envahissent et étouffent en nous la Parole. Or nous n’avons pas reçu l’esprit du monde mais l’Esprit Saint, en tout temps, au baptême, à chaque écoute de la Parole, à chaque partage de la Sainte Eucharistie. C’est l’Esprit Saint qui nous fait reconnaître la Parole de Jésus comme Parole de Dieu. Si nous n’écoutons pas l’Esprit Saint, si nous lui préférons l’esprit du monde, nous ne sommes plus que des hommes fermés à la Parole de Dieu et au Royaume, nous n’appartenons plus à l’Église du Christ, nous ne sommes plus l’Église des saints de Dieu.

Encore ne suffit-il pas de recevoir la Parole, de croire en la Parole, il faut agir. Il faut devenir les coopérateurs de Dieu, puisque nous sommes par destination le champ de Dieu. Jésus n’a pas de mot trop dur pour ceux qui écoutent et ne pratiquent pas. Ils sont comme des insensés qui bâtissent sur le sable. Viennent le vent et la pluie et leurs maisons s’écroulent. Et à ceux qui alors l’appelleront, Jésus dira "Je ne vous connais pas" . Or le refus de pratiquer la Parole vient du refus de nous ouvrir à l’action de l’Esprit Saint. Car c’est l’Esprit qui ne cesse d’incarner le Verbe en nous et de nous acheminer vers la Vérité.

Il y a donc une adéquation entre l’écoute, la réception et la mise en œuvre de la Parole et l’acquisition et la croissance de la vie de l’Esprit en nous.

Nous ne pouvons pas reconnaître et faire vivre la Parole sans la présence active de l’Esprit Saint. Réciproquement c’est l’ouverture à la Parole et sa mise en œuvre qui nous introduisent dans la voie de la vie de l’Esprit, dans la voie de la sainteté.
Les saints que l’Église fête, en ce jour comme en tout temps, en Occident comme en Orient, sont ceux qui se sont voulus disciples du Christ, ceux qui ont reçu sa Parole avec un cœur noble et généreux, ceux qui à l’exemple de la Mère de Dieu l’ont reçue et méditée dans leurs cœurs. Parce qu’ils se sont faits disciples, l’Esprit de Sainteté repose sur eux comme sur le Christ Lui-même. Et l’Esprit qui les habite les conforme toujours plus au Christ. En eux la Parole et l’Esprit croissent pareillement et ils donnent à l’Église et dans l’Église du fruit à cent pour un.

Il y a un mystère dans cette adhésion et cette communion des saints à la Parole incarnée. Jésus en effet se remet littéralement entre nos mains. Jésus ne force ni n’oblige aucun de nous. Il respecte la liberté de tous et l’usage que nous faisons du don de sa Parole. De même que Jésus s’est anéanti dans notre chair pour s’incarner, que Jésus s’est humilié jusqu’à la mort de la Croix pour nous, de même le Verbe préexistant continue de s’anéantir dans une Parole que nous pouvons tout aussi bien accueillir et faire fructifier que rejeter et laisser dépérir. La folie de la Croix se perpétue dans la folie d’une Parole d’humilité et d’amour qui s’offre et ne s’impose pas.

C’est par le même mystère que nous pouvons entendre cette Parole, la faire vivre en nous, la faire nôtre. En nous accordant à elle dans le même "esprit" d’humilité et d’amour. Il nous faut communier à la mort et à la Résurrection du Verbe de Vie pour que sa Parole devienne en nous "esprit de Vie". Si le grain ne meurt, il demeure seul, mais s’il meurt il porte beaucoup de fruit. On passe à la vie par la mort, ce qui exige une conversion incessante du cœur, le renoncement quotidien à l’esprit du monde, la volonté délibérée et ardente de se laisser pénétrer et guider par l’Esprit du Seigneur. Car c’est dans l’Esprit et par l’Esprit que nous sont données la connaissance et l’intelligence de la Parole ; et la Parole devient à son tour esprit vivifiant en nous. La Parole jaillit dans nos vies en nouveauté et cette nouveauté c’est déjà le jaillissement du Royaume.

Père René

Cf. Première épître aux Corinthiens II, 12.

Voir notamment évangile selon saint Luc 13, 27 ; et évangile selon saint Matthieu 7, 22 et 25, 1-2

Cf. évangile selon saint Jean XII, 24.

Dimanche des Myrrhophores et du juste Joseph

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Boris le 15 mai 2005

Troisième dimanche après Pâques
Lecture des Actes des Apôtres Ac 6,1-7
Évangile selon saint Marc 15,43-16,8

Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Le Christ est ressuscité,
En vérité Il est ressuscité !

Ce dimanche, fête des saintes femmes myrrhophores, est une fête absolument étonnante par sa délicatesse et sa richesse, étonnante par cet enseignement intérieur que nous pouvons en tirer.

Cet évangile que nous venons d’entendre commence par la mise au tombeau de Jésus. C’est le seul dimanche de l’année où la lecture de l’évangile recouvre à la fois la mort de Jésus, Sa mise au tombeau et Sa résurrection, et c’est particulièrement intéressant que ce soit justement autour du service de ces femmes que s’opère, que se vit et s’actualise ce mystère de la mort et de la résurrection du Fils de Dieu, devenu Fils de l’Homme.

Au moment même où les apôtres sont dispersés dans la crainte et l’angoisse – plus tard ils se réuniront toutes portes closes par crainte des Juifs –, les femmes, quant à elles, ne cessent d’être présentes – avec Joseph et Nicodème qui mettent au tombeau Jésus et qui sont aussi des myrrhophores –. Elles suivent, assistent et participent jusqu’au soir, puis, après le sabbat elles seront là très tôt le matin.

Avant même la mort de Jésus, Son embaumement avec une huile odoriférante ou un parfum de grand prix avait déjà été annoncée deux fois, par la femme pécheresse et par Marie, sœur de Lazare.

À cette occasion, Jésus avait déjà rappelé que « Cette femme a fait une bonne action […] en
répandant ce parfum sur mon corps, elle l’a fait pour ma sépulture et je vous dis en vérité partout où cette Bonne Nouvelle sera prêchée – la bonne nouvelle de la résurrection, de l’Évangile –, dans le monde entier, on racontera aussi en mémoire de cette femme ce qu’elle a fait.» 

Nous pouvons élargir cette parole du Seigneur et affirmer que partout où la Bonne Nouvelle de l’Évangile et de la Résurrection sera prêchée dans le monde on rappellera ce que ces femmes myrrhophores ont fait : en servant le Seigneur, Le couvrant de parfum, baisant Ses pieds et L’enveloppant dans un linceul pour être, ensuite, les premiers témoins de la résurrection.

Cette onction a évidemment une valeur symbolique, elle signifie que nous sommes, nous aussi, appelés à oindre le Seigneur avec l’onction de nos larmes, de notre amour le plus profond et de notre désir. Cette onction veut dire que, pour nous également, pour nous maintenant, Jésus peut être aussi

Celui qui est au tombeau, Celui qui est entouré de toute notre tendresse, de tout notre amour, de tout notre désir, de toute notre tristesse aussi mais encore de toute notre espérance : Une espérance plus forte que l’angoisse et la tristesse, une espérance qui est, en vérité, certitude de la Résurrection.

Évidemment, lorsque les femmes allèrent au tombeau elles ignoraient que la pierre, fort lourde, serait mystérieusement déplacée, elles n’imaginaient pas qu’elles ne verraient qu’un ange assis – selon certains évangélistes, ou bien deux anges selon d’autres –, et elles ne savaient pas que le tombeau serait vide.

Quand elles arrivent auprès du tombeau tout semble se passer très vite, et quand elles réalisent elles ont peur comme le souligne le saint évangéliste Marc « elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur » Mais cette crainte n’est pas le dernier mot car elles reçoivent l’ordre de l’ange « Allez promptement dire à Ses disciples qu’Il est ressuscité des morts. Car voici, Il vous précède en Galilée : c’est là que vous Le verrez. »

Et c’est ainsi que ces femmes seront magnifiées et vénérées jusqu’à la fin des temps car, en parlant de la résurrection, nous nous souviendrons toujours de ce service, de cette véritable diaconie de tendresse et d’amour. Nous nous souviendrons toujours de ces femmes qui sont allées verser à la fois l’onguent odoriférant et leurs propres larmes sur le corps de Jésus.

Mais il y a plus  ! Il importe de nous rappeler aujourd’hui qu’elles reçurent une mission toute particulière : « Allez dire aux disciples, aux apôtres et à Pierre… ». Elles sont envoyées vers les apôtres qui, eux, sont dans la crainte et qui, à plusieurs reprises, lorsque Jésus leur apparaîtra, ne sauront même pas le reconnaître. Tandis que les disciples peinent à reconnaître le Seigneur au point que, comme aux disciples d’Emmaüs, Jésus leur reprochera leur manque de foi et la dureté de leur cœur, les femmes, quant à elles, reçoivent la mission d’annoncer aux apôtres la résurrection.

On pourrait dire que, pour les Douze, c’est comme une leçon d’humilité : il ne leur fut pas donné d’apprendre tout directement par le Seigneur qu’Il est ressuscité. Non  ! Ils devaient l’apprendre par les femmes. Par conséquent, l’apostolat des Apôtres, l’apostolat des hommes, l’apostolat de l’Église dans toute la masculinité du sacerdoce ne doit pas nous faire négliger et perdre de vue la féminité de la myrrhe, la féminité des myrrhophores, et, dirais-je, la féminité de tous ceux qui sont en diaconie, de tous ceux qui sont au service de l’Église et de tous ceux qui, en définitive, sont appelés à dire aux apôtres, aux patriarches, aux évêques, aux prêtres « n’oubliez pas que le Seigneur est ressuscité  ! »

Nous avons besoin, nous autres, prêtres, évêques, patriarches, nous avons tous besoin que vous nous disiez aussi que le Christ est ressuscité. Cette annonce si décisive n’est pas seulement unilatérale, elle est réciproque.

À nous aussi, il arrive d’être alourdis par le poids de nos doutes, de nos péchés, de nos tristesses, de nos angoisses et nous avons besoin que le Peuple de Dieu tout entier témoigne, vive et vibre profondément de cette foi, de cette joie, de cette certitude de la

Résurrection et qu’il ne cesse de l’annoncer aux apôtres : « Ne vous endormez pas vous-mêmes comme vous vous êtes endormis au Jardin des Oliviers  ! Soyez vigilants car, en vérité, le Seigneur est ressuscité  ! Réveillez-vous car, toutes portes fermées par crainte des Juifs, le Seigneur est venu et qu’Il vient ici aussi parmi nous  !

Réveillez-vous car, toutes portes fermées, le Seigneur est présent  ! »

Alors n’hésitons jamais à nous annoncer, les uns aux autres que le Christ est ressuscité. Et proclamons-le non seulement par des paroles mais encore, bien sûr, par notre propre vie, par notre propre exemple, par notre propre exploit spirituel, par notre propre amour et, en définitive, par ce feu de l’Esprit qui vit en nous.

Lorsque ce feu de l’Esprit vit en nous alors les uns et les autres, le clergé et les laïcs, nous sommes tous ensemble membres d’un seul peuple, le Peuple de Dieu, et alors d’un seul cœur et d’une seule voix nous ne pouvons que crier « le Christ est ressuscité  ! »

Le Christ est ressuscité  !

En vérité Il est ressuscité  !

Amen.

Père Boris

Homélie prononcée par père Boris à la crypte le 23 février 2003.

Ce même jour fut baptisé avant la liturgie un petit enfant, Dimitri.

Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

L’Église nous prépare à entrer dans ce temps béni du Saint Carême et nous instruit par des paraboles. D’année en année, nous réentendons ces paraboles et nous les réapprenons. Pour nous, elles ont toujours un sens nouveau, nous les découvrons comme si c’était la première fois.

Dimanche dernier, nous avons entendu la parabole du Publicain et du Pharisien , aujourd’hui c’est la parabole du Fils Prodigue.

Il y a des analogies entre les deux paraboles et aussi des différences.

Une des analogies c’est l’orgueil, le sentiment de la justice, le contentement de soi du pharisien d’une part, et du fils aîné d’autre part, lui qui a toujours accompli la volonté de son père,. Tous deux ont le cœur dur. Le pharisien s’exalte au point de mépriser tous les autres hommes et, en particulier, le publicain qui se tient là en retrait. Quant au frère aîné, il n’a pas de compassion pour son frère dévoyé, il ne ressent pas la joie de le retrouver à la maison paternelle et refuse de participer au repas de fête.

Une autre analogie c’est l’humilité. Le publicain n’ose pas lever les yeux vers le ciel et ne peut que prononcer la prière "Mon Dieu, aie pitié de moi pécheur". Cette parabole nous ramène ainsi aux origines de la prière du cœur "Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur". Quant au fils prodigue, tenaillé par la faim, il revient, mais il ne se sent pas digne d’être accueilli autrement que comme un des serviteurs. Voilà pour les analogies.

Une différence est que le publicain est un homme pécheur, mais c’est un homme pécheur dans lequel l’Esprit Saint œuvre pour éveiller en lui un début de conscience et de repentance. Ceci nous rappelle que nous ne devons jamais, au grand jamais, désespérer de qui que ce soit. Dans notre vie, nous ne devons mépriser personne autour de nous, car nous ne savons pas ce qui se passe dans le cœur intime de chacun de ceux que nous estimons au plus bas, comme le publicain, les prostituées, les voleurs, les brigands… Tandis que celui-là est un pécheur, le fils prodigue était un enfant de la maison, il était fils – comme aujourd’hui Dimitri qui a été baptisé est fils, fils de Dieu, et nous sommes tous enfants de Dieu. Et là est précisément le problème, car un enfant, tout aimé qu’il soit, tout gâté qu’il soit par l’abondance de l’amour et la richesse matérielle de la famille peut s’en éloigner. Il peut se révolter et partir, comme le dit la parabole aujourd’hui "il s’en alla en une terre lointaine". Cette terre lointaine est un symbole de l’état de péché qui est un éloignement infini de Dieu. Mais quel que soit cet éloignement, il n’est jamais un obstacle définitif pour la grâce de Dieu. L’Esprit Saint œuvre, Il œuvre non pas seulement en ceux qui sont loin depuis toujours, mais aussi en ceux qui se sont éloignés par l’usage de leur propre liberté ou par les choix du fond de leur cœur. Et c’est poussé par la faim que le fils prend le chemin du retour.

Ainsi celui-ci revient vers la maison paternelle, il est dignement accueilli, il reçoit une robe blanche, une robe de fête – comme aujourd’hui Dimitri a reçu une robe blanche –, le veau gras est immolé et il participe au festin – comme aujourd’hui Dimitri participera au banquet eucharistique.

Voilà donc pour les analogies et les différences. Mais à présent, nous pouvons nous interroger : "Ne fallait-il pas que le fils aîné montre de la compassion ?" ou bien encore "Ne fallait-il pas que, lui aussi, parte, non pas pour quitter la maison paternelle, mais pour se mettre à la recherche de son plus jeune frère ?".

Or, le fils aîné n’a rien fait de tel. Par conséquent, en soulignant ce que le frère aîné a omis, cette parabole ne nous suggère-t-elle pas une autre réalité ? Celle d’un autre Fils aîné qui, Lui, s’en est allé au loin chercher celui qui était égaré et le ramener dans la maison du Père. Ainsi, par contraste et presque par contradiction, cette parabole nous suggère l’action du Christ qui a aimé Sa créature et qui n’a pas supporté de la voir s’en aller au loin dans la déchéance et dans la perdition. Cette lecture de la parabole nous est d’ailleurs confirmée par une parole du père qui m’a toujours frappé. Lorsque le fils aîné refuse d’entrer dans la maison, le père lui dit "Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.". Nous retrouvons ces mêmes paroles dans l’évangile selon saint Jean lorsque le Seigneur Jésus, le Fils Unique, parle de son Père : "Tout ce qui est à mon Père est à Moi et tout ce qui est à Moi est au Père."

Ces simples mots du père "Tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi." ne nous suggèrent-t-ils pas justement cet autre mystère qui est caché et que Jésus ne dévoilait pas encore, parce que le temps n’était pas encore venu d’en révéler la plénitude ? Il fallait en effet que Jésus s’en aille en terre lointaine, qu’Il soit bafoué par l’humanité, qu’Il soit mis en croix et que, ensuite, s’élevant vers le Père, soit élucidé le sens de cette parole "Et Moi, quand J’aurai été élevé de la terre, J’attirerai tous les hommes à Moi" . C’est ainsi que le Seigneur attire la brebis perdue, l’enfant dévoyé. C’est toute l’humanité, dans sa totalité, dans son ensemble qui est cet enfant perdu. C’est toute l’humanité, dans l’unité du genre humain qui est ce fils égaré, parti au loin, et que Jésus part rechercher, qu’Il retrouve et qu’Il ramène à la maison du Père. Quelle vision extraordinaire de salut et d’amour de Dieu nous révèle cette parabole !

Et je ne peux conclure sans vous rappeler ce moment qui ne cesse de me bouleverser : Après s’être levé pour aller vers son père, le fils prit le chemin du retour. Alors qu’il était encore loin, son père qui guettait son retour, le vit. C’est ému de compassion que le père courut se jeter à son cou et le baisa. Le père n’attendit pas fièrement, orgueilleusement, que le fils vienne se prosterner, il n’attendit pas comme un dû que son fils dise toutes ses phrases de repentance pour le recevoir comme un simple serviteur, mais au contraire il courut lui-même à sa rencontre. Et nous pouvons dire aussi que le Père céleste court à notre rencontre, Il est impatient de la conversion et du retour de chacun de nous. Cette impatience est une impatience d’amour parce que le cœur du Père, comme le cœur du Fils, est un cœur de feu, c’est un cœur d’amour qui brûle d’amour pour nous tous et pour chacun de nous sans exception.

Je pense que c’est tout cela que veut dire cette parabole. Puissions-nous nous en inspirer ! Puissions-nous être véritablement le fils prodigue qui, de tout son être, retourne vers la maison du Père. Soyons accueillis dans les bras éternels !

Amen.

Père Boris

Évangile selon saint Luc XVIII, 10-14.

Cf. évangile selon saint Jean XVI, 15 et XVII, 10.

Cf. évangile selon saint Jean XII, 32.

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