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saint Vladimir, grand-prince de Kiev

Le même jour, mémoire de saint VLADIMIR, grand-prince de KIEV, Égal-aux-Apôtres et iIIuminateur du peuple russe.

À la suite du siège manqué de Constantinople (864), le patriarche saint Photios envoya à Kiev un évêque accompagné de prêtres, afin d’y semer les premières semences du christianismes. Mais cette mission fut bientôt interrompue lors de la prise de la ville par les princes varègues (Vikings) Oleg et Igor (880-883), qui favorisèrent l’implantation de leurs congénères idolâtres. Par la suite, les trois attaques tentées par les Russes contre la capitale byzantine (911,944 et 971) conduisirent à l’installation de marchands qui embrassèrent le christianisme et devinrent missionnaires en rentrant dans leur patrie, si bien qu’en 945, Kiev possédait déjà une assez grande communauté chrétienne, qui se rassemblait dans l’église du Prophète-Élie. La veuve du prince Igor, sainte Olga, se fit baptiser alors qu’elle était régente [11 juil.], mais cette conversion resta personnelle et n’eut pas de répercussion notable dans son peuple. Bien au contraire, dès que son fils Sviatoslav prit le pouvoir, restant sourd aux exhortations d’Olga, il encouragea le paganisme, car la conversion au christianisme était considérée comme une transgression de la tradition de son peuple et une honte.

À la mort de Sviatoslav, son fils Iaropolk, qui était plus favorable aux chrétiens, devint prince de Kiev, alors que son frère cadet, Vladimir, s’installait à Novgorod. Chassé de là par Iaropolk, il alla se réfugier en Scandinavie, d’où il revint peu après avec un fort contingent de Varègues. Il expulsa son frère, qui mourut au cours du combat, et s’installa à Kiev (980). Les instructions de sa grand-mère, sainte Olga, et de sa mère, Malousa, n’avaient pu décider Vladimir à renoncer à l’idolâtrie et, animé d’un zèle ardent pour les dieux des Vikings, dès son intronisation, il fit édifier sur les hauteurs de la cité un temple dédié au dieu du tonnerre, Péroun, où l’on faisait même des sacrifices humains. Et, conséquence de cette impiété, le prince menait une vie excessivement débauchée, qui le rendit tristement célèbre. Monarque belliqueux et soucieux d’étendre son territoire, il avait déclaré une guerre sans merci aux peuples voisins: Bulgares et Lituaniens. Au retour d’une campagne victorieuse contre les Jatvagues (Latviens) (983), il décida d’offrir aux dieux un sacrifice humain, en signe d’action de grâces. Le sort tomba sur un marchand varègue, Théodore, et son fils Jean, qui étaient chrétiens et qui devinrent ainsi les premiers-martyrs du sol russe [12 juil.]. Cet ignoble sacrifice fit cependant une forte impression sur l’âme de Vladimir. Il se mit alors à méditer sur la religion et à nourrir des doutes à propos de l’idolâtrie. Ces préoccupations vinrent à la connaissance des peuples qui vénéraient un seul Dieu : les Bulgares musulmans de Kama, les Khazars qui avaient embrassé le judaïsme, les Germains, chrétiens latins, et les Grecs orthodoxes. Chacun de ces peuples envoya des émissaires à Kiev, qui essayèrent d’influencer le prince en présentant leurs arguments; mais seul l’envoyé de Byzance parvint à capter son attention en réfutant toutes les autres religions et en lui exposant l’œuvre salvatrice de notre Seigneur Jésus-Christ. Après avoir consulté ses boyards, le prince décida d’envoyer ses propres ambassadeurs dans ces différents pays, afin de se rendre compte par eux-mêmes de la manière dont on y vivait la religion. Quand les émissaires envoyés dans la capitale byzantine assistèrent à la Divine Liturgie et aux diverses cérémonies qui avaient lieu à Sainte-Sophie, leur impression fut si forte qu’ils en restèrent stupéfaits et rapportèrent ensuite à leur souverain: «Nous ne savions plus si nous étions au ciel ou sur la terre. Car il n’y a pas sur terre un tel spectacle, ni une telle beauté, et nous sommes incapables de le décrire. Nous savons seulement que c’est là que Dieu demeure avec les hommes, et que leur culte dépasse celui de tous les pays. Cette beauté nous ne pouvons l’oublier, et nous savons qu’il nous sera désormais impossible de vivre en Russie d’une manière différente! »[i]6 Quand il entendit ce récit, l’âme de Vladimir s’enflamma et, désormais convaincu que cette gloire manifestée dans la Liturgie ne pouvait être que le resplendissement de la V érité, il décida de devenir chrétien, avec tout son peuple.

Entre temps, l’empereur de Byzance, Basile II, affaibli par la guerre contre le tsar des Bulgares, Samuel, et menacé d’être expulsé de Constantinople par la révolte de Bardas Phocas (987), fit appel au grand-prince de Kiev. Vladimir proposa de lui envoyer six mille Varègues, mais demanda en échange la main de sa sœur, Anne Porphyrogénète, en promettant de se convertir au christianisme avec tout son peuple. Grâce à l’intervention des Varègues, la révolte de Bardas fut réprimée, mais l’empereur tarda à tenir sa promesse et à envoyer à Kiev sa sœur qui répugnait à s’unir à un païen. Jamais, en effet, une princesse de rang impérial n’avait été mariée à un barbare. Vladimir marcha alors vers la Crimée et s’empara de la ville de Cherson, menaçant de poursuivre vers Constantinople si l’empereur ne tenait pas sa promesse’[ii]. Effrayé, Basile envoya sans retard sa sœur, accompagnée de l’évêque saint Michel [30 sept.] et de prêtres qui avaient été choisis pour la mission en Russie. Le grand-prince fut baptisé, sous le nom de Basile, le jour de la Théophanies, avec les officiers de sa suite, puis on célébra les noces’. En cadeau, Vladimir rendit la ville de Cherson aux Byzantins, puis il repartit pour Kiev, avec la princesse et les clercs qui avaient pris à Cherson un fragment des reliques de saint Clément de Rome ainsi que d’autres glorieux trophées, icônes et objets de culte.

Aussitôt arrivé dans sa capitale, le prince répudia ses épouses païennes, déclarant qu’il ne pouvait désormais avoir qu’une seule épouse, et il commença à purifier la ville de tout culte idolâtre. Avec le même zèle qu’il avait montré auparavant pour le culte des faux dieux, il fit renverser leurs idoles et ordonna d’attacher la statue de Péroun à la queue de chevaux, qui lui firent dévaler la colline et allèrent la précipiter dans le Dniepr aux yeux de tout le peuple. Saint Michel commença alors à prêcher la parole de Dieu, aidé par Vladimir en personne. Le jour de la Pentecôte, une multitude d’habitants de Kiev fut baptisée dans le fleuve: jeunes et vieux entrèrent ensemble dans le bain de la nouvelle naissance, les uns plongés dans l’eau jusqu’au cou, d’autres jusqu’à la taille, les enfants groupés au bord et les nourrissons dans les bras de leurs mères. L’évêque célébra le baptême et demanda au prince Vladimir de servir de parrain à tout son peuple.

Changeant complètement son caractère et adoptant la douceur des mœurs évangéliques, Vladimir supprima la peine de mort et mena dès lors une vie agréable à Dieu, qui le fit surnommer par son peuple: le « Soleil radieux ». Il fit édifier des églises à la place des temples païens, et en particulier une splendide église, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, fut érigée à l’endroit même du martyre de saint Théodore et de son fils, à laquelle le prince affecta un dixième de ses revenus [iii]10. Il fonda aussi des écoles pour l’instruction du peuple et la formation des prêtres. Des missionnaires furent envoyés dans les autres principautés, afin d’y proclamer la Bonne Nouvelle en langue slave”[iv]. La ville de Kiev devint ainsi le siège de l’évêque métropolitain, dépendant du Patriarcat de Constantinople, ayant juridiction sur cet immense territoire. Du fait de la résistance des prêtres païens, seule la principauté de Novgorod resta rétive, et c’est par la force que Vladimir y imposa le christianisme.

Vers la fin de sa vie, après la mort de sa femme, le saint prince eut à endurer de cruelles afflictions de la part de ses deux fils aînés, Sviatopolk et Iaroslav. Sous l’influence de son beau-père, le roi de Pologne, qui l’avait convaincu de se convertir au catholicisme, Sviatopolk s’insurgea contre Vladimir, qui fut mis en prison, et une guerre de courte durée éclata entre la Pologne et la Russie (1013). L’année suivante, Iaroslav, profitant de la haine que nourrissait la principauté de Novgorod à l’égard de Kiev qui lui avait retiré l’hégémonie au temps d’Oleg, fomenta une révolte. Mais avant que la guerre ne soit déclarée, saint Vladimir tomba gravement malade. Il envoya son fils Boris combattre les Petchenègues, païens endurcis et de mœurs sauvages, qui attaquaient son territoire, et relâcha Sviatopolk avant de rendre son âme à Dieu, le 15 juillet 1015. Sviatopolk essaya de cacher au peuple la mort de son père” ; mais au matin la cathédrale, dans laquelle le corps avait été transporté, se trouva entourée de milliers de personnes de toutes qualités, qui versaient d’abondantes larmes et élevaient vers Dieu leurs lamentations, car ils venaient de perdre leur père et le nouvel-apôtre qui leur avait apporté la lumière de la foi et qui, tel un autre Constantin, avait élevé leur peuple au rang des grandes nations chrétiennes. Ses précieuses reliques furent cachées pendant l’invasion mongole, et ne furent retrouvées, dans les ruines de l’église, qu’en 1631. Son crâne est conservé dans l’église principale du monastère des Grottes de Kiev, sa mâchoire dans la cathédrale de la Dormition à Moscou, et d’autres fragments dans divers sanctuaires de Russie.

[i]6. Première Chronique Russe. The Russian Primary Chronicle, Laurentian Text ed. S.H. Cross et O.P. SherbowitzWetzor, Cambridge MA, 1953, 110-11 et S. HILARION DE KIEV, Dit sur la Loi et la Grâce.

[ii]7. Selon certains historiens, la prise de Cherson ne fut pas un acte de menace. Au contraire Vladimir serait venu alors en aide à Basile en prenant cette ville qui s’était insurgée et avait pris parti pour Bardas Phocas.

[iii]

  1. En 989 à Cherson ou selon d’autres en 988 à Kiev. La Chronique russe rapporte que Vladimir, étant devenu aveugle peu avant son baptême, recouvra la vue en sortant des eaux baptismales.
  2. Il semble que le mariage ait plutôt eu lieu à Kiev, après le baptême du peuple.
  3. Lors du grand incendie de 1070, sept cents églises furent détruites à Kiev. Ce qui montre l’importance de la christianisation. En ce temps-là Kiev était considérée comme une des principales capitales d’Europe en ce qui concerne les arts et les lettres.

[iv]11. C’est de Bulgarie, où l’œuvre des saints Cyrille et Méthode avait été poursuivie par leurs disciples, que furent importées les traductions indispensables à la formation de la culture ecclésiastique de la Russie de Kiev. Ce fut surtout Iaroslav le Sage, successeur de S. Vladimir (1019-1054), qui favorisa cette activité de traduction des livres grecs.

  1. C’est lui qui fit assassiner peu après les deux fils préférés de Vladimir, qu’il avait eus de la princesse Anne: saints Boris et Gleb [24 juil.].

Homélie prononcée par Père Boris le 2 août 2003

Il guérissait toutes les maladies et toutes les infirmités

Septième dimanche après la Pentecôte
Homélie prononcée par Père Boris le 2 août 2003
au monastère Notre-Dame-de-toute-Protection, à Bussy.

Jésus en Galilée guérissant deux aveuglesAu Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Les Évangiles de ces premiers dimanches après la Pentecôte nous ramènent à la période galiléenne : « Et Il allait par les villages et les villes, annonçant l’évangile du Royaume et guérissant toute infirmité et toute faiblesse du peuple. » [1]

C’est le printemps de Son annonce du Royaume, le Seigneur marche à travers les bourgades et les villages, les hameaux, prêchant le Royaume de Dieu. Il annonce le Royaume qu’Il est Lui-même, car Il est le Royaume et le Roi, venu en puissance bien qu’encore caché.

Le Seigneur prêche, atteint les cœurs des hommes, guérit les maladies et chasse les démons.

L’annonce du Royaume, la guérison des malades et l’expulsion des démons sont tous trois inséparables parce que le service du Seigneur consiste à manifester le Royaume qui arrive déjà en Lui.

Ce ministère en Galilée apparaît comme une période des fiançailles du Seigneur avec Son peuple. Les foules se précipitent à Sa rencontre. Les gens cherchent à marcher sur Ses pas, à L’approcher, à toucher Son vêtement. Ils Le croient thaumaturge et recherchent en Lui une parole de paix, de joie et de vérité. Ceux dont le cœur est pur ont, quant à eux, la certitude qu’Il guérit et fait des miracles et ce n’est pas seulement pour cela qu’ils accourent mais parce que la Parole de Dieu, pleine de grâce et de puissance, pénètre au plus profond d’eux-mêmes et change leurs cœurs.

Ainsi le Seigneur s’adresse au cœur des gens et les gens L’écoutent de toute leur âme. Jaillissante de la bouche du Seigneur, la Parole atteint les profondeurs les plus intimes et suscite les conversions. Nous effleurons ici l’action mystérieuse de l’Esprit qui, déjà à cette époque, convertissait et ramenait les cœurs humains vers le Seigneur.

Voici donc deux aveugles qui ont entendu parler de Jésus, ils s’élancent vers Lui. En trébuchant sur les pierres, ils s’efforcent à grand-peine de rattraper la foule qui se presse autour de Jésus, mais en vain. Alors ils se mettent à crier.

C’est dans un cri qu’ils supplient. Et jusqu’à la maison où Jésus ira se reposer, ils ne cesseront de répéter cette invocation : « Fils de David, aie pitié de nous. »

« Aie pitié de nous ! » À la suite de ces deux aveugles, ces mots sont répétés jusqu’à la fin des temps comme la prière la plus simple. C’est ici que prend sa source la prière du cœur : « Seigneur Jésus Christ Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur. » La prière de Jésus demeure dans le cœur de ceux maltraités par le destin qui mettent tout leur espoir en Dieu et qui invoquent le Nom du Seigneur. L’invocation du Seigneur naît, en effet, au plus profond de notre misère, de notre souffrance et de notre dépendance et révèle notre soif de la grâce et la patience de Dieu. Et quand nous sommes dans l’aveuglement spirituel, pressentant qu’il y a une vérité que nous ne voyons pas mais que nous désirons voir, nous appelons le Seigneur.

Nous aussi, les uns et les autres, nous L’invoquons de la même façon. Cette prière du cœur est vécue, non seulement dans les monastères, mais par tous. C’est l’invocation du Nom béni de Jésus, car, comme le dit saint Pierre, « Dieu L’a fait Seigneur et Sauveur, L’ayant ressuscité des morts » [2]. Jésus désormais est Seigneur du ciel et de la terre. Sa royauté doit s’instaurer dans les cœurs humains. Et, nous prions la prière de Jésus pour que le Seigneur ait pitié de nous, pour qu’Il nous garde dans la foi, l’espérance et l’amour.

À la maison, les deux aveugles ont enfin rejoint Jésus et Le supplient encore. « Qu’il soit fait selon votre foi » leur dit-Il et ils reçoivent pleine guérison parce que leur foi était suffisante. En vérité, notre foi n’est jamais suffisante, mais Dieu la complète et la rend parfaite. La miséricorde de Dieu est là, et nous osons, malgré notre aveuglement spirituel, nous adresser au Seigneur, et Lui demander la guérison et la vue. Le Seigneur multiplie en nous, bien plus que nous ne pouvons l’imaginer, Sa grâce et le don du Saint-Esprit.

Après avoir guéri ces aveugles, Il leur dit de n’en rien dire. Mais eux, dans une sainte désobéissance, dirais-je, et pleins de joie, sont allés courir à droite et à gauche pour annoncer les merveilles de Dieu. On ne peut taire la grâce de Dieu.

On ne peut que la crier, en joie et en reconnaissance.

Ensuite on Lui amène un possédé muet. Sans un mot, le Seigneur le libère en chassant le démon.

Chacun d’entre nous dans notre vie, a connu cette guérison, cette libération – parfois progressive, parfois brutale – des puissances ennemies. Sacramentellement cette guérison, cette libération se réalise par le baptême. Ces récits de guérison et de libération que l’Église nous a donnés de lire aujourd’hui nous offrent l’occasion de renouveler nos vœux de baptême, qui ont été pris pour nous dans notre enfance et que nous devons sans cesse rappeler, renouveler, restaurer, raviver. Car ces engagements baptismaux, même s’ils sont prononcés une fois pour toutes, d’une manière définitive et irrévocable, nous devons mettre tous nos efforts pour qu’ils demeurent le but de notre vie.

Une fois débarrassé du démon, le muet se met à parler au grand étonnement du peuple qui commence à s’exclamer « Jamais chose pareille n’a été vue en Israël ! » attirant l’attention des bien-pensants de l’époque. Ces “orthodoxes” s’approchent du Seigneur pour Le dénigrer. Ils refusent de reconnaître la présence et l’action de Dieu, alors ils travestissent Ses actes en actes diaboliques prétendant qu’Il agit par le Prince des démons.

Dans les évangiles, nous voyons souvent le Seigneur, chez les païens comme chez les Juifs, chasser les démons qui s’emparent et règnent par diverses manières dans le corps et l’âme des hommes. Ceux qui se trouvent sous l’emprise des démons d’une manière visible, ne sont peut-être pas les plus incurables. Il y a des situations pires encore, celles où, sous le couvert du bien, de la bonté, et même de la piété, des hommes cachent en réalité des démons dans leur cœur.

Nous pouvons dire que ceux qui se sont opposés au Seigneur dans sa vie terrestre, qui ont été ses ennemis jusqu’à le faire mourir, étaient réellement possédés, dominés déjà par les puissances du mal qui les faisaient penser et agir contre Dieu.

On peut dire que c’est dans l’enthousiasme du peuple de Galilée que s’enracine l’inimitié de quelques-uns, pharisiens, scribes et autres docteurs convaincus d’être les “justes”. Dans cet évangile, Jésus ne réplique pas. Mais dans l’évangile selon saint Luc, le Seigneur répondra que c’est par le doigt de Dieu [3], c’est-à-dire par la puissance de l’Esprit qu’Il agit. Avec le temps l’antagonisme ira croissant et l’opposition se durcira dès lors que Jésus montera à Jérusalem vers sa Passion.

Mais aujourd’hui, nous sommes encore dans la période de douceur, cette douceur évoquée par le Sermon sur la Montagne.

Il faut sans cesse relire les textes évangéliques pour que les récits de Ses miracles et de Sa bonté nous pénètrent profondément afin de faire de nous les relais, les échos et les prédicateurs de la Bonne Nouvelle de l’Évangile du Christ.

Car le Seigneur continue à enseigner, à annoncer le Royaume. Il continue à faire des guérisons, ouvrant les yeux et les cœurs, à travers nous. Et la Parole de Dieu, incarnée en nous, nous appelle à annoncer nous aussi le Royaume.

Que le Seigneur ouvre nos yeux intérieurs et nous libère de l’aveuglement spirituel. Qu’Il aide chacun de nous à demeurer et à progresser dans ce chemin baptismal et pascal.

Amen

Père Boris

Notes

(1) Alors Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte; désormais tu seras pêcheur d’hommes. » Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent. (évangile selon saint Luc V, 8-11.
(2) Cf. Luc VIII, 26-39.
(3) Cf. Apocalypse III, 20

Commentaire patristique de saint Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

« Alors leurs yeux s’ouvrirent »
Maître, ô Christ, Maître qui sauves les âmes, Dieu, Maître de toutes les Puissances visibles et invisibles, parce que Créateur de tout ce qui est dans le ciel, et de ce qui existe au-dessus du ciel, de ce qui est sous la terre, mais aussi de ce qui est sur la terre…
Tu tiens tout dans ta main, car c’est ta main, ô Maître, cette grande puissance qui accomplit la volonté de ton Père,qui forge, réalise, crée et dirige nos vies de manière inexprimable.
C’est elle donc qui m’a créé moi aussi et du néant m’a fait venir à l’être. Et moi, j’étais né dans ce monde et je t’ignorais totalement, toi le bon Maître, toi mon créateur, toi qui m’as façonné, et j’étais dans le monde comme un aveugle et comme sans Dieu, car j’ignorais mon Dieu.
Alors en personne tu as eu pitié, tu m’as regardé, tu m’as converti, ayant fait briller ta lumière dans mon obscurité, et tu m’as attiré vers toi, ô Créateur. Et après m’avoir arraché du fond de la fosse…des désirs et des plaisirs de cette vie, tu m’as montré le chemin, tu m’as donné un guide pour me conduire vers tes commandements. Je le suivais, je le suivais, sans souci…
Mais aussi, quand je te voyais, toi, le Bon Maître là avec mon guide et avec mon Père, j’éprouvais un amour, un désir indicibles. J’étais au-delà de la foi, au-delà de l’espérance et je disais : « Voici que je vois les biens à venir (cf He 10,1), il est là, le Royaume des cieux. Je vois sous mes yeux ‘ces biens que l’œil n’a pas vus et dont l’oreille n’a pas entendu parler’ » (Is 64,3; 1Co 2,9).

Notice sur les Conciles Œcuméniques

L’aube du IVe siècle a été le témoin du plus grand tournant qu’a connu l’Histoire.

Ce siècle n’avait que trois ans lorsque l’Empire romain tenta, une dernière fois (en 303) et avec une violence jusque-là jamais atteinte, d’anéantir la religion chrétienne.

Il est vrai que la persécution de Dioclétien (1), après une paix relative de l’Église, mais combien significative pour la préparation de la christianisation de tout l’Empire, a profondément affecté la vie de l’Église, surtout dans les provinces situées à l’est de la Rome latine et jusqu’à l’Orient hellénisé ; mais il est vrai, aussi, que pour l’Église de la Gaule, de l’Ibérie et de la Bretagne cette persécution n’a pas été trop sévère ; en effet elle ne fut que peu ressentie dans ces provinces relativement éloignées de la capitale.

Pour des raisons de stratégie politique et surtout pour ce qui était de l’intérêt personnel de Dioclétien, ce dernier abdiqua en 305.

Aussi durant le règne de son successeur Galère (2) et du nouveau César qui l’assista, Maximin, la persécution des chrétiens prit-elle un caractère plus systématique. Maximin, plus fanatique encore que l’empereur lui-même, recourut à de nouvelles méthodes de propagande antichrétienne et de dissuasion ; mais, finalement, il dut revenir (en 312) à une tolérance, incomplète certes, mais tellement nécessaire aux chrétiens, après dix années d’une sanglante persécution ; elle avait en fait coûté la vie à des milliers de chrétiens.

Presque tous les historiens affirment aujourd’hui que Maximin décida de rétablir la paix religieuse à cause des menaces venant de l’intérieur (la situation politique à Rome étant très préoccupante) puis, et surtout, sous les coups que lui portaient ses deux collègues et rivaux d’Occident : Constantin et Licinius.

Ce n’est pas le lieu de raconter par le détail tous les événements qui marquèrent les premières années du IVe siècle ; ils sont d’ailleurs très complexes. Toujours est-il que le nom de Constantin resta intimement lié au triomphe du christianisme, que son règne a vu s’accomplir la mutation peut-être la plus importante qu’ait connu l’histoire de l’Église chrétienne.

Constantin est considéré, à juste titre, comme “isapostolos” (égal aux apôtres). En effet, c’est lui qui pensa le premier que, puisque l’empire romain devait, tôt ou tard, devenir un empire chrétien, il fallait au moins l’établir fermement sur la véritable foi. Aussi, soucieux de préserver l’unité de foi de ses sujets, convoqua-t-il un premier concile œcuménique, en 325, à Nicée, une ville toute proche de la future et nouvelle capitale de l’empire romain, Constantinople.

Mais qu’est-ce donc qu’un concile de l’Église ? Et pourquoi certains des conciles sont-ils appelés “œcuméniques” ?

Disons tout de suite que “un concile est l’organe par lequel Dieu a choisi de guider les évêques ; il est une incarnation de la nature essentielle de l’Église”. (3) Cette définition est juste et belle ; je la crois accessible à tous car elle est facile à comprendre.

Pour les Grecs anciens, un “organon” était le “moyen” par excellence et ici le “moyen d’action” (organon=ergon). Le mot “concile” se dit d’ailleurs en grec “synodos”. Ce mot signifie “aller ensemble” ou “marcher sur la même voie”.
Les évêques, donc, c’est-à-dire ceux qui “veillent” (episkopos) sur la bonne marche de l’Église, se réunissent en assemblée, et travaillant dans un même esprit de paix et d’amour, précisent définitivement et d’une manière normative le message christologique de l’Église (4).

Un concile se réunissait sur l’ordre de l’empereur ; ce dernier renforçait les décrets du concile mais il n’en dictait jamais les termes ; c’était aux évêques d’enseigner la vraie foi ; l’empereur en était le protecteur. Les laïcs (du mot grec “laos” qui veut dire “le peuple”) avaient le droit d’assister aux conciles et parfois même de prendre une part active (comme l’empereur Constantin Ier et d’autres empereurs de Byzance). Mais lorsqu’arrivait le moment des proclamations formelles, c’étaient les évêques seuls qui, en vertu de leur charisme d’enseignement, prenaient les décisions finales.
Un concile peut être “local” ou “œcuménique”. Il est “local” quand il réunit des membres d’une ou de plusieurs Églises mais sans prétendre représenté la totalité de l’Église chrétienne ; aussi ses décisions peuvent-elles être susceptibles d’erreur.

Par contre, les décisions doctrinales d’un concile “œcuménique” ne peuvent être ni revues ni corrigées ; elles sont infaillibles et leur autorité est universelle car elle s’étend sur “toute la terre habitée” (Œkoumène).

Il y eut plusieurs conciles mais l’Église orthodoxe n’en reconnaît que sept comme “œcuméniques”; ils furent tous convoqués par des empereurs de Byzance et réunis dans des villes de l’orient méditerranéen.

LE PREMIER CONCILE ŒCUMÉNIQUE de l’Église chrétienne a été convoqué en 325, à Nicée (5), par l’empereur Constantin qui y assista personnellement ainsi que trois cents évêques environ.

C’est justement ce concile qui condamna Arius, proclama que le Fils de Dieu, c’est-à-dire le Christ, est “consubstantiel” au Père (“homoousios” en grec, de la même essence) ; le Christ est vrai Dieu de vrai Dieu, et non pas inférieur au Père comme le prétendait Arius. Ce concile proclama en outre que le Christ fut engendré et non pas créé ; ceci est dit expressément dans le “Credo”, c’est-à-dire dans la profession de la vraie foi d’un chrétien orthodoxe.

Le concile de Nicée s’occupa par ailleurs de l’organisation matérielle de l’Église mais la condamnation d’Arius (6) marqua une date mémorable dans l’histoire doctrinale du christianisme. Ce fut un travail gigantesque et souvent passionné ; mais tout avait été conduit avec amour, compréhension et sagesse. Toutefois, les hésitations et la réticence de certains évêques créèrent un climat de malaise au sein même de l’Église.

C’est pourquoi, durant la période troublée qui s’étend de 325 à 381, il fut décidé de reprendre le travail de Nicée et de développer en particulier le Credo.

Aussi, un nouveau concile œcuménique, le DEUXIÈME, fut-il convoqué à Constantinople en 381. C’est durant ses travaux qu’un accent tout particulier fut mis sur l’Esprit Saint, également Dieu au même titre que le Père et le Fils ; l’Esprit Saint “qui procède du Père, qui avec le Père et le Fils est adoré et glorifié”. Mais il a aussi été proclamé qu’en Dieu l’unité absolue (ousia) est inséparable d’une divinité non moins diverse. Ainsi le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont trois personnes divines (hypostaseis) “en une seule personne”. Ceci sera d’ailleurs merveilleusement développé par les trois géants de la théologie orthodoxe : les saints Grégoire de Nazianze, Basile le Grand et Grégoire de Nysse.

Un nouveau concile œcuménique, le TROISIÈME de ce nom, fut convoqué, cinquante ans à peine après celui de Constantinople, à Éphèse cette fois-là, en 431.

Ce concile affirma l’unité hypostatique du Christ, c’est-à-dire qu’en lui (le Christ) il n’y a aucune distinction entre sa divinité et son humanité, mais une parfaite union du divin et de l’humain ; le Christ seul peut exister en deux natures (ousies) différentes : être Dieu et homme à la fois.

C’est durant ce concile qu’il a été proclamé, de façon solennelle, que Marie est la Mère de Dieu : Théotokos. Marie a donné naissance au Verbe (le Logos) de Dieu fait chair ; l’enfant que Marie porta était une personne unique (7) à la fois Dieu et homme (Jn 1,14).

Cependant vingt années étaient à peine écoulées depuis le concile d’Éphèse qu’un QUATRIÈME concile fut convoqué à Chalcédoine, une ville toute proche de Constantinople sur l’autre rive du Bosphore, en 451.

Ce quatrième concile œcuménique constitue avec le précédent le sommet de la christologie orthodoxe.
C’est durant les travaux de ce concile qu’a été proclamé que ” le Christ est vrai Dieu et vrai homme ; qu’il se fait connaître sans mélange, sans changement, individuellement et inséparablement de telle sorte que les propriétés de chaque nature (la divine et l’humaine) ne demeurent que plus fermes lorsqu’elles se trouvent unies dans une seule personne ” (ou hypostase). (Cf. O. Clément : L’Église Orthodoxe).

On voit ici clairement que les Pères conciliaires de Chalcédoine ont voulu porter un coup décisif aux partisans de Nestorius (8) (qui durant ce concile, et même avant celui-ci, insistaient fermement sur la distinction entre l’humanité et la divinité du Christ) et aux partisans d’une “seule nature du Christ” (les monophysites).

Cependant, loin d’apporter une conclusion aux problèmes alors débattus, le concile de Chalcédoine s’est trouvé ouvrir une longue crise ; elle remplit la fin du Ve siècle, le VIe tout entier et se prolonge bien au-delà ; c’est pourquoi un nouveau concile, le CINQUIEME, fut convoqué, à Constantinople, en 553, pour surmonter les séquelles du nestorianisme et du monophysisme et encore pour tenter d’expliquer de façon plus positive comment les deux natures du Christ ne forment qu’une même personne. C’est qu’une fraction notable des Églises, en Syrie surtout et en Egypte, refusait toujours de reconnaître les décisions du concile de Chalcédoine.

Mais la paix de l’Église ne dura que cent trente ans à peine. En 681 les évêques furent appelés à se réunir de nouveau, à Constantinople, pour examiner une nouvelle forme du monophysisme et se prononcer sur elle : l’hérésie des monothélites (du grec : “monothélinis”, une seule volonté) ; ces derniers prétendaient en effet que : “puisqu’en Christ il y a deux natures, en une seule personne, il n’y aurait alors, en lui, qu’une seule volonté” (la divine) ; les monothélites attaquaient ainsi la plénitude de l’humanité du Christ ; ce fut là l’objet principal du SIXIÈME concile œcuménique.

Il est de l’avis de l’ensemble des théologiens que le sixième concile œcuménique n’apporta qu’une paix tout à fait relative à l’Église Chrétienne. Les disputes autour de la personne du Christ durèrent encore longtemps sous une forme ou sous une autre. De nouveaux problèmes ne cessèrent de surgir, tel, par exemple, celui de la vénération des saintes icônes du Christ de la Mère de Dieu et des Saints. Mais avant d’aborder ce problème disons deux mots sur l’icône et ce qu’elle représente pour un chrétien orthodoxe.

L’icône est donc, selon la tradition orthodoxe, “un témoignage sacré de la présence divine”. L’icône n’est pas un tableau de peinture, ou une œuvre d’artiste appartenant à une Ecole bien définie dans l’espace et dans le temps et comme telle ne doit être ni “datée” ni “signée”. Elle n’appartient pas à notre monde éphémère et mortel mais à celui de la Jérusalem céleste. C’est la raison pour laquelle une icône orthodoxe est parfois appelée “acheiropdïète” c’est-à-dire “non faite de la main d’un homme”.

Mais les iconoclastes, accusant les orthodoxes d’idolâtrie, cherchaient à interdire, à tout prix, la vénération des icônes, à les briser et à les faire disparaître des églises (iconoclastes : “briseurs des icônes”).

La controverse iconoclaste s’est étendue sur une période de 70 ans souvent marquée par de violentes persécutions. Mais l’orthodoxie triompha, les icônes furent définitivement réintégrées par la pieuse impératrice Théodora (9) en 843, (Fête du Dimanche de l’Orthodoxie). Le SEPTIÈME concile œcuménique, convoqué à Nicée en 787, avait d’ailleurs proclamé haut et ferme que les icônes devaient rester dans les églises pour y être vénérées comme les autres symboles matériels de notre foi.

Voilà donc, en bref, l’histoire des SEPT CONCILES ŒCUMÉNIQUES ; les seuls conciles infaillibles et d’autorité universelle que reconnaît notre Église. Celle-ci n’a jamais trahi leur précieux enseignement. Elle ne s’est jamais éloignée d’eux.

Rappelons à cet effet que l’Église Orthodoxe n’a connu ni la Scolastique médiévale de l’Occident ni la Réforme et la Contre-Réforme. Rappelons aussi que l’Orthodoxie ne cherche pas à convaincre. Elle possède la vérité et la grâce de la séduction.

†Nicolas Sarafoglou

in Synaxe N° 23, janv-fév-mars 1993
Source : site de l’Église orthodoxe d’Estonie
http://www.orthodoxa.org/FR/orthodoxie/theologie/septconciles.htm

Notes
(1) Empereur romain de 284 à 305.
(2) Empereur romain de 306 à 311.
(3) in : l’Orthodoxie, Timothy Ware ; Desclée de Brouwer 1948.
(4) in : L’Église Orthodoxe. O. Clément ; Que sais-je ? 1965.
(5) Ville d’Asie Mineure proche de Constantinople.
(6) Arius : Prêtre d’Alexandrie (280-336).
(7) en grec : “Monogénis” (Fils unique).
(8) Nestorius : hérésiarque, Patriarche de Constantinople déposé par le concile d’Éphèse en 453
(9) Épouse de l’empereur byzantin Théophilos.

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Commentaire patristique par saint Irénée de Lyon (130-208)

“Ainsi…il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés”
Au commencement ce n’était pas parce qu’il avait besoin de l’homme que Dieu a modelé Adam, mais pour avoir quelqu’un en qui déposer ses bienfaits. Car non seulement avant Adam, mais avant même la création, le Verbe glorifiait le Père, tout en demeurant en lui, et il était glorifié par le Père, comme il le dit lui-même : « Père, glorifie-moi de la gloire que j’avais auprès de toi avant le commencement du monde ». Ce n’était pas davantage parce qu’il avait besoin de notre service qu’il nous a commandé de le suivre, mais pour nous procurer le salut. Car suivre le Sauveur c’est avoir part au salut, comme suivre la lumière c’est avoir part à la lumière.
Lorsque des hommes sont dans la lumière, ce ne sont pas eux qui illuminent la lumière et la font resplendir, mais ils sont illuminés et rendus resplendissants par elle ; loin de lui apporter quoi que ce soit, ils bénéficient de la lumière et en sont illuminés. Ainsi en va-t-il du service envers Dieu ; notre service n’apporte rien à Dieu, car Dieu n’a pas besoin du service des hommes ; mais, à ceux qui le servent et qui le suivent, Dieu donne la vie, l’incorruptibilité et la gloire éternelle…
Si Dieu sollicite le service des hommes, c’est pour pouvoir, lui qui est bon et miséricordieux, accorder ses bienfaits à ceux qui persévèrent dans son service. Car, si Dieu n’a besoin de rien, l’homme a besoin de la communion de Dieu. La gloire de l’homme, c’est de persévérer dans le service de Dieu. C’est pourquoi le Seigneur disait à ses disciples : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis » (Jn 15,16). Il indiquait par là que ce n’étaient pas eux qui le glorifiaient en le suivant, mais que, pour avoir suivi le Fils de Dieu, ils étaient glorifiés par lui. « Père, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire » (Jn 17,24).
Contre les hérésies, IV, 14 (trad. SC 100, p. 537 rev.)

Commentaire patristique par saint Grégoire de Nysse (335-395)

“Père saint, garde mes disciples … pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes”
Le Seigneur, ayant donné toute puissance à ses disciples, accorde tous les biens à ses saints dans la prière qu’il adresse à son Père ; mais il ajoute le plus important des biens, celui d’être tous un par leur union au seul et unique bien. Ainsi par “l’unité de l’Esprit Saint, étant liés du lien de la paix, ils seront tous un seul corps et un seul esprit, par l’unique espérance à laquelle ils ont tous été appelés” (Ep 4,3-4).
“Qu’ils soient un comme toi, Père tu es en moi et moi en toi.” Or, le lien de cette unité est la gloire ; que l’Esprit Saint soit appelé gloire, personne ne saurait y contredire s’il est attentif aux paroles du Seigneur : “La gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée” (Jn 17,22). En effet, il leur a réellement donné une telle gloire quand il a dit : “Recevez l’Esprit Saint” (Jn 20,22). Il a reçu cette gloire qu’il possédait de tous temps avant que fût le monde, lorsqu’il a revêtu notre nature humaine ; et cette nature, une fois glorifiée par l’Esprit, la communication de la gloire de l’Esprit s’est faite à tout ce qui participe de la même nature, en commençant par les disciples. C’est pourquoi il dit : “Père, la gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un”.

Commentaire patristique par Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444)

« Père, j’ai fait connaître ton nom aux hommes » Le Fils a fait connaître le nom du Père non seulement en le révélant et en nous donnant un enseignement exact sur sa divinité. Car tout cela était proclamé avant la venue du Fils, par l’Écriture inspirée. Mais aussi en nous enseignant non seulement qu’il est vraiment Dieu, mais qu’il est aussi vraiment Père, et vraiment qualifié ainsi, ayant en lui-même et produisant hors de lui-même son Fils, co-éternel à sa nature.
Le nom de Père convient à Dieu plus proprement que le nom de Dieu : celui-ci est un nom de dignité, celui-là signifie une propriété substantielle. Car qui dit Dieu dit le Seigneur de l’univers. Mais celui qui nomme le Père précisela propriété de la personne : il montre que c’est lui qui engendre. Que ce nom de Père soit plus vrai et plus propre que celui de Dieu, le Fils lui-même nous le montre par l’emploi qu’il en fait. Il disait parfois, non pas «moi et Dieu» mais : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jn 10,30). Et
il disait aussi : « C’est lui, le Fils, que Dieu le Père a marqué de son empreinte » (Jn 6,27).
Mais quand il a prescrit à ses disciples de baptiser toutes les nations, il a expressément ordonné que cela se ferait non pas au nom de Dieu, mais au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit
(Mt 28,19).
Commentaire sur l’évangile de Jean, 11, 7; PG 74, 497-499 (trad. Delhougne, Les Pères commentent)

Commentaire patristique de Saint Athanase (295-373)

Le Verbe, la Parole de Dieu, incorporel, incorruptible et immatériel, est arrivé dans notre région, bien qu’il n’en ait pas été loin auparavant. En effet, il n’avait laissé aucune partie de la création privée de sa présence, car il remplissait tout, lui qui demeure auprès de son Père. Mais il s’est rendu présent en s’abaissant à cause de son amour pour nous, et il s’est manifesté à nous… Il a eu pitié de notre race, il a eu compassion de notre faiblesse, il a condescendu à notre condition périssable. Il n’a pas accepté que la mort domine sur nous ; il n’a pas voulu voir périr ce qui avait commencé, ni échouer ce que son Père avait accompli en créant les hommes. Il a donc pris un corps, et un corps qui n’est pas différent du nôtre. Car il ne voulait pas seulement être dans un corps ou seulement se manifester. S’il avait voulu seulement se manifester, il aurait pu réaliser cette théophanie avec plus de puissance. Mais non : c’est bien notre corps qu’il a pris…
Le Verbe a pris un corps capable de mourir afin que ce corps, en participant au Verbe qui est au-dessus de tout…, reste impérissable grâce au Verbe qui y demeure, et afin de délivrer de la dégradation définitive tous les hommes par la grâce de la résurrection. Le Verbe a offert donc à la mort le corps qu’il avait pris, comme un sacrifice et une victime sans aucune tache ; et aussitôt il a anéanti la mort en délivrant de la mort tous les hommes ses semblables par l’offrande de ce corps qui leur ressemble.
Il est juste que le Verbe de Dieu, supérieur à tous, qui offrait son propre temple, son corps, en rançon pour tous, ait payé notre dette par sa mort. Uni à tous les hommes par un corps semblable, il est juste que le Fils incorruptible de Dieu revête tous les hommes d’incorruptibilité, selon la promesse apportée par sa résurrection. Car la corruption elle-même, impliquée dans la mort, n’a plus aucun pouvoir sur les hommes à cause du Verbe qui demeure parmi eux dans un corps unique.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Mathieu – Il guérissait toute maladie et toute infirmité

Chapitre IX versets 27 à 35

Il guérissait toute maladie et toute infirmité

27 Lorsque Jésus partit de là, deux aveugles le suivirent en criant :
— Fils de David, aie pitié de nous !

28 Lorsqu’il fut arrivé à la maison, les aveugles s’approchèrent de lui. Il leur dit :
— Croyez-vous que j’ai le pouvoir de faire ce que vous me demandez ?
— Oui, Seigneur, lui répondirent-ils.

29 Alors il leur toucha les yeux en disant :
— Qu’il vous soit fait selon votre foi !

30 Et aussitôt, leurs yeux s’ouvrirent. Jésus ajouta d’un ton sévère [1]
— Attention, veillez à ce que personne n’apprenne ce qui vous est arrivé.

31 Mais, une fois dehors, ils se mirent à raconter dans toute la région ce que Jésus avait fait.
Par quel pouvoir ?

32 Mais alors que les deux hommes sortaient, on amena à Jésus un homme qui était sous l’emprise d’un démon qui le rendait muet.

33 Jésus chassa le démon et le muet se mit à parler. La foule était émerveillée et disait :
— Jamais on n’a rien vu de pareil en Israël !

34 Mais les pharisiens, eux, déclaraient :
—C’est par le pouvoir du chef des démons qu’il chasse les démons.

35 Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages pour y donner son enseignement dans leurs synagogues. Il proclamait la Bonne Nouvelle du règne de Dieu et guérissait toute maladie et toute infirmité.

Note [1] D’autres traduisent : « Jésus, indigné, leur dit ». L’indignation de Jésus vient de ce que les aveugles l’ont appelé publiquement : « fils de David ».

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Prière sacerdotale de Jésus

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean
Chapitre XVII versets 1 à 13

17,1 Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit : “Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie
2 et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés !
3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.
4 Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’oeuvre que tu m’as donné de faire.
5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde.
6 J’ai manifesté ton nom aux hommes, que tu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole.
7 Maintenant ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi ;
8 car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données, et ils les ont accueillies et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé.
9 C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi,
10 et tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux.
11 Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous.
12 Quand j’étais avec eux, je les gardais dans ton nom que tu m’as donné. J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition (**), afin que l’Ecriture fût accomplie.
13 Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète..
Notes
(*) Cette appellation, qui est devenue traditionnelle en Occident, remonte au théologien luthérien David Chytraeus (1530-1600).
(**) Psaumes 41 et 109 et Isaïe 57,4.

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