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Notice sur sainte Marie Madeleine

Le 22 juillet, nous célébrons la mémoire de la sainte Myrophore et Égale-aux-Apôtres Marie Madeleine.

Magdala (ou Magada ou Dalmanoutha), petit village de pêcheurs situé sur la rive occidentale du lac de Génésareth, à cinq kilomètres de la ville de Tibériade, était la patrie de sainte Marie Madeleine. Vierge fortunée, elle vécut dans la crainte de Dieu et l’observation de ses commandements, jusqu’au jour où elle se trouva possédée de sept démons (cf. Mc16,9; Lc 8,2)[i].

Affligée et ne pouvant trouver aucun répit, elle apprit que Jésus-Christ était parvenu dans la contrée, après avoir traversé la Samarie, et qu’Il attirait de grandes foules à sa suite, par ses miracles et son enseignement céleste. Pleine d’espoir, elle courut vers Lui et, ayant assisté au miracle de la multiplication des pains et des poissons, en nombre suffisant pour nourrir plus de quatre mille hommes (Mt15,30-39), elle alla se jeter aux pieds du Sauveur et lui demanda de la guider sur la voie de la vie éternelle.

Ayant été délivrée de cette épreuve, elle renonça à ses biens et à tout attachement au monde pour suivre Jésus dans tous ses périples, avec les Apôtres, la Mère de Dieu et d’autres pieuses femmes qui s’étaient mises à son service après avoir été guéries par lui de diverses maladies: Marie, mère de Jacques le petit et de Joset ; Marie de Clopas ; Jeanne, femme de Chouza ; Suzanne, et Salomé, mère des fils de Zébédée.

Lorsqu’Il eut rempli son ministère en Galilée, le Seigneur se dirigea vers Jérusalem, malgré les avertissements de ses proches. Marie Madeleine le suivit sans hésitation, et se lia d’amitié avec Marthe et Marie de Béthanie.

Alors que le Seigneur venait de délivrer un possédé qui était muet, et affirmait qu’Il chassait les démons par l’Esprit de Dieu, une voix s’éleva de la foule et s’écria:

Heureuses les entrailles qui t’ont porté, et les seins qui t’ont allaité!(Lc  11,27).

Cette voix, suppose-t-on, était celle de Marie Madeleine. Elle était présente également lors de la résurrection de Lazare, et fut alors confirmée dans sa foi au Fils de Dieu. Tandis que les autres disciples avaient abandonné le Maître au moment de son arrestation, elle le suivit jusque dans la cour du grand prêtre puis au tribunal de Pilate, elle assista à son procès inique, à sa Passion et se tint auprès de la Croix, en compagnie de la Mère de Dieu et de saint Jean le Théologien (Jn 19,25).

Tout étant accompli et le sang du Sauveur ayant coulé de son côté pour purifier la terre, Marie, surmontant la douleur, prit l’initiative de son ensevelissement. Sachant que le noble conseiller, Joseph d’Arimathie [fête le 31 juillet], avait fait creuser près de là un tombeau neuf dans le roc, elle alla le trouver et le convainquit de céder ce sépulcre pour ensevelir le Crucifié. Encouragé par la foi résolue de cette femme, Joseph obtint l’autorisation de Pilate et, prenant avec lui Nicodème, le membre du Sanhédrin qui était disciple secret de Jésus, il descendit le corps de la Croix et le déposa dans un linceul pour le mettre au tombeau. Marie Madeleine ainsi que la Mère de Dieu assistaient à la scène, et elles élevèrent alors une hymne funèbre, accompagnée de larmes, dans lesquelles brillait cependant l’espoir de la résurrection[ii]. Une fois le tombeau fermé par une grosse pierre qu’on avait roulée à l’entrée, Joseph et Nicodème se retirèrent; mais les deux saintes femmes restèrent assises, en pleurs en face du tombeau, jusque tard dans la nuit. En quittant l’endroit, elles décidèrent, sitôt le repos du sabbat expiré, de revenir au tombeau avec des aromates, pour embaumer une fois encore le corps du Sauveur (Mc16, 1).

Ayant donc observé le repos légal, au chant du coq, alors que le premier jour de la semaine commençait à peineà poindre, Marie Madeleine et 1’« autre Marie »[iii]vinrent au sépulcre. Un ange resplendissant leur apparut, accompagné d’un tremblement de terre, et leur annonça que Jésus ne se trouvait plus à l’intérieur, mais qu’Il était ressuscité (Mt 28, 1). Toutes troublées, elles ne prirent pas même le temps de regarder dans le tombeau et coururent porter la nouvelle aux Apôtres. Le Seigneur ressuscité leur apparut en chemin et les salua en disant: «Réjouissez-vous !» Il convenait en effet qu’Il annonçât à une femme la délivrance de notre nature, déchue et condamnée à la souffrance à la suite de la faute d’Ève.

En entendant leur récit, les Apôtres crurent qu’elles déliraient. Pierre, cependant, courut jusqu’au sépulcre et, se penchant, vit que seules les bandelettes s’y trouvaient, et il se retira tout perplexe. Le jour s’étant levé, Marie Madeleine se rendit pour la seconde fois sur les lieux, afin de vérifier si elle n’avait pas été victime d’une hallucination. Constatant que le tombeau était effectivement vide, elle alla l’annoncer derechef à Pierre et Jean, qui se rendirent en courant sur les lieux. Une fois les deux disciples repartis, elle resta seule près du tombeau, se demandant qui avait bien pu enlever le corps (Jn20, 11). Deux anges vêtus de blancs apparurent alors à l’emplacement de la tête et des pieds du Seigneur, et lui demandèrent pourquoi elle pleurait. Comme elle leur répondait, les anges se levèrent soudain, avec respect. Marie se retourna et vit Jésus qui lui posa la même question. Le prenant pour le jardinier, elle demanda si c’était lui qui avait enlevé le corps. Mais dès que Jésus l’eut appelée par son nom: «Marie », reconnaissant la voix de son bien-aimé Seigneur, elle s’écria: «Rabbouni (Maître) !» et voulut se jeter à ses pieds pour les baiser. Désirant l’attirerà une compréhension plus élevée de l’état dans lequel se trouvait son corps après la résurrection, Jésus lui dit: «Ne me touche pas, car le ne suis pas encore monté vers le Père! » Et Il l’envoya annoncer à ses frères ce qu’elle avait vu.

Devenue pour la troisième fois « apôtre des Apôtres», Marie Madeleine resta avec les disciples et la Mère de Dieu, partageant leur joie. Elle était probablement présente au Mont des Oliviers, lors de l’Ascension, tout comme dans la chambre haute, le jour de la Pentecôte, quand le Saint-Esprit descendit sous forme de langues de feu (Act 2).

On raconte que la sainte quitta ensuite Jérusalem, pour se rendre à Rome et y demander justice à l’empereur Tibère de la condamnation inique prononcée par Pilate[iv]. Se présentant devant l’empereur avec un œuf en main, elle lui déclara qu’après avoir souffert la Passion, le Christ était ressuscité, apportant à tous les hommes la promesse de la résurrection; et l’ œuf se teignit alors en rouge’[v]. Le

 

souverain écouta sa requête et convoqua Pilate, ainsi que les grands prêtres Anne et Caïphe. Caïphe mourut en route, en Crète; quant à Anne, il fut supplicié en étant enfermé dans une peau de buffle. Pilate, s’étant présenté au tribunal de l’empereur, essaya de se justifier en avançant les pressions exercées par les Juifs et le risque de rébellion contre l’autorité romaine. Mais César resta insensible à son apologie et le fit jeter en prison. On rapporte que, poursuivant un cerf au cours d’une partie de chasse, organisée non loin de la prison par des amis de Pilate, l’empereur décocha une flèche qui alla frapper Pilate en plein cœur.

De retour à Jérusalem, Marie Madeleine suivit l’enseignement de saint Pierre. Quatre ans s’étant écoulés depuis la Résurrection, et les Apôtres s’étant dispersés dans diverses régions du monde, elle se joignit à saint Maxime, l’un des Soixante-Dix Disciples, pour aller prêcher la Bonne Nouvelle. Ils furent bientôt arrêtés par les Juifs et abandonnés, avec d’autres chrétiens, en pleine mer, sans nourriture, dans un bateau dépourvu de voile et de rames. L’embarcation fut cependant guidée par le Christ, le Pilote de notre salut, jusqu’à Marseille, en Gaule[vi].

Ayant débarqué sains et saufs, les saints apôtres eurent à subir la faim, la soif et le mépris des habitants de l’endroit, païens forcenés qui ne leur procuraient aucun secours. Un jour que ces derniers s’étaient réunis pour un de leurs sacrifices impies, sainte Marie Madeleine se mêla courageusement à l’assemblée et les exhorta à reconnaître le seul Dieu, Créateur du ciel et de la terre. Émerveillés par son assurance et par l’éclat de son visage, les païens prêtèrent attention à ses paroles. Elle réitéra son discours devant le gouverneur romain de la province, Hypatios, qui était venu en compagnie de son épouse apporter une offrande aux idoles, afin d’obtenir une progéniture. D’abord réticent, Hypatios, à la suite de trois apparitions de la sainte, accueillit Marie et ses compagnons en son palais et demanda à être instruit de leur doctrine. Grâce à l’intercession de Marie, il obtint un enfant, mais sa femme mourut en le mettant au monde. Après un court séjour à Rome, Hypatios entreprit un pèlerinage à Jérusalem; mais changeant soudain d’avis, il décida de retourner à l’endroit où il avait enseveli son épouse et l’enfant. Quelle ne fut pas sa stupeur de les retrouver vivants et d’apprendre qu’ils avaient survécu grâce aux prières et aux soins de sainte Marie Madeleine! Rendant grâces à Dieu, le magistrat et toute sa maison se firent alors baptiser et devinrent de fervents proclamateurs de la Vérité.

Quittant la Gaule, sainte Marie Madeleine continua ses périples missionnaires en Égypte, Phénicie, Syrie, Pamphylie et autres lieux, répandant partout la bonne odeur du Christ. Elle passa quelque temps à Jérusalem, puis partit pour Éphèse, où elle retrouva saint Jean le Théologien, partageant ses épreuves et jouissant de ses enseignements inspirés.

Ayant rempli la mission que le Seigneur lui avait confiée, elle remit là son âme à Dieu, après une brève maladie, et fut ensevelie à l’entrée de la grotte, où s’endormirent ensuite les Sept Enfants [fête le 4 août][vii]. De nombreux miracles se produisirent en cet endroit, jusqu’au jour où, presque dix siècles plus tard (899), le pieux empereur Léon VI le Sage ordonna de transférer les reliques de la sainte Égale-aux-Apôtres à Constantinople [fête le 4 mai]. Il les reçut avec une grande dévotion, en présence de tout le peuple, et les portant sur ses épaules, aidé de son frère Alexandre, il alla les déposer dans la partie gauche du sanctuaire du monastère de Saint-Lazare, qu’il avait fondé.

Survivant aux péripéties de l’histoire, la main gauche de la sainte Myrophore, qui exhale un suave parfum, est aujourd’hui vénérée au monastère athonite de Simonos Pétra, qui honore sainte Marie Madeleine comme sa seconde fondatrice.

 

 

Extrait du synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos Pétra au mont Athos

[i]La tradition occidentale, depuis S. Grégoire le Grand (Hom. Evang. XXIV et XXXIII,PL 76, 1189, 1239, Hom. Ezech, VIII, 2, PL 76,854), a assimilé Marie Madeleine à la pécheresse repentante venue oindre les pieds de Jésus (Lc 7,36-38), et même à Marie sœur de Lazare. Mais rien dans l’Évangile ne porte à faire cette identification, ignorée par la plupart des Pères orientaux. En effet, la possession ne suppose en aucun cas une vie débauchée. saint Syméon Métaphraste interprète de manière allégorique les «sept démons» comme les sept passions qui font obstacle àla vertu; toutefois il n’est pas suivi par d’autres Pères.

 

[ii]Cette lamentation funèbre est le thème de l’office des matines du Grand Samedi.

[iii]D’après S. Romanos le Mélode et S. Grégoire Palamas l’« autre Marie» ne pouvait être que la Mère de Dieu, car il convenait qu’elle fût la première à contempler la Résurrection de son Fils. Mais, pour la plupart des Pères, ce fut Marie Madeleine qui vit la première le Seigneur, conformément aux paroles de l’Évangile (Mc 16,9), l’«autre Marie» étant Marie, mère de Jacques. Les écrivains ecclésiastiques ont essayé de concilier de diverses manières les récits divergents des évangiles concernant la ou les visites des saintes Myrophores au tombeau. Nous résumons ici la version de Nicéphore Calliste Xanthopoulos (XIVe siècle.)

 

[iv]Ce récit de la vengeance contre Pilate et de sa mort n’est rapporté que par S. Syméon Métaphraste, probablement sous l’influence de l’Évangile apocryphe de Nicodème (Actes de Pilate,Ve siècle), qui met en scène ste Véronique. En 36, Pilate fut déposé de sa charge et renvoyé à Rome pour répondre de sa mauvaise administration, pendant laquelle avaient abondé provocations, violences et exécutions arbitraires. Selon Eusèbe de Césarée, il se serait suicidé (Hist. ecclés.II, 7), ou il fut peut-être exécuté. Diverses traditions apocryphes ont tenté de réhabiliter Pilate, supposant même qu’il se serait converti, et reportent toute la responsabilité de la Passion sur les Juifs.

[v]Cette tradition populaire rend compte de la coutume des œufs de Pâques, répandue dans tout le monde chrétien.

[vi]Ce récit de la mission de Ste Marie Madeleine en Gaule, rapporté par S. Syméon Métaphraste, fait écho, en quelque manière, aux diverses traditions répandues en France, concernant le culte de la sainte. La tradition du transfert de reliques de Marie Madeleine à l’abbaye de Vézelay, en Bourgogne, semble la plus ancienne et fut à l’origine d’un fameux pèlerinage. Selon certains, ces reliques venaient de Provence, selon d’autres de Palestine. À partir du XII’s., on commença à vénérer à la Sainte-Baume, à une cinquantaine de kilomètres de Marseille, une caverne où la sainte aurait mené la vie ascétique pendant trente ans. Parallèlement, un pèlerinage se développa au village de Saint-Maximin, à une vingtaine de kilomètres de là, où l’on avait découvert dans une crypte un sarcophage de la sainte Myrophore. On vénéra dès lors en Provence ste Marie Madeleine et ses compagnons: S. Maximin, premier évêque d’Aix, S. Sidoine, ste Marcelle et deux autres enfants. Notons qu’on vénère également aux Saintes-Maries de la Mer, en Camargue, les saintes Myrophores Marie, mère de Jacques, et Marie Salomé, qui auraient accompagné ste Marie Madeleine dans sa mission.

[vii]Daprès une homélie de S. Modeste de Jérusalem, elle serait morte en martyr (dans Photios, Bibliothèque, PG 86, 3276). S. Grégoire de Tours témoigne aussi de l’existence du tombeau de la sainte à Éphèse, De gloria martyrum, 29.

 

Notice sur saint Wandrille

Le 22 juillet, l’Église orthodoxe honore la mémoire de notre vénérable Père Wandrille, abbé de Fontenelle.
Né dans la région de Verdun, à la fin du VIe siècle, au sein d’une famille apparentée au maire du palais, Pépin d’Héristal, père de Charles Martel, saint Wandrille entra jeune à la cour du roi Dagobert Ier, qui lui accorda le titre de comte et lui confia l’administration des domaines royaux. Il remplissait son office avec loyauté, mais sa préférence le portait à mener une vie consacrée à Dieu. Il s’était d’ailleurs lié d’amitié spirituelle avec d’autres dignitaires, comme Didier le trésorier et Dadon le chancelier, qui menaient une vie de mortification à la cour. Marié par obéissance à ses parents, Wandrille se mit d’accord avec son épouse pour garder la virginité et se retirer l’un et l’autre dans un monastère.
Il se retira donc dans une de ses propriétés de Lorraine, appelée Montfaucon, auprès du saint ermite Baldric. Informé de sa défection, le roi Dagobert convoqua Wandrille, qui apparut au palais dans son vêtement d’ascète, mais rayonnant d’un éclat céleste, et obtint du roi son autorisation de quitter le monde. Il se rendit alors dans le Jura, pour y restaurer l’ermitage fondé par saint Ursanne. Suivant la tradition des moines irlandais et de saint Colomban [fête le 23 novembre], il menait une vie extrêmement mortifiée, passait presque toutes ses nuits sans sommeil, pieds nus, en récitant des psaumes, et quand les tentations l’oppressaient, il allait se jeter dans un étang glacé. Désireux d’assimiler plus complètement l’héritage de saint Colomban, il se rendit au monastère de Bobbio, fondé par ce dernier en Italie, et s’y perfectionna dans l’expérience de la vie communautaire. De retour en Gaule, il s’arrêta au monastère de Romainmoutier [fête le 28 février], qui avait été restauré par des disciples de saint Colomban, et y vécut une dizaine d’années.
Averti par un ange de la mission qu’il devait entreprendre pour le salut de beaucoup d’âmes, il quitta le Jura pour la Neustrie. À Rouen, il retrouva son ami Dadon, devenu évêque sous le nom de Ouen [fête le 24 août], et fut ordonné par lui diacre. Après avoir reçu la prêtrise des mains de saint Omer, évêque de Thérouanne [fête le 9 septembre], il seconda saint Ouen dans l’évangélisation de son diocèse. Après quelques années (649), le cœur toujours altéré de l’entretien avec Dieu dans la solitude, il obtint l’autorisation de son évêque pour s’installer dans le vallon marécageux de Fontenelle, dans la forêt de Jumièges, acquis par son neveu Gond qui avait décidé de renoncer au monde. S’appliquant avec un zèle infatigable à défricher l’endroit, Wandrille et les disciples de plus en plus nombreux qui s’étaient rassemblés autour de lui, y édifièrent quatre églises et des cellules. Montrant l’exemple dans les travaux manuels, le saint était le premier pour la prière, et il enseignait ses moines à se tendre toujours en avant vers la perfection, disant: «Nous ne devons pas compter les années que nous avons passées au monastère, mais plutôt celles que nous avons passées dans la pratique irréprochable des commandements divins. Que la charité fraternelle soit votre lien et mettez-vous au service les uns des autres. Votre adversaire, le diable, en vous voyant unis de la sorte, s’enfuira bien loin, car il ne peut approcher de celui qu’il voit uni d’esprit et de cœur avec ceux qui l’entourent. » Wandrille ne quittait le monastère que pour prêcher aux païens de la région, ou pour aller fonder d’autres monastères, au nombre de cinq, organisés comme Fontenelle en harmonisant la tradition irlandaise de saint Colomban et la Règle de saint Benoît qui commençait à se répandre en France.
Ayant gouverné son monastère pendant dix-neuf ans, saint Wandrille, qui se lamentait de rester en exil sur la terre, tomba malade et entra dans une extase de trois jours, pendant laquelle il vit la porte des cieux ouverte et le trône de gloire qui lui était préparé. Revenu de ce ravissement, il exhorta ses disciples à la charité mutuelle, désigna son successeur et souriant aux anges et aux saints qui étaient venus l’accueillir, il s’endormit en paix, le 22 juillet 668, en présence de saint Ouen et de ses trois cents disciples.

saint Vladimir, grand-prince de Kiev

Le même jour, mémoire de saint VLADIMIR, grand-prince de KIEV, Égal-aux-Apôtres et iIIuminateur du peuple russe.

À la suite du siège manqué de Constantinople (864), le patriarche saint Photios envoya à Kiev un évêque accompagné de prêtres, afin d’y semer les premières semences du christianismes. Mais cette mission fut bientôt interrompue lors de la prise de la ville par les princes varègues (Vikings) Oleg et Igor (880-883), qui favorisèrent l’implantation de leurs congénères idolâtres. Par la suite, les trois attaques tentées par les Russes contre la capitale byzantine (911,944 et 971) conduisirent à l’installation de marchands qui embrassèrent le christianisme et devinrent missionnaires en rentrant dans leur patrie, si bien qu’en 945, Kiev possédait déjà une assez grande communauté chrétienne, qui se rassemblait dans l’église du Prophète-Élie. La veuve du prince Igor, sainte Olga, se fit baptiser alors qu’elle était régente [11 juil.], mais cette conversion resta personnelle et n’eut pas de répercussion notable dans son peuple. Bien au contraire, dès que son fils Sviatoslav prit le pouvoir, restant sourd aux exhortations d’Olga, il encouragea le paganisme, car la conversion au christianisme était considérée comme une transgression de la tradition de son peuple et une honte.

À la mort de Sviatoslav, son fils Iaropolk, qui était plus favorable aux chrétiens, devint prince de Kiev, alors que son frère cadet, Vladimir, s’installait à Novgorod. Chassé de là par Iaropolk, il alla se réfugier en Scandinavie, d’où il revint peu après avec un fort contingent de Varègues. Il expulsa son frère, qui mourut au cours du combat, et s’installa à Kiev (980). Les instructions de sa grand-mère, sainte Olga, et de sa mère, Malousa, n’avaient pu décider Vladimir à renoncer à l’idolâtrie et, animé d’un zèle ardent pour les dieux des Vikings, dès son intronisation, il fit édifier sur les hauteurs de la cité un temple dédié au dieu du tonnerre, Péroun, où l’on faisait même des sacrifices humains. Et, conséquence de cette impiété, le prince menait une vie excessivement débauchée, qui le rendit tristement célèbre. Monarque belliqueux et soucieux d’étendre son territoire, il avait déclaré une guerre sans merci aux peuples voisins: Bulgares et Lituaniens. Au retour d’une campagne victorieuse contre les Jatvagues (Latviens) (983), il décida d’offrir aux dieux un sacrifice humain, en signe d’action de grâces. Le sort tomba sur un marchand varègue, Théodore, et son fils Jean, qui étaient chrétiens et qui devinrent ainsi les premiers-martyrs du sol russe [12 juil.]. Cet ignoble sacrifice fit cependant une forte impression sur l’âme de Vladimir. Il se mit alors à méditer sur la religion et à nourrir des doutes à propos de l’idolâtrie. Ces préoccupations vinrent à la connaissance des peuples qui vénéraient un seul Dieu : les Bulgares musulmans de Kama, les Khazars qui avaient embrassé le judaïsme, les Germains, chrétiens latins, et les Grecs orthodoxes. Chacun de ces peuples envoya des émissaires à Kiev, qui essayèrent d’influencer le prince en présentant leurs arguments; mais seul l’envoyé de Byzance parvint à capter son attention en réfutant toutes les autres religions et en lui exposant l’œuvre salvatrice de notre Seigneur Jésus-Christ. Après avoir consulté ses boyards, le prince décida d’envoyer ses propres ambassadeurs dans ces différents pays, afin de se rendre compte par eux-mêmes de la manière dont on y vivait la religion. Quand les émissaires envoyés dans la capitale byzantine assistèrent à la Divine Liturgie et aux diverses cérémonies qui avaient lieu à Sainte-Sophie, leur impression fut si forte qu’ils en restèrent stupéfaits et rapportèrent ensuite à leur souverain: «Nous ne savions plus si nous étions au ciel ou sur la terre. Car il n’y a pas sur terre un tel spectacle, ni une telle beauté, et nous sommes incapables de le décrire. Nous savons seulement que c’est là que Dieu demeure avec les hommes, et que leur culte dépasse celui de tous les pays. Cette beauté nous ne pouvons l’oublier, et nous savons qu’il nous sera désormais impossible de vivre en Russie d’une manière différente! »[i]6 Quand il entendit ce récit, l’âme de Vladimir s’enflamma et, désormais convaincu que cette gloire manifestée dans la Liturgie ne pouvait être que le resplendissement de la V érité, il décida de devenir chrétien, avec tout son peuple.

Entre temps, l’empereur de Byzance, Basile II, affaibli par la guerre contre le tsar des Bulgares, Samuel, et menacé d’être expulsé de Constantinople par la révolte de Bardas Phocas (987), fit appel au grand-prince de Kiev. Vladimir proposa de lui envoyer six mille Varègues, mais demanda en échange la main de sa sœur, Anne Porphyrogénète, en promettant de se convertir au christianisme avec tout son peuple. Grâce à l’intervention des Varègues, la révolte de Bardas fut réprimée, mais l’empereur tarda à tenir sa promesse et à envoyer à Kiev sa sœur qui répugnait à s’unir à un païen. Jamais, en effet, une princesse de rang impérial n’avait été mariée à un barbare. Vladimir marcha alors vers la Crimée et s’empara de la ville de Cherson, menaçant de poursuivre vers Constantinople si l’empereur ne tenait pas sa promesse’[ii]. Effrayé, Basile envoya sans retard sa sœur, accompagnée de l’évêque saint Michel [30 sept.] et de prêtres qui avaient été choisis pour la mission en Russie. Le grand-prince fut baptisé, sous le nom de Basile, le jour de la Théophanies, avec les officiers de sa suite, puis on célébra les noces’. En cadeau, Vladimir rendit la ville de Cherson aux Byzantins, puis il repartit pour Kiev, avec la princesse et les clercs qui avaient pris à Cherson un fragment des reliques de saint Clément de Rome ainsi que d’autres glorieux trophées, icônes et objets de culte.

Aussitôt arrivé dans sa capitale, le prince répudia ses épouses païennes, déclarant qu’il ne pouvait désormais avoir qu’une seule épouse, et il commença à purifier la ville de tout culte idolâtre. Avec le même zèle qu’il avait montré auparavant pour le culte des faux dieux, il fit renverser leurs idoles et ordonna d’attacher la statue de Péroun à la queue de chevaux, qui lui firent dévaler la colline et allèrent la précipiter dans le Dniepr aux yeux de tout le peuple. Saint Michel commença alors à prêcher la parole de Dieu, aidé par Vladimir en personne. Le jour de la Pentecôte, une multitude d’habitants de Kiev fut baptisée dans le fleuve: jeunes et vieux entrèrent ensemble dans le bain de la nouvelle naissance, les uns plongés dans l’eau jusqu’au cou, d’autres jusqu’à la taille, les enfants groupés au bord et les nourrissons dans les bras de leurs mères. L’évêque célébra le baptême et demanda au prince Vladimir de servir de parrain à tout son peuple.

Changeant complètement son caractère et adoptant la douceur des mœurs évangéliques, Vladimir supprima la peine de mort et mena dès lors une vie agréable à Dieu, qui le fit surnommer par son peuple: le « Soleil radieux ». Il fit édifier des églises à la place des temples païens, et en particulier une splendide église, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, fut érigée à l’endroit même du martyre de saint Théodore et de son fils, à laquelle le prince affecta un dixième de ses revenus [iii]10. Il fonda aussi des écoles pour l’instruction du peuple et la formation des prêtres. Des missionnaires furent envoyés dans les autres principautés, afin d’y proclamer la Bonne Nouvelle en langue slave”[iv]. La ville de Kiev devint ainsi le siège de l’évêque métropolitain, dépendant du Patriarcat de Constantinople, ayant juridiction sur cet immense territoire. Du fait de la résistance des prêtres païens, seule la principauté de Novgorod resta rétive, et c’est par la force que Vladimir y imposa le christianisme.

Vers la fin de sa vie, après la mort de sa femme, le saint prince eut à endurer de cruelles afflictions de la part de ses deux fils aînés, Sviatopolk et Iaroslav. Sous l’influence de son beau-père, le roi de Pologne, qui l’avait convaincu de se convertir au catholicisme, Sviatopolk s’insurgea contre Vladimir, qui fut mis en prison, et une guerre de courte durée éclata entre la Pologne et la Russie (1013). L’année suivante, Iaroslav, profitant de la haine que nourrissait la principauté de Novgorod à l’égard de Kiev qui lui avait retiré l’hégémonie au temps d’Oleg, fomenta une révolte. Mais avant que la guerre ne soit déclarée, saint Vladimir tomba gravement malade. Il envoya son fils Boris combattre les Petchenègues, païens endurcis et de mœurs sauvages, qui attaquaient son territoire, et relâcha Sviatopolk avant de rendre son âme à Dieu, le 15 juillet 1015. Sviatopolk essaya de cacher au peuple la mort de son père” ; mais au matin la cathédrale, dans laquelle le corps avait été transporté, se trouva entourée de milliers de personnes de toutes qualités, qui versaient d’abondantes larmes et élevaient vers Dieu leurs lamentations, car ils venaient de perdre leur père et le nouvel-apôtre qui leur avait apporté la lumière de la foi et qui, tel un autre Constantin, avait élevé leur peuple au rang des grandes nations chrétiennes. Ses précieuses reliques furent cachées pendant l’invasion mongole, et ne furent retrouvées, dans les ruines de l’église, qu’en 1631. Son crâne est conservé dans l’église principale du monastère des Grottes de Kiev, sa mâchoire dans la cathédrale de la Dormition à Moscou, et d’autres fragments dans divers sanctuaires de Russie.

[i]6. Première Chronique Russe. The Russian Primary Chronicle, Laurentian Text ed. S.H. Cross et O.P. SherbowitzWetzor, Cambridge MA, 1953, 110-11 et S. HILARION DE KIEV, Dit sur la Loi et la Grâce.

[ii]7. Selon certains historiens, la prise de Cherson ne fut pas un acte de menace. Au contraire Vladimir serait venu alors en aide à Basile en prenant cette ville qui s’était insurgée et avait pris parti pour Bardas Phocas.

[iii]

  1. En 989 à Cherson ou selon d’autres en 988 à Kiev. La Chronique russe rapporte que Vladimir, étant devenu aveugle peu avant son baptême, recouvra la vue en sortant des eaux baptismales.
  2. Il semble que le mariage ait plutôt eu lieu à Kiev, après le baptême du peuple.
  3. Lors du grand incendie de 1070, sept cents églises furent détruites à Kiev. Ce qui montre l’importance de la christianisation. En ce temps-là Kiev était considérée comme une des principales capitales d’Europe en ce qui concerne les arts et les lettres.

[iv]11. C’est de Bulgarie, où l’œuvre des saints Cyrille et Méthode avait été poursuivie par leurs disciples, que furent importées les traductions indispensables à la formation de la culture ecclésiastique de la Russie de Kiev. Ce fut surtout Iaroslav le Sage, successeur de S. Vladimir (1019-1054), qui favorisa cette activité de traduction des livres grecs.

  1. C’est lui qui fit assassiner peu après les deux fils préférés de Vladimir, qu’il avait eus de la princesse Anne: saints Boris et Gleb [24 juil.].

Saints Apôtres Pierre et Paul

Le 29 juin, l’Église orthodoxe célèbre la mémoire des saints, glorieux et illustres Apôtres Pierre et Paul, les Premiers-Coryphées ([i]).

Le saint Apôtre Pierre, appelé préalablement Simon, naquit dans la bourgade de Bethsaïde, sur la rive nord du lac de Génésareth. Il était fils de Jonas, de la tribu de Nephtali. Il s’était marié ([ii]) et vivait à Capharnaüm, exerçant la modeste profession de pêcheur avec son frère André ([iii]), qui était disciple de saint Jean le Précurseur. Au début du ministère public de notre Seigneur, le saint Précurseur désigna à André et à Jean, fils de Zébédée, Celui qu’il appelait l’Agneau de Dieu. André rejoignit son frère et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie ! » Et le lendemain, il l’emmena auprès de Jésus qui, posant son regard sur lui, dit : « Simon, fils de Jonas ; tu seras appelé Céphas » – ce qui signifie Pierre. Ce changement de nom signifiait pour lui la transformation de sa vie et, dès lors, il suivit Jésus qui parcourait la Galilée, annonçant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toutes les maladies, sans toutefois abandonner complètement la pêche. Quand Jésus eut enseigné dans la synagogue de Capharnaüm, Pierre l’invita dans sa maison, où sa belle-mère se trouvait alitée souffrant d’une forte fièvre. Jésus la guérit, et elle se leva aussitôt pour le servir. Un jour, le Seigneur monta dans la barque de Pierre pour prêcher à la foule qui le serrait de trop près. Quand il eut fini de parler, il ordonna à Simon de s’éloigner au large et de jeter ses filets. Le disciple et ses compagnons obéirent, alors qu’ils avaient peiné inutilement toute la nuit précédente, et ils prirent tant de poissons que leurs filets s’en rompaient. Admirant ce signe de la puissance de Jésus, Pierre tomba à ses pieds et s’exclama : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! » Mais Jésus le releva et lui dit : « Sois sans crainte, désormais ce sera des hommes que tu prendras. » Pierre abandonna alors définitivement sa barque, ses filets et sa famille, pour suivre Jésus. Son amour était si ardent qu’il s’imposa à la tête du chœur des douze Apôtres élus par le Seigneur, non comme un chef possédant une autorité coercitive – comment cela aurait-il été possible alors que le Seigneur leur avait interdit d’avoir entre eux des prétentions hégémoniques (cf. Mt 20, 27 ; 23, 10) ? – mais plutôt comme le porte-parole des Apôtres et l’interlocuteur privilégié du Maître. C’est aussi à cause de son zèle et de son amour ardent qu’il le choisit, avec Jacques et Jean, pour être témoins des manifestations les plus éclatantes de sa nature divine : lors de la résurrection de la fille de Jaïre, le chef de la synagogue ([iv]) et, surtout, lors de sa transfiguration sur le Mont Thabor ([v]). Ce caractère de disciples privilégiés les fit reconnaître comme les « colonnes » de l’Église par les autres apôtres ([vi]).

Après que le Seigneur eut multiplié les pains pour nourrir plus de cinq mille personnes, Il ordonna à ses disciples de monter en barque et de le devancer, pendant qu’Il renverrait la foule. La nuit venue, comme l’embarcation se trouvait harcelée par les vagues, avec un vent contraire, Jésus vint vers eux en marchant sur les eaux. Les disciples effrayés crurent voir un fantôme, mais Pierre, porté par sa foi, descendit de la barque, sur l’ordre de Jésus, et marcha lui aussi sur les eaux à sa rencontre. Mais saisi soudain d’un sentiment humain, il prit peur et commença à s’enfoncer dans l’eau et cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Jésus lui tendit la main et le saisit, en disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et dès qu’ils montèrent dans la barque, le vent tomba. Tel était en effet Pierre, tant que le Saint-Esprit n’eut pas scellé sa foi par la perfection de la grâce déifiante : un homme au caractère ardent et impulsif, à l’amour sans réserve pour le Messie, qui lui faisait dépasser les limites de la nature, mais revêtu aussi de faiblesse et d’imperfection. Quand, un peu plus tard, Jésus exposa qu’Il était Lui-même le Pain de vie descendu du ciel et que quiconque ne mangerait pas la Chair du Fils de l’homme et ne boirait pas son Sang ne pourrait avoir la vie éternelle ([vii]), beaucoup de ses disciples l’abandonnèrent trouvant ces paroles trop dures. Jésus se tourna alors vers les Douze et leur demanda s’ils voulaient partir eux aussi. Pierre rétorqua aussitôt : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de vie éternelle. » Une autre fois, parvenu dans la région de Césarée de Philippe, Jésus, après avoir interrogé ses disciples sur les opinions qu’on se faisait sur le Fils de l’homme, leur demanda : « Pour vous, qui dites-vous que je suis ? » Devançant les autres, Pierre s’exclama : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Le Seigneur loua Pierre de cette confession de foi en Sa divinité, en disant qu’elle lui avait été révélée par le Père, et il ajouta : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. À toi, je te donnerai les clés du Royaume des cieux, et ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux[viii] ».

Immédiatement après cette scène, qui avait manifesté que l’amour de Pierre pour le Seigneur lui procurait la connaissance de la Vérité, Jésus commença à annoncer sa Passion et sa Résurrection, et Pierre, retombant derechef dans des sentiments humains, le réprimanda, en disant : « Seigneur ! Non cela ne t’arrivera pas. » Jésus se détourna de lui et dit : « Retire-toi, derrière moi Satan ! Tu es pour moi un obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! »

De même, lors de la dernière Cène, comme le Seigneur lavait les pieds de ses disciples, Pierre refusa avec véhémence. Jésus lui répondit doucement : « Si je ne te lave pas, tu n’auras plus rien de commun avec moi. » Le repas achevé, le Seigneur annonça, plus clairement que jamais, qu’Il devrait être livré à la mort pour ressusciter ensuite, et Il prédit qu’Il allait être abandonné par ses disciples. Pierre, encore une fois emporté par son zèle, s’écria avec présomption, en s’élevant au-dessus de ses compagnons : « Même si tous trébuchent, eh bien ! pas moi ! » Jésus répondit avec calme et tristesse : « En vérité, je te le dis, cette nuit même, le coq n’aura pas chanté deux fois que tu m’auras renié par trois fois. »

Pierre suivit Jésus au jardin de Gethsémani, avec Jacques et Jean, et ceux qui avaient été jugés dignes de la lumière de sa gloire au Thabor furent témoins de son agonie, de l’extrême manifestation de sa nature humaine ; mais succombant encore à leur faiblesse, ils s’endormirent, tandis que le Maître versait des larmes de sang dans sa prière. Toutefois, quand les serviteurs du grand prêtre arrivèrent et portèrent la main sur Jésus, Pierre saisit son glaive et coupa l’oreille droite de Malchus. Jésus le rabroua et lui ordonna de remettre son épée au fourreau, en rappelant qu’il convenait qu’Il soit arrêté pour que les Écritures s’accomplissent. Cet élan ayant été retenu, Pierre abandonna le Seigneur, avec tous les autres disciples, et suivit de loin le cortège, jusqu’au palais du grand prêtre. Ayant réussi à pénétrer à l’intérieur, dans la cour, une servante le reconnut et dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Nazaréen ». Saisi de crainte par les paroles d’une femme, celui qui avait juré qu’il irait volontiers à la mort pour le Seigneur, le renia. Interrogé pour la troisième fois, il porta serment, avec fortes imprécations, disant : « Je ne connais pas cet homme ! » Aussitôt, un coq chanta, et Pierre se souvenant des paroles de Jésus, sortit et pleura amèrement son reniement.

Au matin du troisième jour après la Passion, Marie Madeleine et les autres saintes femmes qui avaient vu le tombeau vide et l’ange resplendissant leur annonçant la résurrection du Seigneur, allèrent l’annoncer à Pierre et Jean. Les deux disciples coururent vers le tombeau et, le disciple Bien-aimé étant arrivé le premier, il laissa Pierre entrer avant lui dans le sépulcre, où ils virent les bandelettes déposées dans un coin. Ce jour-là, semble-t-il, le Seigneur ressuscité apparut à Pierre, seul ([ix]). Quelque temps après, les disciples étant retournés à leurs occupations sur le lac de Tibériade, et alors qu’ils avaient travaillé en vain toute la nuit, quelqu’un les interpella du rivage et leur prescrivit de jeter encore une fois leurs filets. Comme ils peinaient pour remonter à bord les cent cinquante-trois gros poissons qu’ils avaient pris, Jean dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Aussitôt, lâchant le filet, Pierre mit son vêtement et se jeta à l’eau pour gagner au plus vite le rivage à la nage et se prosterner aux pieds de Jésus. Après avoir partagé avec eux le repas, pour leur montrer qu’Il était bien vivant, en chair et en os, Jésus demanda à trois reprises à Pierre :

M’aimes-tu ? Et Pierre, corrigeant son triple reniement par la triple confession de son amour, fut restauré dans sa position de coryphée du chœur apostolique par la puissance divine du repentir, et il se vit confier par le Seigneur la responsabilité pastorale de son Église.

Après avoir assisté à l’Ascension de notre Seigneur, Pierre prit la tête de la communauté, d’environ cent vingt personnes, qui s’était réunie dans la chambre haute, persévérant dans la prière dans l’attente de l’effusion du Saint-Esprit. Il proposa de tirer au sort un remplaçant pour occuper la place de Judas le traître, et Matthias fut élu au nombre des Douze Apôtres. Le jour de la Pentecôte, les Apôtres ayant été remplis du Saint-Esprit, parvinrent à la pleine connaissance du Grand Mystère du Salut, et ils furent dès lors capables de porter témoignage sur le Seigneur devant les peuples, en publiant les merveilles de Dieu en diverses langues. Pierre, comme toujours premier par le zèle, prit alors la parole et annonça aux nombreux Juifs présents que Jésus, cet homme qu’ils avaient mis à mort, était bel et bien ressuscité, et que désormais siégeant à la droite du Père comme Christ et Seigneur, Il avait répandu sur eux le Saint-Esprit. Plus de trois mille personnes, saisies de componction, se repentirent et furent baptisées ce jour-là. La communauté grandissait rapidement, mais les apôtres fréquentaient encore le Temple pour l’observance des prières juives. Un jour, comme Pierre et Jean se rendaient au Temple pour y prier, un impotent de naissance leur demanda l’aumône. Pierre le regarda et dit : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne : au Nom de Jésus-Christ le Nazaréen, lève-toi et marche ! » ([x]). Et le mendiant se releva, guéri. Une très grande foule s’étant rassemblée, Pierre leur annonça, plus clairement cette fois, que ce miracle n’avait été accompli que par la puissance de Jésus, le Messie annoncé par les prophètes ; et que c’était pour leur salut, à eux Juifs, en premier lieu, qu’Il était ressuscité des morts. Beaucoup de ses auditeurs embrassèrent la foi, et le nombre des fidèles s’éleva à environ cinq mille. Mais les gardes du Temple vinrent arrêter les Apôtres et les conduisirent en prison. Ils comparurent le lendemain devant le grand prêtre et le Sanhédrin, et Pierre, rempli de l’Esprit Saint, déclara qu’il avait agi au Nom de Jésus, qu’ils avaient crucifié mais qui était ressuscité, et qu’il n’y a pas sous le ciel d’autre nom, par lequel nous devions être sauvés. Constatant leur assurance les juges les relâchèrent en leur défendant d’enseigner au nom de Jésus. Mais Pierre répliqua : « Nous ne pouvons pas ne pas publier ce que nous avons vu et entendu, » et il continua d’annoncer avec audace la Bonne Nouvelle, prenant soin des fidèles et veillant à la bonne organisation de la communauté. Un certain Ananie et sa femme Saphire, ayant menti sur le prix du champ dont ils avaient déposé la somme aux pieds des Apôtres, se vit sévèrement repris par Pierre, il expira sur-le-champ, et sa femme peu après.

Comme les Apôtres continuaient de prêcher dans le Temple, en accomplissant de nombreux signes et prodiges, ils furent à nouveau mis en prison, mais un ange vint de nuit les délivrer. Les gardes les retrouvèrent au Temple et les amenèrent devant le grand prêtre. Comme celui-ci leur rappelait son interdiction, Pierre répliqua : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ! » et il déclara qu’ils étaient témoins que Jésus-Christ est ressuscité pour accorder le repentir et la rémission des péchés. Relâchés après avoir été battus de verges, les Apôtres n’en continuèrent pas moins, chaque jour, leur prédication.

Pierre s’étant rendu à Samarie pour y confirmer les nouveaux baptisés, Simon le Mage lui proposa de l’argent en vue d’obtenir, lui aussi, le pouvoir du Saint-Esprit ; mais l’Apôtre lui répondit violemment : « Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as estimé que le don de Dieu peut s’acquérir avec de l’argent. » Il passa ensuite à Lydda, où il guérit un paralytique, nommé Énée, et il ressuscita Tabitha à Joppé. Comme il s’était arrêté pour quelques jours dans cette ville, résidant dans la maison de Simon le corroyeur, il eut par trois fois une vision l’invitant à manger sans faire de distinction entre les animaux purs et impurs, proscrits par la Loi. Peu après, des messagers, venus de Césarée, se présentèrent et dirent qu’averti par un ange, le centurion romain Corneille les avait envoyés à sa recherche. Parvenu à Césarée, Pierre commença à parler de Jésus dans la maison de Corneille, et l’Esprit Saint descendit sur ses auditeurs païens, comme le jour de la Pentecôte. Malgré l’étonnement des croyants juifs, il ordonna de les baptiser, en disant : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit comme nous ? » À son retour à Jérusalem il fut pris à partie par les Juifs et dut raconter sa vision pour les convaincre que les païens devaient eux aussi être admis dans l’Église.

Quand le roi Hérode Agrippa eut fait périr saint Jacques, le frère de Jean (41-44), il fit aussi arrêter Pierre. La nuit précédant le jour où il devait comparaître en jugement, alors qu’il était endormi, enchaîné dans sa prison, un ange du Seigneur apparut, inondant le cachot de lumière. Dès qu’il eut touché Pierre, les chaînes lui tombèrent des mains et sur l’ordre de l’ange, il se vêtit, passa les portes qui s’étaient ouvertes d’elles-mêmes et se rendit dans la maison de la mère de Marc, où une assemblée de fidèles priait. Il descendit alors à Césarée et de là continua ses prédications en Judée et dans des contrées plus lointaines. Dans sa Première Épître, saint Pierre s’adresse aux chrétiens du Pont, de Galatie, de Cappadoce, d’Asie et de Bithynie, ce qui fait supposer qu’il s’était rendu dans ces régions pour les évangéliser. D’autres traditions[xi]rapportent que de Césarée, il visita Sidon, Béryte et le reste de la Phénicie, puis, après un séjour dans l’île d’Antarados, il évangélisa plusieurs villes jusqu’à Laodicée. À Antioche de Syrie, il affronta Simon le Mage, qui trompait beaucoup de monde par ses subterfuges sataniques, et ordonna saint Marcien et saint Pancratios pour aller évangéliser la Sicile. Il se rendit ensuite à Tyane en Cappadoce, puis Ancyre en Galatie, où il ressuscita un mort. Poursuivant son périple dans le Pont, il retrouva son frère André à Sinope, puis évangélisa Amasée, Gangres en Paphlagonie, Claudiopolis de la province d’Honorias, et parvenu en Bithynie, il séjourna à Nicomédie et Nicée, où il sema la parole de Vérité.

On rapporte que c’est alors qu’il reprit le chemin de Jérusalem, et qu’il s’y trouvait lorsque Paul et Barnabé arrivèrent pour rendre compte de leurs missions auprès des païens. Comme certains fidèles du parti des pharisiens déclaraient qu’il fallait circoncire les païens qui avaient adhéré au Christ, une longue discussion s’éleva. Pierre prit la parole et soutint qu’il était inutile d’imposer à ces fidèles le fardeau de la Loi, puisque tous, Juifs et païens, sont sauvés par la grâce du Seigneur Jésus. Finalement, après le discours de Jacques, qui présidait cette assemblée, on décida de ne pas tracasser les païens convertis par les exigences caduques de l’ancienne Alliance, et de leur demander seulement de s’abstenir des mets offerts aux idoles, des unions illégitimes et du sang des animaux étouffés.

Saint Pierre se rendit ensuite à Antioche, y frayant librement avec les fidèles d’origine païenne ; mais quand des frères arrivèrent de Jérusalem, il s’abstint de fréquenter les chrétiens issus de la gentilité. Paul le reprit alors, devant tout le monde, et l’exhorta à vivre en conformité avec l’enseignement de l’Évangile et des décisions prises au concile de Jérusalem ([xii]).

Reprenant ses courses apostoliques, Pierre aurait alors ordonné Évode évêque d’Antioche, puis Prochore à Nicomédie et Corneille le Centurion à Héliopolis. Il eut là, dit-on, une vision du Seigneur qui lui ordonnait de pousser vers l’Occident. En passant à Tarse, il y ordonna Orcanos ; à Éphèse, il plaça Phygèle qui ensuite se sépara de l’Église pour suivre Simon le Mage ; à Smyrne il ordonna Apelle, frère de saint Polycarpe ; Olympas à Philippes en Macédoine ; Jason à Thessalonique ; Silas à Corinthe et Hérodion à Patras. Abordant en Sicile, il fut reçu avec de grands honneurs par son disciple, saint Pancratios, et parvint enfin à Rome, où il enseigna quotidiennement le peuple sur la vraie foi en la Sainte Trinité. Jaloux de la renommée grandissante de l’Apôtre, Simon le Mage qui, ayant été amené à Rome pour y être exécuté, avait réussi à subjuguer l’empereur Claude par ses prodiges, rassembla une grande foule et feignit de ressusciter un mort par un de ses artifices. Il prenait aussi diverses apparences, suscitant l’étonnement admiratif de ses spectateurs. Comme il était porté en l’air par deux démons, Pierre pria, et le Mage s’abattit à terre et périt lamentablement. Le peuple poussa des cris d’admiration devant la puissance accordée par Dieu à ses apôtres et écouta avec ferveur sa prédication. Après avoir ordonné Lin comme évêque de Rome ([xiii]), il passa à Terracine, ordonna Épénète en Espagne, Crescens à Carthage et, parvenu en Égypte, il institua Rufus évêque en Thébaïde et saint Marc à Alexandrie. Il se trouvait à Jérusalem pour assister à la dormition de la Mère de Dieu, puis retourna à Rome pour y confirmer les fidèles, et termina, disent certains, ses voyages apostoliques par Milan, poussant même, dit-on, jusqu’à la Grande-Bretagne ([xiv]).

Ayant reçu d’un ange la révélation qu’il devrait trouver la mort à Rome, saint Pierre obéit au dessein de la Providence et retourna dans la capitale, où il ordonna saint Clément, pour succéder à Lin qui venait de décéder. On raconte qu’il fut arrêté sur ordre de l’empereur Néron, dont il avait converti les deux épouses, et que, ses deux disciples ayant été libérés, il fut crucifié la tête en bas, à sa demande : car, dit-il, le Seigneur ayant été crucifié debout, comme pour regarder vers la terre et vers les damnés qu’Il allait délivrer, il convenait que lui, disciple, regardât vers le ciel où il allait se rendre’.

De saint Paul, le « Premier après l’Unique », que dire ? alors que le maître de l’éloquence, saint Jean Chrysostome, était pris d’une sorte d’ivresse dès qu’il prononçait son nom, et qu’il interrompait son discours pour chanter ses louanges. Lui qui s’estimait le dernier des apôtres, et indigne même du nom d’apôtre, devint le Vase d’élection de la grâce, à nul autre semblable, tant

Il semble, en fait, que l’Apôtre souffrit le martyre lors de la soudaine et sauvage persécution que Néron déclencha en 64, reportant sur les chrétiens la responsabilité du grand incendie qui venait de ravager la ville, et dont il était probablement lui-même l’auteur. Les historiens de l’époque (Tacite) racontent qu’aux supplices accoutumés, le tyran dément ajouta d’outrageantes dérisions : certains moururent déchirés par les chiens après avoir été recouverts de peaux de bêtes, d’autres, dont saint Pierre, furent attachés à des croix dans les grands jardins voisins du cirque, sur la colline du Vatican, et la nuit venue, ils furent brûlés en guise de torches nocturnes, pour distraire les invités de l’empereur.

 

Juif de la tribu de Benjamin, il naquit à Tarse, en Cilicie (vers l’an 10), dans une de ces communautés juives de la Dispersion, qui restaient farouchement fidèles aux traditions de leurs pères. Il avait reçu le nom de Saül et jouissait, par son père, du statut privilégié de citoyen romain. Il grandit dans cette ville cosmopolite au contact de la civilisation grecque, mais son zèle pour la Loi porta ses parents à l’envoyer à Jérusalem, où, étant entré dans la secte des Pharisiens, il suivit l’enseignement du fameux rabbi Gamaliel l’Ancien. Il partageait la haine de ses pères pour les chrétiens, qu’il considérait comme de dangereux transgresseurs de la Loi, et c’est en l’approuvant qu’il assista à la lapidation de saint Étienne. Animé d’un furieux empressement et ne respirant que menace et carnage à l’égard des disciples du Seigneur (Act 9,2), il pénétrait dans les maisons, en arrachait hommes et femmes, et les jetait en prison. Ayant obtenu du grand prêtre des lettres de recommandation, il se mit en route pour la synagogue de Damas, afin d’emmener enchaînés à Jérusalem les adeptes du Christ qu’il y trouverait.

Comme il approchait de Damas, une lumière venue du ciel l’enveloppa soudain de sa clarté.

Tombant à terre, il entendit une voix qui disait : « Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ? » -« Qui es-tu, Seigneur ? » demanda-t-il. -« Je suis Jésus, c’est moi que tu persécutes, » reprit la voix, et elle lui recommanda d’entrer dans la ville ([xv]). Saül se releva de terre, mais il ne voyait plus rien, ses yeux ayant été comme brûlés par l’éclat excessif de cette lumière, que lui seul avait vue, et il dut être conduit par la main à Damas par ses compagnons. Il resta trois jours, sans boire ni manger, jusqu’au moment où un disciple, nommé Ananie, ayant été prévenu par une vision du Seigneur, vint lui imposer les mains au Nom de Jésus pour lui rendre la vue, et il le baptisa. Devenu aussitôt un autre homme et rempli de l’Esprit Saint, Paul se mit à proclamer Jésus Fils de Dieu dans les synagogues, à la grande stupéfaction des Juifs qui avaient entendu parler de lui comme d’un ennemi acharné des chrétiens. Ils finirent par se concerter pour le faire mourir ; mais, prévenu à temps, Paul put s’enfuir en étant descendu le long de la muraille dans une corbeille. Il se rendit alors en Arabie, à l’est du Jourdain ([xvi]), où il passa deux ans, préparant ses missions dans la retraite, par le jeûne et la prière.

À partir de ce moment, toute sa vie fut entièrement consacrée au service du Seigneur qui l’avait saisi, allant droit de l’avant, tendu de tout son être, en vue du prix que Dieu réserve, dans le Christ, à ses fidèles serviteurs ([xvii]). Il pouvait se vanter d’être mort à la Loi, afin de vivre à Dieu, proclamant à haute voix : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi ! » ([xviii]). Le Seigneur se révéla à lui, en effet, par quantité de visions et de révélations ; et, un jour”, il fut même ravi jusqu’au troisième ciel et y entendit des paroles ineffables, qu’aucun homme avant lui n’avait pu entendre ([xix]). Loin de s’enorgueillir cependant de l’excellence de ces révélations, il ne s’en dépensait que davantage au ministère de l’Évangile, avec une fougue qui lui faisait mépriser tous les risques : sept fois il fut emprisonné ([xx]), cinq fois flagellé par les Juifs, trois fois battu de verges, une fois lapidé, à trois reprises il fit naufrage. Voyages sans nombre, dangers des rivières, dangers des brigands, dangers de mes compatriotes, dangers des païens, dangers de la ville, dangers du désert, dangers de la mer, dangers des faux frères ! Labeurs etfatigues, veilles fréquentes, faim et soif, jeûnes répétés, froid et nudité ! Et sans parler du reste, mon obsession quotidienne, le souci de toutes les Églises ! ([xxi]). De toutes ces faiblesses, il se glorifiait pourtant, et il se complaisait dans les outrages et les persécutions endurées pour le Christ, car le Seigneur lui avait Lui-même déclaré en vision : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse » ([xxii]). Accomplissant le ministère de la Prédication par des signes, des prodiges et par la puissance de l’Esprit, depuis Jérusalem jusqu’à l’Illyrie et aux confins de l’Occident, l’Apôtre se présentait, faible et tout tremblant, sans que son discours n’eût rien de la sagesse du monde, et ne voulant rien proclamer d’autre que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ([xxiii]). Il se faisait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns, engendrant dans le Christ des disciples, pour lesquels il ne cessait de souffrir volontairement, jusqu’à ce que le Christ fût pleinement formé en eux, par la grâce de l’Esprit de filiation ([xxiv]).

Ayant fait un bref séjour à Damas après sa retraite en Arabie, Paul dut s’enfuir à nouveau et il se rendit à Jérusalem. Comme les fidèles avaient peur de lui et ne pouvaient croire qu’il fût vraiment devenu disciple, Barnabé le présenta aux Apôtres Pierre et Jacques, et se porta garant de l’authenticité de sa vision. Dès lors, Paul allait et venait avec eux, prêchant avec assurance au Nom du Seigneur. Mais, au bout de deux semaines seulement ([xxv]), des Juifs « hellénistes » ([xxvi]) ayant formé le projet de le tuer, il fut emmené par des disciples à Césarée, où il s’embarqua pour Tarse, sa patrie.

Peu après, la nouvelle étant parvenue à Jérusalem, que des païens avaient embrassé la foi à Antioche, on y députa Barnabé. Celui-ci y constata la grâce accordée par Dieu et partit chercher Paul à Tarse, et pendant un an ils vécurent à Antioche y instruisant une foule considérable. C’est là que les disciples reçurent pour la première fois le nom de chrétiens. Un prophète ayant annoncé qu’une grande famine allait affliger l’Empire, et en particulier la Palestine (49-50), les fidèles d’Antioche firent une collecte et chargèrent Paul et Barnabé de porter ces secours aux frères de Jérusalem. Quand ils furent de retour à Antioche, un jour où la communauté était en prière, l’Esprit Saint dit : « Mettez-moi donc à part Barnabé et Saül en vue de l’œuvre à laquelle je les ai appelés » ([xxvii]). Après avoir jeûné et prié, les frères leur imposèrent les mains et les envoyèrent en mission. Ils s’embarquèrent à Séleucie pour Chypre. À Salamine, ils se mirent aussitôt à annoncer la Parole de Dieu dans les synagogues, et ils traversèrent l’île, jusqu’à Paphos, où le proconsul romain, Sergius Paulus, embrassa la foi, malgré l’opposition du magicien Élymas que Paul frappa de cécité. De Paphos, ils gagnèrent Pergée en Pamphylie, et de là Antioche de Pisidie, où Paul convertit nombre de Juifs et de prosélytes après avoir prêché le repentir dans la synagogue. Le sabbat suivant, presque toute la ville s’assembla pour entendre la Parole de Dieu ; et comme les Juifs faisaient opposition à l’Apôtre, en l’interrompant par des blasphèmes, il rétorqua : « Puisque vous ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les païens ! » ([xxviii]). Tout joyeux, les païens qui étaient présents accueillirent sa prédication et embrassèrent la foi. Mais les Juifs ayant gagné les notables, firent chasser de la cité Paul et Barnabé, qui se rendirent alors à Iconium. Ils commencèrent, là aussi, leur prédication par la synagogue, et une grande foule de Juifs et de païens adhérèrent à la foi. Les apôtres prolongèrent leur séjour, le Seigneur rendant témoignage à leur enseignement par des signes et des prodiges. Cependant leur succès suscita là encore l’opposition des Juifs restés incrédules, et ils durent chercher refuge en Lycaonie. À Lystres, Paul guérit un impotent de naissance, et la foule, prenant les deux apôtres pour des dieux, voulut leur offrir un sacrifice. Cependant des Juifs vinrent d’Antioche et d’Iconium, et ils réussirent à tourner en haine l’enthousiasme des habitants de Lystres. Paul fut lapidé, puis traîné comme mort en dehors de la ville. Dès qu’il se fut relevé, il partit pour Derbé, où il fit bon nombre de disciples, puis il retourna à Lystres, Iconium et Antioche pour affermir le cœur des croyants, leur disant : « Il faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu » ([xxix]). Dans chaque Église qu’il fondait, l’Apôtre désignait des anciens, pour régir la communauté, régler les différents et poursuivre son enseignement. Les ayant tous confiés à la protection du Seigneur, ils reprirent le chemin du retour vers Antioche de Syrie. À leur arrivée, ils rassemblèrent l’Église et racontèrent tout ce que Dieu avait réalisé par leur entremise, et comment Il avait ouvert aux païens la porte de la foi. C’est alors que des frères, venus de Judée, prétendirent qu’il était nécessaire pour les païens convertis de se faire circoncire. Une vive discussion s’ensuivit, et Paul et Barnabé furent envoyés auprès des Apôtres à Jérusalem pour trancher ce litige. Ils y rapportèrent tout ce que Dieu avait accompli parmi les païens et, après avoir statué pour ne pas imposer aux Gentils le fardeau inutile de la Loi, les « colonnes »: Pierre, Jacques et Jean, tendirent la main à Paul et Barnabé, en signe de communion, leur confiant l’évangélisation des païens, tandis qu’eux se réservaient celle des circoncis ([xxx]).

De retour à Antioche, Paul y annonça assez longtemps la Bonne Nouvelle. C’est alors qu’il blâma Pierre qui, par crainte des fidèles issus du Judaïsme, avait cessé de fréquenter les frères d’origine païenne. Quelque temps après, Paul décida d’entreprendre un second grand voyage missionnaire, pour visiter et encourager les frères dans les villes précédemment évangélisées (de 49 à 53). Étant entré en désaccord avec Barnabé, à propos de Marc qui les avait abandonnés en Pamphylie, ils se séparèrent : Barnabé et Marc partirent pour Chypre, alors que Paul, prenant avec lui Silas, partit à pied vers le nord. Ils traversèrent la Syrie et la Cilicie, où ils affermirent les disciples, puis visitèrent Derbé, Lystres et Iconium.

À Lystres, ils s’adjoignirent Timothée, puis, leur mission ayant rencontré des obstacles en Asie et en Bithynie, ils se rendirent à Troas, où Paul eut une vision l’engageant à porter l’Évangile en Macédoine. Parvenus à Philippes, par Samothrace et Néapolis ([xxxi]), les apôtres adressèrent la parole, le jour du sabbat, à des femmes qui s’étaient rassemblées hors de la ville pour y prier. Le Seigneur ouvrit le cœur de Lydie, qui se fit baptiser avec tous les siens et offrit l’hospitalité aux apôtres. Mais quand Paul eut chassé le démon d’une esclave qui rendait des oracles, ses maîtres, voyant disparaître leurs espoirs de gain, livrèrent Paul et Silas aux magistrats, en les accusant de jeter le trouble dans la ville. Ils furent roués de coups et jetés dans un profond cachot, les pieds serrés dans des ceps. Vers minuit, alors que les deux apôtres chantaient les louanges de Dieu, un violent tremblement de terre ébranla la prison, les liens des prisonniers se détachèrent et les portes s’ouvrirent. Devant ce prodige, leur geôlier demanda à recevoir aussitôt le baptême, avec tous les siens. Au matin, les licteurs venus les relâcher, furent effrayés en apprenant qu’ils étaient citoyens romains, et ils leurs firent publiquement des excuses.

Lorsqu’ils arrivèrent à Thessalonique, Paul se rendit, comme de coutume, à la synagogue pour y prêcher d’abord aux Juifs le Christ ressuscité des morts. Quelques-uns d’entre eux se laissèrent convaincre, ainsi qu’un grand nombre de païens et certaines dames de la haute société. Les Juifs ne se lassaient pas cependant de provoquer des troubles et ils avertirent les autorités, accusant les apôtres d’agir à l’encontre des édits de l’empereur en proclamant un autre roi : Jésus. Sortant de la ville, de nuit, à la dérobée, Paul et Silas se rendirent à Bérée, où les Juifs accueillirent avec grand empressement leur prédication, et de nombreuses conversions s’ensuivirent. Mais des perturbateurs étant arrivés de Thessalonique, Paul dut partir pour Athènes, laissant Silas et Timothée derrière lui pour confirmer l’œuvre accomplie.

Parvenu dans la capitale de l’hellénisme, Paul fut bouleversé de voir cette ville pleine d’idoles. Il s’entretenait avec les Juifs à la synagogue et chaque jour sur l’agora, avec les passants, philosophes ou curieux à l’affût des dernières nouveautés. Prenant la parole un jour, debout au milieu de l’Aréopage, l’Apôtre leur dit que, parcourant la ville, il avait trouvé un autel portant l’inscription : « Au dieu inconnu ». « Eh bien ! ce que vous adorez sans le connaître, je viens, moi, vous l’annoncer ! » dit-il à haute voix (Act 17,23). Et il continua son discours sur le Dieu Créateur du ciel et de la terre, utilisant avec habileté les meilleures intuitions des philosophes païens relativement à la vocation divine de l’homme. Mais quand il se mit à parler d’un homme ressuscité des morts, ses auditeurs se moquèrent de lui, excepté Denys l’Aréopagite, une femme nommée Damaris et quelques autres qui embrassèrent la foi. Quittant alors Athènes, Paul se rendit à Corinthe, où il demeura dans la maison de Priscille et Aquila, qui exerçaient comme lui la profession de fabricants de tentes. Pendant la semaine, il gagnait son pain à la sueur de son front, sans profiter de son droit à vivre de la prédication de l’Évangile, afin de n’être à charge à personne et de ne point donner à ses opposants prétexte à accusation ([xxxii]) ; et le jour du sabbat, il discourait à la synagogue. Se heurtant une fois encore à l’opposition des Juifs, il se tourna vers les païens, et beaucoup de Corinthiens se firent baptiser. À part de rares exceptions, Paul ne baptisait pas lui-même, car son œuvre était de poser des fondements par la prédication de la Bonne Nouvelle ([xxxiii]), et il laissait ses disciples bâtir le Temple de Dieu dans le cœur des fidèles et organiser la communauté ecclésiale. Par la suite, il écrira aux chrétiens de Corinthe ses deux Épîtres qui nous sont conservées, et peut-être d’autres, pour les réprimander sur les rivalités qui les divisaient, blâmer les pratiques qui s’écartaient de la conduite évangélique et leur enseigner à tout faire dignement et dans l’ordre ([xxxiv]), en recherchant les dons spirituels, dont le couronnement est la Charité, pour leur édification commune, en un seul Corps.

Encouragé à persévérer dans sa prédication, Paul resta dans cette ville un an et demi, et c’est là qu’il écrivit sa première Épître, adressée aux chrétiens de Thessalonique, qui s’inquiétaient sur le sort des défunts lors du retour glorieux du Christ. Les Juifs, insatiables en intrigues, parvinrent à le traduire en justice devant le proconsul d’Achaïe, Gallion, mais celui-ci refusa de prendre parti dans une controverse concernant la Loi, et il le renvoya. Prenant finalement congé des frères de Corinthe, Paul s’embarqua pour Antioche. Faisant halte à Éphèse, il prêcha brièvement à la synagogue, et quitta la ville en promettant à ceux qui l’avaient écouté avec intérêt de revenir bientôt. Effectivement, après avoir passé quelque temps à Antioche, il repartit pour un troisième périple (de 53 à 58). Ayant parcouru la Galatie et la Phrygie en confirmant la foi des disciples, il revint à Éphèse pour y poursuivre l’œuvre entreprise. Il trouva là une douzaine de chrétiens, convertis par Apollos, mais qui n’avaient reçu que le baptême de Jean. Dès qu’ils furent baptisés et que Paul leur eut imposé les mains, ils se mirent à prophétiser, remplis de l’Esprit Saint. Pendant trois ans, Paul parla à Éphèse du Royaume des cieux, et comme il se heurtait à l’opposition des Juifs à la synagogue, il prit à part les disciples et compléta leur instruction dans une salle louée. C’est ainsi que la Bonne Nouvelle put se propager dans toute la province d’Asie. De plus l’Apôtre soutenait de loin, grâce à ses lettres, les chrétiens de Corinthe et de Galatie 13. Dieu opérait par ses mains de nombreux miracles, à tel point qu’il suffisait d’appliquer sur les malades des mouchoirs ou des linges qui avaient touché son corps, pour qu’ils soient guéris. Un tel succès inquiétait les orfèvres qui vivaient du culte d’Artémis. Ils se soulevèrent, provoquant une grande confusion dans la ville, et la foule traîna les compagnons de Paul au théâtre. Quand le tumulte eut pris fin par peur des autorités romaines, Paul décida de partir pour la Macédoine et, exhortant les fidèles de lieu en lieu, il revint à Corinthe où il passa l’hiver (57-58). Il Y corrigea les déviations qu’il avait déjà condamnées par lettre, et c’est là qu’il écrivit sa grande Épître aux Romains, qui définit de manière capitale la doctrine du salut, comme don gratuit accordé par la grâce de Dieu, moyennant la foi en Jésus-Christ.

Ayant reçu les fruits de la collecte destinée aux frères de Jérusalem, il projeta d’aller la leur remettre en main propre, le jour de la Pentecôte. Les Juifs ayant de nouveau suscité un complot contre lui, il voulut s’embarquer pour la Syrie, mais l’Esprit lui dit de s’en retourner par la Macédoine. À Troas, comme il enseignait les frères, toute la nuit, après la célébration de l’Eucharistie, un adolescent, nommé Eutyque, entraîné par le sommeil, tomba du troisième étage. On le releva mort, mais Paul le ressuscita. Il se rendit ensuite à pied à Assos et Myre, puis s’embarqua pour Milet, où les anciens de la communauté d’Éphèse vinrent le voir. Il leur annonça que l’Esprit Saint l’avait averti que chaînes et tribulations l’attendaient à Jérusalem, mais il ajouta : « Je n’attache aucun prix à ma propre vie, pourvu que je mène à bonne fin ma course et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus : rendre témoignage à l’Évangile de la grâce de Dieu » ([xxxv]). Puis, leur rappelant les labeurs qu’il avait dépensés pour la fondation de leur Église, il les exhorta à se sacrifier pour l’édification des fidèles et, après avoir prié à genoux, tous se jetèrent, en sanglots, au cou de Paul pour lui dire adieu.

Passant par Kos, Rhodes et Patare, l’Apôtre fit halte à Tyr pour y enseigner les fidèles, puis il repartit par Ptolémaïs et continua à pied jusqu’à Césarée de Palestine, où il fut reçu dans la maison de Philippe le Diacre. Malgré les avertissements du prophète Agabus, il continua sa marche volontaire vers Jérusalem, disant à ses compagnons qu’il était prêt non seulement à être arrêté, mais encore à mourir à Jérusalem pour le Nom du Seigneur.

Il fut accueilli avec joie par les frères de la Ville sainte et, les anciens s’étant réunis chez Jacques, Paul leur exposa en détail toutes ses missions parmi les païens, et il leur remit l’argent réuni par les jeunes communautés pour venir en aide aux pauvres de Jérusalem. Averti par les Apôtres que les Juifs ne manqueraient pas de l’accuser d’avoir abandonné les pratiques de la Loi, il se joignit alors à un groupe d’hommes qui, tenus par un vœu, allaient offrir un sacrifice au Temple. Lorsque les sept jours de ce vœu touchèrent à leur fin, des Juifs d’Asie ayant aperçu Paul dans le Temple, ameutèrent la foule et mirent la main sur lui, en l’accusant de prêcher partout contre le Temple et les prescriptions du Judaïsme. On le traîna hors du Temple, en cherchant à le faire mourir, mais des soldats intervinrent pour le dégager et le portèrent jusqu’aux degrés montant à la forteresse Antonia. Paul, s’adressant en araméen au peuple, réussit à imposer le silence et il raconta sa conversion, mais dès qu’il mentionna sa mission auprès des païens, la foule hurla : « Otez de la terre un pareil individu ! Il n’est pas digne de vivre ! » ([xxxvi]). Le tribun ordonna de lui donner la question, mais Paul ayant révélé qu’il était citoyen romain, il fut épargné. Le lendemain, il comparut devant le Sanhédrin et déclara qu’il était emprisonné pour son espérance en la résurrection. Ces paroles suscitèrent une querelle entre Saducéens et Pharisiens, qui étaient précisément divisés sur cette question, et il fut reconduit à la forteresse. Le Seigneur lui apparut la nuit suivante, et lui dit : Courage ! de même que tu as rendu témoignage de Moi à Jérusalem, ainsi faut-il encore que tu témoignes à Rome([xxxvii]). Le tribun, ayant appris que les Juifs avaient fomenté un complot pour le tuer, fit transférer Paul, sous bonne escorte, à Césarée, où résidait le procurateur Félix. Le grand prêtre et quelques anciens vinrent y déposer contre lui, mais Paul démontra que sa conduite n’était en rien condamnable, tant au regard des lois romaines que du Judaïsme. Félix reporta l’affaire jusqu’au retour du tribun Lysias et, entre temps, il vint avec sa femme écouter le prisonnier parler du Seigneur Jésus ; mais dès que Paul évoqua la continence et le Jugement à venir, Félix effrayé le renvoya. L’Apôtre resta deux années prisonnier à Césarée, jusqu’à ce que Porcius Festus, ayant succédé à Félix (60), voulût le transférer à Jérusalem pour y être jugé ; mais Paul en appela à l’empereur, en qualité de citoyen romain. Il comparut devant le roi Agrippa, venu à Césarée saluer Festus, et, après avoir entendu son apologie, ce dernier déclara qu’il aurait pu être relâché s’il n’en avait appelé à César.

Embarquant avec son escorte de soldats et quelques disciples, ils parvinrent à Myre en Lycie, où ils trouvèrent un navire en partance pour l’Italie. C’est à grand peine qu’ils arrivèrent au sud de la Crète, et, ne voulant pas y passer l’hiver, ils reprirent la route malgré les avertissements de Paul. Peu après, le navire fut pris dans une violente tempête. Alors qu’on avait perdu tout espoir de salut, Paul annonça qu’un ange lui était apparu pour l’avertir que Dieu lui accorderait la vie sauve, ainsi qu’à tous les passagers, car il convenait qu’il parvînt à Rome. Au bout de quatorze jours, le navire échoua à Malte, où les rescapés purent passer l’hiver. Ils reprirent la mer trois mois plus tard et, passant par Syracuse et Rhégium, abordèrent au port de Puteoli (Pouzzoles), puis gagnèrent de là Rome à pied, par la voie Appia. Des frères, informés de sa venue, vinrent à la rencontre de l’illustre prisonnier et, une fois parvenu dans la capitale, Paul put jouir d’un régime de faveur, logeant dans un appartement où il pouvait recevoir librement des visiteurs. C’est pendant cette détention de deux ans (61-63) qu’ il écrivit ses Épîtres aux Églises de Colosses, (Philippes) et Éphèse, dans lesquelles il évoque toute la profondeur du Mystère du Christ, tenu caché en Dieu depuis l’origine et révélé, à l’accomplissement des temps, afin qu’en Lui, en qui la plénitude de la divinité habite corporellement, tous les êtres, aussi bien sur la terre que dans les cieux, soient réconciliés par la Croix, et que les hommes deviennent fils adoptifs de Dieu par la grâce du Saint-Esprit. Prescrivant inlassablement aux Églises de tout accomplir dans l’ordre et la charité, l’Apôtre exhortait ses disciples à revêtir l’homme nouveau, afin que, grandissant dans la charité et la vérité de l’Évangile vers Celui qui est la Tête, ils réalisent la plénitude du Corps du Christ.

Le procès devant le tribunal de l’empereur s’étant terminé par un non-lieu, Paul fut libéré et, de Rome, il se rendit peut-être en Espagne, comme il le désirait depuis longtemps ([xxxviii]). Il semble qu’il ait fait ensuite un autre voyage en Orient, passant par la Crète, l’Asie Mineure, Troas et la Macédoine, comme en témoignent ses Épîtres à Timothée et à Tite. De nouveau arrêté, en 67, dans des circonstances qui sont restées inconnues, il fut conduit à Rome, seul avec Luc, et soumis à une réclusion de beaucoup plus pénible que lors de son premier emprisonnement. Du fond de son cachot, insalubre, froid, ténébreux et humide, l’Apôtre écrivait : « Le moment de mon départ est venu. J’ai combattu le bon combat jusqu’au bout, j’ai achevé ma course. Et maintenant, voici qu’est préparée pour moi la couronne de justice … » ([1]).

Après avoir été soumis à un jugement en tant que citoyen romain, il fut décapité, sur la route d’Ostie, à quelque distance de la ville. On rapporte que la tête de l’Apôtre rebondit à trois reprises sur le sol et que trois sources jaillirent là.

 

Source : synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos-Petra au mont Athos

 

[1]2 Tim 4,7

[i]Initialement célébrée le 28 décembre à Rome et en Palestine, Jacques et Jean étant célébrés le 29 et Pierre et Jean, le 31), cette fête fut introduite à cette date à Constantinople, en 519.

[ii]Selon certains, sa femme était fille d’Aristobule, le frère de l’apôtre Barnabé. Quelques documents commémorent au 31 mai, sainte Pétronille, fille de saint Pierre, mais il s’agit en fait d’une vierge romaine, martyre du Ier siècle.

[iii]Fête le 30 novembre.

[iv]Mt 5, 37

[v]Fête le 6 août

[vi]Gal 2, 9

[vii]Jn 6

[viii]Mt 16, 18-19. De cette fameuse promesse du Christ les apologistes catholiques ont tiré leur principal argument pour justifier la prétention du pape de Rome à une juridiction universelle, au-dessus des autres évêques. Mais pour les saints Pères, tant grecs que latins, c’est moins sur la personne de Pierre que sur la « pierre» de sa confession de foi en la divinité du Christ que le Seigneur a promis de fonder son Église; de sorte que c’est à tous ceux qui Le confesseront, comme Pierre, qu’Il promet de donner Les clés du Royaume des cieux, en particulier aux évêques qui, tous, siègent sur la «chaire de Pierre »(S. Cyprien), étant donné que toutes les Églises locales possèdent la même plénitude de grâce (catholicité). En effet, si nul n’a jamais songé à remettre en question la primauté de l’évêque de Rome, reconnue par toute l’Église ancienne, celle-ci était moins due à 1’« apostilicité» de ce siège – car Pierre a fondé bien d’autres Églises, notamment celle d’Antioche- qu’au fait de la notoriété de Rome comme capitale de l’Empire (Concile de Chalcédoine, canon 28). Cette primauté n’avait donc aucun caractère de juridiction universelle, mais consistait seulement en une « présidence dans l’amour », exercée pour le bon ordre des affaires ecclésiastiques. Une telle conception de la primauté reste celle de l’Église Orthodoxe, et dans l’éventualité d’un retour du siège romain à la communion orthodoxe, le pape y retrouverait sa place naturelle de «premier entre les égaux ».

[ix]Lc 24, 34; 1 Cor 15,5.

[x]Act 3, 6

[xi]La liste de ces villes évangélisées par saint Pierre, qui a été préservée dans la tradition hagiographique, est issue des sources apocryphes, en particulier des Homélies attribuées à saint Clément de Rome. La doctrine de ces textes a été rejetée, mais ils ont peut-être conservé le souvenir de lieux effectivement évangélisés par l’Apôtre ou par ses disciples.

 

[xii]Gal 2, 14

[xiii]Car Pierre ne fut jamais lui-même évêque de Rome, la mission apostolique étant distincte du ministère épiscopal.

 

[xiv]La liste de ces villes évangélisées par S. Pierre, qui a été préservée dans la tradition hagiographique, est issue des sources apocryphes, en particulier des Homélies attribuées à S. Clément de Rome. La doctrine de ces textes a été rejetée, mais ils ont peut-être conservé le souvenir de lieux effectivement évangélisés par l’Apôtre ou par ses disciples.

[xv]Act 9, 4

[xvi]Gal l, 17

[xvii]Phil 3, 14

[xviii]Gal 2, 20

[xix]2 Cor 12

[xx]Vers l’an 44, à Antioche, semble-t-il.

D’après le témoignage de S. Clément de Rome.

Source : synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos-Petra au mont Athos

 

[xxii]2 Cor 12, 9

[xxiii]1 Cor 2

[xxiv]Ga l 4

[xxv]Ga 1, 18

[xxvi]C’est-à-dire des Juifs de la Dispersion, qui parlaient le grec.

[xxvii]Act 13, 2

[xxviii]Act 13, 46

[xxix]Act 14, 22

[xxx]Gal 2

[xxxi]aujourd’hui Kavala

[xxxii]1 Cor 9, 12

[xxxiii]1 Cor 3, 11

[xxxiv]1 Cor 14,40

[xxxv]Act 20, 24

[xxxvi]Act 22, 22

[xxxvii]Act 23, 11

[xxxviii]Rm 15,24

Saintes martyres Anastasie et Basilisse

Le 15 avril L’Église orthodoxe honore la mémoire des saintes martyres Anastasie et Basilisse

Ces deux saintes martyres étaient femmes de qualité, originaires de Rome. Elles avaient été disciples des saints Apôtres Pierre et Paul. Après le martyre des deux coryphées du chœur des Apôtres, elles recueillirent de nuit leurs corps encore sanglants et allèrent les ensevelir. Elles furent dénoncées au sanguinaire Néron et jetées en prison sans ménagement. Comme elles refusaient de renier le Christ, elles furent suspendues à une haute potence. On leur arracha les seins, puis on leur coupa les mains, les pieds et la langue, et finalement elles furent décapitées et rejoignirent glorieusement le chœur des martyrs victorieux.

Leurs précieuses reliques sont toujours vénérées à Rome, en la basilique Santa Maria della Pace.

Saint Grégoire Palamas

Source : synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos Petra au Mont-Athos

Le 14 novembre, l’Église orthodoxe fête la mémoire de notre saint Père Grégoire Palamas, archevêque de Thessalonique, le thaumaturge ([i]).

Notre saint Père Grégoire vit le jour à Constantinople en 1296. Ses parents, qui avaient fui d’Asie Mineure devant l’invasion turque, faisaient partie de la cour du pieux empereur Andronic II Paléologue (1282-1328). Malgré ses hautes fonctions, le père de Grégoire, Constance, avait une intense vie de prière et, siégeant au Sénat, il lui arrivait de ne pas entendre l’empereur s’adresser à lui, tant il était plongé dans la prière. Il mourut après avoir revêtu l’Habit monastique, alors que Grégoire était encore jeune. Son épouse désirait aussi prendre le voile, mais elle assura d’abord l’éducation de ses sept enfants. L’aîné, Grégoire, fut confié aux meilleurs maîtres dans les sciences profanes et il acquit en quelques années une parfaite maîtrise du raisonnement philosophique, à tel point que son maître croyait entendre Aristote lui-même en l’écoutant. Malgré ces succès intellectuels, le jeune homme n’avait d’intérêt véritable que pour les choses de Dieu. Il fréquentait les moines réputés de la capitale et avait pris pour père spirituel Théolepte de Philadelphie (1250-1322)([ii]), qui l’initia à la sobriété nepsis ([iii]) et à la prière intérieure.

Vers 1316 (ou 1314), Grégoire décida d’abandonner les vanités du monde. Il entraîna avec lui vers la vie monastique sa mère, deux de ses sœurs, deux de ses frères et un grand nombre de ses serviteurs. S’étant rendus à pied sur la sainte Montagne de l’Athos, Grégoire et ses deux frères s’installèrent aux environs du monastère de Vatopédi, pour vivre sous la direction de l’Ancien Nicodème, qui était venu du Mont Saint-Auxence. Exercé depuis son enfance à la pratique des vertus qui permettent de soumettre la chair à l’esprit : l’humilité, la douceur, le jeûne, la veille et les différentes austérités, le jeune moine fit de rapides progrès dans la sainte activité de la prière. Jour et nuit, il s’adressait à Dieu, l’implorant à travers ses sanglots : « Illumine mes ténèbres ! » Après quelque temps, la Mère de Dieu, qu’il avait comme confidente depuis sa jeunesse, lui envoya saint Jean le Théologien, par la bouche duquel elle l’assura de sa protection dans cette vie et dans l’autre. Au bout de trois ans, la mort prématurée de son frère Théodose, bientôt suivie de celle de Nicodème, poussa Grégoire et son autre frère, Macaire, à se rattacher au monastère de la Grande Lavra (1316). Nommé chantre, Grégoire y faisait l’admiration de ses compagnons pour son zèle dans la pratique de toutes les vertus évangéliques. Il menait une vie si austère qu’il semblait être délivré du poids du corps, et c’est ainsi qu’il put rester pendant trois mois quasiment sans s’accorder de sommeil. Bien qu’il fût parfait dans la vie commune, son âme était assoiffée des douceurs de la solitude, c’est pourquoi, après trois autres années, il se retira dans l’ermitage de Glossia([iv]), sous la direction d’un moine éminent : Grégoire de Byzance([v]). De la purification des passions, il put alors s’élever, par la prière, vers la contemplation des mystères de la création. Grâce à la solitude et à la quiétude intérieure (hésychia), Grégoire fixait en tout temps son intelligence au fond de son cœur, afin d’y invoquer le Seigneur Jésus avec componction, de telle sorte qu’il devenait tout entier prière et que de douces larmes coulaient continuellement de ses yeux, comme deux fontaines.

Cependant, les razzias incessantes des pirates turcs contraignirent bientôt Grégoire et ses compagnons à abandonner leur résidence (1322). Avec douze moines, il décida d’aller vénérer les Lieux saints et de trouver refuge au Mont Sinaï. Mais il ne put réaliser ce projet et resta quelque temps à Thessalonique, où il participa aux activités d’un cercle spirituel, créé sous l’inspiration du futur patriarche Isidore([vi]), qui s’efforçait de répandre la pratique de la Prière de Jésus parmi les fidèles, en leur faisant profiter de l’expérience acquise par les moines. En 1326, Grégoire fut ordonné prêtre, après avoir reçu dans une vision la confirmation que telle était bien la volonté de Dieu. Il partit ensuite fonder un ermitage aux environs de Bérée, sur les lieux sanctifiés jadis par saint Antoine le Jeune [fête le 17 janvier], où, pendant cinq années, il se livra à une ascèse encore plus rigoureuse. Vivant isolé cinq jours par semaine dans le jeûne, la veille et la prière baignée de larmes, il n’apparaissait que le samedi et le dimanche pour célébrer la Divine Liturgie, partager un repas fraternel et s’entretenir de quelque sujet spirituel avec ses compagnons d’ascèse. Il continua ainsi de s’élever vers les cimes de la contemplation, s’unissant étroitement avec Dieu en son cœur. À la mort de sa mère, il se rendit à Constantinople et en ramena ses sœurs, qu’il installa dans un ermitage proche du sien. Mais il ne put jouir longtemps de ce repos, car la région était régulièrement dévastée par les incursions des Serbes. Il décida alors de retourner à l’Athos, où il s’établit dans l’ermitage de Saint-Sabas, un peu au-dessus de Lavra (1331). Ce nouveau séjour fut pour lui l’occasion de s’isoler encore plus des hommes pour converser davantage avec Dieu. Il n’allait qu’exceptionnellement au monastère et ne communiquait avec ses rares visiteurs que le dimanche et les jours de fêtes. C’est ainsi que de la contemplation encore extérieure, Grégoire parvint à la vision de Dieu dans la lumière du Saint-Esprit et à la déification promise par le Christ à ses parfaits disciples. Un jour, il vit dans un songe qu’il était rempli d’un lait venu du ciel, lequel, en débordant de sa personne, se transformait en vin et remplissait l’atmosphère environnante d’un sublime arôme. C’était là un signe divin lui révélant que le temps était désormais venu d’enseigner à ses frères les mystères que Dieu lui révélait. Il rédigea alors quelques écrits ascétiques, puis fut nommé higoumène du monastère d’Esphigménou (1333/1334). Mais son zèle et ses exigences spirituelles ne furent pas compris des deux cents moines qui vivaient dans ce monastère, si bien qu’au bout d’an, Grégoire démissionna pour regagner son ermitage.

À cette époque, un moine originaire de Calabre, Barlaam (1290-1348), s’était acquis une brillante renommée dans les milieux intellectuels de la capitale, grâce à son habilité pour les spéculations abstraites. Il aimait particulièrement commenter les écrits mystiques de saint Denys l’Aréopagite [fête le 3 octobre] , mais il en donnait une interprétation purement philosophique, ne faisant de la connaissance de Dieu que l’objet de froids raisonnements et non le fruit d’une expérience vécue. Ayant rencontré quelques moines simples à Thessalonique, ce délicat humaniste avait été scandalisé par leurs méthodes de prière et par la place qu’ils laissaient à l’élément sensible dans la vie spirituelle. Il prit cette occasion pour calomnier les moines et les accuser d’hérésie messalienne auprès du Synode permanent de Constantinople (1337). Les hésychastes firent alors appel à Grégoire qui rédigea plusieurs traités, dans lesquels il répondait aux accusations de Barlaam en situant la spiritualité monastique dans une vaste synthèse théologique ([vii]). Il Y montrait que l’ascèse et la prière sont l’aboutissement de tout le mystère de la Rédemption, et qu’elles sont le moyen offert à chacun pour faire éclore la grâce déposée en lui au baptême. Il défendait aussi le bien-fondé des méthodes utilisées par les hésychastes pour fixer l’intelligence dans le cœur, car depuis l’Incarnation c’est dans nos corps sanctifiés par les sacrements et greffés par l’Eucharistie au Corps du Christ que nous devons rechercher la grâce de l’Esprit. Cette grâce est la gloire de Dieu elle-même qui, jaillissant du corps du Christ le jour de la Transfiguration, a frappé les disciples de stupeur (cf. Mt 17) et qui, lorsqu’elle resplendit dans notre cœur purifié de ses passions, nous unit vraiment à Dieu, nous illumine, nous déifie et nous donne un gage de la gloire qui brillera aussi sur le corps des saints après la résurrection générale. En affirmant ainsi la pleine réalité de la déification, Grégoire ne niait pourtant pas que Dieu est absolument transcendant et inconnaissable dans son essence. À la suite des saints Pères, mais de manière plus nette, il distingue en Dieu l’essence imparticipable et les énergies éternelles, créatrices et providentielles, par lesquelles le Seigneur fait participer les êtres créés à son être, à sa vie et à sa lumière, sans toutefois introduire aucune division dans l’unité de la nature divine. Pour saint Grégoire, Dieu n’est donc pas le concept des philosophes, mais il est Amour, Personne vivante et feu dévorant, comme l’enseigne l’Écriture, et Il fait tout pour nous déifier. D’abord reconnues par les autorités de l’Athos dans le Tome Hagiorite (1340)([viii]), les éblouissantes réfutations du saint furent ensuite adoptées par l’Église, qui condamna Barlaam – et avec lui l’humanisme philosophique qui devait bientôt animer la Renaissance européenne – au cours de deux Conciles réunis à Sainte-Sophie, en 1341.

Barlaam condamné et ayant trouvé refuge en Italie, la controverse n’en était pas close pour autant. Grégoire qui, pour rédiger ses traités, avait vécu quelque temps en reclus dans une maison de Thessalonique, avait à peine eu le temps de regagner son ermitage de l’Athos qu’un de ses anciens amis, Akindynos, reprenait l’essentiel des arguments du Calabrais, en accusant Grégoire d’introduire des nouveautés par la distinction entre l’essence et les énergies. D’abord arbitre entre Barlaam et Grégoire, Akindynos était un de ces conservateurs formalistes qui se contentaient de la répétition de simples formules pour condamner les humanistes, sans chercher à pénétrer l’esprit de la tradition. C’est alors qu’éclata une terrible guerre civile (1341-1347), due à la rivalité entre le grand-duc Alexis Apokaukos et l’ambitieux Jean Cantacuzène, ami de Palamas, pour obtenir la régence de l’Empire jusqu’à la maturité de l’héritier légitime, Jean V Paléologue. Le patriarche Jean Calécas (1334-1347) prit le parti d’Apokaukos et, par l’intermédiaire d’Akindynos, intenta à Grégoire un procès, à l’issue duquel on excommunia le saint avant de le condamner à la prison (1344). Pendant les quatre années de sa réclusion, Grégoire ne relâcha en rien son activité : il entretenait une vaste correspondance et rédigea un important traité contre Akindynos. Vers 1346, comme l’avantage passait à Cantacuzène, la régente, Anne de Savoie (†1365), prit la défense du saint confesseur et fit déposer le patriarche, la veille même de l’entrée triomphale de Cantacuzène dans la capitale. Celui-ci éleva Isidore à la dignité patriarcale (1347-1350) et réunit un nouveau concile pour justifier les Hésychastes (8 février 1347). La controverse ne trouva toutefois une issue définitive qu’en 1351, lors de la réunion d’un troisième concile contre l’humaniste Nicéphore Grégoras. Dans le Tome synodal, la doctrine de saint Grégoire sur les énergies incréées et sur la nature de la grâce était reconnue comme règle de foi pour l’Église Orthodoxe.

Isidore procéda à la nomination de trente-deux nouveaux évêques et confia à Grégoire le siège de Thessalonique (mars 1347). Mais comme la ville était aux mains du parti Zélote, adversaire de Jean Cantacuzène, le nouvel évêque ne put prendre possession de son siège. Réfugié quelque temps au Mont Athos puis à Lemnos, où il fit preuve d’un dévouement héroïque durant une épidémie, Grégoire put enfin revenir à Thessalonique, acclamé par les hymnes de Pâques, comme l’image du Christ triomphant (1350). Ses nombreuses activités pastorales lui permirent de répandre parmi ses fidèles les grâces qu’il avait acquises dans la solitude. Il faisait briller sur la ville la lumière qui illuminait son cœur et dispensait avec abondance ses enseignements inspirés, en insistant sur le lien étroit qui doit unir la prière et la vie sacramentelle dans la vie de chaque chrétien ([ix]). Par la puissance du Christ, il accomplit aussi plusieurs miracles et guérisons.

Au cours d’un voyage vers Byzance, il tomba entre les mains des Turcs et fut retenu prisonnier en Asie Mineure pendant un an (1354-1355). La relative liberté dont il disposait et son ouverture d’esprit, lui permirent d’entretenir là des discussions théologiques amicales avec des théologiens musulmans et le fils de l’émir Orkham. Délivré grâce à une rançon venue de Serbie, il regagna Thessalonique où il poursuivit son œuvre de pasteur et de thaumaturge. À la fin de 1354, Jean V Paléologue entra à Constantinople et força Cantacuzène à abdiquer ([x]). Il fit déposer le patriarche saint Philothée et se tourna contre les partisans de saint Grégoire. Nicéphore Grégoras († 1368), qui avait été condamné par le Concile de 1351, profita de cette situation pour reprendre ses accusations en arguant qu’on ne devait parler de Dieu que comme d’une essence simple. L’empereur organisa un débat public, en présence d’un légat du pape, mais cette discussion n’eut d’autre issue que la confirmation de la décision synodale (1355). En réponse aux arguments de son adversaire, saint Grégoire rédigea alors un vaste traité contre Grégoras, dans lequel il définit une nouvelle fois les principes de la « vraie philosophie » chrétienne.

De retour à Thessalonique, le saint évêque reprit sa tâche pastorale. Comme il était éprouvé par une longue et grave maladie, saint Jean Chrysostome lui apparut et l’invita à le rejoindre parmi le chœur des saints hiérarques, après la célébration de sa fête. Ce fut effectivement le 14 novembre 1357 (ou 1359) que saint Grégoire remit son âme à Dieu. Lorsqu’il expira, son visage rayonnait d’une lumière semblable à celle qui brilla sur saint Étienne (Act 6-7). Dieu montrait ainsi en la personne de son serviteur, la vérité de sa doctrine sur la réalité de la déification par la lumière incréée du Saint-Esprit. Le culte de saint Grégoire a été reconnu en 1368, lors d’une cérémonie solennelle à Sainte-Sophie, et ses nombreux miracles l’ont fait considérer comme le second protecteur de Thessalonique, après saint Dimitrios.

([i]) Sa fête est célébrée solennellement le second dimanche du Grand Carême, à la suite de la fête de l’Orthodoxie. Le culte de S. Grégoire commença immédiatement après sa mort, à la suite des miracles accomplis auprès de son tombeau à Thessalonique. Parallèlement un culte se développa au Mt Athos. En 1363, le patriarche Calliste ordonna aux évêques de la région de Thessalonique d’établir un dossier sur ses miracles et de réunir des témoignages sur sa sainteté. Ce dossier, envoyé au patriarche Philothée à Constantinople, permit la proclamation officielle de son culte, qui fut publiée dans le Tomos du concile de mars-avril 1368. Au monastère de la Grande Lavra, sa mémoire était déplacée le 5 nov. du fait de l’occurrence avec celle de S. Philippe; tandis que d’après le témoignage de S. Syméon de Thessalonique, à Thessalonique elle était célébrée le 13 avec celle de S. Jean Chrysostome. Sur les premières fresques (Vatopédi), qui le représentent, environ cinquante ans après sa mort, il est nommé «Nouveau Chrysostome ». La meilleure présentation de la vie et de la doctrine de S. Grégoire reste celle de J. Meyendorff, Introduction à l’étude de Grégoire Palamas (Patristica sorbonensia 3), Paris 1959, résumée dans: Grégoire Palamas et la mystique orthodoxe (« Maîtres spirituels 20 »), Paris 1959.

([ii]) Originaire de Nicée, Théolepte, resté veuf, devint moine au Mt Athos, où il acquit une profonde expérience de la vie mystique. Devenu métropolite de Philadelphie (1283), il dirigea la défense héroïque de la ville contre les Turcs en 1310, et accomplit dignement son œuvre pastorale dans les conditions difficiles de cette époque jusqu’à son repos (1322). Père spirituel d’Irène Choumnaina Paléologue et conseiller du monastère du Philanthropos Soter qu’elle avait fondé, il rédigea d’importants traités spirituels, dont certains ont été insérés dans la Philocalie, et fut, selon les mots de S. Grégoire Palamas, le principal précurseur de l’Hésychasme ; mais il n’a malheureusement pas encore été compté parmi les saints, voir la traduction d’un choix de ses lettres et traités dans «Les Pères dans la foi », Paris 2001.

([iii])  C’est-à-dire la vigilance sur les mouvements de la partie passionnée de l’âme qu’acquiert l’intelligence en train de se purifier.

([iv]) Située sur l’emplacement de l’actuelle skite de Provata, entre Caracallou et l’ancien monastère italien des Amalfitains (Morphonou), cette skite fut alors abandonnée par ses moines. Elle était presque délabrée lorsqu’elle fut finalement annexée par la Grande Lavra, en 1353.

(5) Nicéphore Grégoras le nomme Grégoire l’Amer (Drimys), et rapporte son activité à Byzance. Mais il s’agit peut-être de S. Grégoire le Sinaïte [fête le 27 novembre].

([vi]) Originaire de Thessalonique, saint Isidore (Boucheiras) vécut quelque temps à l’Athos, mais dut bientôt retourner dans sa ville natale où, pendant dix ans environ, il s’employa à répandre la pratique de la prière parmi les laïcs. Tonsuré moine par S. Grégoire (1335), il devint un de ses plus fidèles soutiens et l’accompagna au synode de 1341. Élu métropolite de Monemvasia, il fut déposé à cause de ses positions en faveur des hésychastes. Après la victoire de Jean Cantacuzène, il retrouva la faveur dont il jouissait et fut élu patriarche (1347), ce qui lui permit de faire élever S. Grégoire sur le siège épiscopal de Thessalonique. Il s’endormit en paix, au bout de trois années seulement de ministère (1350), laissant une réputation de sainteté. S. Philothée Kokkinos rédigea sa Vie, mais sa mémoire n’a pas encore été incluse dans le calendrier.

([vii]) Ils sont réunis dans les Triades ou Défense des saints Hésychastes, son œuvre la plus importante, trad. J. Meyendorff, Louvain (Spicilegium Sacrum Lovaniense. Études et documents 30-31,1972

([viii]) Trad. fr. dans Philocalie des Pères Neptiques, Paris 1995, t. II, 480-481.

([ix]) Grégoire Palamas, Douze Homélies pour les Fêtes, «l’Échelle de Jacob », Paris 1987.

([x]) Jean Cantacuzène devint moine sous le nom de Joasaph.

Homélie IV sur la Passion par saint Anastase d’Antioche

Le chemin qui conduit le Christ à sa gloire

Épître aux Hébreux II, 11-18 − évangile selon saint Luc I, 24-38

“Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux païens, aux grands prêtres et aux scribes pour être flagellé, tourné en dérision et crucifié” (cf Mt 20,18). En disant cela à ses disciples, le Christ annonçait ce qui s’accordait avec les prédictions des prophètes, car ils avaient prédit sa mort qui devait avoir lieu à Jérusalem… Nous comprenons pourquoi le Verbe de Dieu qui, autrement, ne pouvait pas souffrir, a dû subir la Passion ; car l’homme n’aurait pas pu être sauvé par un autre moyen. Lui seul l’a su, ainsi que ceux à qui il l’a révélé. En effet, il a su tout ce qui vient du Père ; c’est ainsi que “l’Esprit voit même les profondeurs des mystères divins.” (1Co 2,10).

“Il fallait que le Christ souffre” (Lc 24,26) : il était absolument impossible que la Passion n’eût pas lieu, comme lui-même l’a affirmé lorsqu’il a appelé “lents à croire” et “inintelligents” ceux qui ne savaient pas que le Christ devait souffrir ainsi pour entrer dans sa gloire (Lc 24,25). En effet, il est venu pour sauver son peuple, en renonçant à “la gloire qu’il avait auprès du Père avant le commencement du monde” (Jn 17,5).

Ce salut était la perfection qui devait s’accomplir par la Passion, et qui serait accordée à l’auteur de notre vie, selon l’enseignement de saint Paul : “Il a été l’auteur de notre vie, en atteignant la perfection par ses souffrances” (Hb 2,10).

On voit comment la gloire du Fils unique, dont il avait été écarté pendant peu de temps en notre faveur, lui a été rendue par la croix dans la chair qu’il avait adoptée. Saint Jean le dit en effet dans son évangile, lorsqu’il explique ce qu’était cette eau dont le Sauveur a dit qu’elle “jaillirait, comme des fleuves, du cœur du croyant. Or, en disant cela, il parlait de l’Esprit Saint que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. En effet, l’Esprit Saint n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’était pas encore entré dans sa gloire” (Jn 7,38-39). Ce qu’il appelle sa gloire, c’est sa mort sur la croix. C’est pourquoi le Seigneur, lorsqu’il priait, avant de subir la croix, demandait au Père de lui donner cette “gloire qu’il avait auprès de lui avant le commencement du monde”.

Anastase Ier d’Antioche, moine puis patriarche d’Antioche de 549-570 et de 593-599

Sainte impératrice Théodora

sainte impératrice Théodora

Mémoire de la sainte impératrice Théodora, la restauratrice del’Orthodoxie.

Issue d’une illustre famille de dignitaires impériaux, qui de Paphlagonie s’était établie à Constantinople, sainte Théodora avait été dotée par Dieu d’une grande beauté et d’une fine intelligence. Elle avait hérité de surcroît de sa mère, Théoctiste, une piété fervente et un attachement inébranlable à la foi orthodoxe. Choisie entre toutes les jeunes filles de la noblesse pour épouser l’empereur Théophile (830), elle s’acquitta fidèlement de ses devoirs d’épouse et de souveraine, en s’efforçant de tempérer par sa douceur et sa patience la cruauté de Théophile qui avait renouvelé, avec une violence encore jamais vue, la persécution contre le culte des saintes icônes. Alors que dans tout l’Empire on pourchassait les confesseurs de l’Orthodoxie, en torturant et en exilant les plus saintes personnalités du temps, Théodora restait fidèle à la vraie foi et vénérait en secret les saintes icônes qu’elle avait cachées dans sa chambre . Un jour, un des bouffons de la cour la surprit en train de baiser ses icônes, et il alla la dénoncer à l’empereur qui, éclatant de colère, la fit immédiatement convoquer. Mais la pieuse Théodora trouva le moyen de détourner ingénieusement l’accusation du fou et put continuer de soutenir discrètement les confesseurs de la foi. Malgré l’interdiction de son mari, elle se rendait souvent avec ses cinq filles auprès de sa mère Théoctiste, qui était devenue moniale dans un monastère de sa fondation et qui ne craignait pas de blâmer ouvertement Théophile pour son impiété et ses cruelles persécutions contre les orthodoxes.

Au bout de douze années, Théophile fut frappé par Dieu d’une dysenterie qui lui occasionnait d’insupportables souffrances. Théodora, affligée de ce spectacle et compatissante envers celui auquel elle avait été unie par le lien sacré du mariage, prit une icône de la Mère de Dieu, qu’elle gardait cachée, et la posa sur le visage du patient. Revenant un peu à lui, après une vision effrayante, Théophile baisa la sainte icône et confessa la vraie foi, puis il rendit son âme à Dieu’.

Une version différente est conservée dans la Passion de S. Irénarque [28 nov.].

Son précieux chef est conservé au monastère de Constamonitou, au Mont Athos.

Ce récit de la conversion de Théophile sur son lit de mort a été fort contesté. Selon d’autres sources, l’empereur serait bel et bien mort dans l’hérésie, en faisant jurer de surcroît à Théodora et au logothète Théoctiste de ne rien changer dans la politique ecclésiastique après sa mort. Théodora en pieuse et fidèle épouse aurait fait croire à sa conversion.

L’héritier du trône, Michel III, n’étant âgé que de quatre ans, Théodora fut chargée de la régence. Elle sut s’entourer des sages conseils du logothète Théoctiste [20 nov.] et entreprit de restaurer sans retard le culte des saintes icônes et de rappeler d’exil les confesseurs de l’Orthodoxie. Elle fit convoquer, en mars 843, un concile qui déposa le patriarche hérétique Jean VII, cause de tant de maux, et éleva sur le trône patriarcal saint Méthode le Confesseur [14 juin]. Après avoir anathématisé les hérétiques et confirmé les décisions du Septième Concile Œcuménique (787), les saints Pères s’assemblèrent, le premier dimanche du Carême 843, avec les confesseurs, prêtres et moines, qui, venus de toutes les extrémités de l’Empire, portaient dans leurs corps les marques encore sanglantes de leur confession de la vraie foi. Et, en une longue procession qui traversa la ville, des Blachernes à Sainte-Sophie, en présence de tout le peuple, ils procédèrent à la restauration officielle du culte des saintes icônes. Cette fête est célébrée depuis, chaque année, le premier dimanche du Carême, et elle est devenue le symbole du triomphe de l’Orthodoxie sur toutes les hérésies’.

La paix de l’Église ayant été ainsi rétablie, la pieuse Théodora montra de grands talents politiques dans le gouvernement de l’Empire, surtout dans la gestion économique. C’est à son initiative que des missionnaires byzantins partirent évangéliser la Moravie et la Bulgarie’. Malgré tout le soin qu’elle avait pris dans l’éducation de Michel III, elle eut à souffrir de sa part de grandes épreuves. Son frère Bardas, homme de grand talent mais débauché, qui avait acquis grâce à Théodora de vastes pouvoirs, exerçait une influence déplorable sur le jeune empereur qui ne cessait de scandaliser la cour par des farces de mauvais goût. Finalement, après avoir fait exécuter Théoctiste, il poussa l’empereur, avant même sa majorité et la fin de la régence, à expulser du pouvoir Théodora et à la contraindre de se retirer avec ses filles au monastère de Gastria, bien que le patriarche Ignace eût refusé de les tonsurer moniales (858).

Soumise aux desseins de la Providence, Théodora s’adonna dès lors avec ardeur au jeûne, à la prière et à toutes les observances de la vie angélique. Elle remit en paix son âme à Dieu, le 11 février 867. Ses reliques, restées incorrompues, furent transférées au moment de la prise de Constantinople à Corfou, avec celles de saint Spyridon. Déposées dans la cathédrale, elles furent miraculeusement préservées de la destruction au cours d’un bombardement pendant la Deuxième Guerre Mondiale et restent, pour les fidèles, une source d’abondantes bénédictions.

  1. En plus de la procession des saintes icônes, on lit aussi, dans certaines Églises, le Synodikon de l’Orthodoxie, prononcé en 843 pour anathématiser les hérétiques et faire l’éloge des confesseurs de la foi. Le texte a été complété au fil des temps et adapté par chaque Église locale, de manière à inclure la condamnation de toutes les hérésies apparues avant et après l’iconoclasme. Texte, trad. et commentaires J. GOUILLARD, «Le Synodikon de l’Orthodoxie », Travaux et Mémoires 2 (1967),1-316.

Cf. la notice de S. Photios [6 fév.] et celle de saints Cyrille et Méthode [11 mai].

Cf. 1″ déc. D’après SOZOMÈNE (Hist. ecclés. 9,17, PG 67,1628), les reliques du prophète Zacharie, fils de Yehoyada, qui fut lapidé sur le parvis du Temple sur ordre du roi Josias (2 Chrono 24, 20-22), furent retrouvées miraculeusement dans les environs d’Éleuthéropolis, en 415. En septembre de la même année, Ursus, préfet de Constantinople, les fit transférer à Sainte-Sophie, avec celles du patriarche Joseph, et l’on


Θεοδώραν Ἄνασσαν εὐσεβεστάτην,

Χριστὸς Βασιλεὺς ἀξιοῖ θείου στέφους.

Βιογραφία

Η Αγία Θεοδώρα, η βασίλισσα, γεννήθηκε στην Έβεσσα της Παφλαγονίας, το 815 μ.Χ., από ευσεβείς γονείς, τον δρουγγάριο Μαρίνο και την ενάρετη Θεοκτίστη που διακρινόταν για την ευλάβειά της και την προσήλωσή της στην ορθόδοξη πίστη. Η Αγία είχε τρεις άλλες αδελφές, τη Σοφία, της Μαρία και την Ειρήνη και δύο αδελφούς, τον Βάρδα και τον Πετρωνά. Το έτος 830 μ.Χ. νυμφεύθηκε τον αυτοκράτορα Θεόφιλο (829 – 842 μ.Χ.), ο οποίος ήταν εικονομάχος. Παρά το εικονομαχικό κλίμα που επικρατούσε, η Θεοδώρα εξακολουθούσε να τιμά τις ιερές εικόνες και να τις φυλάσσει κρυφά στα δώματά της. Η μητέρα της, Θεοκτίστη, εγκατέλειψε τα ανάκτορα και αποσύρθηκε σε γυναικεία μονή, την οποία η ίδια είχε ιδρύσει.

Το 842 μ.Χ. ο Θεόφιλος πέθανε και η Αγία Θεοδώρα ανέλαβε την βασιλεία και την εποπτεία του ανήλικου υιού της Μιχαήλ, με συνεπιτρόπους τον αδελφό της Βάρδα, τον εκ του πατέρα της θείου της, που ήταν μάγιστρος και τον λογοθέτη Θεόκτιστο. Η πρώτη ενέργεια ήταν η απομάκρυνση του εικονομάχου Πατριάρχου Ιωάννου και η εκλογή του Αγίου Μεθοδίου (τιμάται 14 Ιουνίου). Η Σύνοδος, που συνήλθε στις 11 Μαρτίου του 843 μ.Χ., αποφάσισε την αναστήλωση των Αγίων εικόνων και ανόρθωσε την διδασκαλία της Ζ’ Οικουμενικής Συνόδου. Η μεγαλοπρεπής πανήγυρη ετελέσθη την Α’ Κυριακή των Νηστειών, στο ναό της Αγίας Σοφίας, που από τότε καθιερώθηκε ως Κυριακή της Ορθοδοξίας.

Αλλά εκτός από το ζήτημα των εικόνων, την Αγία Θεοδώρα απασχόλησαν και άλλοι ποικίλοι εσωτερικοί και εξωτερικοί περισπασμοί, όπως οι επιδρομές των Αράβων στη Σικελία και Μικρά Ασία, οι επαναστάσεις των Σλάβων της Πελοποννήσου και των Παυλιανιτών της Μικράς Ασίας, οι εκστρατείες κατά των Αράβων της Κρήτης, της Συρίας και της Αιγύπτου, και οι περιπλοκές με τον ηγεμόνα των Βουλγάρων Βόγορι, τον οποίο οδήγησε στην Ορθοδοξία. Έτσι, εμπιστεύτηκε την ανατροφή του υιού της στον αδελφό της Βάρδα, ο οποίος, με σκοπό το δικό του συμφέρον, ενθάρρυνε και ενίσχυε κάθε ροπή του νεαρού βασιλέως προς την ακολασία. Η δολοφονία του λογοθέτου Νεοκτίστου κατέστησε τον αδελφό της Αγίας πανίσχυρο, ώστε να περιφρονεί και να απειλεί και την ίδια.

Αργότερα, ο ίδιος ο υιός της Αγίας, Μιχαήλ, και ο αδελφός της Βάρδας, διέταξαν τον εγκλεισμό της, μαζί με τις θυγατέρες της Άννα, Θέκλα, Αναστασία, Μαρία και Πουλχερία, στη Μονή Γαστριών, στην περιοχή των Υψομαθείων και την κουρά της ως μοναχής. Εκεί η Αγία Θεοδώρα αφοσιώθηκε στην προσευχή και στην άσκηση. Κοιμήθηκε οσίως με ειρήνη το έτος 867 μ.Χ., το δε ιερό λείψανό της φυλάσσεται με ευλάβεια στο ναό της Παναγίας Σπηλαιωτίσσης στην Κέρκυρα.

Ἀπολυτίκιον

Ἦχος πλ. α’. Τὸν συνάναρχον Λόγον.

Δωρεῶν τῶν ἐνθέων οὖσα ἐπώνυμος, τὴν Ἐκκλησίαν φαιδρύνεις βασιλικαὶς δωρεαίς, ὡς θεόγλυπτος εἰκὼν θείας φρονήσεως, τῶν γὰρ Εἰκόνων τῶν σεπτῶν, τὴν τιμὴν ὡς σχετικήν, ἐτράνωσας Θεοδώρα, τῶν Βασιλίδων ἄκρατης, τῶν Ὀρθοδόξων ἐγκαλλώπισμα.

Saint Blaise

t Le 11 de ce mois, nous célébrons la mémoire du saint hiéromartyr BLAISE, évêque de SÉBASTE, et de ses compagnons.

Saint Blaise

Originaire de la province d’Arménie et médecin de profession, saint Blaise menait une vie semblable au juste Job: intègre et droit, craignant Dieu et se gardant de tout mal (lb l, 1). Comme il avait gagné par ces vertus l’affection de tous ses concitoyens, il fut élu évêque de la ville de Sébaste. Au temps de la Grande Persécution, il confessa hardiment la foi et encouragea les saints martyrs à mener jusqu’au bout le bon combat. Il rendit visite à saint Eustrate dans son cachot avant son glorieux martyre et célébra pour lui la Divine Liturgie, puis il se chargea de recueillir les précieuses reliques des Cinq Martyrs pour les transmettre à la vénération du peuple chrétien [13 déc.]. Au bout de quelque temps, il se retira sur une montagne des environs, nommée Argée, et s’enferma dans une grotte, afin d’y élever vers Dieu des prières pures, exemptes de toute distraction. Attirées par la bonne odeur de ses vertus, comme vers un nouvel Adam, les bêtes sauvages venaient vers lui et attendaient paisiblement à l’entrée de la grotte qu’il eût achevé sa prière pour recevoir sa bénédiction ou la guérison de leurs maux.

Sous le règne de l’empereur Licinius (vers 316), Agricolaos, gouverneur de Cappadoce, vint à Sébaste en vue d’y arrêter les chrétiens. Comme il avait projeté de livrer les condamnés aux bêtes féroces dans l’amphithéâtre, il envoya ses gens dans la montagne pour les capturer vivantes. Arrivés à proximité de la caverne du saint, les soldats eurent la surprise de trouver là un grand nombre de lions, de tigres, d’ours, de loups et d’autres fauves qui lui tenaient paisiblement compagnie. Ils en informèrent aussitôt le gouverneur qui leur donna l’ordre d’arrêter Blaise. Le saint ermite les reçut avec affabilité, en leur annonçant qu’il avait été prévenu de leur venue par une vision, et il les suivit sans opposer la moindre résistance. Sur le chemin, de nombreux païens se convertirent au Christ en voyant la paix et l’ineffable douceur qui se dégageaient de sa personne, et à son passage, les malades, hommes et bêtes, recouvraient la santé. Une femme en larmes lui présenta alors son enfant qui était sur le point de mourir d’étouffement après avoir avalé une arête de poisson. Le saint plongea sa main dans la gorge de l’enfant et pria le Seigneur de le délivrer, lui et tous ceux qui, souffrant d’un tel mal dans la suite des temps, invoqueront son intercession, et l’enfant fut aussitôt rendu à sa mère en pleine santé.

Parvenu à Sébaste et traduit devant le tribunal, Blaise répondit avec hardiesse aux questions d’Agricolaos, en condamnant la vanité du culte des idoles sans vie. Il endura avec joie les coups de verges, puis fut jeté en prison. Après avoir été soumis à de nouveaux supplices, en déclarant au gouverneur: « Je ne crains pas tes tortures, car je regarde vers les biens futurs », il fut de nouveau jeté tout sanglant dans son cachot. Sept femmes pieuses le suivirent, en ramassant les gouttes de sang qui coulaient à terre, pour s’en oindre le visage comme du plus précieux parfum. Elles furent immédiatement arrêtées et présentées au gouverneur qui les menaça de cruels tourments si elles refusaient de sacrifier aux idoles. Feignant d’acquiescer, elles demandèrent qu’on apportât les statues au bord du lac – ce même lac qui devint un peu plus tard le théâtre du glorieux combat des Quarante Martyrs [9 mars] -, afin qu’elles puissent les laver avant de leur offrir un digne sacrifice. Dès qu’on leur apporta les statues, elles les jetèrent au fond du lac. En apprenant cette nouvelle, Agricolaos entra dans une terrible fureur et fit préparer un grand brasier, avec du plomb fondu et des peignes de fer, et il leur demanda de choisir entre ces tortures et de riches parures qu’il avait fait exposer à proximité. Une des femmes, mère de deux jeunes enfants, se précipita et jeta les

 

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parures au feu, encouragée par ses enfants qui lui criaient: «Ne nous abandonnes pas! Comme tu nous as nourris de ton lait maternel, laisse-nous te suivre pour hériter du Royaume des cieux! » Le tyran fit alors attacher les saintes femmes à des poteaux et ordonna de leur déchirer le corps au moyen des peignes de fer. Puis, comme elles restaient miraculeusement indemnes, même après avoir été jetées dans les flammes, elles eurent la tête tranchée, en adressant de ferventes actions de grâces à Dieu et à son serviteur Blaise’.

Les efforts d’Agricolaos pour ébranler la résolution de saint Blaise étant restés vains, il le condamna à être noyé dans le lac. Quand le bourreau l’amena sur la rive, le saint martyr fit le signe de la Croix et se mit à marcher sur les eaux, à l’imitation du Seigneur. Parvenu au milieu du lac, il invita les païens à venir le rejoindre, s’ils croyaient pouvoir se confier en leurs dieux. Soixante-huit d’entre eux s’avancèrent et périrent aussitôt noyés, tandis qu’un ange lumineux apparaissait et invitait le saint à regagner la berge pour recevoir la couronne de gloire.

Condamné à être décapité avec les deux audacieux enfants, saint Blaise, resplendissant de la lumière divine, éleva sa prière en faveur de tous ceux qui imploreront son secours dans les maladies et les épreuves. Le Seigneur lui apparut alors dans toute sa gloire, en disant: «J’ai entendu ta prière et je t’accorde ce que tu me demandes. » Les corps des saints martyrs, pieusement ensevelis après leur exécution, devinrent par la suite une source de bénédictions pour tous ceux qui se réunissaient chaque année sur ces lieux afin d’y célébrer leur mémoire. Saint Blaise est un des saints guérisseurs les plus vénérés, tant en Orient qu’en Occident’.


Άγιος Βλάσιος ο ιερομάρτυρας εξ Ακαρνανίας

Ημερομηνία εορτής:       11/02/2018 Άγιος Βλάσιος ο ιερομάρτυρας εξ Ακαρνανίας

Τύπος εορτής:        Σταθερή.

Εορτάζει στις 11 Φεβρουαρίου εκάστου έτους.

Πολιούχος:    Αχαρνές Αττικής

Άγιοι που εορτάζουν: Αγιος Βλασιος Ο Ιερομαρτυρας Εξ Ακαρνανιας (; – 1006)

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Βιογραφία

Ο Άγιος Βλάσιος ήταν ηγούμενος ή εφυσυχάζων επίσκοπος στην Ιερά Μονή των Εισοδίων της Θεοτόκου που βρίσκονταν στην περιοχή των Σκλαβαίνων – Ζαβέρδας νυν Παλαίρου Αιτωλοακαρνανίας. Ετελειώθει με μαρτυρικό θάνατο από Αγαρηνούς πειρατές μαζί με πέντε συμμοναστες του και πλήθος χριστιανών λαϊκών αντρών γυναικών και παιδιών που αποτελούσαν ποίμνιο του, για την πίστη τους στο Χριστό. Τον αποκεφάλισαν αφού προηγουμένως κάρφωσαν αργά στο σώμα του πέντε καρφιά. Στην συνέχεια οι δήμιοι του προσπάθησαν να κάψουν το σώμα του αλλά αυτό δεν κάηκε. Οι διασωθέντες χριστιανοί που έφτασαν στο σημείο έθαψαν τον Άγιο Βλάσιο χωριστά από τους πέντε συμμαρτυρίσαντες συνασκητές του, τους οποίους ενταφίασαν μαζί σε κοινό τάφο. Τους υπόλοιπους χριστιανούς τους έθαψαν φύρδην μύγδην σε μεγαλύτερο ομαδικό. Το μαρτύριο τους έλαβε χώρα την 19η Δεκεμβρίου ημέρα Κυριακή. Σε πέτρινη επιγραφή που βρέθηκε στο σημείο του τάφου του αναφέρονταν το έτος 1006 μ.Χ. η οποία πιθανώς να προσδιορίζει και τον χρόνο του μαρτυρίου του.

Σιγά σιγά χάνεται και σκεπάζεται από την λήθη του χρόνου το μαρτύριο και η ιστορικότητα του Αγίου Βλασίου και των συν αυτώ αλλά και όλων των γεγονότων τα οποία έλαβαν χώρα. Αγνοείται παντελώς η οντότητα του μεγάλου αυτού αγίου. Μόνο στις διηγήσεις της προφορικής παραδόσεως αναφέρεται η σφαγή που έλαβε χώρα, σε απροσδιόριστο παρελθοντικό χρόνο. Εκείθε και η ονομασία της περιοχής από Κιάφα σε «Σκλάβαινα» (περιοχή που υπέστη σκλαβια- αιχμαλωσία). Χάνεται κάθε ιστορική ή και μορφολογική ένδειξη της ύπαρξης του Αγίου για 900 και πλέον χρόνια. Όλα τα σκέπασε το σκότος της λησμονιάς. Αν και το όλο ιστορικό χάθηκε στα βάθη των αιώνων αν και τίποτα δεν καταμαρτυρούσε για τα γεγονότα των Σκλαβαίνων, αν και ο τόπος είχε αλλάξει ριζικά από μορφολογικής αλλά και πληθυσμιακής πλευράς, το θείο δώρο της Αγάπης του Θεού προς το σύγχρονο άνθρωπο αναδύεται ως θείο φως από το φάσμα των σκοτεινών 900 και πλέον χρόνων. Ευδοκείτε έτσι από το έτος 1915 μ.Χ. και εξής αρχίζουν να συμβαίνουν ανεξήγητα αλλά και θαυμαστά γεγονότα στην περιοχή των Σκλαβαίνων. Πολλοί από τους κατοίκους της περιοχής αρχίζουν να βλέπουν σε όνειρα κάποιον επιβλητικό και ιεροπρεπή ρασοφόρο, ο οποίος να τους έλεγε «Είμαι ο Άγιος Βλάσιος. Να σκάψετε στο σημείο αυτό και να βγάλετε τα λείψανα μου» και τους έδειχνε το συγκεκριμένο τόπο. Σημειωτέων ότι επί του σημείου του τάφου τίποτα δεν δήλωνε την ύπαρξη του. Πάνω από αυτό και εν αγνοία, είχαν κατασκευαστεί ποιμνιοστάσια και στάβλιζαν στο σημείο πρόβατα. Οι κάτοικοι μη μπορώντας να εξηγήσουν το γεγονός των εμφανίσεων αυτών του ιερέα, κατασκεύασαν ένα πέτρινο εικονοστάσι αφιερωμένο στον Άγιο Βλάσιο επίσκοπο Σεβαστείας (βλέπε ίδια ημέρα), στο σημείο που τους έδειχνε ο άγιος. Δεν επιχείρησαν όμως ποτέ να σκάψουν είτε από δυσπιστία είτε από τον φόβο της απογοήτευσης. Οι εμφανίσεις όμως του Αγίου άρχισαν να γίνονται πιο επίμονες και επιτακτικές με αποδέκτες πολλούς περισσότερους κατοίκους της περιοχής. Αλλά και πάλι δεν προχωρούσαν στο έργο της εκταφής του αγνώστου τάφου.

Κατά το έτος 1923 μ.Χ. ο Πανάγαθος Θεός ευδόκησε ώστε να δοξαστεί και επί της γης ο ένδοξος ιερομάρτυρας Του Βλάσιος. Και αυτό με την θαυμαστή δια ζώσης φανέρωση του, στην μακαριστή πλέον γερόντισσα Ευφροσύνη Κατσαρά. Μια απλή γνήσια και ευσεβή πολύτεκνη γυναίκα χήρα η οποία λάτρευε τον Θεό με την ίδια την ζωή της. Ήταν η νύκτα της 23η Αυγούστου του έτος 1923 μ.Χ. κατά την οποία η Ευφροσύνη φρόντιζε την ετοιμοθάνατη κόρη της η οποία έπασχε από τυφοειδή πυρετό. Ξαφνικά εν τω μέσω της νυκτός αφού ακούστηκε δυνατός κρότος άνοιξαν τα πορτοπαράθυρα της οικίας και εκτυφλωτικό φως εισήλθε εντός αυτής. Από υπερκόσμια αυτή λάμψη περιβάλλονταν κάποιος επιβλητικός ιερέας, ενδεδυμένος άπασα την ιερατική στολή ο οποίος κρατούσε στο χέρι ποιμαντική ράβδο. Τα χαρακτηριστικά του τα διέκρινε με κάθε λεπτομέρεια η γερόντισσα Ευφροσύνη ενώ η κόρης της αντιλαμβάνονταν μόνο την εκτυφλωτική λάμψη. Ο άγιος ιερέας απευθυνόμενος στην Ευφροσύνη της είπε ότι είναι ο Άγιος Βλάσιος και της ζήτησε να τον ακολούθησε για να της υποδείξει το ακριβές σημείο του τάφου του προκειμένου να ενεργήσει για την εκταφή του. Σαστισμένη η γερόντισσα από το γεγονός που ζούσε προέβελε στον Άγιο τον δισταγμό της λόγω της ασθένειας της κόρης της. Ο Άγιος τότε αφού έβγαλε κάποιον εγκόλπιο σταυρό σταύρωσε την ετοιμοθάνατη κόρη της και της ζήτησε ξανά να τον ακολουθήσει. Όπως κι έγινε. Μέσα στο αποπνικτικό σκοτάδι η Ευφροσύνη ακολούθησε το φωτοβόλο Άγιο Βλάσιο, ο οποίος την οδήγησε στο σημείο που είχαν χτίσει το προσκυνητάρι. Εκεί με την ράβδο που κρατούσε χάραξε ένα κύκλο στο χώμα, υποδυκνείοντας το σημείο που θα ‘πρεπε να σκάψουν για να βγάλουν τα άγια και χαριτόβρυτα λείψανα του. Στην συνέχεια ο Άγιος αφού επέστρεψε την Ευφροσύνη στο σπίτι της εξαφανίστηκε. Εκεί η γερόντισσα βρήκε την κόρη της πολύ καλύτερα και θεραπευμένη.

Από την επομένη ημέρα κιόλας άρχισε τις ενέργειες για να γίνει η ανακομιδή των λειψάνων. Όλοι όμως την αντιμετώπιζαν με κάποια δυσπιστία και επιφύλαξη. Αρωγός όμως των προσπαθειών της αυτών ήταν ο Άγιος Βλάσιος που την καθοδηγούσε , αλλά και που εμφανίζονταν και σε άλλα άτομα προκειμένου να γίνει αυτή πιστευτή. Πράγματι οι προσπάθειες της απέδωσαν και άρχισαν οι εργασίες της ανακομιδής με πολλές επιφυλάξεις και μεγάλη ένταση.

Την τρίτη ημέρα των εργασιών κι ενώ για πολλοστή φορά ήταν έτοιμοι να τα παρατήσουν η σκαπάνη χτύπησε σε μια πέτρινη πλάκα. Ρίγη συγκίνησης και δέος κατέλαβαν τους παρευρισκομένους. όταν έβγαλαν την επιτάφια πλάκα μια ουράνια ευωδία ξεχύθηκε και απλώθηκε στην ατμόσφαιρα. Όλοι βρίσκονταν επί του τάφου, εντός του οποίου βρίσκονταν τα λείψανα του Αγίου Βλασίου και τα οποία τόσα χρόνια πριν σε ενύπνια τους ζητούσε να βγάλουν από την γη. Εντός του τάφου και επί των ιερών λειψάνων ευρέθηκαν ένας εγκόλπιος βαρύτατος σιδερένιος σταυρός και τα πέντε καρφιά του μαρτυρίου του.

Αφού περισυνέλλεξε η Ευφροσύνη τα ιερά λείψανα σύμφωνα με τις οδηγίες του Αγίου άρχισε να ενεργεί τα δέοντα για την ανέγερση του ιερού του Ναού και την αγιογράφηση της ιεράς του Εικόνας.

Επίσης, ο Άγιος Βλάσιος έκανε δύο εμφανίσεις, μία σε όραμα στον ευσεβέστατο αείμνηστο Αρχιμ. Αρσένιο Τσαταλιό την 6-12-1978 μ.Χ. και μία άλλη στον ευλαβέστατο μοναχό Παΐσιο τον Αγιορείτη στο Άγιο Όρος το 1980 μ.Χ. (βλέπε εδώ περισσότερες λεπτομέρειες για το γεγονός).

Από την εμφάνιση του Αγίου μέχρι σήμερα άπειρες είναι οι θαυμαστές επεμβάσεις και οι εμφανίσεις του και τα πολλά θαύματα του στα πέρατα της οικουμένης. Ο Θεός χαρίτωσε τον μεγαλομάρτυρα και ιερομάρτυρα Βλάσιο και τους συναθλητές του κι επί της γης, όπως και αυτοί πριν από 900 περίπου χρόνια έδωσαν το πολυτιμότερο ως χοϊκοί την ίδια τους την ζωή. Κέρδισαν όμως μέρος την Ενδόξου Ουράνιας Βασιλείας. Ουράνια Βασιλεία είθε της οποίας δια Πρεσβειών του Αγίου ιερομάρτυρος Βλασίου του Ακαρνάνος και των συν Αυτώ να γίνουμε άπαντες μέτοχοι.

Ἀπολυτίκιον  (Κατέβασμα)

Ήχος γ’.

Νέος ήλιος, ημίν εφάνης, ει και ‘ηθλησας, τοις πάλαι χρόνοις, τη φανερώσει των θείων λειψάνων σου, ιερομάρτυς Πατήρ ημών Βλάσιε, και καταυγάζεις ημάς θείαις χάρισιν∙ όθεν πρέσβευε, Κυρίω τω σε δοξάσαντι δωρήσασθαι ημίν το μέγα έλεος.

Μεγαλυνάριον

Χαίροις των Οσίων κλέος σεπτόν, χαίροις ιερέων και Μαρτύρων ο κοινωνός, χαίροις των Σκλαβαίνων, ο θείος πολιούχος, Ιερομάρτυς χαίρε, Κυρίου Βλάσιε.

 

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