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Homélie prononcée par Père René le 31 mars 2002, à Colombelles

2e dimanche du Grand Carême. Dimanche de saint Grégoire Palamas.
Épître aux Hébreux I, 10-II, 3 Évangile selon saint Marc II, 1-12

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Les leçons du Carême portent moins sur la part de bien et de mal dans le cœur de l’homme que sur celle de la foi et du péché. Il en est ainsi des deux évangiles que nous entendrons cette année, celui du paralytique aujourd’hui et de l’enfant démoniaque la prochaine fois. On remarquera que l’affrontement dans l’homme entre foi et péché devient de plus en plus violent à mesure que nous nous rapprocherons de la semaine des Saintes Souffrances du Seigneur. La foi du paralytique et de ses amis a quelque chose de l’innocence enfantine. C’est une foi totale, sans réserve, d’une fraîcheur telle qu’elle ne se met pas en question, qu’elle va de soi : elle ne doute pas et ne s’interroge pas. Ces hommes vont vers Jésus pour qu’Il guérisse leur ami paralysé. Il ne leur vient pas l’idée qu’il puisse en être autrement. Ils n’ont pas besoin d’une foi plus grosse qu’un grain de sénevé, et il ne leur est pas demandé de déplacer des montagnes, simplement d’ouvrir un toit et d’y faire descendre leur compagnon paralysé aux pieds de Jésus. Aller dans la foi vers Jésus, voilà la démarche nécessaire et suffisante qu’ils entreprennent sans hésitation, sans le moindre doute, dans la plus grande simplicité et sans le moindre questionnement. Pour autant, faut-il croire que ces hommes eussent été moins pécheurs que tout autre ? Certainement pas. La meilleure preuve est que Jésus commence en remettant les péchés du paralytique. Lui et ses compagnons étaient des hommes ordinaires, avec des zones d’ombre et de lumière dans leurs vies. Somme toute, des vies “singulièrement banales” et semblables aux nôtres. Comme quoi il convient de ne pas se décourager de nos fautes, si maculées qu’en soient nos existences. Si nous nous présentons devant le Seigneur dans la foi, dans une foi sûre d’elle-même, nous sommes déjà pardonnés. C’est, disons-le en passant, avec une telle conviction que nous devrions tous aller au-devant du sacrement de confession, confession que le Seigneur attend de chacun de nous pour mieux nous accueillir dans son pardon. Pécheurs, nous ne le sommes que trop ; le Seigneur sait tout cela. C’est pourquoi Il est sorti des Cieux et venu dans le monde, pour sauver tous ceux qui croiront en Lui. La question que Jésus nous pose, comme à cet autre paralytique, celui de Bethesda, est : « Veux-tu être sauvé ? » La réponse n’est pas si simple. Le paralytique de Bethesda l’élude en disant : « Je n’ai pas d’homme pour m’aider » alors que l’Homme véritable, le Fils de l’homme se tient auprès de lui et l’interroge. Ce malade de Bethesda est non seulement paralytique mais aveugle. Ceci évoque une phrase tragique d’Arthur Rimbaud dans “Une Saison en enfer” : « Enfin, je demanderai pardon pour m’être nourri de mensonges. Mais pas une main amie ; et où puiser le secours ? » C’est l’extrême de la déréliction de l’homme privé de foi. Il n’est pas perdu par ses péchés, il l’est par son manque de foi, son absence de foi. Une autre erreur tragique est celle des scribes. Ceux-ci ne sont pas impliqués dans la confrontation entre Jésus, le paralysé et les compagnons de celui-ci. Ils sont des enquêteurs, dépêchés par les prêtres et les autorités de Jérusalem pour espionner Jésus. Devant Jésus, leur jugement est fait, car leur cœur est déjà corrompu. Leur mission est de pouvoir imputer à Jésus les actes ou les paroles qui puissent Le faire condamner. Jésus dira d’eux plus tard : « Vous êtes du diable et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. » Aujourd’hui ces scribes ne s’opposent pas ouvertement. Ils pensent en secret dans leurs cœurs. Mais Jésus pénètre en esprit leurs mauvaises pensées. Il dénonce leur hypocrisie en les plaçant en contradiction avec eux-mêmes. Et Il prouve la guérison intérieure du paralytique par la remise de ses péchés, en faisant éclater la guérison extérieure qu’Il lui accorde en le délivrant de sa paralysie. La confusion.des scribes s’accroît encore devant l’action de grâce de la foule qui glorifie Dieu et dit « Jamais nous n’avons rien vu de pareil. » À la suite de quoi, Jésus s’en va appeler le publicain Lévi à le suivre et s’en va manger ouvertement avec des publicains et des prostituées, montrant que les plus grands malades ne sont pas ceux qu’on considère comme tels, mais bien ceux qui se croient justes et sans péchés. Le conflit ainsi déclaré entre Jésus et ses ennemis ne s’achèvera qu’à la Croix, par la victoire apparente des derniers, mais en réalité par la défaite du démon et de la mort, et par la victoire du Ressuscité. Maintenant il nous faut réfléchir. La lutte entre Jésus et les forces mauvaises se passe dans notre cœur. Dès aujourd’hui il nous faut choisir et il nous faut agir. En ce Carême faisons tout notre effort. Allons dans la détermination et la simplicité de nos cœurs au-devant du Christ notre Dieu. Participons dans la foi à son combat. Ce n’est pas un simple devoir moral. C’est un impératif existentiel : il y va de notre présence à venir dans le Royaume. Sachant tout cela, allons dans la foi au-devant de notre Dieu et notre Sauveur. « Veux-tu guérir » nous dit-Il. Oui, Seigneur, répondons-Lui ! Et confessons comme Simon-Pierre : « Toi seul as les paroles de la vie éternelle ; nous croyons et nous savons que Tu es le Saint de Dieu. » Un Dieu qui pardonne et qui sauve tous les pécheurs que nous sommes et qui s’adressent à Lui dans la confiance et dans la joie.

Amen.

Cf. Évangile selon saint Jean V, 2 et suivants.
Cf. Évangile selon saint Jean VIII, 44.
Voir l’Évangile selon saint Jean VI, 68-69.

Homélie prononcée à la Crypte par le Père René Dorenlot le 10 mars 1996

Dimanche de saint Grégoire Palamas

Second dimanche de carême
Dimanche de saint Grégoire Palamas.
Hébreux I, 10 – II, 3
Évangile selon saint Marc II, 1-12

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Quand Jésus dit au paralytique : « Mon enfant, tes péchés te sont remis », Il soulève un murmure de réprobation chez les scribes.

Cette réaction découle de leurs préjugés sur Jésus : « Comment un homme peut-il parler ainsi ? Seul Dieu peut remettre les péchés. » Le refus de reconnaître en Jésus le Fils de Dieu sera la cause de la mort du Christ : Il s’est fait le Fils de Dieu ! Même si à ce prétexte théologique se sont mêlés des motifs plus bassement humains, comme la conviction des scribes et pharisiens de détenir seuls la vérité et de représenter seuls l’autorité religieuse avec tous ses profits.

Mais on peut considérer l’épisode de la guérison du paralytique sous un autre angle, celui de l’unité fondamentale de l’homme. Voici un malheureux que ses amis amènent pour que Jésus le guérisse de sa paralysie. Et que dit Jésus ? « tes péchés te sont remis » ! Il y a donc en nous un rapport et même un lien unitif et constitutif entre le corporel, le psychique et le spirituel. C’était d’ailleurs la conception traditionnelle des sémites. L’homme est un tout. On ne peut impunément vivre dans un désordre spirituel sans que le corps n’en souffre ; et inversement une atteinte organique entraîne une souffrance de l’âme. Même si ces choses paraissent occultées de nos jours par le développement disharmonieux des techniques et des sciences par rapport à celui du sens moral et de la vie spirituelle, elles n’en restent pas moins vraies ; comme le montrent bien les aberrations du comportement et la somme des souffrances inimaginables de l’homme d’aujourd’hui.

Il s’ensuit que non seulement Jésus peut remettre les péchés du paralytique et en même temps le libérer de sa maladie corporelle, mais que Jésus ne peut qu’en même temps guérir somatiquement et délivrer spirituellement. C’est d’ailleurs ce qui se produit de nombreuses fois, quand Jésus libère malades et infirmes en disant : « Va et ne pèche plus. »

Ainsi, dans la plénitude de notre nature, nous ne sommes pas divisibles. Il s’ensuit que tout entiers, corps, âme et esprit, nous sommes appelés à nous sanctifier. C’est ce que le christianisme oriental a toujours prêché, et que, parmi ses saints, Grégoire Palamas a révélé dans la plus grande clarté, dans la plus grande lumière peut-on dire, celle du Mont Thabor.

Pour la tradition hésychaste et pour son chantre, saint Grégoire, l’unité de la nature humaine va de soi. Aucune partie de cette nature n’est exclue de l’union avec Dieu, non seulement l’esprit, mais l’âme et le corps. L’expérience spirituelle hésychaste surmonte les oppositions de l’antique philosophie entre corps et esprit. Aux arguties des scolastiques, saint Grégoire pouvait répondre : « Toute parole peut contester une autre parole, mais quelle parole peut contester la vie ? » Le Christ ne dit-Il pas de Lui-même qu’Il est « le chemin, la vérité et la vie »?

L’expérience de l’Église et celle de saint Grégoire en particulier sont là pour montrer que l’homme tout entier peut participer non seulement à la sanctification, mais à la déification, à la transfiguration, dans la lumière incréée. Les hésychastes ont reçu la grâce de connaître cette expérience de la lumière thaborique, corps et esprit, celle-là même que vécurent Pierre, Jacques et Jean. Au nom de saint Grégoire Palamas, on peut associer ceux de saint Syméon le Nouveau Théologien et de saint Séraphim de Sarov, pour ce qui est des saints dont nous avons un témoignage écrit. Mais combien d’autres ne sont-ils pas entrés aussi dans la lumière de la connaissance de la divinité du Christ !

La relation de telles expériences n’est pas pour satisfaire une vaine curiosité. C’est l’affirmation pour nous tous de la réalité et de la possibilité, dès ce monde-ci, de la transfiguration et de la déification de notre être tout entier, nature et personne. C’est la démonstration de la réalité présente du Royaume encore à venir, en tous ceux qui reçoivent le Christ comme chemin, vérité et vie. Il est vraiment la lumière du monde.

La possibilité de communier à la lumière incréée n’a pas pour seule fin de stimuler notre foi, elle ouvre aussi les yeux du cœur sur l’amour de Dieu. À la limite il est plus important de comprendre et d’entrer dans cet amour du Christ, dont rien ne peut nous séparer, ni la mort, ni la vie, ni la peur de la mort, ni les craintes de la vie. Quand Jésus guérit le paralytique, Sa Gloire est masquée et ses opposants n’étaient pas tenus de la voir. Mais Son amour pour le malade était totalement présent, offert, donné, et les scribes eussent dû le ressentir. Mais là aussi, dans l’unité de leur esprit et de leur cœur fermés, ils étaient totalement aveugles, incapables de saisir la charité du Christ, l’amour et le pardon de Dieu.

Il ne faut pas qu’il en soit de même aujourd’hui pour nous. À Pâques nous découvrirons dans les lumières de l’Église l’annonce et la figure de la lumière du Royaume. Mais c’est dès maintenant, en ce Carême, qu’il nous faut découvrir l’amour de Dieu pour tous, pour le monde en son entier, et le manifester autour de nous. Exerçons-nous donc à cet amour réciproque, dans la justice et la vérité, car, dit saint Jean, ce sont ceux qui aiment leurs frères qui demeurent dans la lumière.

Père René Dorenlot

Notice sur la théologie de saint Grégoire Palamas

S’il vous plaît, prenez conscience que j’essaie ici d’expliquer plusieurs siècles de théologie et de n’égarer personne.

Pour le dire simplement, saint Grégoire et ses enseignements font maintenant partie de ce qu’est être Orthodoxe. Ils ne sont en rien optionnels. Ayant dit cela, je dois confesser qu’il resta pour moi juste un saint mentionné le 2ème dimanche du Grand Carême, jusqu’à ce que je me retrouve dans le monastère portant son nom et que j’y vive 13 ans.

Palamas n’était PAS un scolastique.. en fait, tout le problème fut son opposition à toute la méthode médiévale occidentale scolastique de “faire” de la théologie, basée sur la métaphysique aristotélicienne (catégories) qui avait été synthétisée par Thomas d’Aquin. L’enseignement de saint Grégoire est très étroitement associée au concept de déification (theosis), un autre concept qui fut (et est toujours) difficile à comprendre pour la théologie occidentale contemporaine (quoique ce ne fut pas le cas pour l’ère patristique occidentale). Bien que Thomas enseignait qu’il y avait une sorte de connaissance “infuse” (par le Saint Esprit), bien plus fiable et dès lors préférable est la connaissance “matérielle” acquise par l’utilisation de la raison humaine, faisant appel aux catégories aristotéliciennes de pensée telles que la distinction entre substance/caractéristique physique. Ceux d’entre nous qui ont vécu un certain nombre d’années dans le catholicisme-romain se souviendront que la “transsubstantiation” était définie comme un changement dans la “substance” du pain et du vin qui devenait le vrai Corps et Sang du Christ, alors que seules les caractéristiques physiques restent, à savoir l’apparence de pain et de vin.

Le combat que saint Augustin d’Hippone a mené contre le pélagianisme a laissé plaie béante ouverte influençant la théologie mystique occidentale postérieure et la majeure partie de l’expérience des mystiques et moines de l’Église antique finirent par être regardé avec réserve et même suspicion.. même de nos jours, vous trouverez des auteurs qui classent des saints tels que saint Benoît de Nursie, saint Léon le Grand (pape de Rome) et saint Grégoire le Grand (pape de Rome) comme “semi pélagiens”… une opposition inconsidérée à la déification, l’hésychasme et la distinction entre essence et énergie par la plupart des gens qui sont imprégnés de l’anthropologie catholique-romaine ou protestante du bas Moyen-Âge et des débuts de l’ère moderne. C’est véritablement une manière différente de comprendre l’humanité en son noyau. Ce fut le pivot de mon propre parcours vers l’Orthodoxie.

En tout cas, l’idée centrale de l’enseignement de saint Grégoire, c’est que Dieu EST directement connaissable, en contradiction avec les scolastiques qui enseignaient que Créateur et créature sont éternellement séparés et ne savent communiquer qu’à travers quelque sorte de médiation.. La dispute principale éclata lorsque Barlaam de Calabre, un moine Grec d’Italie formé à la scolastique, se moqua des “Latins” qui tentaient de “connaître Dieu” par l’utilisation de la raison humaine, car disait-il, c’était “impossible à réaliser.” Il se moqua aussi d’un groupe de moines Grecs qui pratiquaient l’antique tradition de l’hésychasme (silence et paix intérieure), qui disaient contempler la “lumière de Dieu.” Il les taxa de “contemplateur de leurs nombrils” (omphaloscopoi) et les classa parmi les hérétiques messaliens. (Les messaliens enseignaient que les sacrements sont essentiellement inefficaces, mais que par la prière dans l’église, les démons sont exorcisés et que l’ont pouvait expérimenter le Saint Esprit en eux à travers l’expression corporelle). Barlaam était la coqueluche du courant anti-occidental dans l’intelligentsia grecque, et il avait les faveurs de la court impériale et du patriarche Akyndinos à Constantinople.

Saint Grégoire était un des plus cultivés parmi les hommes de son époque, ayant été élevé à la court et eu le même tuteur que les enfants impériaux, Theodore Metochites; il était considéré comme le plus érudit de son temps. Lorsque Barlaam commença à écrire, Grégoire était devenu moine au Mont Athos. Les enseignements de Barlaam le laissèrent perplexe, et il commença à correspondre avec lui, demandant des éclaircissements. Ca dégénéra en une guerre de théologies, et pour cela, saint Grégoire fut traîné devant le patriarche et la court impériale et condamné. Mais tout l’Athos le soutint, de même que nombre de laïcs cultivés. Un concile réuni ultérieurement reconnu ses écrits et déclara qu’ils faisaient autorité, condamnant Barlaam. Ce concile fut accepté par toutes les autres Églises Orthodoxes et devint dès lors normatif. Il influença grandement l’iconographie de saint André Roubleev et saint Théophane le Grec.

Dans ses écrits, saint Grégoire commença à explorer à la fois les Écritures et l’expérience de ce qui est appelé “Prière du coeur.” Cette spiritualité n’était en rien nouvelle, ayant été pratiquée sous diverses formes depuis saint Maxime le Confesseur, saint Nil le Sinaïte et d’autres Pères qui seront par la suite repris dans la Philocalie, et avant eux dans nombre de traditions de prière monastique orale égyptiennes et palestiniennes. Le corps humain était important, et certains moines utilisaient des positions corporelles afin d’aider à la concentration dans la prière privée, agenouillés et la tête courbée, respirant lentement – d’où le quolibet dont Barlaam les avait affublés.

Saint Grégoire sentit que “connaître Dieu” était une partie du coeur même de l’anthropologie humaine. La distinction qu’il faisait entre “essence” et “énergies” de Dieu n’avait rien à voir avec les “catégories” dans la manière scolastique, mais était une manière d’expliquer que Dieu reste Dieu et “au delà” de l’expérience et du raisonnement humains, et cependant, à travers l’Incarnation, est capable de communion réelle et vraiment directement avec l’humanité. Il utilisa l’exemple suivant : regarder directement vers le soleil (essence) causera l’aveuglement, mais sans la lumière solaire (énergies) (qui est le soleil en action), toute vie cesserait. Cela tourne autour de la compréhension de ce que signifie la “grâce.” Pour la théologie latine médiévale, la “grâce” était une “chose” (res) crée par Dieu et accordée à l’humain à travers le baptême et les sacrements. Pour la théologie patristique tant de l’Orient que de l’Occident, et pour saint Grégoire, la “Grâce” est “incréée.” Ce n’est pas une “chose” mais en fait une extension directe de Dieu Lui-même, et elle est occasionnellement manifestée physiquement par la lumière (comme dans la Transfiguration ou à la Résurrection, ou dans l’Ancien Testament, la Shekinah – gloire dans le Tabernacle, ou l’effet sur la face de Moïse lorsqu’il eut “contemplé la face arrière de Dieu.”) Les Pères la virent comme la présence littérale de Dieu qui transforme la Création. Et saint Grégoire enseigna que cette interaction directe avec Dieu n’était pas un fait spécial ou rare et confiné à quelque personnes dans l’histoire, mais que c’était ouvert à tout Chrétien baptisé.

Comme je l’ai dit, ce n’est pas un problème entre Orient et Occident, mais un problème de scolastique médiévale latine contre la compréhension antique occidentale et continuelle orientale. L’on pourrait affirmer que le changement en Occident était survenu à l’époque de Bernard de Clairvaux, qui est toujours discuté dans les livres d’histoire comme étant un moine frénétique et étroit d’esprit, qui s’opposait à la “raison humaine” et le persécuteur des bien-aimés Abelard et Héloïse. En fait, il s’opposait au changement de modèle (paradigme) de l’antique tradition patristique qui estimait impossible de voir l’homme comme vraiment homme si vu à part de Dieu, vers le concept ultérieur qui se déploiera en toute puissance à la Renaissance, qui voudra voir “l’homme” séparément de Dieu avec la spiritualité optionnellement ajoutée après coup. Pour l’antique monde Chrétien, il n’existait rien de tel que cet “homme naturel” avec une “couche de grâce sanctifiante” qu’il aurait subséquemment soit entièrement perdue (protestants), soit temporairement (catholiques-romains) lors de la Chute.

L’essentiel de tout cela, c’est que saint Grégoire a établit une “clarification” dans la dispute, qui sera utilisée pour comprendre ce qu’est la voie “Orthodoxe.” Il cita et appliqua en fait les enseignements de saint Basile le Grand. Et après que ses enseignements aient été acceptés par l’Église comme faisant autorité, ils se fondirent tout simplement dans le paysage théologique. Comme la réintégration des Icônes dans la vie de l’Église après l’iconoclasme ou la théologie des Pères Cappadociens.

Contrairement à la théologie catholique-romaine (et son droit canon), la théologie Orthodoxe n’est pas prophylactique, c-à-d qu’elle n’établit pas des définitions tentant d’anticiper de futurs problèmes, et puis suit ces définitions. C’est plutôt comme un “centre d’intervention pour catastrophes,” une fois qu’une discussion dégénère en controverse ayant un impact négatif sur les fidèles. La controverse, permise par Dieu, devient un moyen de clarification lorsqu’une erreur (ou peut-être qu’une meilleure description pourrait être un “malentendu”) ou confusion surgit à propos de ce qu’est la Foi. C’est basé sur les faits, les clarifications dogmatiques le sont sur ce qui pose quelque problème. Ce n’est pas une définition “nette.” Intentionnellement, cela n’intervient que sur là où il y a des problèmes perturbants. Ce que les catholiques-romains appellent “magesterium” (magistère) n’arrive que dans les controverses. En fait, le “code” de droit canon, même occidental, n’a été réalisé sous sa forme présente qu’au début du 20ème siècle. Jusqu’alors, il était comme c’est le cas pour nous, non pas un livre de règles, mais une collection d’éclaircissements sur la Foi et de précédents, principalement afin de guider les évêques à discerner comment diriger l’Église. Les enseignements de saint Grégoire tels qu’approuvés par le Concile de Constantinople sont entrés dans cette vaste collection de décrets, règles et lois (Canons).

Je me souviens d’un ami qui était prêtre catholique-romain et qui cherchait (en vain) quelque chose ressemblant à “l’instruction sur la sainte liturgie” qui préface le missel romain. Il n’y en a pas. Chaque prêtre apprend d’un autre “comment accomplir” la Liturgie. Les paroles sont les mêmes, mais le vaste corpus d’action liturgique n’a pas de véritable manuel de “savoir faire.” Et cependant, chacun d’entre nous, “Grecs,” “Russes,”, etc, tenons le linge de communion, nous tournons dans la même direction, encensons, etc, virtuellement de la même manière. Cela laissa mon ami pantois. Et il est extraordinaire que le rituel de tout ce monde de l’Église que nous tenons tous pour acquis nous est transmis de la sorte. Cela explique certaines des différences d’un endroit à l’autre, qui semble être source de confusion (voire de scandale) pour les nouveaux convertis. Mais cela montre aussi à quel point c’est bien vivant.

C’est pour cela que non, nul ne pourrait écarter la théologie palamite, pas plus qu’on ne saurait le faire pour la vénération des Icônes, ou le titre de “Théotokos.” C’est devenu une part du tissus de la compréhension que l’Église a de la Voie Orthodoxe.

Saint Grégoire Palamas ne fut pas seulement un moine, mais devint archevêque de Thessalonique et thaumaturge. Et l’hésychasme est fondamental pour les pratiques populaires de la prière et même de l’iconographie. Les “grands mots” tels que “déification,” “synergie,” et même “incarnation,” sont comme “hésychasme,” inconnus de la plupart des grands-mères Orthodoxes, cependant elles vivent malgré tout au sein de la spiritualité formés par eux. L’affligeant schisme interne qui a eu lieu dans l’Église de Russie au 17ème siècle avait son coeur partagé entre ritualistes et hésychastes, jusqu’alors combinés. Saint Nil Sorsky et tout le parti des non-possesseurs perdit la faveur royale et partit, non pas exactement au loin, mais vers l’existence cachée. S. Joseph de Volokolomsk fut préféré, et sa théologie de la “3ème Rome” couplée avec une grandiose liturgie se transforma pour finir en Vieux Croyants après Pierre le Grand.

Le bouleversement causé par les Turcs infligea aussi des dégâts et même l’Athos avait quasiment oublié cette profonde forme de prière, lorsqu’au 18ème siècle, saint Nicodème l’Hagiorite, et saint Macaire de Corinthe, “déterrèrent” les livres patristiques et les traduisirent en grec moderne, de sorte que les gens puissent les comprendre. Saint Païssios Velichkovsky, un moine Ukrainien, passa du temps sur l’Athos, apprit le grec, collationna des livres, et ensuite partit pour la Moldavie où il traduisit ces même livres en Slavon, ce qui leur permit de trouver le chemin de la Russie. C’est ce qui amena à la floraison spirituelle dont saint Séraphim de Sarov est l’exemple le plus célèbre. Le “Récit du Pèlerin Russe” est une forme populaire de prière hésychaste de base.

Vous trouverez probablement plus que vous ne voulez en savoir à propos de saint Grégoire et de ses enseignements sur (en anglais) :

http://www.monachos.net/patristics/palamas_theology.shtml

Espérant vous avoir été de quelque secours,
p. Nicholas

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Guérison du paralytique

Chapitre II versets 1 à 12 (Mt 9,1-8 ; Lc 5,17-36)

1 Comme il était entré de nouveau à Capharnaüm, après quelque temps on apprit qu’il était à la maison.

2 Et beaucoup se rassemblèrent, en sorte qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte, et il leur annonçait la Parole.

3 On vient lui apporter un paralytique, soulevé par quatre hommes.

4 Et comme ils ne pouvaient pas le lui présenter à cause de la foule, ils découvrirent la terrasse au-dessus de l’endroit où il se trouvait et, ayant creusé un trou, ils font descendre le grabat où gisait le paralytique.

5 Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : “Mon enfant, tes péchés sont remis.”

6 Or, il y avait là, dans l’assistance, quelques scribes qui pensaient dans leurs coeurs :

7 “Comment celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème ! Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ?”

8 Et aussitôt, percevant par son esprit qu’ils pensaient ainsi en eux-mêmes, Jésus leur dit : “Pourquoi de telles pensées dans vos cœurs ?

9 Quel est le plus facile, de dire au paralytique : Tes péchés sont remis, ou de dire : Lève-toi, prends ton grabat et marche ?

10 Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre,
11 je te l’ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton grabat et va-t’en chez toi.”

12 Il se leva et aussitôt, prenant son grabat, il sortit devant tout le monde, de sorte que tous étaient stupéfaits et glorifiaient Dieu en disant : “Jamais nous n’avons rien vu de pareil.”

Homélie pour l’Annonciation par Saint Sophrone de Jérusalem (VIIe siècle)

“Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi.” (Lc 1,28)

Annonciation de la Très Sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie

Évangile selon saint Luc XI, 27-28 

Icône  de Sophrone de Jérusalem

Icône de Sophrone de Jérusalem

Et que peut-il y avoir de supérieur à cette joie, ô Vierge Mère ?

Que peut-il y avoir au-dessus de cette grâce ?…

Vraiment “tu es bénie entre toutes les femmes” (Lc 1,42), parce que tu as transformé la malédiction d’Ève en bénédiction ; parce que Adam, qui auparavant était maudit, a obtenu d’être béni à cause de toi.

Vraiment “tu es bénie entre toutes les femmes”, parce que, grâce à toi, la bénédiction du Père s’est levée sur les hommes et les a délivrés de l’antique malédiction.

Vraiment “tu es bénie entre toutes les femmes”, parce que, grâce à toi, tes ancêtres sont sauvés, car c’est toi qui vas engendrer le Sauveur qui leur procurera le salut.

Vraiment, “tu es bénie entre toutes les femmes”, parce que, sans avoir reçu de semence, tu as porté ce fruit qui fait don à la terre entière de la bénédiction, et la rachète de la malédiction d’où naissent les épines.

Vraiment, “tu es bénie entre toutes les femmes”, parce que, étant femme par nature, tu deviens effectivement Mère de Dieu.

Car si celui que tu dois enfanter est en vérité Dieu incarné, tu es appelée Mère de Dieu à très juste titre, puisque c’est Dieu que tu enfantes en toute vérité.

Sophrone de Jérusalem (†638)

Homélie sur lannonciation prononcée par le Père Boris à la crypte le 25 mars 2007

Annonciation de la Très Sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie

Épître aux Hébreux II, 11-18 − évangile selon saint Luc I, 24-38

Homélie sur lannonciation prononcée par le Père Boris à la crypte le 25 mars 2007

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Nous vivons aujourd’hui ce grand événement, au commencement même de notre Salut, l’Annonce à la Vierge Marie par l’archange Gabriel de la naissance virginale de Jésus, c’est à dire de la naissance en elle d’un enfant, du Fils de Dieu, Lui-même, devenu pour notre salut le Fils de l’homme.
Ce miracle annoncé est un événement étonnant d’une telle ampleur que les mots manquent pour en parler. Marie est révélée ici comme celle non seulement vers qui converge déjà toute l’histoire d’Israël mais encore en qui se rassemble toute l’histoire de l’humanité. Cette pauvre humanité que la désobéissance du premier Adam et de l’Ève ancienne, a plongée dans le désordre, la corruption, le péché et, surtout, la séparation provisoire d’avec le Seigneur.

Aussitôt après la désobéissance, dès l’expulsion du Paradis, Dieu a annoncé combien sera décisif le rôle joué par la femme dans la réalisation de Son plan éternel. S’adressant au serpent, le Seigneur a dit en effet : “Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre sa semence et ta semence. Tu chercheras à la mordre au talon, elle t’écrasera la tête .” Et depuis, nous assistons à la réalisation du plan de Dieu à travers des événements qui contrecarrent ou dépassent la nature humaine. C’est ainsi qu’Isaac naquît dans la vieillesse d’Abraham et de Sarah. C’est un miracle analogue pour la naissance du prophète Samuel . Plus tard, Marie naîtra de la vieillesse de Joachim et Anne, puis de Zacharie et Élisabeth naîtra Jean-Baptiste. Ces naissances, bien que miraculeuses, ne contredisent pas absolument les lois de la nature et il n’y a donc qu’une analogie avec la naissance virginale de Jésus. Pourtant ces naissances demeurent miraculeuses dans la mesure où c’est le Seigneur qui a rendu fécond le sein de ces femmes stériles. Par Son intervention, Dieu témoigne de Sa volonté comme le dit le Prologue de l’Évangile de Jean : “Ceux qui croient en Son Nom […], ce n’est pas du sang, ni du désir de la chair ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu qu’ils sont nés. ”

Et voici qu’à la fin des temps, au cœur même des temps, dirais-je, advient celle que saint Irénée aura appelée la nouvelle Ève. La première Ève fut séduite par le serpent, c’est dire l’ange maléfique, le père du mensonge, la seconde, ou plutôt la nouvelle Ève fait confiance à l’ange qui lui annonce cette nouvelle inouïe, incompréhensible, inacceptable même : comment ne connaissant pas d’homme pouvait-elle, elle-même, concevoir et mettre au monde un enfant ? L’ange explique “Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la Puissance du Très-Haut te couvrira de Son ombre…” et sans hésiter Marie accepte sa vocation.
Nous sommes là en face de ce qui apparaît comme une folie et un scandale pour la sagesse de ce monde, et si Marie interroge, bien sûr, c’est pour se soumettre aussitôt à l’incompréhensible, à l’inacceptable, c’est à dire, avant tout, à la volonté de Dieu.

Elle obéit solennellement en prononçant ses paroles mémorables qui resteront gravées dans nos propres cœurs afin que chacune et chacun d’entre nous puisse redire dans toutes les circonstances de notre propre vie : “Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon Sa parole”. Et l’ange se retira.

“Je suis la servante, je suis le serviteur du Seigneur” Il faut s’arrêter un moment sur ce thème de la servante et du serviteur, parce que ce n’est pas un mot banal, ce n’est pas un terme anodin. Derrière ce titre de serviteur ou de servante se déploie toute une vision de l’offrande de notre vie.

Permettez-moi de souligner ici, une profonde correspondance. Il y a quinze jours nous fêtions la Sainte Croix qui manifeste, elle aussi, le plan de Dieu, non seulement dans la vie de Jésus Lui-même mais encore dans la vie de celui qui veut suivre Jésus, être son serviteur ou sa servante et porter sa croix. Il est dit dans l’épître de Saint Pierre et dans l’Apocalypse que l’Agneau de Dieu était immolé avant ou dès la création du monde. Cela signifie que dans le plan de Salut de l’humanité pécheresse, la Croix était déjà disposée et préfigurée par l’arbre de vie dans le jardin d’Éden. Par conséquent, notre contemplation du mystère marial, notre louange, notre vénération, notre prière à la Mère de Dieu sont indissociables du mystère de la Croix. C’est pourquoi l’évangéliste Jean s’est souvenu que Marie était présente au pied de la Croix où, à ce moment-là, elle reçut du Seigneur l’apôtre Jean comme son fils, et à travers lui, toute l’humanité, pour l’envelopper dans sa prière et son intercession . Voilà pourquoi il nous faut méditer sur le lien qui unit la Sainte Croix à l’obéissance de Marie.

Ainsi, être serviteur, être enfant, être obéissant, c’est soumettre totalement et unir intimement notre propre volonté à la volonté de Dieu. Finalement, notre volonté se soumet tellement qu’elle se confond avec la volonté de Dieu. Au fur et à mesure qu’elle se laisse envahir par la volonté divine, elle fusionne avec celle-ci, nous en arrivons à ne faire qu’un, et c’est ainsi qu’en nous agit le Seigneur. Quand nous soumettons notre désir, notre identité intérieure, tout notre être au Seigneur, alors vraiment – mais alors seulement – le Seigneur peut agir en nous.

C’est ainsi que va s’opérer ce miracle, cet événement annoncé par l’ange et par Marie : Marie conçoit Celui qui pénètre en elle par l’effusion, la grâce et l’action de l’Esprit Saint, elle conçoit Celui qui est le Fils éternel. Marie devient le Tabernacle et le Temple. Marie devient encore le Buisson Ardent comme le remarquent les Pères qui aiment comparer le Buisson qui fut contemplé par Moïse au Sinaï et qui brûlait sans se consumer avec la Vierge Marie qui reçut aussi le Feu divin, le Feu immatériel, sans se consumer.

Et c’est aussi notre chemin, car nous sommes appelés à la suite de Marie à cette condition de serviteur ou de servante du Seigneur. Ici nous entrons dans ce mystère de Marie, car si Marie conçoit et met au monde le Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme, si Marie met au monde le Seigneur, elle demeure pour toujours et dans toute éternité Sa Mère comme Il demeure son enfant. Désormais, Son Fils qui trône, Lui qui est né avant les siècles, demeure pour toujours le fils de Marie.

Demeurant éternellement le fils de Marie, Il est aussi Celui qui récapitule et rassemble en Lui. Le Seigneur Jésus rassemble en Lui tous les êtres humains qui sont tous appelés à entrer dans l’amour du Christ. Certes, nous pouvons refuser cet amour, nous pouvons nous détourner de Lui, et alors c’est une grande tristesse dans le cœur du Seigneur. Le cœur du Christ saigne d’amour et de douleur lorsqu’Il voit que Ses enfants se détournent de Lui, et Marie est là justement comme celle qui nous aide, nous guide et, par son amour maternel nous introduit dans l’amour du Christ. Depuis la visite de l’archange Gabriel, toute la vie de Marie est restée tournée vers le Seigneur. Et par le fait même, Marie est aussi toute entière tournée vers le monde. Et comme on le dit parfois, elle marche encore parmi nous pour consoler ceux qui sont dans la souffrance, la peine, la quête, la maladie de l’âme et du corps.

Dans toute la tradition de l’Église, Marie demeure celle qui intercède, car l’amour maternel est parfois plus proche de nous, mieux à notre portée, plus accessible que l’amour de Dieu. L’amour de Dieu est si grand, si fort, si puissant qu’il nous intimide et nous impressionne au point qu’il nous paraît incroyable ou inaccessible. Marie est, quant à elle, cette mère qui intercède pour nous.

Ainsi donc Marie se tient au terme de toute l’histoire ancienne de l’humanité et d’Israël ainsi qu’au début et à l’origine, dirais-je, de toute la vie même de l’Église. Par conséquent, avec les anges, les saints et tous ceux qui nous entourent, nous aiment et nous aident, Marie occupe dans l’Église une fonction très réelle et très singulière en raison de sa maternité. Et cette Maternité de Marie si particulière inspire et préside la maternité de l’Église toute entière.

Ainsi puissions-nous, nous aussi, dans notre propre vie graver dans nos cœurs cette parole de la Mère de Dieu : “Je suis la servante, le serviteur de Dieu”. Puissions-nous véritablement chacun de nous où que nous soyons, quoi que nous fassions, quelle que soit notre profession, quel que soit notre âge, enfant, adulte, vieillard, malade bien-portant… dire et redire constamment cette parole “Je suis le serviteur, la servante du Seigneur, et qu’il nous soit fait selon Sa parole.” Puissions-nous désirer vivre cette parole de la Mère de Dieu !

Alors la grâce de Dieu agit à travers nous, la grâce de Dieu devient en nous une lumière dont l’éclat rayonne de joie, de paix, d’offrande et d’amour. Car cet amour est tellement contagieux qu’il attire à lui. Nous sommes donc appelés à vivre cette filiation à Marie, et à travers elle à nous mettre au service de la volonté de Dieu, à apprendre l’obéissance, à offrir notre vie et notre volonté au Seigneur et alors s’accomplit la gloire de Dieu à travers notre faiblesse humaine.

Mes amis, rendons grâce d’être aujourd’hui rassemblés pour célébrer l’Annonciation de la Mère de Dieu ! Qu’elle ouvre les yeux de notre cœur et de notre intelligence pour la contemplation de tous les mystères du Salut.

Amen

Père Boris

Notes
(1) Cf. Genèse III, 15.

(2) Voir 1-Samuel I, 1-20.

(3) Cf. évangile selon saint Jean I, 12-13.

(4) Voir successivement la Première épître de saint Pierre I, 19-20 et Apocalypse XIII, 8.

(5) Cf. évangile selon saint Jean XIX, 25-27.

Marie est ainsi une partie de l’humanité et la conductrice de l’humanité

Grégoire Palamas au XIVe siècle l’exprime ainsi :

“Ce que le Christ est par nature, la Vierge l’est par grâce” (Homélie 44,4 et homélie 53,12)

“Il avait besoin par nécessité d’une vierge parfaite et immaculée.” (Homélie 52,6)

“Toute l’Ecriture divinement inspirée est écrite en ayant pour but la Vierge Mère de Dieu.” (Homélie 53,8)

Sur les années de jeunesse de Marie :

“Marie choisit de vivre cachée des regards, consumant son temps dans le sanctuaire, où elle resta libre de tout lien matériel, elle se sépara de toute relation, et s’éleva au-dessus de tout amour, y compris envers son propre corps, elle unifia ainsi tout son être dans l’esprit, par l’attention et par la prière divine continuelle.

En se concentrant dans son intériorité, elle s’unifia entièrement et complètement et elle s’éleva au-dessus de la diversité des formes que représentent les raisonnements.

Ayant atteint la simplicité des genres et des formes, elle eût l’intuition d’un nouveau chemin vers le ciel que nous pourrions appeler silence de l’esprit.

En unissant son esprit à ce silence, elle s’éleva au-dessus de toutes les créatures et elle vit la gloire de Dieu dans un mode plus parfait que Moïse, elle vit la grâce divine qui ne peut pas être comprise d’une façon parfaite avec les sens mais c’est un spectacle saint, et plein de grâce, réservé uniquement aux âmes pures et aux anges : et parce qu’elle a réalisé cela, elle devint la nuée lumineuse, selon les divins hymnographes, l’eau de la vraie vie, l’aube du jour mystique et le char de feu du Verbe.” (Homélie 53, 59)

“Toi seule a été digne de recevoir tous les charismes de l’Esprit ou, mieux, toi seule a accueilli miraculeusement en ton sein Celui en qui sont les trésors de tous les charismes…” (Homélie 37,6)

Commentaire patristique par saint Jean Damascène

« Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,5)

Aujourd’hui le Créateur de toutes choses, Dieu le Verbe, a composé un ouvrage nouveau, jailli du coeur du Père pour être écrit, comme avec un roseau, par l’Esprit qui est la langue de Dieu… Fille toute sainte de Joachim et d’Anne, qui as échappé aux regards des Principautés et des Puissances et « aux flèches enflammées du Mauvais » (Col 1,16; Ep 6,16), tu as vécu dans la chambre nuptiale de l’Esprit, et as été gardée intacte pour devenir épouse de Dieu et Mère de Dieu par nature… Fille aimée de Dieu, l’honneur de tes parents, les générations des générations te disent bienheureuse, comme tu l’as affirmé avec vérité (Lc 1,48). Fille digne de Dieu, beauté de la nature humaine, réhabilitation d’Ève notre première mère ! Car par ta naissance, celle qui était tombée est relevée… Si, par la première Eve « la mort a fait son entrée » (Sg 2,24; Rm 5,12), parce qu’elle s’était mise au service du serpent, Marie, elle, qui s’est fait la servante de la volonté divine, a trompé le serpent trompeur et introduit dans le monde l’immortalité. Tu es plus précieuse que toute la création, car de toi seule le Créateur a reçu en partage les prémices de notre humanité. Sa chair a été faite de ta chair, son sang de ton sang ; Dieu s’est nourri de ton lait, et tes lèvres ont touché les lèvres de Dieu… Dans la prescience de ta dignité, le Dieu de l’univers t’a aimée ; comme il t’aimait, il t’a prédestinée et « dans les derniers temps » (1P 1,20) il t’a appelée à l’existence… Que Salomon le très sage se taise ; qu’il ne dise plus : « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil » (Eccl 1,9).

Homélie pour la Nativité de la Vierge, 7, 10 (trad. SC 80, p. 63 rev.)

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc – L’Annonciation

Chapitre Ier versets 24 à 38

24 Quelque temps plus tard, sa femme Élisabeth devint enceinte. Pendant cinq mois, elle garda le secret. Elle se disait :

25 « Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, lorsqu’il a daigné mettre fin à ce qui faisait ma honte aux yeux des hommes. »

26 Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, 27 à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.

28 L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »

29 A cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.

30 L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

31 Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus.

32 Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;

33 il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »

34 Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » (1)

35 L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu.

36 Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : ‘la femme stérile’.

37 Car rien n’est impossible à Dieu. » (2)

38 Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

Notes :
(1) « Je suis vierge », litt. « je ne connais pas d’homme ».
(2) cf. Gn 18, 14 (-> 12).

Épître aux Hébreux – Le Fils est supérieur aux anges

Chapitre Ier verset 10 à Chapitre II verset 3

1,10 Il est dit encore : C’est toi, Seigneur, qui aux origines fondas la terre, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains.

11 Eux périront, mais toi tu demeures, et tous ils vieilliront comme un vêtement.

12 Comme un manteau tu les rouleras, comme un vêtement, et ils seront changés. Mais toi, tu es le même et tes années ne s’achèveront point.

13 Et auquel des anges a-t-il jamais dit : Assieds-toi à ma droite jusqu’à ce que je place tes ennemis comme un escabeau sous tes pieds ? (1)

14 Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d’un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter du salut ?

2,1 C’est pourquoi nous devons nous attacher avec plus d’attention aux enseignements que nous avons entendus, de peur d’être entraînés à la dérive.

2 Si déjà la parole promulguée par des anges (2) s’est trouvée garantie et si toute transgression et désobéissance a reçu une juste rétribution,

3 comment nous-mêmes échapperons-nous, si nous négligeons pareil salut ? Celui-ci, inauguré par la prédication du Seigneur, nous a été garanti par ceux qui l’ont entendu.

Notes
(1) Citations des psaumes 2 et 104, etcde Dt 32,43
(2) Il s’agit de la Loi de Moïse, qui est promulguée par des anges cf. Ac 7,53 et Ga 3,19

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