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Les saints Anargyres Cosme et Damien

C’est le premier juillet que l’Église orthodoxe célèbre la mémoire des saints thaumaturges et Anargyres Cosme et Damien, les Romains[i].

Ces deux saints vécurent vers 284 à Rome, sous le règne de l’empereur Carin. Frères selon la chair, ils l’étaient davantage par leur foi et leur commune résolution, et, brillant dans la nuit de l’erreur païenne par leurs vertus et leurs actions d’éclat, ils se frayaient un chemin vers le ciel en se faisant ici-bas les intendants de la miséricorde divine. Distribuant sans compter tous leurs biens d’une main généreuse, ils avaient appris l’art de la médecine d’un païen réputé dans la science d’Hippocrate et de Galien, afin de se mettre, à l’imitation du Sauveur Ami des hommes, au service des hommes souffrants. Ils usaient des remèdes et des soins plutôt comme un prétexte, et guérissaient en fait tous les maux des hommes, autant que des animaux, par l’invocation du Nom du Christ, le Médecin des âmes et des corps, qui a pris sur Lui nos faiblesses et a porté nos maladies[ii]. Et, refusant de recevoir argent ou offrandes de toute espèce, ils offraient pour prix de la guérison des corps, la foi au Christ, qui procure le salut éternel.

Leur renommée s’étant propagée au loin, on venait de toutes parts les trouver, dans le village proche de Rome où ils résidaient, pour solliciter leurs prières ; et ceux qui étaient guéris par eux retournaient chez eux, illuminés par la foi, en proclamant la miséricorde de Dieu. Cette réputation suscita cependant la haine jalouse des païens les plus fanatiques de la contrée, qui allèrent les dénoncer à Rome, auprès de l’empereur. Arguant que le succès des saints mettait en danger le culte des dieux protecteurs du pouvoir impérial, ils les accusèrent d’user d’incantations magiques pour répandre la religion chrétienne. Troublé par ces paroles, le monarque envoya des soldats les quérir au lieu où ils opéraient habituellement leurs guérisons ; mais les habitants de cet endroit, ayant été avertis à temps, se saisirent des saints et allèrent les cacher dans une grotte perdue dans la montagne, où ils demeurèrent pendant de longs jours, nourris seulement par leurs prières et les louanges incessantes qu’ils adressaient à Dieu. Pendant ce temps, les soldats étant revenus bredouilles et craignant de se présenter les mains vides au palais, se saisirent des hommes et des femmes de condition, les ligotèrent et les conduisirent à Rome. Quand les deux saints Anargyres apprirent cette nouvelle, ils trouvèrent inadmissible que d’autres subissent à leur place des sévices, et qu’ils soient ainsi eux-mêmes frustrés de la gloire du martyre qu’ils désiraient. Repoussant donc avec énergie ceux qui voulaient, par leurs larmes, retenir leurs médecins et leurs maîtres, ils s’empressèrent de rattraper le convoi. Après avoir marché jour et nuit, dès qu’ils aperçurent les soldats, ils leur crièrent : « Nous sommes Cosme et Damien, que vous cherchez ! Laissez aller ceux que vous avez arrêtés à notre place et emmenez-nous où vous voudrez ! » Stupéfaits, les soldats obtempérèrent et, le lendemain, ils les présentèrent à l’empereur, en racontant ce qui s’était passé. Assis sur un trône élevé, en présence d’une nombreuse assemblée, Carin fit comparaître les saints et leur dit : « Êtes-vous ceux qui rejettent les dieux et leurs adorateurs et qui avez attribué les guérisons obtenues par vos enchantements à un malfaiteur décédé de mort violente qu’on nomme le Christ ? » Sans trouble et d’une voix assurée, les saints répondirent : « Nous ne sommes ni trompeurs ni sorciers, ô Empereur, car c’est là l’œuvre des démons, mais ayant reconnu que Celui que tu appelles Jésus, le mort, est le seul vrai Dieu, qui est venu souffrir volontairement pour nous procurer la vie éternelle par sa Résurrection le troisième jour, nous avons repoussé le culte vain des idoles et les choses mortes, pour nous consacrer au Dieu vivant. C’est en son Nom que toute maladie est guérie, que les démons s’enfuient impuissants, et c’est gratuitement que nous procurons la guérison, conformément aux paroles de notre divin Maître qui nous a recommandé de donner gratuitement ce que nous avons gratuitement reçu de lui [iii]. Telle est notre science, et tel est le remède des chrétiens, qui guérit et sauve. » Le souverain, emporté par la colère, leur ordonna, sous peine de cruels châtiments, de se soumettre à la religion ancestrale des Romains, selon laquelle ce sont les dieux qui enseignent les sciences et les arts aux hommes, et surtout le grand Asclépios qui préside à toute guérison. Les saints lui rétorquèrent : « Nous sommes prêts à souffrir pour le Christ, le vrai Dieu, tous les sévices que tu inventeras, car à leur place nous recevrons de Dieu les délices sans fin. Et comme dans un festin, on verse aux convives la boisson du soir, accorde-nous, en plus de la mort pour le Christ, quelques-uns des supplices qu’Il a soufferts pour nous. Quant à toi, n’ayant pas voulu apprendre par la raison ce qui concerne la Vérité, sache que ton intelligence distordue va bientôt l’apprendre par l’action. » Un frisson d’une violence extrême parcourut tout le corps de l’empereur et, aussitôt, comme si ses vertèbres se brisaient, son visage se retourna en arrière, ne pouvant se tourner ni à gauche ni à droite. L’assemblée, saisie de stupeur, s’écria : « Grand est Dieu, le Christ ! » Et l’empereur lui-même, renonçant à son arrogance, défit son manteau de pourpre et, le jetant aux saints, les supplia d’intervenir en sa faveur. Comme ceux-ci lui répondaient que seulement la foi et la confession du Christ-Dieu pouvaient lui rendre la santé, il s’écria : « Je crois en Toi, ô Christ, et je confesse que Tu es le vrai Dieu ! » Dès que les saints Anargyres lui imposèrent les mains en priant, sa nuque se redressa, et la guérison du souverain affermit dans la foi tous les assistants. Peu après Carin décréta la démolition de tous les temples des idoles et la construction de lieux de cultes au Nom du Christ, et il invita ses sujets à embrasser la foi, tant à Rome que dans tout le reste de l’Empire. Puis, ayant fait convoquer l’évêque Félix, il s’engagea à recevoir le baptême. Quant aux saints Anargyres, ayant refusé comme de coutume, tout l’or et toutes les richesses que leur proposait l’empereur, ils retournèrent en paix dans leur demeure, grandement honorés par tous.

Leur maître païen, ayant pris ombrage de la notoriété des deux frères, qui continuaient d’accomplir d’innombrables guérisons, nourrissait en secret des pensées de meurtre, tout en feignant de leur manifester la plus tendre amitié. Lorsque vint la saison de cueillir les plantes médicinales dans la montagne, en des lieux escarpés et difficiles d’accès que lui seul connaissait, il proposa à ses deux disciples de l’accompagner. Innocents et le cœur droit, les jeunes gens le suivirent, tel Isaac autrefois pour être offert en sacrifice par son père[iv]. Les ayant séparés pour cueillir des herbes dans des endroits différents, le médecin scélérat saisit des deux mains une lourde pierre et, du haut d’un promontoire, il écrasa la tête de l’un des frères ; puis, animé d’une rage démoniaque, il courut vers le second pour le lapider, jusqu’à lui broyer tous les os. Il creusa ensuite la terre avec sa machette pour y cacher les corps des deux saints martyrs, et il retourna au village, en répandant la rumeur que les deux frères s’étaient retirés pour se consacrer quelque temps à Dieu. La population ne tarda pas à trouver leur absence insupportable, et leurs admirateurs partirent à leur recherche dans la montagne. En chemin, ils rencontrèrent des hommes qui venaient d’être délivrés d’une possession démoniaque par une force divine. Ils se firent conduire à l’endroit où ce miracle avait eu lieu et, après l’avoir nettoyé, découvrirent les corps des saints ensevelis. Les ayant exhumés avec piété, on procéda à leur translation au milieu des chants d’actions de grâces et des hymnes, et ils furent déposés dans un même tombeau. Dès lors les saints Anargyres ne cessèrent pas d’accomplir quantité de miracles : les uns trouvaient la guérison en vénérant leurs ossements sacrés, à d’autres ils apparaissaient en vision, et aux autres, la seule invocation de leurs noms suffisait pour obtenir une guérison assurée.

Source : synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos-Petra au mont Athos

et site Orthodoxos Synaxaristis

[i]La tradition hagiographique les distingue de leurs homonymes commémorés le 1er novembre et le 17 octobre Il semble, en fait, que c’est l’expansion du culte des saints Cosme et Damien de Syrie qui, de Cyr, se diffusant rapidement à Constantinople et à Rome, fut à l’origine de cette distinction. Leur culte à Rome aurait pour origine la fondation d’une église dédiée aux Anargyres, près de la basilique Sainte-Marie-Majeure, par le pape Symmaque, vers 498-514. Cette notice a été rédigée à partir de la Passion grecque, complétée par la version de Jean Xiphilin conservée en géorgien, textes qui ont été récemment édités et traduits en français.

[ii]cf. Mt 8,17

[iii]cf. Mt 10,9

[iv]  cf. Gn 22

Saints Apôtres Pierre et Paul

Le 29 juin, l’Église orthodoxe célèbre la mémoire des saints, glorieux et illustres Apôtres Pierre et Paul, les Premiers-Coryphées ([i]).

Le saint Apôtre Pierre, appelé préalablement Simon, naquit dans la bourgade de Bethsaïde, sur la rive nord du lac de Génésareth. Il était fils de Jonas, de la tribu de Nephtali. Il s’était marié ([ii]) et vivait à Capharnaüm, exerçant la modeste profession de pêcheur avec son frère André ([iii]), qui était disciple de saint Jean le Précurseur. Au début du ministère public de notre Seigneur, le saint Précurseur désigna à André et à Jean, fils de Zébédée, Celui qu’il appelait l’Agneau de Dieu. André rejoignit son frère et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie ! » Et le lendemain, il l’emmena auprès de Jésus qui, posant son regard sur lui, dit : « Simon, fils de Jonas ; tu seras appelé Céphas » – ce qui signifie Pierre. Ce changement de nom signifiait pour lui la transformation de sa vie et, dès lors, il suivit Jésus qui parcourait la Galilée, annonçant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toutes les maladies, sans toutefois abandonner complètement la pêche. Quand Jésus eut enseigné dans la synagogue de Capharnaüm, Pierre l’invita dans sa maison, où sa belle-mère se trouvait alitée souffrant d’une forte fièvre. Jésus la guérit, et elle se leva aussitôt pour le servir. Un jour, le Seigneur monta dans la barque de Pierre pour prêcher à la foule qui le serrait de trop près. Quand il eut fini de parler, il ordonna à Simon de s’éloigner au large et de jeter ses filets. Le disciple et ses compagnons obéirent, alors qu’ils avaient peiné inutilement toute la nuit précédente, et ils prirent tant de poissons que leurs filets s’en rompaient. Admirant ce signe de la puissance de Jésus, Pierre tomba à ses pieds et s’exclama : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! » Mais Jésus le releva et lui dit : « Sois sans crainte, désormais ce sera des hommes que tu prendras. » Pierre abandonna alors définitivement sa barque, ses filets et sa famille, pour suivre Jésus. Son amour était si ardent qu’il s’imposa à la tête du chœur des douze Apôtres élus par le Seigneur, non comme un chef possédant une autorité coercitive – comment cela aurait-il été possible alors que le Seigneur leur avait interdit d’avoir entre eux des prétentions hégémoniques (cf. Mt 20, 27 ; 23, 10) ? – mais plutôt comme le porte-parole des Apôtres et l’interlocuteur privilégié du Maître. C’est aussi à cause de son zèle et de son amour ardent qu’il le choisit, avec Jacques et Jean, pour être témoins des manifestations les plus éclatantes de sa nature divine : lors de la résurrection de la fille de Jaïre, le chef de la synagogue ([iv]) et, surtout, lors de sa transfiguration sur le Mont Thabor ([v]). Ce caractère de disciples privilégiés les fit reconnaître comme les « colonnes » de l’Église par les autres apôtres ([vi]).

Après que le Seigneur eut multiplié les pains pour nourrir plus de cinq mille personnes, Il ordonna à ses disciples de monter en barque et de le devancer, pendant qu’Il renverrait la foule. La nuit venue, comme l’embarcation se trouvait harcelée par les vagues, avec un vent contraire, Jésus vint vers eux en marchant sur les eaux. Les disciples effrayés crurent voir un fantôme, mais Pierre, porté par sa foi, descendit de la barque, sur l’ordre de Jésus, et marcha lui aussi sur les eaux à sa rencontre. Mais saisi soudain d’un sentiment humain, il prit peur et commença à s’enfoncer dans l’eau et cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Jésus lui tendit la main et le saisit, en disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et dès qu’ils montèrent dans la barque, le vent tomba. Tel était en effet Pierre, tant que le Saint-Esprit n’eut pas scellé sa foi par la perfection de la grâce déifiante : un homme au caractère ardent et impulsif, à l’amour sans réserve pour le Messie, qui lui faisait dépasser les limites de la nature, mais revêtu aussi de faiblesse et d’imperfection. Quand, un peu plus tard, Jésus exposa qu’Il était Lui-même le Pain de vie descendu du ciel et que quiconque ne mangerait pas la Chair du Fils de l’homme et ne boirait pas son Sang ne pourrait avoir la vie éternelle ([vii]), beaucoup de ses disciples l’abandonnèrent trouvant ces paroles trop dures. Jésus se tourna alors vers les Douze et leur demanda s’ils voulaient partir eux aussi. Pierre rétorqua aussitôt : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de vie éternelle. » Une autre fois, parvenu dans la région de Césarée de Philippe, Jésus, après avoir interrogé ses disciples sur les opinions qu’on se faisait sur le Fils de l’homme, leur demanda : « Pour vous, qui dites-vous que je suis ? » Devançant les autres, Pierre s’exclama : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Le Seigneur loua Pierre de cette confession de foi en Sa divinité, en disant qu’elle lui avait été révélée par le Père, et il ajouta : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. À toi, je te donnerai les clés du Royaume des cieux, et ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux[viii] ».

Immédiatement après cette scène, qui avait manifesté que l’amour de Pierre pour le Seigneur lui procurait la connaissance de la Vérité, Jésus commença à annoncer sa Passion et sa Résurrection, et Pierre, retombant derechef dans des sentiments humains, le réprimanda, en disant : « Seigneur ! Non cela ne t’arrivera pas. » Jésus se détourna de lui et dit : « Retire-toi, derrière moi Satan ! Tu es pour moi un obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! »

De même, lors de la dernière Cène, comme le Seigneur lavait les pieds de ses disciples, Pierre refusa avec véhémence. Jésus lui répondit doucement : « Si je ne te lave pas, tu n’auras plus rien de commun avec moi. » Le repas achevé, le Seigneur annonça, plus clairement que jamais, qu’Il devrait être livré à la mort pour ressusciter ensuite, et Il prédit qu’Il allait être abandonné par ses disciples. Pierre, encore une fois emporté par son zèle, s’écria avec présomption, en s’élevant au-dessus de ses compagnons : « Même si tous trébuchent, eh bien ! pas moi ! » Jésus répondit avec calme et tristesse : « En vérité, je te le dis, cette nuit même, le coq n’aura pas chanté deux fois que tu m’auras renié par trois fois. »

Pierre suivit Jésus au jardin de Gethsémani, avec Jacques et Jean, et ceux qui avaient été jugés dignes de la lumière de sa gloire au Thabor furent témoins de son agonie, de l’extrême manifestation de sa nature humaine ; mais succombant encore à leur faiblesse, ils s’endormirent, tandis que le Maître versait des larmes de sang dans sa prière. Toutefois, quand les serviteurs du grand prêtre arrivèrent et portèrent la main sur Jésus, Pierre saisit son glaive et coupa l’oreille droite de Malchus. Jésus le rabroua et lui ordonna de remettre son épée au fourreau, en rappelant qu’il convenait qu’Il soit arrêté pour que les Écritures s’accomplissent. Cet élan ayant été retenu, Pierre abandonna le Seigneur, avec tous les autres disciples, et suivit de loin le cortège, jusqu’au palais du grand prêtre. Ayant réussi à pénétrer à l’intérieur, dans la cour, une servante le reconnut et dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Nazaréen ». Saisi de crainte par les paroles d’une femme, celui qui avait juré qu’il irait volontiers à la mort pour le Seigneur, le renia. Interrogé pour la troisième fois, il porta serment, avec fortes imprécations, disant : « Je ne connais pas cet homme ! » Aussitôt, un coq chanta, et Pierre se souvenant des paroles de Jésus, sortit et pleura amèrement son reniement.

Au matin du troisième jour après la Passion, Marie Madeleine et les autres saintes femmes qui avaient vu le tombeau vide et l’ange resplendissant leur annonçant la résurrection du Seigneur, allèrent l’annoncer à Pierre et Jean. Les deux disciples coururent vers le tombeau et, le disciple Bien-aimé étant arrivé le premier, il laissa Pierre entrer avant lui dans le sépulcre, où ils virent les bandelettes déposées dans un coin. Ce jour-là, semble-t-il, le Seigneur ressuscité apparut à Pierre, seul ([ix]). Quelque temps après, les disciples étant retournés à leurs occupations sur le lac de Tibériade, et alors qu’ils avaient travaillé en vain toute la nuit, quelqu’un les interpella du rivage et leur prescrivit de jeter encore une fois leurs filets. Comme ils peinaient pour remonter à bord les cent cinquante-trois gros poissons qu’ils avaient pris, Jean dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Aussitôt, lâchant le filet, Pierre mit son vêtement et se jeta à l’eau pour gagner au plus vite le rivage à la nage et se prosterner aux pieds de Jésus. Après avoir partagé avec eux le repas, pour leur montrer qu’Il était bien vivant, en chair et en os, Jésus demanda à trois reprises à Pierre :

M’aimes-tu ? Et Pierre, corrigeant son triple reniement par la triple confession de son amour, fut restauré dans sa position de coryphée du chœur apostolique par la puissance divine du repentir, et il se vit confier par le Seigneur la responsabilité pastorale de son Église.

Après avoir assisté à l’Ascension de notre Seigneur, Pierre prit la tête de la communauté, d’environ cent vingt personnes, qui s’était réunie dans la chambre haute, persévérant dans la prière dans l’attente de l’effusion du Saint-Esprit. Il proposa de tirer au sort un remplaçant pour occuper la place de Judas le traître, et Matthias fut élu au nombre des Douze Apôtres. Le jour de la Pentecôte, les Apôtres ayant été remplis du Saint-Esprit, parvinrent à la pleine connaissance du Grand Mystère du Salut, et ils furent dès lors capables de porter témoignage sur le Seigneur devant les peuples, en publiant les merveilles de Dieu en diverses langues. Pierre, comme toujours premier par le zèle, prit alors la parole et annonça aux nombreux Juifs présents que Jésus, cet homme qu’ils avaient mis à mort, était bel et bien ressuscité, et que désormais siégeant à la droite du Père comme Christ et Seigneur, Il avait répandu sur eux le Saint-Esprit. Plus de trois mille personnes, saisies de componction, se repentirent et furent baptisées ce jour-là. La communauté grandissait rapidement, mais les apôtres fréquentaient encore le Temple pour l’observance des prières juives. Un jour, comme Pierre et Jean se rendaient au Temple pour y prier, un impotent de naissance leur demanda l’aumône. Pierre le regarda et dit : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne : au Nom de Jésus-Christ le Nazaréen, lève-toi et marche ! » ([x]). Et le mendiant se releva, guéri. Une très grande foule s’étant rassemblée, Pierre leur annonça, plus clairement cette fois, que ce miracle n’avait été accompli que par la puissance de Jésus, le Messie annoncé par les prophètes ; et que c’était pour leur salut, à eux Juifs, en premier lieu, qu’Il était ressuscité des morts. Beaucoup de ses auditeurs embrassèrent la foi, et le nombre des fidèles s’éleva à environ cinq mille. Mais les gardes du Temple vinrent arrêter les Apôtres et les conduisirent en prison. Ils comparurent le lendemain devant le grand prêtre et le Sanhédrin, et Pierre, rempli de l’Esprit Saint, déclara qu’il avait agi au Nom de Jésus, qu’ils avaient crucifié mais qui était ressuscité, et qu’il n’y a pas sous le ciel d’autre nom, par lequel nous devions être sauvés. Constatant leur assurance les juges les relâchèrent en leur défendant d’enseigner au nom de Jésus. Mais Pierre répliqua : « Nous ne pouvons pas ne pas publier ce que nous avons vu et entendu, » et il continua d’annoncer avec audace la Bonne Nouvelle, prenant soin des fidèles et veillant à la bonne organisation de la communauté. Un certain Ananie et sa femme Saphire, ayant menti sur le prix du champ dont ils avaient déposé la somme aux pieds des Apôtres, se vit sévèrement repris par Pierre, il expira sur-le-champ, et sa femme peu après.

Comme les Apôtres continuaient de prêcher dans le Temple, en accomplissant de nombreux signes et prodiges, ils furent à nouveau mis en prison, mais un ange vint de nuit les délivrer. Les gardes les retrouvèrent au Temple et les amenèrent devant le grand prêtre. Comme celui-ci leur rappelait son interdiction, Pierre répliqua : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ! » et il déclara qu’ils étaient témoins que Jésus-Christ est ressuscité pour accorder le repentir et la rémission des péchés. Relâchés après avoir été battus de verges, les Apôtres n’en continuèrent pas moins, chaque jour, leur prédication.

Pierre s’étant rendu à Samarie pour y confirmer les nouveaux baptisés, Simon le Mage lui proposa de l’argent en vue d’obtenir, lui aussi, le pouvoir du Saint-Esprit ; mais l’Apôtre lui répondit violemment : « Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as estimé que le don de Dieu peut s’acquérir avec de l’argent. » Il passa ensuite à Lydda, où il guérit un paralytique, nommé Énée, et il ressuscita Tabitha à Joppé. Comme il s’était arrêté pour quelques jours dans cette ville, résidant dans la maison de Simon le corroyeur, il eut par trois fois une vision l’invitant à manger sans faire de distinction entre les animaux purs et impurs, proscrits par la Loi. Peu après, des messagers, venus de Césarée, se présentèrent et dirent qu’averti par un ange, le centurion romain Corneille les avait envoyés à sa recherche. Parvenu à Césarée, Pierre commença à parler de Jésus dans la maison de Corneille, et l’Esprit Saint descendit sur ses auditeurs païens, comme le jour de la Pentecôte. Malgré l’étonnement des croyants juifs, il ordonna de les baptiser, en disant : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit comme nous ? » À son retour à Jérusalem il fut pris à partie par les Juifs et dut raconter sa vision pour les convaincre que les païens devaient eux aussi être admis dans l’Église.

Quand le roi Hérode Agrippa eut fait périr saint Jacques, le frère de Jean (41-44), il fit aussi arrêter Pierre. La nuit précédant le jour où il devait comparaître en jugement, alors qu’il était endormi, enchaîné dans sa prison, un ange du Seigneur apparut, inondant le cachot de lumière. Dès qu’il eut touché Pierre, les chaînes lui tombèrent des mains et sur l’ordre de l’ange, il se vêtit, passa les portes qui s’étaient ouvertes d’elles-mêmes et se rendit dans la maison de la mère de Marc, où une assemblée de fidèles priait. Il descendit alors à Césarée et de là continua ses prédications en Judée et dans des contrées plus lointaines. Dans sa Première Épître, saint Pierre s’adresse aux chrétiens du Pont, de Galatie, de Cappadoce, d’Asie et de Bithynie, ce qui fait supposer qu’il s’était rendu dans ces régions pour les évangéliser. D’autres traditions[xi]rapportent que de Césarée, il visita Sidon, Béryte et le reste de la Phénicie, puis, après un séjour dans l’île d’Antarados, il évangélisa plusieurs villes jusqu’à Laodicée. À Antioche de Syrie, il affronta Simon le Mage, qui trompait beaucoup de monde par ses subterfuges sataniques, et ordonna saint Marcien et saint Pancratios pour aller évangéliser la Sicile. Il se rendit ensuite à Tyane en Cappadoce, puis Ancyre en Galatie, où il ressuscita un mort. Poursuivant son périple dans le Pont, il retrouva son frère André à Sinope, puis évangélisa Amasée, Gangres en Paphlagonie, Claudiopolis de la province d’Honorias, et parvenu en Bithynie, il séjourna à Nicomédie et Nicée, où il sema la parole de Vérité.

On rapporte que c’est alors qu’il reprit le chemin de Jérusalem, et qu’il s’y trouvait lorsque Paul et Barnabé arrivèrent pour rendre compte de leurs missions auprès des païens. Comme certains fidèles du parti des pharisiens déclaraient qu’il fallait circoncire les païens qui avaient adhéré au Christ, une longue discussion s’éleva. Pierre prit la parole et soutint qu’il était inutile d’imposer à ces fidèles le fardeau de la Loi, puisque tous, Juifs et païens, sont sauvés par la grâce du Seigneur Jésus. Finalement, après le discours de Jacques, qui présidait cette assemblée, on décida de ne pas tracasser les païens convertis par les exigences caduques de l’ancienne Alliance, et de leur demander seulement de s’abstenir des mets offerts aux idoles, des unions illégitimes et du sang des animaux étouffés.

Saint Pierre se rendit ensuite à Antioche, y frayant librement avec les fidèles d’origine païenne ; mais quand des frères arrivèrent de Jérusalem, il s’abstint de fréquenter les chrétiens issus de la gentilité. Paul le reprit alors, devant tout le monde, et l’exhorta à vivre en conformité avec l’enseignement de l’Évangile et des décisions prises au concile de Jérusalem ([xii]).

Reprenant ses courses apostoliques, Pierre aurait alors ordonné Évode évêque d’Antioche, puis Prochore à Nicomédie et Corneille le Centurion à Héliopolis. Il eut là, dit-on, une vision du Seigneur qui lui ordonnait de pousser vers l’Occident. En passant à Tarse, il y ordonna Orcanos ; à Éphèse, il plaça Phygèle qui ensuite se sépara de l’Église pour suivre Simon le Mage ; à Smyrne il ordonna Apelle, frère de saint Polycarpe ; Olympas à Philippes en Macédoine ; Jason à Thessalonique ; Silas à Corinthe et Hérodion à Patras. Abordant en Sicile, il fut reçu avec de grands honneurs par son disciple, saint Pancratios, et parvint enfin à Rome, où il enseigna quotidiennement le peuple sur la vraie foi en la Sainte Trinité. Jaloux de la renommée grandissante de l’Apôtre, Simon le Mage qui, ayant été amené à Rome pour y être exécuté, avait réussi à subjuguer l’empereur Claude par ses prodiges, rassembla une grande foule et feignit de ressusciter un mort par un de ses artifices. Il prenait aussi diverses apparences, suscitant l’étonnement admiratif de ses spectateurs. Comme il était porté en l’air par deux démons, Pierre pria, et le Mage s’abattit à terre et périt lamentablement. Le peuple poussa des cris d’admiration devant la puissance accordée par Dieu à ses apôtres et écouta avec ferveur sa prédication. Après avoir ordonné Lin comme évêque de Rome ([xiii]), il passa à Terracine, ordonna Épénète en Espagne, Crescens à Carthage et, parvenu en Égypte, il institua Rufus évêque en Thébaïde et saint Marc à Alexandrie. Il se trouvait à Jérusalem pour assister à la dormition de la Mère de Dieu, puis retourna à Rome pour y confirmer les fidèles, et termina, disent certains, ses voyages apostoliques par Milan, poussant même, dit-on, jusqu’à la Grande-Bretagne ([xiv]).

Ayant reçu d’un ange la révélation qu’il devrait trouver la mort à Rome, saint Pierre obéit au dessein de la Providence et retourna dans la capitale, où il ordonna saint Clément, pour succéder à Lin qui venait de décéder. On raconte qu’il fut arrêté sur ordre de l’empereur Néron, dont il avait converti les deux épouses, et que, ses deux disciples ayant été libérés, il fut crucifié la tête en bas, à sa demande : car, dit-il, le Seigneur ayant été crucifié debout, comme pour regarder vers la terre et vers les damnés qu’Il allait délivrer, il convenait que lui, disciple, regardât vers le ciel où il allait se rendre’.

De saint Paul, le « Premier après l’Unique », que dire ? alors que le maître de l’éloquence, saint Jean Chrysostome, était pris d’une sorte d’ivresse dès qu’il prononçait son nom, et qu’il interrompait son discours pour chanter ses louanges. Lui qui s’estimait le dernier des apôtres, et indigne même du nom d’apôtre, devint le Vase d’élection de la grâce, à nul autre semblable, tant

Il semble, en fait, que l’Apôtre souffrit le martyre lors de la soudaine et sauvage persécution que Néron déclencha en 64, reportant sur les chrétiens la responsabilité du grand incendie qui venait de ravager la ville, et dont il était probablement lui-même l’auteur. Les historiens de l’époque (Tacite) racontent qu’aux supplices accoutumés, le tyran dément ajouta d’outrageantes dérisions : certains moururent déchirés par les chiens après avoir été recouverts de peaux de bêtes, d’autres, dont saint Pierre, furent attachés à des croix dans les grands jardins voisins du cirque, sur la colline du Vatican, et la nuit venue, ils furent brûlés en guise de torches nocturnes, pour distraire les invités de l’empereur.

 

Juif de la tribu de Benjamin, il naquit à Tarse, en Cilicie (vers l’an 10), dans une de ces communautés juives de la Dispersion, qui restaient farouchement fidèles aux traditions de leurs pères. Il avait reçu le nom de Saül et jouissait, par son père, du statut privilégié de citoyen romain. Il grandit dans cette ville cosmopolite au contact de la civilisation grecque, mais son zèle pour la Loi porta ses parents à l’envoyer à Jérusalem, où, étant entré dans la secte des Pharisiens, il suivit l’enseignement du fameux rabbi Gamaliel l’Ancien. Il partageait la haine de ses pères pour les chrétiens, qu’il considérait comme de dangereux transgresseurs de la Loi, et c’est en l’approuvant qu’il assista à la lapidation de saint Étienne. Animé d’un furieux empressement et ne respirant que menace et carnage à l’égard des disciples du Seigneur (Act 9,2), il pénétrait dans les maisons, en arrachait hommes et femmes, et les jetait en prison. Ayant obtenu du grand prêtre des lettres de recommandation, il se mit en route pour la synagogue de Damas, afin d’emmener enchaînés à Jérusalem les adeptes du Christ qu’il y trouverait.

Comme il approchait de Damas, une lumière venue du ciel l’enveloppa soudain de sa clarté.

Tombant à terre, il entendit une voix qui disait : « Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ? » -« Qui es-tu, Seigneur ? » demanda-t-il. -« Je suis Jésus, c’est moi que tu persécutes, » reprit la voix, et elle lui recommanda d’entrer dans la ville ([xv]). Saül se releva de terre, mais il ne voyait plus rien, ses yeux ayant été comme brûlés par l’éclat excessif de cette lumière, que lui seul avait vue, et il dut être conduit par la main à Damas par ses compagnons. Il resta trois jours, sans boire ni manger, jusqu’au moment où un disciple, nommé Ananie, ayant été prévenu par une vision du Seigneur, vint lui imposer les mains au Nom de Jésus pour lui rendre la vue, et il le baptisa. Devenu aussitôt un autre homme et rempli de l’Esprit Saint, Paul se mit à proclamer Jésus Fils de Dieu dans les synagogues, à la grande stupéfaction des Juifs qui avaient entendu parler de lui comme d’un ennemi acharné des chrétiens. Ils finirent par se concerter pour le faire mourir ; mais, prévenu à temps, Paul put s’enfuir en étant descendu le long de la muraille dans une corbeille. Il se rendit alors en Arabie, à l’est du Jourdain ([xvi]), où il passa deux ans, préparant ses missions dans la retraite, par le jeûne et la prière.

À partir de ce moment, toute sa vie fut entièrement consacrée au service du Seigneur qui l’avait saisi, allant droit de l’avant, tendu de tout son être, en vue du prix que Dieu réserve, dans le Christ, à ses fidèles serviteurs ([xvii]). Il pouvait se vanter d’être mort à la Loi, afin de vivre à Dieu, proclamant à haute voix : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi ! » ([xviii]). Le Seigneur se révéla à lui, en effet, par quantité de visions et de révélations ; et, un jour”, il fut même ravi jusqu’au troisième ciel et y entendit des paroles ineffables, qu’aucun homme avant lui n’avait pu entendre ([xix]). Loin de s’enorgueillir cependant de l’excellence de ces révélations, il ne s’en dépensait que davantage au ministère de l’Évangile, avec une fougue qui lui faisait mépriser tous les risques : sept fois il fut emprisonné ([xx]), cinq fois flagellé par les Juifs, trois fois battu de verges, une fois lapidé, à trois reprises il fit naufrage. Voyages sans nombre, dangers des rivières, dangers des brigands, dangers de mes compatriotes, dangers des païens, dangers de la ville, dangers du désert, dangers de la mer, dangers des faux frères ! Labeurs etfatigues, veilles fréquentes, faim et soif, jeûnes répétés, froid et nudité ! Et sans parler du reste, mon obsession quotidienne, le souci de toutes les Églises ! ([xxi]). De toutes ces faiblesses, il se glorifiait pourtant, et il se complaisait dans les outrages et les persécutions endurées pour le Christ, car le Seigneur lui avait Lui-même déclaré en vision : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse » ([xxii]). Accomplissant le ministère de la Prédication par des signes, des prodiges et par la puissance de l’Esprit, depuis Jérusalem jusqu’à l’Illyrie et aux confins de l’Occident, l’Apôtre se présentait, faible et tout tremblant, sans que son discours n’eût rien de la sagesse du monde, et ne voulant rien proclamer d’autre que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ([xxiii]). Il se faisait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns, engendrant dans le Christ des disciples, pour lesquels il ne cessait de souffrir volontairement, jusqu’à ce que le Christ fût pleinement formé en eux, par la grâce de l’Esprit de filiation ([xxiv]).

Ayant fait un bref séjour à Damas après sa retraite en Arabie, Paul dut s’enfuir à nouveau et il se rendit à Jérusalem. Comme les fidèles avaient peur de lui et ne pouvaient croire qu’il fût vraiment devenu disciple, Barnabé le présenta aux Apôtres Pierre et Jacques, et se porta garant de l’authenticité de sa vision. Dès lors, Paul allait et venait avec eux, prêchant avec assurance au Nom du Seigneur. Mais, au bout de deux semaines seulement ([xxv]), des Juifs « hellénistes » ([xxvi]) ayant formé le projet de le tuer, il fut emmené par des disciples à Césarée, où il s’embarqua pour Tarse, sa patrie.

Peu après, la nouvelle étant parvenue à Jérusalem, que des païens avaient embrassé la foi à Antioche, on y députa Barnabé. Celui-ci y constata la grâce accordée par Dieu et partit chercher Paul à Tarse, et pendant un an ils vécurent à Antioche y instruisant une foule considérable. C’est là que les disciples reçurent pour la première fois le nom de chrétiens. Un prophète ayant annoncé qu’une grande famine allait affliger l’Empire, et en particulier la Palestine (49-50), les fidèles d’Antioche firent une collecte et chargèrent Paul et Barnabé de porter ces secours aux frères de Jérusalem. Quand ils furent de retour à Antioche, un jour où la communauté était en prière, l’Esprit Saint dit : « Mettez-moi donc à part Barnabé et Saül en vue de l’œuvre à laquelle je les ai appelés » ([xxvii]). Après avoir jeûné et prié, les frères leur imposèrent les mains et les envoyèrent en mission. Ils s’embarquèrent à Séleucie pour Chypre. À Salamine, ils se mirent aussitôt à annoncer la Parole de Dieu dans les synagogues, et ils traversèrent l’île, jusqu’à Paphos, où le proconsul romain, Sergius Paulus, embrassa la foi, malgré l’opposition du magicien Élymas que Paul frappa de cécité. De Paphos, ils gagnèrent Pergée en Pamphylie, et de là Antioche de Pisidie, où Paul convertit nombre de Juifs et de prosélytes après avoir prêché le repentir dans la synagogue. Le sabbat suivant, presque toute la ville s’assembla pour entendre la Parole de Dieu ; et comme les Juifs faisaient opposition à l’Apôtre, en l’interrompant par des blasphèmes, il rétorqua : « Puisque vous ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les païens ! » ([xxviii]). Tout joyeux, les païens qui étaient présents accueillirent sa prédication et embrassèrent la foi. Mais les Juifs ayant gagné les notables, firent chasser de la cité Paul et Barnabé, qui se rendirent alors à Iconium. Ils commencèrent, là aussi, leur prédication par la synagogue, et une grande foule de Juifs et de païens adhérèrent à la foi. Les apôtres prolongèrent leur séjour, le Seigneur rendant témoignage à leur enseignement par des signes et des prodiges. Cependant leur succès suscita là encore l’opposition des Juifs restés incrédules, et ils durent chercher refuge en Lycaonie. À Lystres, Paul guérit un impotent de naissance, et la foule, prenant les deux apôtres pour des dieux, voulut leur offrir un sacrifice. Cependant des Juifs vinrent d’Antioche et d’Iconium, et ils réussirent à tourner en haine l’enthousiasme des habitants de Lystres. Paul fut lapidé, puis traîné comme mort en dehors de la ville. Dès qu’il se fut relevé, il partit pour Derbé, où il fit bon nombre de disciples, puis il retourna à Lystres, Iconium et Antioche pour affermir le cœur des croyants, leur disant : « Il faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu » ([xxix]). Dans chaque Église qu’il fondait, l’Apôtre désignait des anciens, pour régir la communauté, régler les différents et poursuivre son enseignement. Les ayant tous confiés à la protection du Seigneur, ils reprirent le chemin du retour vers Antioche de Syrie. À leur arrivée, ils rassemblèrent l’Église et racontèrent tout ce que Dieu avait réalisé par leur entremise, et comment Il avait ouvert aux païens la porte de la foi. C’est alors que des frères, venus de Judée, prétendirent qu’il était nécessaire pour les païens convertis de se faire circoncire. Une vive discussion s’ensuivit, et Paul et Barnabé furent envoyés auprès des Apôtres à Jérusalem pour trancher ce litige. Ils y rapportèrent tout ce que Dieu avait accompli parmi les païens et, après avoir statué pour ne pas imposer aux Gentils le fardeau inutile de la Loi, les « colonnes »: Pierre, Jacques et Jean, tendirent la main à Paul et Barnabé, en signe de communion, leur confiant l’évangélisation des païens, tandis qu’eux se réservaient celle des circoncis ([xxx]).

De retour à Antioche, Paul y annonça assez longtemps la Bonne Nouvelle. C’est alors qu’il blâma Pierre qui, par crainte des fidèles issus du Judaïsme, avait cessé de fréquenter les frères d’origine païenne. Quelque temps après, Paul décida d’entreprendre un second grand voyage missionnaire, pour visiter et encourager les frères dans les villes précédemment évangélisées (de 49 à 53). Étant entré en désaccord avec Barnabé, à propos de Marc qui les avait abandonnés en Pamphylie, ils se séparèrent : Barnabé et Marc partirent pour Chypre, alors que Paul, prenant avec lui Silas, partit à pied vers le nord. Ils traversèrent la Syrie et la Cilicie, où ils affermirent les disciples, puis visitèrent Derbé, Lystres et Iconium.

À Lystres, ils s’adjoignirent Timothée, puis, leur mission ayant rencontré des obstacles en Asie et en Bithynie, ils se rendirent à Troas, où Paul eut une vision l’engageant à porter l’Évangile en Macédoine. Parvenus à Philippes, par Samothrace et Néapolis ([xxxi]), les apôtres adressèrent la parole, le jour du sabbat, à des femmes qui s’étaient rassemblées hors de la ville pour y prier. Le Seigneur ouvrit le cœur de Lydie, qui se fit baptiser avec tous les siens et offrit l’hospitalité aux apôtres. Mais quand Paul eut chassé le démon d’une esclave qui rendait des oracles, ses maîtres, voyant disparaître leurs espoirs de gain, livrèrent Paul et Silas aux magistrats, en les accusant de jeter le trouble dans la ville. Ils furent roués de coups et jetés dans un profond cachot, les pieds serrés dans des ceps. Vers minuit, alors que les deux apôtres chantaient les louanges de Dieu, un violent tremblement de terre ébranla la prison, les liens des prisonniers se détachèrent et les portes s’ouvrirent. Devant ce prodige, leur geôlier demanda à recevoir aussitôt le baptême, avec tous les siens. Au matin, les licteurs venus les relâcher, furent effrayés en apprenant qu’ils étaient citoyens romains, et ils leurs firent publiquement des excuses.

Lorsqu’ils arrivèrent à Thessalonique, Paul se rendit, comme de coutume, à la synagogue pour y prêcher d’abord aux Juifs le Christ ressuscité des morts. Quelques-uns d’entre eux se laissèrent convaincre, ainsi qu’un grand nombre de païens et certaines dames de la haute société. Les Juifs ne se lassaient pas cependant de provoquer des troubles et ils avertirent les autorités, accusant les apôtres d’agir à l’encontre des édits de l’empereur en proclamant un autre roi : Jésus. Sortant de la ville, de nuit, à la dérobée, Paul et Silas se rendirent à Bérée, où les Juifs accueillirent avec grand empressement leur prédication, et de nombreuses conversions s’ensuivirent. Mais des perturbateurs étant arrivés de Thessalonique, Paul dut partir pour Athènes, laissant Silas et Timothée derrière lui pour confirmer l’œuvre accomplie.

Parvenu dans la capitale de l’hellénisme, Paul fut bouleversé de voir cette ville pleine d’idoles. Il s’entretenait avec les Juifs à la synagogue et chaque jour sur l’agora, avec les passants, philosophes ou curieux à l’affût des dernières nouveautés. Prenant la parole un jour, debout au milieu de l’Aréopage, l’Apôtre leur dit que, parcourant la ville, il avait trouvé un autel portant l’inscription : « Au dieu inconnu ». « Eh bien ! ce que vous adorez sans le connaître, je viens, moi, vous l’annoncer ! » dit-il à haute voix (Act 17,23). Et il continua son discours sur le Dieu Créateur du ciel et de la terre, utilisant avec habileté les meilleures intuitions des philosophes païens relativement à la vocation divine de l’homme. Mais quand il se mit à parler d’un homme ressuscité des morts, ses auditeurs se moquèrent de lui, excepté Denys l’Aréopagite, une femme nommée Damaris et quelques autres qui embrassèrent la foi. Quittant alors Athènes, Paul se rendit à Corinthe, où il demeura dans la maison de Priscille et Aquila, qui exerçaient comme lui la profession de fabricants de tentes. Pendant la semaine, il gagnait son pain à la sueur de son front, sans profiter de son droit à vivre de la prédication de l’Évangile, afin de n’être à charge à personne et de ne point donner à ses opposants prétexte à accusation ([xxxii]) ; et le jour du sabbat, il discourait à la synagogue. Se heurtant une fois encore à l’opposition des Juifs, il se tourna vers les païens, et beaucoup de Corinthiens se firent baptiser. À part de rares exceptions, Paul ne baptisait pas lui-même, car son œuvre était de poser des fondements par la prédication de la Bonne Nouvelle ([xxxiii]), et il laissait ses disciples bâtir le Temple de Dieu dans le cœur des fidèles et organiser la communauté ecclésiale. Par la suite, il écrira aux chrétiens de Corinthe ses deux Épîtres qui nous sont conservées, et peut-être d’autres, pour les réprimander sur les rivalités qui les divisaient, blâmer les pratiques qui s’écartaient de la conduite évangélique et leur enseigner à tout faire dignement et dans l’ordre ([xxxiv]), en recherchant les dons spirituels, dont le couronnement est la Charité, pour leur édification commune, en un seul Corps.

Encouragé à persévérer dans sa prédication, Paul resta dans cette ville un an et demi, et c’est là qu’il écrivit sa première Épître, adressée aux chrétiens de Thessalonique, qui s’inquiétaient sur le sort des défunts lors du retour glorieux du Christ. Les Juifs, insatiables en intrigues, parvinrent à le traduire en justice devant le proconsul d’Achaïe, Gallion, mais celui-ci refusa de prendre parti dans une controverse concernant la Loi, et il le renvoya. Prenant finalement congé des frères de Corinthe, Paul s’embarqua pour Antioche. Faisant halte à Éphèse, il prêcha brièvement à la synagogue, et quitta la ville en promettant à ceux qui l’avaient écouté avec intérêt de revenir bientôt. Effectivement, après avoir passé quelque temps à Antioche, il repartit pour un troisième périple (de 53 à 58). Ayant parcouru la Galatie et la Phrygie en confirmant la foi des disciples, il revint à Éphèse pour y poursuivre l’œuvre entreprise. Il trouva là une douzaine de chrétiens, convertis par Apollos, mais qui n’avaient reçu que le baptême de Jean. Dès qu’ils furent baptisés et que Paul leur eut imposé les mains, ils se mirent à prophétiser, remplis de l’Esprit Saint. Pendant trois ans, Paul parla à Éphèse du Royaume des cieux, et comme il se heurtait à l’opposition des Juifs à la synagogue, il prit à part les disciples et compléta leur instruction dans une salle louée. C’est ainsi que la Bonne Nouvelle put se propager dans toute la province d’Asie. De plus l’Apôtre soutenait de loin, grâce à ses lettres, les chrétiens de Corinthe et de Galatie 13. Dieu opérait par ses mains de nombreux miracles, à tel point qu’il suffisait d’appliquer sur les malades des mouchoirs ou des linges qui avaient touché son corps, pour qu’ils soient guéris. Un tel succès inquiétait les orfèvres qui vivaient du culte d’Artémis. Ils se soulevèrent, provoquant une grande confusion dans la ville, et la foule traîna les compagnons de Paul au théâtre. Quand le tumulte eut pris fin par peur des autorités romaines, Paul décida de partir pour la Macédoine et, exhortant les fidèles de lieu en lieu, il revint à Corinthe où il passa l’hiver (57-58). Il Y corrigea les déviations qu’il avait déjà condamnées par lettre, et c’est là qu’il écrivit sa grande Épître aux Romains, qui définit de manière capitale la doctrine du salut, comme don gratuit accordé par la grâce de Dieu, moyennant la foi en Jésus-Christ.

Ayant reçu les fruits de la collecte destinée aux frères de Jérusalem, il projeta d’aller la leur remettre en main propre, le jour de la Pentecôte. Les Juifs ayant de nouveau suscité un complot contre lui, il voulut s’embarquer pour la Syrie, mais l’Esprit lui dit de s’en retourner par la Macédoine. À Troas, comme il enseignait les frères, toute la nuit, après la célébration de l’Eucharistie, un adolescent, nommé Eutyque, entraîné par le sommeil, tomba du troisième étage. On le releva mort, mais Paul le ressuscita. Il se rendit ensuite à pied à Assos et Myre, puis s’embarqua pour Milet, où les anciens de la communauté d’Éphèse vinrent le voir. Il leur annonça que l’Esprit Saint l’avait averti que chaînes et tribulations l’attendaient à Jérusalem, mais il ajouta : « Je n’attache aucun prix à ma propre vie, pourvu que je mène à bonne fin ma course et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus : rendre témoignage à l’Évangile de la grâce de Dieu » ([xxxv]). Puis, leur rappelant les labeurs qu’il avait dépensés pour la fondation de leur Église, il les exhorta à se sacrifier pour l’édification des fidèles et, après avoir prié à genoux, tous se jetèrent, en sanglots, au cou de Paul pour lui dire adieu.

Passant par Kos, Rhodes et Patare, l’Apôtre fit halte à Tyr pour y enseigner les fidèles, puis il repartit par Ptolémaïs et continua à pied jusqu’à Césarée de Palestine, où il fut reçu dans la maison de Philippe le Diacre. Malgré les avertissements du prophète Agabus, il continua sa marche volontaire vers Jérusalem, disant à ses compagnons qu’il était prêt non seulement à être arrêté, mais encore à mourir à Jérusalem pour le Nom du Seigneur.

Il fut accueilli avec joie par les frères de la Ville sainte et, les anciens s’étant réunis chez Jacques, Paul leur exposa en détail toutes ses missions parmi les païens, et il leur remit l’argent réuni par les jeunes communautés pour venir en aide aux pauvres de Jérusalem. Averti par les Apôtres que les Juifs ne manqueraient pas de l’accuser d’avoir abandonné les pratiques de la Loi, il se joignit alors à un groupe d’hommes qui, tenus par un vœu, allaient offrir un sacrifice au Temple. Lorsque les sept jours de ce vœu touchèrent à leur fin, des Juifs d’Asie ayant aperçu Paul dans le Temple, ameutèrent la foule et mirent la main sur lui, en l’accusant de prêcher partout contre le Temple et les prescriptions du Judaïsme. On le traîna hors du Temple, en cherchant à le faire mourir, mais des soldats intervinrent pour le dégager et le portèrent jusqu’aux degrés montant à la forteresse Antonia. Paul, s’adressant en araméen au peuple, réussit à imposer le silence et il raconta sa conversion, mais dès qu’il mentionna sa mission auprès des païens, la foule hurla : « Otez de la terre un pareil individu ! Il n’est pas digne de vivre ! » ([xxxvi]). Le tribun ordonna de lui donner la question, mais Paul ayant révélé qu’il était citoyen romain, il fut épargné. Le lendemain, il comparut devant le Sanhédrin et déclara qu’il était emprisonné pour son espérance en la résurrection. Ces paroles suscitèrent une querelle entre Saducéens et Pharisiens, qui étaient précisément divisés sur cette question, et il fut reconduit à la forteresse. Le Seigneur lui apparut la nuit suivante, et lui dit : Courage ! de même que tu as rendu témoignage de Moi à Jérusalem, ainsi faut-il encore que tu témoignes à Rome([xxxvii]). Le tribun, ayant appris que les Juifs avaient fomenté un complot pour le tuer, fit transférer Paul, sous bonne escorte, à Césarée, où résidait le procurateur Félix. Le grand prêtre et quelques anciens vinrent y déposer contre lui, mais Paul démontra que sa conduite n’était en rien condamnable, tant au regard des lois romaines que du Judaïsme. Félix reporta l’affaire jusqu’au retour du tribun Lysias et, entre temps, il vint avec sa femme écouter le prisonnier parler du Seigneur Jésus ; mais dès que Paul évoqua la continence et le Jugement à venir, Félix effrayé le renvoya. L’Apôtre resta deux années prisonnier à Césarée, jusqu’à ce que Porcius Festus, ayant succédé à Félix (60), voulût le transférer à Jérusalem pour y être jugé ; mais Paul en appela à l’empereur, en qualité de citoyen romain. Il comparut devant le roi Agrippa, venu à Césarée saluer Festus, et, après avoir entendu son apologie, ce dernier déclara qu’il aurait pu être relâché s’il n’en avait appelé à César.

Embarquant avec son escorte de soldats et quelques disciples, ils parvinrent à Myre en Lycie, où ils trouvèrent un navire en partance pour l’Italie. C’est à grand peine qu’ils arrivèrent au sud de la Crète, et, ne voulant pas y passer l’hiver, ils reprirent la route malgré les avertissements de Paul. Peu après, le navire fut pris dans une violente tempête. Alors qu’on avait perdu tout espoir de salut, Paul annonça qu’un ange lui était apparu pour l’avertir que Dieu lui accorderait la vie sauve, ainsi qu’à tous les passagers, car il convenait qu’il parvînt à Rome. Au bout de quatorze jours, le navire échoua à Malte, où les rescapés purent passer l’hiver. Ils reprirent la mer trois mois plus tard et, passant par Syracuse et Rhégium, abordèrent au port de Puteoli (Pouzzoles), puis gagnèrent de là Rome à pied, par la voie Appia. Des frères, informés de sa venue, vinrent à la rencontre de l’illustre prisonnier et, une fois parvenu dans la capitale, Paul put jouir d’un régime de faveur, logeant dans un appartement où il pouvait recevoir librement des visiteurs. C’est pendant cette détention de deux ans (61-63) qu’ il écrivit ses Épîtres aux Églises de Colosses, (Philippes) et Éphèse, dans lesquelles il évoque toute la profondeur du Mystère du Christ, tenu caché en Dieu depuis l’origine et révélé, à l’accomplissement des temps, afin qu’en Lui, en qui la plénitude de la divinité habite corporellement, tous les êtres, aussi bien sur la terre que dans les cieux, soient réconciliés par la Croix, et que les hommes deviennent fils adoptifs de Dieu par la grâce du Saint-Esprit. Prescrivant inlassablement aux Églises de tout accomplir dans l’ordre et la charité, l’Apôtre exhortait ses disciples à revêtir l’homme nouveau, afin que, grandissant dans la charité et la vérité de l’Évangile vers Celui qui est la Tête, ils réalisent la plénitude du Corps du Christ.

Le procès devant le tribunal de l’empereur s’étant terminé par un non-lieu, Paul fut libéré et, de Rome, il se rendit peut-être en Espagne, comme il le désirait depuis longtemps ([xxxviii]). Il semble qu’il ait fait ensuite un autre voyage en Orient, passant par la Crète, l’Asie Mineure, Troas et la Macédoine, comme en témoignent ses Épîtres à Timothée et à Tite. De nouveau arrêté, en 67, dans des circonstances qui sont restées inconnues, il fut conduit à Rome, seul avec Luc, et soumis à une réclusion de beaucoup plus pénible que lors de son premier emprisonnement. Du fond de son cachot, insalubre, froid, ténébreux et humide, l’Apôtre écrivait : « Le moment de mon départ est venu. J’ai combattu le bon combat jusqu’au bout, j’ai achevé ma course. Et maintenant, voici qu’est préparée pour moi la couronne de justice … » ([1]).

Après avoir été soumis à un jugement en tant que citoyen romain, il fut décapité, sur la route d’Ostie, à quelque distance de la ville. On rapporte que la tête de l’Apôtre rebondit à trois reprises sur le sol et que trois sources jaillirent là.

 

Source : synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos-Petra au mont Athos

 

[1]2 Tim 4,7

[i]Initialement célébrée le 28 décembre à Rome et en Palestine, Jacques et Jean étant célébrés le 29 et Pierre et Jean, le 31), cette fête fut introduite à cette date à Constantinople, en 519.

[ii]Selon certains, sa femme était fille d’Aristobule, le frère de l’apôtre Barnabé. Quelques documents commémorent au 31 mai, sainte Pétronille, fille de saint Pierre, mais il s’agit en fait d’une vierge romaine, martyre du Ier siècle.

[iii]Fête le 30 novembre.

[iv]Mt 5, 37

[v]Fête le 6 août

[vi]Gal 2, 9

[vii]Jn 6

[viii]Mt 16, 18-19. De cette fameuse promesse du Christ les apologistes catholiques ont tiré leur principal argument pour justifier la prétention du pape de Rome à une juridiction universelle, au-dessus des autres évêques. Mais pour les saints Pères, tant grecs que latins, c’est moins sur la personne de Pierre que sur la « pierre» de sa confession de foi en la divinité du Christ que le Seigneur a promis de fonder son Église; de sorte que c’est à tous ceux qui Le confesseront, comme Pierre, qu’Il promet de donner Les clés du Royaume des cieux, en particulier aux évêques qui, tous, siègent sur la «chaire de Pierre »(S. Cyprien), étant donné que toutes les Églises locales possèdent la même plénitude de grâce (catholicité). En effet, si nul n’a jamais songé à remettre en question la primauté de l’évêque de Rome, reconnue par toute l’Église ancienne, celle-ci était moins due à 1’« apostilicité» de ce siège – car Pierre a fondé bien d’autres Églises, notamment celle d’Antioche- qu’au fait de la notoriété de Rome comme capitale de l’Empire (Concile de Chalcédoine, canon 28). Cette primauté n’avait donc aucun caractère de juridiction universelle, mais consistait seulement en une « présidence dans l’amour », exercée pour le bon ordre des affaires ecclésiastiques. Une telle conception de la primauté reste celle de l’Église Orthodoxe, et dans l’éventualité d’un retour du siège romain à la communion orthodoxe, le pape y retrouverait sa place naturelle de «premier entre les égaux ».

[ix]Lc 24, 34; 1 Cor 15,5.

[x]Act 3, 6

[xi]La liste de ces villes évangélisées par saint Pierre, qui a été préservée dans la tradition hagiographique, est issue des sources apocryphes, en particulier des Homélies attribuées à saint Clément de Rome. La doctrine de ces textes a été rejetée, mais ils ont peut-être conservé le souvenir de lieux effectivement évangélisés par l’Apôtre ou par ses disciples.

 

[xii]Gal 2, 14

[xiii]Car Pierre ne fut jamais lui-même évêque de Rome, la mission apostolique étant distincte du ministère épiscopal.

 

[xiv]La liste de ces villes évangélisées par S. Pierre, qui a été préservée dans la tradition hagiographique, est issue des sources apocryphes, en particulier des Homélies attribuées à S. Clément de Rome. La doctrine de ces textes a été rejetée, mais ils ont peut-être conservé le souvenir de lieux effectivement évangélisés par l’Apôtre ou par ses disciples.

[xv]Act 9, 4

[xvi]Gal l, 17

[xvii]Phil 3, 14

[xviii]Gal 2, 20

[xix]2 Cor 12

[xx]Vers l’an 44, à Antioche, semble-t-il.

D’après le témoignage de S. Clément de Rome.

Source : synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos-Petra au mont Athos

 

[xxii]2 Cor 12, 9

[xxiii]1 Cor 2

[xxiv]Ga l 4

[xxv]Ga 1, 18

[xxvi]C’est-à-dire des Juifs de la Dispersion, qui parlaient le grec.

[xxvii]Act 13, 2

[xxviii]Act 13, 46

[xxix]Act 14, 22

[xxx]Gal 2

[xxxi]aujourd’hui Kavala

[xxxii]1 Cor 9, 12

[xxxiii]1 Cor 3, 11

[xxxiv]1 Cor 14,40

[xxxv]Act 20, 24

[xxxvi]Act 22, 22

[xxxvii]Act 23, 11

[xxxviii]Rm 15,24

Homélie prononcée par Père Boris le 1er décembre 2002 à la Crypte

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Au cours de l’année, c’est à plusieurs reprises que nous entendons dans les différents évangiles ce récit de la guérison du possédé Gérasénien – ou Gadarénien comme il est dit ailleurs.

C’est un événement assez spectaculaire. Spectaculaire non pas tant par la guérison elle-même que par la manifestation de la puissance de ces forces démoniaques qui sont capables de précipiter dans la mer un troupeau entier d’un millier de bêtes peut-être. Par delà l’anéantissement de ces porcs, il importe de prendre conscience que, comme les Pères nous le révèlent, chacun de ces démons pourrait détruire le monde entier si jamais il en recevait le pouvoir car il en a la force.

L’épisode très frappant que nous venons d’entendre est particulièrement représentatif de toute la vie humaine de Jésus puisque nous pouvons affirmer que, depuis le début jusqu’à la Croix, toute la vie humaine de Jésus est un combat permanent contre les forces du mal, contre les forces de mort, contre les esprits des ténèbres. Dès le début, en effet, c’est déjà un combat quand Marie doit mettre au monde Jésus et qu’elle n’a pas de place dans une auberge pour y passer la nuit. Ce combat ne va pas s’interrompre, il sera marqué ensuite par le massacre des Innocents par Hérode. Tout cela indique à quel point les forces de mal sont déterminées et avec quelle vigueur elles se déchaînent contre la Lumière divine qui vient dans le monde éclairer les hommes.

Père Boris BobrinskoÿPour illustrer ce combat nous avons aussi toutes les tentations de Jésus au désert. Ce moment fort est particulièrement révélateur car cette marche de Jésus au désert n’est évidemment pas un hasard. Sa rencontre avec Satan en personne – si on peut l’appeler une personne – n’est nullement un accident de l’histoire car les évangiles disent précisément que l’Esprit poussa Jésus dans le désert pour y être tenté. Par conséquent la tentation au désert était nécessaire. Quelles qu’elles soient, toutes les tentations que Jésus a connues, depuis le début et jusqu’à la dernière tentation sur la Croix, étaient nécessaires. Elles sont des tentations par lesquelles Jésus a montré Sa puissance et Sa victoire à travers un combat qui fut incessant.

Dans ce combat, les guérisons de possédés, les expulsions des démons, les exorcismes sont fréquents dans la vie de Jésus. Ils ne sont pas seulement opérés par Jésus en personne, mais également par Ses disciples quand Il les envoie – encore bien avant la Passion – à la prédication. Quand ensuite ils reviennent vers Jésus, ils sont absolument étonnés “Voilà Seigneur, voilà que nous guérissons des malades et que les esprits nous obéissent et sont chassés” ; et Jésus rendit grâce ” Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir ouvert les yeux aux humbles.”

Ainsi nous voyons que cette puissance de guérison est en Jésus et qu’Il la communique à qui Il veut. Prenons-en bien conscience ! Jésus communique Sa puissance de guérison à ceux qui deviendront Ses apôtres – cela signifie “ses envoyés” –, à Ses disciples, mais aussi à Son Église qui est, elle-même, toute entière apostolique.

Nous tous, nous sommes porteurs de l’Esprit de Dieu et, tous, dans notre prière commune de l’Église nous avons la force de chasser les démons. Trop souvent nous l’oublions, trop souvent nous n’y croyons pas.

Aujourd’hui comme à l’époque du Christ, les forces de mal sont à l’œuvre. Lorsque Jésus demande au démon “Quel est ton nom ?” celui-ci répondit “Légion”. Ici, “Légion” désigne une multitude, car beaucoup de démons avaient assailli le possédé, et précisément cela correspond tout à fait à notre expérience, à la réalité de tous les temps. Aujourd’hui comme hier, les démons sont légions. Ils peuvent prendre des formes diverses et adopter des méthodes variées. On peut décrire ces méthodes : il y a l’agression directe comme il y a la possession véritable… Il y a aussi les passions, ce sont des possessions plus intimes, parfois moins visibles mais, sans doute, plus graves encore car plus insidieuses : lorsque les passions nous enténèbrent et nous asservissent, nous ne pouvons plus réagir et nous devenons réellement des esclaves et des serviteurs du prince de ce monde.

Parmi les multiples manières dont les démons cherchent à nous éloigner de Dieu, il y a évidemment la persécution. Mais la persécution directe n’est sans doute pas la façon la plus dangereuse ni la plus perverse ni la plus définitive. Comme nous le constatons dans tous les pays depuis les origines jusqu’à aujourd’hui, le sang des martyrs crée la semence de la foi. Que ce soit en Russie, que ce soit en Orient, partout où la foi chrétienne est persécutée, partout où les croyants donnent leur vie, partout où les chrétiens témoignent jusqu’au sang par leur souffrance, partout où, exclus, méprisés, rejetés ils témoignent de l’Unique Nécessaire. Partout les martyrs ont engendré de nombreux croyants à la foi en Christ.

Mais il y a encore d’autres manières bien plus insidieuses par lesquelles les forces de mal agissent. Il y a ce que l’on appelle la désacralisation du monde et de l’esprit. Notre Europe – on en parle beaucoup aujourd’hui – a été jadis une Europe chrétienne, et pourtant il semble qu’on veuille en effacer le souvenir comme en témoignent les débats autour de la Constitution européenne qui a dû écarter non seulement l’idée de Dieu mais encore toute référence à une racine religieuse et spirituelle. Tout ceci illustre certainement une réalité profonde et vécue, le monde se sécularise et se désacralise en rejetant Dieu à la fois dans les oubliettes du passé, dans l’archéologie, dans les musées, voire dans des sacristies poussiéreuses, et à la fois aussi dans le clos très fermé de ce que l’on voudrait que deviennent nos églises, à savoir des ghettos. Certes ces ghettos peuvent être agréables, commodes, confortables et chauds mais, sous la pression du monde moderne ils sont menacés d’isolement, ils manquent d’ouverture et surtout de rayonnement.

Il faut être attentif à ces attaques perfides et multiformes. Sans doute les médias y participent, que ce soit par toute l’imagerie – pas seulement la pornographie – qui nous pénètre et nous détruit, et que ce soit encore par cette idéologie qui veut que l’homme et la femme soient libres de leur vie, de leur corps, de leur destinée. Tout ceci a pour conséquence non seulement un relâchement profond de la morale mais aussi une négation des racines spirituelles. Les racines sont véritablement déracinées. Mais il ne s’agit pas pour moi de développer davantage ce sujet ici.

Je pense que nous comprenons que, dans notre vie chrétienne, notre témoignage chrétien doit être un témoignage éveillé et conscient. Prions surtout pour que le Seigneur nous donne la force non seulement de vivre notre foi en profondeur, mais aussi de mener nous-mêmes le combat spirituel dans notre propre cœur, dans notre imagination, dans notre propre corps, dans notre sexe… dans tous les domaines de notre existence.

Prions pour le Seigneur nous donne la force de nous opposer à toute tentative de ces forces de mal, à toutes ces attaques qui visent à effacer en nous l’image de Dieu, cette image de Dieu par lequel et dans lequel l’homme a été créé. Nous avons été en effet créés à l’image de Dieu. Cette image est en nous, elle est dite indestructible mais on peut la ternir au point que, désormais, elle ne rayonne plus. Or, cette image doit rayonner, elle doit se manifester, elle doit grandir en nous comme le Christ

Lui-même grandit en nous de jour en jour et d’année en année dans notre vie entière.

C’est pourquoi nous devons ainsi apprendre à vivre, ce que j’appellerais, la dimension baptismale de notre existence, c’est à dire le combat permanent, le rejet du mal et la renonciation à Satan. Cette renonciation à Satan que nous demandons à l’adulte – ou à l’enfant baptisé par la bouche de son parrain ou de sa marraine – nous devons l’opérer nous-mêmes de jour en jour. Nous devons demander au Seigneur le discernement et la clairvoyance pour être capables de voir où sont les embûches et quelles sont les flèches enflammées du mal afin d’y résister avec ce que saint Paul appelle le bouclier de la foi et le glaive de la parole de Dieu.

Tout cela sont des choses tout à fait essentielles, mais cela ne concerne pas seulement ma vie personnelle ni mon combat individuel puisque que nous sommes tous solitaires les uns les autres dans l’Église. Quand un seul homme tombe, disent les Pères, beaucoup tombent autour de lui, et quand un seul homme s’élève et se sanctifie, beaucoup se sanctifient autour de lui. Nous sommes donc tous, les uns les autres, responsables de cette sanctification, de cette confession de foi qui est celle de l’Église, pour toutes nos communautés ecclésiales dont celle où nous vivons aujourd’hui.

Par conséquent ce combat spirituel est une exigence permanente de notre vie ecclésiale. Mais il faut prendre toute la mesure de la dimension baptismale de notre existence, ainsi ce combat est rejet de Satan mais il est aussi, évidemment, recherche de vie plénière en Christ dans l’Esprit Saint. Quand cette vie plénière en Christ dans l’Esprit Saint se réalise alors, à ce moment-là, l’Esprit Saint devient en nous un feu qui brûle, un feu qui embrase, et un feu qui nous presse de l’intérieur pour dire, pour annoncer, et je dirais même, pour crier la parole de Dieu.

Car c’est une parole de Dieu dont le monde a besoin ! Nous devons réapprendre à témoigner, nous ne devons pas nous terrer, nous enfermer à clé, dans nos églises, dans nos familles, dans nos petites communautés. Nous devons apprendre à respirer et à dilater nos cœurs pour crier vers le monde que le Christ est ressuscité et qu’Il est victorieux des forces de mal. C’est ainsi et c’est seulement ainsi que nous nous opposerons aux forces du mal qui cherchent par d’innombrables moyens à détruire l’Église, altérer son visage, ternir sa renommée, étouffer son rayonnement… C’est par la puissance du Christ que nous devons contrecarrer tout cela.

Commentaire patristique par saint Jean-Chrysostome – La Libération des captifs

En ce jour Jésus Christ est entré en conquérant dans les abîmes des enfers. En ce jour ” il a brisé les portes d’airain, il a rompu les verrous de fer “, comme le dit Isaïe (45,2).

Remarquez ces expressions. Il ne dit pas qu’il ” a ouvert ” les portes d’airain, ni qu’il les a enlevées, mais qu’il les ” a brisées “, pour faire comprendre qu’il n’y a plus de prison, pour dire que Jésus a anéanti ce séjour des captifs. Une prison où il n’y a plus ni portes ni verrous ne peut plus retenir de prisonniers. Ces portes que le Christ a brisées, qui pourrait les rétablir ? Ces verrous qu’il a rompus, quel homme pourrait les remettre ?
Quand les princes de la terre relâchent des détenus en envoyant des lettres de grâce, ils laissent subsister les portes et les gardes de la prison, pour montrer à ceux qui sortent qu’ils peuvent y rentrer encore, eux ou d’autres. Le Christ n’agit pas de la sorte.

En brisant les portes d’airain, il témoigne qu’il n’y a plus de captivité, plus de mort.

Pourquoi des portes “d’airain” ? Parce que la mort était impitoyable, inflexible, dure comme le diamant.

Jamais pendant tous les siècles avant Jésus Christ, jamais aucun de ses captifs n’avait pu lui échapper, jusqu’au jour où le Souverain du ciel est descendu dans l’abîme pour lui arracher ses victimes.

saint Jean Chrysostome
Homélie sur le mot cimetière et sur la croix

Méditation du Moine de l’Église d’Orient – Guérison du possédé gérasénien

23e dimanche après la Pentecôte
Épître aux Éphésiens II, 4-10
Évangile selon saint Luc VIII, 26-39

L’Évangile du 23e dimanche après la Pentecôte (Luc 8, 26-39) décrit la guérison d’un possédé dans le pays des Gérasséniens. Tantôt on tenait cet homme lié par des chaînes ; tantôt il fuyait au désert et habitait dans des sépulcres (une vie dominée par l’esprit du mal n’est-elle pas déjà un tombeau ?). Voyant Jésus, le possédé se prosterne devant lui et le prie de ne pas le tourmenter, car Jésus avait commandé au démon de sortir de cet homme (qui parle maintenant comme s’il s’identifiait avec le démon lui-même). Du moins le démon, puisqu’il doit être expulsé, demande-t-il à Jésus de ne pas l’envoyer “dans l’abîme”, c’est-à-dire dans I’Hadès où, d’après la conception juive, les démons subissent leurs souffrances, mais de l’autoriser à entrer dans un troupeau de porcs qui paissaient sur la montagne. Jésus y consent. Les démons (plutôt que le démon) abandonnent le possédé, entrent dans les porcs, et le troupeau tout entier se jette dans le lac de Galilée. L’homme qui avait été possédé est maintenant guéri, assis aux pieds de Jésus. Mais les Gérasséniens effrayés prient Jésus de s’éloigner : la présence du Christ n’est-elle pas toujours un danger pour notre vie privée et nos affaires ? Ne requiert-elle pas de nous de trop durs changements ?

Cet épisode, pour beaucoup de lecteurs de l’Évangile, n’est pas sans difficultés.

Il y a d’abord la question de la possession diabolique. Tous ces cas de possession diabolique dont parlent les Évangiles ne seraient-ils pas des cas de maladies nerveuses ? Les démons existent-ils ? Peuvent-ils posséder des hommes ? La science ne peut fournir aucune réponse à ces questions. Il est hors de doute que Jésus croyait à un esprit du mal personnifié et capable de prendre possession des individus. Que souvent, dans l’histoire ultérieure du christianisme, on ait attribué à des influences diaboliques ce qui relevait simplement de la pathologie mentale, nous l’admettons bien volontiers. Mais on ne saurait retrancher des Évangiles les cas de possession qu’en vertu d’une interprétation toute subjective et arbitraire. L’envoi des démons dans le troupeau de porcs semble aussi à beaucoup de lecteurs un mythe assez grossier. Sans prétendre pénétrer ce qui demeurera un mystère, nous inclinerions à voir surtout dans la fin malheureuse du troupeau de porcs un “signe” : Jésus suggère que l’abandon à la puissance du mal conduit toujours à la mort et à la perte totale, avec, dans les derniers moments, un certain caractère de fureur.

Insistons sur quelques aspects secondaires de l’épisode. Jésus demande au possédé : “Quel est ton nom ?”

Il y a là plus qu’une simple question ; une thérapeutique est déjà incluse dans ces paroles. Car Jésus veut ramener le possédé, qui a parlé comme s’il ne faisait qu’un avec le démon, à la conscience de sa propre identité ; il veut lui rendre le sens de sa personnalité et de son indépendance. Chaque fois qu’un pécheur s’est enfoncé dans l’habitude jusqu’à sembler être dirigé par les puissances mauvaises, Jésus veut qu’avant toute autre chose le pécheur se dissocie de ces puissances et se souvienne de son nom propre, le nom que Dieu lui a donné : “Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi…” (Isaïe 43, 1).

En ce nom, par lequel Dieu nous appelle, se trouvent notre vraie liberté et notre vraie vocation. Le possédé répond à Jésus : “Mon nom est légion”, et l’Évangile explique : “parce que beaucoup de démons étaient entrés en lui”. L’homme avait peut-être vu une légion romaine, cette force inexorable, à la fois multiple et unifiée.

De même, si nous nous laissons aller au péché, nous devenons “légion” ; nos instincts, nos images mentales, tous nos éléments psychiques acquièrent une indépendance chaotique ; la volonté affaiblie par chaque chute n’est plus en état de les ressaisir et de les coordonner ; notre personnalité entière se dissocie, se désintègre. Dieu seul peut rassembler et réparer ces fragments brisés. “Rassemble mon cœur…”, comme nous le lui demandons dans le Psaume 86 (v. 11). Plus tard, quand le possédé a été guéri, il prie Jésus de le garder auprès de lui ; mais Jésus lui dit de retourner dans sa maison et d’y déclarer ce que Dieu avait fait pour lui. Et l’homme rentre “publiant dans la ville entière ce que Jésus avait fait pour lui”. La plupart des chrétiens ne sont pas appelés à suivre Jésus au sens matériel du mot et à devenir des disciples itinérants, mais ils ont un apostolat normal à exercer dans leur milieu immédiat et quotidien, dans le milieu de leur famille et de leur travail : cet apostolat ne consiste pas à “prêcher”, il consiste à rendre un témoignage personnel, à partager avec d’autres une expérience authentique, à “déclarer” et à “publier” ce que Jésus a fait pour eux.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Mathieu – Les deux démoniaques du pays des Gadaréniens et l’épisode des cochons

Chapitre VIII verset 28 à Chapitre IX verset 1 (Mc 5, 1-20 ; Lc 8, 26-39)

8, 28 Quand il fut arrivé à l’autre rive, au pays des Gadaréniens (1), vinrent à sa rencontre deux démoniaques (2) qui sortaient des tombeaux ; ils étaient si méchants que personne ne pouvait passer par ce chemin (3).

29 Et ils se mirent à crier : “Qu’avons-nous affaire ensemble, Fils de Dieu ? Êtes-vous venu ici pour nous tourmenter avant le temps ?”

30 Or il y avait, à quelque distance d’eux, un fort troupeau de porcs qui paissaient.

31 Et les démons lui firent cette prière : “Si vous nous chassez, envoyez-nous dans ce troupeau de porcs.”

32 Il leur dit : “Allez.” Ils sortirent et passèrent dans les porcs. Et voici que tout le troupeau se précipita par les pentes escarpées dans la mer, et ils périrent dans les eaux.

33 Ceux qui les gardaient s’enfuirent, et ils s’en allèrent dans la ville, où ils racontèrent tout cela et ce qui était arrivé aux démoniaques.

34 Et voici que toute la ville sortit au-devant de Jésus, et, l’ayant vu, ils le supplièrent de quitter leur territoire. Ayant appris que Jean avait été livré, Jésus se retira en Galilée

9,1 Et étant monté dans la barque, il refit la traversée et revint dans sa ville.

Notes

(1) Ce pays des Gadaréniens ou Guéraséniens correspond probablement à l’actuelle Koursi (Guérasa) environ 10 km au sud de l’embouchure du Jourdain.
(2) Dans Marc et Luc “un homme à l’esprit impur”.
(3) Dans Luc “cet homme ayant des démons n’avait pas mis de vêtements depuis un temps considérable”.

Épître aux Romains – Celui qui croit du fond de son cœur devient juste

Épître aux Romains
Chapitre X verset 1 à 10

1 Frères, le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils obtiennent le salut.
2 Car je peux témoigner de leur zèle pour Dieu, mais il leur manque la vraie connaissance.
3 En ne reconnaissant pas la justice qui vient de Dieu, et en cherchant à instaurer leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu.
4 Car l’aboutissement de la Loi, c’est le Christ, pour que soit donnée la justice à tout homme qui croit.
5 Or Moïse écrit au sujet de la justice qui vient de la Loi : L’homme qui pratiquera ces commandements vivra par eux. (1)
6 Mais la justice qui vient de la foi parle ainsi : Ne dis pas dans ton cœur : Qui va monter aux cieux ? (2) (c’est-à-dire en faire descendre le Christ),
7 ou bien : Qui va descendre au fond de l’abîme ? (c’est-à-dire faire remonter le Christ de chez les morts).
8 Mais que dit ensuite cette justice ? La Parole est près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons.
9 Donc, si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé.
10 Celui qui croit du fond de son cœur devient juste ; celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut.
Notes
(1) Lv 18, 5.
(2) Dt 30, 12-14 (-> 69).

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