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IXème dimanche après la Pentecôte

29 juillet 2018
Paroisse de la Sainte Trinité

Chers frères et soeurs !

Cette page d’Evangile est l’une des preuves les plus évidentes qu’on ne peut s’en tenir à une lecture fondamentaliste de la Parole de Dieu, qui ne supposerait aucune possibilité d’interprétation. Il faut être bien conscients qu’on ne peut comprendre les Ecritures que si on les resitue dans leur contexte culturel, afin de savoir quelle signification pouvaient avoir alors tel geste, telle parole ou tel acte. Il y avait une cosmologie, une vision, une perception du monde qui étaient propres au pays où vivait Jésus. Pourrions-nous en faire l’impasse pour saisir la portée, les enjeux de ce qui vient de nous être relaté ?

D’emblée, une évidence s’impose : en marchant sur les eaux, le Christ fait quelque chose de prodigieux, d’unique dans l’Histoire de l’humanité. Il s’agit d’un miracle, mais d’un miracle qui s’inscrit dans le cadre de l’Histoire Sainte, avec des précédents qui, tout en étant loin d’en avoir la même portée, peuvent nous être précieux pour pénétrer l’intelligence spirituelle du geste posé par le Seigneur.

Ces précédents, sont d’une part la traversée de la Mer Rouge par les Hébreux, guidés en la circonstance par Moïse. C’était, pour eux, le temps de l’Exode qui leur permettait de passer de la terre d’esclavage, à la terre de liberté. Qui dit « Passage » dit « Pâques ». Par la suite, Josué va relayer Moïse pour que le Peuple traverse d’autres eaux, celles du Jourdain, afin d’accéder à la Terre Promise. Il est à noter que, dans l’un et l’autre cas, la traversée se fait à pied sec.

Dans l’évangile de ce jour, Jésus demande à ses disciples de le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renvoie les foules qui ont bénéficié de la multiplication des pains. Par conséquent, c’est bien d’un passage qu’il s’agit là aussi, étant donné que les disciples doivent passer d’une rive à l’autre. Cette traversée se fait durant la nuit, la nuit qui est synonyme de ténèbres et de dangers. Nous vivons dans une culture selon laquelle, c’est durant la nuit que les puissances maléfiques se déchaînent.
La nuit a également quelque-chose à voir avec la foi étant donné que croire, c’est ne pas voir ou, tout au moins, ne pas avoir une claire vision des choses. Nous avançons alors à tâtons, nous comptons sur plus fort que nous pour nous éclairer, nous rassurer, nous guider. Nous nous reconnaissons alors dépendants d’un Autre et devons faire preuve de discernement pour trouver le bon chemin. La barque quant à elle a toujours été perçue, par les Pères de L’Eglise, comme étant une image de l’Eglise qui avance, ici bas, en ramant à contre-courant, le vent et les vagues étant contraires. Le jour de notre baptême, nous sommes tous montés dans cette barque qui s’appelle Eglise. Peuple de baptisés, nous sommes un peuple en exode qui effectue, dans la nuit de la foi, la traversée qui le conduit des rives de ce monde aux rives de l’Eternité.

Si les eaux du lac nous sont chères, elles l’étaient également au Christ et à ses disciples qui étaient, d’ailleurs, plusieurs à exercer le métier de pécheurs. Toutefois, autant les eaux peuvent être nourricières, agréables à contempler, autant elle peuvent engloutir l’homme et le perdre en leur abîme.
Nous pouvons alors comprendre que pour l’homme de la Bible, l’eau puisse symboliser le mal sous toutes ses formes, dont la pire de toutes, à savoir la mort qui est la plus grave conséquence du péché. Aussi lorsque les disciples voient le Seigneur marcher sur les eaux, ils reconnaissent d’emblée en lui à la fois le nouveau Moïse et le nouveau Josué.

Cependant les choses vont beaucoup plus loin car, en accomplissant ce signe, Jésus apparaît comme celui qui marche sur le mal, sur la mort qu’il foule à ses pieds. C’est donc une image anticipée de la Résurrection, image qui est renforcée par deux précisions qui semblent n’être, à priori, que des détails. Premièrement Matthieu, Marc, Luc et Jean nous précisent que c’est vers la fin de la nuit que le Christ rejoint ses disciples. N’est-ce pas vers la fin de la nuit, à l’aube d’un certain dimanche, que le tombeau du Christ fut trouvé vide ? Il était déjà passé sur l’autre rive en traversant victorieusement les eaux de la mort. La Pâque ( ou Passage ) s’était alors réalisée pour lui.
D’autre part, Jésus n’est pas davantage reconnu dans cette manifestation qu’il ne le sera dans les scènes d’apparition du Ressuscité. Il n’est pas anodin que, selon Marc et Matthieu, Jésus est pris pour un fantôme sur la mer, car un fantôme, c’est déjà quelqu’un qui vient du séjour des morts.

Cette scène nous dit également quelque-chose de l’identité du Christ. En effet, dans la Bible, Dieu est souvent présenté comme étant celui qui domine la masse des eaux, celui qui, seul, peut maîtriser la mer qu’il a créée ( Job 38, 1 et 8-11 ), celui qui « seul a foulé le dos de la mer » ( Job 9, 8 ). Si Jésus foule lui-aussi le dos de la mer, cela veut dire qu’il en est lui-aussi le Maître, le Créateur, et qu’il est Dieu né de Dieu, la création étant effectivement l’œuvre commune du Père, du Fils et du Saint- Esprit.

La conclusion de l’évangile de ce jour est très significative à ce sujet étant donné que les disciples se prosternent devant le Christ et lui disent : « Vraiment tu es le Fils de Dieu ». Par conséquent, nous nous trouvons face à une théophanie, c’est-à-dire à une manifestation de Dieu, une manifestation de la divinité du Seigneur.

Enfin, lorsque Pierre demande à Jésus de lui permettre de le rejoindre, ce qui revient à dire « permets que moi-aussi je marche sur les eaux », Jésus satisfait sa demande. Ce qui prouve que Jésus veut transmettre ses pouvoirs à son Eglise : pouvoir de lier, de délier… de pardonner. Ainsi, nous qui nous croyons incapables d’aimer et de pardonner comme Dieu, à l’exemple de Pierre nous comprenons que nous pouvons formuler les prières les plus folles. Marche sur l’eau et Résurrection, Aimer et pardonner, tout cela est indissociablement lié.

Nous pouvons alors comprendre que Saint Jean puisse affirmer dans sa première lettre ce qui suit : « Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce-que nous aimons nos frères . Celui qui n’aime pas demeure dans la mort » ( 1 Jean 3, 14 ). Autrement dit, pour celui qui aime, la Pâque ( le passage de ce monde à celui de Dieu ) est déjà réalisée, la vie éternelle a déjà commencé.
Amen !

Homélie prononcée par le Père Michel, à la Crypte, le 1er août 2004

La Tempête apaisée

IXe dimanche après la Pentecôte
Première épître aux Corinthiens chapitre III, versets 9-17
Évangile selon saint Matthieu chapitre XIV, versets 22-34.

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,
Amen.
Nous venons d’entendre le récit de la tempête sur le lac. Dans la barque emplie de disciples effrayés, Pierre demande à Jésus de pouvoir marcher sur les flots, mais soudain craint de couler. Ce récit est l’un de ceux qui nous émeuvent le plus, il atteint en nous des choses profondes, probablement à cause de cette image de la tempête car, dans notre vie, nous savons, il y a bien des dangers, des tempêtes, et des épreuves que nous devons surmonter. La tempête ouvre des abîmes en nous.
Voici que Pierre qui avait demandé à Jésus de lui permettre de marcher sur les flots est tout à coup saisi par la peur : « Seigneur, sauve-moi ! »
Et Jésus lui lance cette parole cinglante : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? ».
Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ! Essayons un instant de réfléchir sur la foi et le doute.
Parfois n’avons-nous pas l’impression d’être tièdes ? Ne ressentons-nous pas une forme d’indifférence, de distance ? N’avons-nous pas le sentiment que notre foi n’est pas ce feu que Jésus est venu répandre sur la terre et qui devrait brûler à l’intérieur de nous-mêmes. D’où vient ce malaise ? Qu’est ce qui fait obstacle à cette foi ? Certains Pères de l’Église voient trois obstacles majeurs à l’épanouissement de notre foi.
Un premier obstacle est la « connaissance naturelle », c’est-à-dire la connaissance de ce qui entre dans notre vie quotidienne mais aussi la connaissance du monde, le savoir rationnel, la science, toutes choses qui sont bonnes en soi à condition de ne pas en faire – comment dirais-je ? – un absolu, comme un article de foi.
Toutes les époques sont soumises à cela, mais chaque époque possède son caractère particulier.
Aujourd’hui nous sommes en proie à la pression de tout un univers de technologies très avancées, que ce soient dans le domaine de l’informatique, de la communication, des transports, ou encore de la médecine et de la biologie. La consommation, l’information, les media envahissent notre quotidien et tout ceci nous encombre et nous contraint. Où trouver aujourd’hui un espace de calme où il n’y aurait plus ce bruit, cette agitation, ce flot d’images et de sons ? Comment échapper à cette influence et retrouver en nous l’espace intérieur où nous pouvons enfin être face à nous-mêmes et où nous pouvons enfin nous tenir face à Dieu ? C’est cette connaissance du réel qui a jailli dans l’esprit de saint Pierre lorsqu’il marchait sur les flots. Il s’est dit « Mais non ! Ce n’est pas possible que je marche sur ces flots. Et puis, il y a les vagues et les creux qui s’ouvrent sous mes pieds. Les flots et le vent vont m’emporter. Je vais me noyer ! » et, aveuglé par cette connaissance naturelle, il s’est mis à hurler au Christ : « Sauve-moi ! ».
Le second obstacle est la peur. En réalité, il y a deux peurs : la peur de Dieu et la peur du monde.
Nous avons souvent peur de Dieu. Nous avons peur de Dieu parce que nous savons – c’est notre conscience qui nous le dit – que Dieu nous demande des choses que nous ne voulons pas faire.
Dieu nous demande parfois de modifier telle ou telle chose dans notre vie, de réviser notre comportement, de renoncer à telle attitude. Par exemple, Dieu nous demande de nous réconcilier avec telle personne et nous ne voulons pas nous réconcilier parce que cette personne nous a fait du mal et nous ne supportons pas le mal que cette personne nous a fait. Pourtant Il nous le demande, et alors nous avons un peu honte devant Dieu, nous sommes embarrassés et fuyons le regard de Dieu. Nous avons peur de Dieu et notre foi tiédit à ces moments-là.
L’autre peur est la peur du monde qui nous entoure.
Nous sommes soumis à cette espèce de pression exercée sur nous, non seulement, par ceux qui, menant une vie de divertissements, nous inviteront à en faire autant mais encore par ceux qui menant une vie très honorable nous mettront mal à l’aise par quelque raillerie ironique ou condescendante : « Ah bon ? Tu es chrétien ! Comment cela est-il possible à notre époque scientifique où l’on va résoudre tous les problèmes de l’être humain ? etc. » Cette pression et cette peur existent, et les uns et les autres nous en avons tous fait l’expérience … Rappelons-nous les paroles du Christ qui ont été chantées tout à l’heure dans les Béatitudes « Heureux serez-vous lorsque l’on vous outragera, que l’on vous persécutera et que l’on dira faussement de vous toute sorte de mal. » Le chrétien est celui qui est prêt à accepter que l’on dise du mal de lui à cause de son Seigneur. Pour rappeler un exemple qui est certainement présent à votre esprit, celui de sainte Marie Skobtsov : cette femme admirable n’a pas eu peur, ainsi que ses trois compagnons, de donner refuge à des Juifs persécutés.
Et voilà saint Pierre a eu peur, il a eu peur et, à ce moment-là, il s’est mis à sombrer.
Enfin, il y a un troisième obstacle. Ce troisième obstacle est le doute, l’hésitation, l’oscillation « Oui, on aimerait bien croire mais c’est difficile car il y a tant de chose à faire et tant de choses à penser, c’est difficile de croire à tout cela… » Pour illustrer cette tendance : on a récemment mené une enquête d’opinion dans les milieux chrétiens en France, d’où il ressort une statistique assez étrange selon laquelle 40 % des personnes qui se réclament du christianisme déclarent ne pas croire en la Résurrection du Christ ! Je mets cela sur le compte du doute, de l’hésitation, du « oui, peut-être, on ne sait pas ».
À qui l’on demandait : « Mais quel est le problème le plus important et le plus urgent, pour l’homme d’aujourd’hui ? », saint Séraphim de Sarov répondait : « C’est la résolution, il faut être résolu, il faut savoir ce que l’on veut. » Quand quelqu’un veut nager, il y a une seule chose à faire c’est plonger dans l’eau. Pour être digne de ce nom de chrétien, il est indispensable de prendre cette résolution, de l’affermir en soi dans notre prière, tous les jours de notre vie.
Et saint Pierre, lui, a douté, il a hésité. Il a oublié que lorsque le Christ est devant nous, alors nous ne pouvons plus avoir peur. « Rassurez-vous c’est moi ! N’ayez pas peur » dit le Christ aux apôtres apeurés dans la barque.
Cette barque est le symbole de l’Église. Ce qui est très étonnant c’est que Jésus va précisément confier cette barque à saint Pierre, cet homme qui a douté. À cet homme un peu fragile, Jésus va confier la conduite de son Église, comme Il va, d’ailleurs, la confier aux autres apôtres. N’est-ce pas très étonnant ? Alors, ne perdons jamais confiance dans la barque de l’Église même si nous avons l’impression que parfois elle tangue beaucoup et chavire un peu. Ne perdons jamais confiance en ceux que Jésus a choisis pour diriger cette barque, même si parfois nous avons l’impression qu’ils sont fragiles.
Saint Pierre lui-même était fragile, il a douté sur les flots, il a renié son maître et pourtant il est devenu ce grand apôtre que nous connaissons bien et que nous aimons de tout notre cœur.
Voilà le grand mystère de ce récit de la tempête qui parfois traverse notre vie. N’oublions jamais que, lorsque le Christ est là, alors tout est possible, même de marcher sur les flots.
Amen.

Homélie prononcée le 10 juillet 2016 à Chevetogne par le P. Thomas Pott

La multiplication des pains et Pierre qui marche sur les eaux

P. Thomas PottLe passage de l’évangile, sur la multiplication des pains, que nous avons entendu aujourd’hui, et celui de dimanche prochain, sur Pierre qui marche sur les eaux, se suivent immédiatement dans l’évangile selon saint Matthieu. En effet, ils sont comme les deux volets d’un même récit. Étant donné que la semaine prochaine nous fêtons les Pères du Concile de Calcédoine et que, donc, la péricope sur Pierre qui marche sur les eaux sera remplacée par une autre lecture, méditons aujourd’hui les deux passages ensemble.

Dans la première péricope, celle d’aujourd’hui, les foules viennent vers Jésus dans un lieu désert pour s’abreuver de sa parole. Les disciples, pensant sans doute que Jésus a oublié les besoins du corps, lui demandent de renvoyer les gens pour qu’ils puissent s’acheter de quoi manger. Jésus, par contre, commande à ses disciples de leur donner eux-mêmes à manger. Les disciples, étonnés de ce que Jésus ne semble pas comprendre la gravité de la situation, lui disent qu’ils n’ont que cinq pains et deux poissons. Et voici que Jésus les leur fait distribuer à la foule, que tous sont rassasiés et qu’il en reste même en abondance.

Dans la deuxième péricope, celle de la semaine prochaine, les disciples se trouvent dans le bateau, sur la mer agitée, avec un vent contraire. En pleine nuit, voici que, marchant sur l’eau, un fantôme se dirige vers eux. Ils ont très peur, mais le marcheur naval, qui est Jésus, leur dit : “N’ayez pas peur. C’est moi (je suis)”. Pierre, enflammé d’enthousiasme lui dit : “Seigneur, si c’est toi (si tu es), commande-moi de venir vers toi par-dessus l’eau”. Et Jésus lui dit : “Viens !” Et voici que Pierre se met à marcher sur l’eau mais le vent, contrarié, se met à souffler plus fort. La foi et l’enthousiasme de Pierre lui descendent dans les pieds, il commence à s’enfoncer dans l’eau et il crie au secours : “Seigneur, sauve-moi !” Jésus le prend par la main, ils rejoignent le bateau et le vent s’apaise.

Pierre s’écrie : “Seigneur, sauve-moi !” Combien de fois ces mots ne sont pas sur nos lèvres : “Seigneur, sauve-moi de ce cauchemar !”, “Seigneur, libère-moi de cette nuit épaisse qui m’entoure !”, “Seigneur, aide-moi à m’en sortir !”, “Seigneur, pourquoi tant de malheur autour de nous ?”

Parmi tant d’éléments que les deux lectures ont en commun, la chose la plus frappante est sans doute le contraste entre la situation de détresse, d’impasse dans laquelle se trouvent les disciples, et la Paix de Jésus qui anéantit la peur, la détresse, la faim, les projets humains et les contrariétés des éléments de la nature. Ce qui frappe tout d’abord, c’est l’hostilité des lieux : l’endroit désert où les foules se sont rassemblées, et la mer agitée avec le vent contraire qui s’ébat sur le bateau. Cette hostilité des circonstances est d’ailleurs en claire résonance avec la situation de crise dans laquelle se trouvent les chrétiens de Corinthe, ceux auxquels l’Apôtre Paul s’adressait dans la première lecture d’aujourd’hui : les Corinthiens se disputent entre eux et ils entretiennent des conflits. À cause de cela, ils passent à côté de ce qui importe vraiment, à savoir le fait d’avoir tous été baptisés dans le Christ et, donc, d’être un Corps unique en Lui. Ainsi, nous nous trouvons devant trois situations où règne le chaos : un lieu désert, une mer agitée et une communauté en guerre.

Mais retournons à l’évangile. Après l’hostilité des lieux, ce qui frappe ensuite c’est que Jésus n’apporte pas de solutions comme un Deus ex machina, comme un magicien. Non, il incite les Apôtres à se mettre eux-mêmes au travail. D’abord il leur commande : “Donnez-leur vous-mêmes à manger !” Ensuite, à Pierre, qui semble avoir commencé à comprendre que ce que fait Jésus n’est pas différent de ce que lui-même aura à faire et qui lui demande : “Commande-moi de venir vers toi par-dessus l’eau”, Jésus répond : “Viens !”

Jésus se moque-t-il de ses disciples ? Veut-il voir à quel point ils sont arrivés, ce qu’ils sont ‘déjà’ capable de faire ? Les met-il à l’épreuve ? Non, bien au contraire, il les enseigne et les prépare. S’il dit : “Donnez-leur à manger !” et “Viens vers moi en marchant sur l’eau !” c’est qu’il sait qu’ils ont cela en eux-mêmes, qu’ils en sont capables, que c’est cela leur vocation. La mission des disciples – et donc la nôtre – n’est pas d’attendre que Jésus vient faire un miracle ni même d’imiter Jésus comme des apprentis sorciers, mais d’être le corps, l’instrument, la main par lesquels Dieu crée le monde, ici et aujourd’hui, par lesquels Dieu commande les éléments, par lesquels il dissipe les ténèbres qui veulent engloutir les hommes, par lesquels il exerce sa miséricorde et a pitié de ses créatures.

En effet, quand Jésus vit la foule rassemblée dans le lieu désert, l’évangile dit qu’il avait pitié d’eux, ευσπλαχνια, un sentiment qui sort non pas du cerveau mais du cœur, du cœur de Jésus, du cœur de Dieu. Et qu’en est-il du cœur des hommes ? Sommes-nous capables d’ευσπλαχνια, de pitié et de miséricorde, à la mesure du Christ, du Fils de Dieu, dont nous constituons le corps ? Dieu sait que nous avons cela en nous, que nous pouvons nourrir et abreuver les foules jusqu’au point d’avoir des restes, et même que nous pouvons marcher sur l’eau et apaiser les tempêtes par la force que nous avons en nous, par la force qu’il est en nous. Et cette force, tout d’abord, c’est l’amour : celui-là qui fait qu’un être humain soit présence pour l’autre, qu’un cœur d’homme déborde dans celui d’un autre, que le désert, la mer et la mort soient privés du ‘dernier mot’. Ce n’est pas que le désert devient paradis ou que la mer devient terre ferme ; ce n’est pas du tout que les accidents, les catastrophes et tant de malheurs qui quotidiennement touchent nos corps ou nos oreilles se changeraient en joie. Bien sûr que non ! Mais c’est que là où le malheur frappe, où la mort envahit la vie, quelqu’un est là, quelqu’un de profondément humain et sans artifice, un être entièrement fait de miséricorde, de compassion, de soutien, de compréhension, d’amour, de Dieu. Et cet être-là c’est nous, chacun de nous : c’est cela la vocation des disciples, c’est cela notre mission. C’est cela, ce que les Corinthiens, brouillés entre eux et s’adonnant à l’esprit de division, manquent de voir. Ce faisant, ils sont peut-être baptisés mais il ne sont pas le Corps du Christ ; ils sont peut-être une communauté ou une église mais ils ne sont pas ce que le Christ a rassemblé en son Nom.

Pour conclure : deux chapitres après la péricope d’aujourd’hui, l’évangéliste Matthieu nous transmet le récit de la Transfiguration sur le Mont Tabor. La fête de la Transfiguration est déjà toute proche. Comme les apôtres qui, voyant marcher Jésus sur l’eau, pensaient voir un fantôme, que pensons-nous contempler sur la montagne ? Serons-nous capables de discerner que le Fils de Dieu transfiguré n’est pas un fantôme mais que, dans son corps transfiguré, il est notre vocation et notre mission sur la terre, ici et aujourd’hui ? Dieu sait que nous avons cela en nous, tout en étant des hommes et des femmes de peu foi… Il sait que nous avons cela en nous, parce qu’il connaît notre cœur et qu’il sait qu’au dedans il y a de l’amour, de la compassion, de la consolation, du non-jugement, de la force de création. Accueillons donc le temps qui nous sépare de la fête de la Transfiguration, la Pâque d’été, pour gravir la montagne ensemble, pour apprendre à multiplier le pain et à marcher sur l’eau. Et prions le Christ pour qu’il nous prenne par la main quand notre foi, par moments, se laisse ébranler par les éléments, en dehors ou au-dedans de nous.

P. Thomas Pott

Commentaire patristique par Origène « Vraiment, tu es le Fils de Dieu »

Lorsque nous aurons tenu bon durant les longues heures de la nuit obscure qui règne dans les moments d’épreuve, quand nous aurons lutté de notre mieux…, soyons sûrs que vers la fin de la nuit, « lorsque la nuit sera avancée et que poindra le jour » (Rm 13,12), le Fils de Dieu viendra près de nous, en marchant sur les flots. Lorsque nous le verrons apparaître ainsi, nous serons saisis de trouble jusqu’au moment où nous comprendrons clairement que c’est le Sauveur qui est venu parmi nous. Croyant encore voir un fantôme, nous crierons de frayeur, mais lui nous dira aussitôt : « Ayez confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ».

Peut-être que ces mots rassurants feront surgir en nous un Pierre en route vers la perfection, qui descendra de la barque, certain d’avoir échappé à l’épreuve qui le secouait. Tout d’abord, son désir d’aller au-devant de Jésus le fera marcher sur les eaux. Mais sa foi étant encore peu assurée et lui-même dans le doute, il remarquera la « force du vent »,il prendra peur et commencera à couler. Pourtant il échappera à ce malheur car il lancera vers Jésus ce grand cri : « Seigneur, sauve-moi ! » Et à peine cet autre Pierre aura-t-il fini de dire « Seigneur sauve-moi ! » que le Verbe étendra la main pour lui porter secours, et le saisira au moment où il commencera à couler, lui reprochant son peu de foi et ses doutes. Note cependant qu’il n’a pas dit : « Incrédule » mais « homme de peu de foi », et qu’il est écrit : « Pourquoi as-tu douté ? », c’est-à-dire : « Tu avais bien un peu de foi, mais tu t’es laissé entraîner dans le sens contraire ». Et là-dessus, Jésus et Pierre remonteront dans la barque, le vent se calmera et les passagers, comprenant à quels dangers ils ontéchappé, adoreront Jésus en disant : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ». Ces paroles-là, ce ne sont que les disciples proches de Jésus dans la barque qui les disent.

Origène

Évangile de Jésus-Christ selon saint Mathieu – Jésus marche sur les eaux

Chapitre XIV versets 22 à 33 (Mc 6,45-52 ; Jn 6,16-21)

Jesus dans la barque22 Aussitôt après, Jésus pressa ses disciples de remonter dans la barque pour qu’ils le précèdent de l’autre côté du lac, pendant qu’il renverrait la foule.

23 Quand tout le monde se fut dispersé, il gravit une colline pour prier à l’écart. A la tombée de la nuit, il était là, tout seul.

24 Pendant ce temps, à plusieurs centaines de mètres au large, la barque luttait péniblement contre les vagues, car le vent était contraire.

25 Vers la fin de la nuit, Jésus se dirigea vers ses disciples en marchant sur les eaux du lac.

26 Quand ils le virent marcher sur l’eau, ils furent pris de panique :
— C’est un fantôme, dirent-ils.
Et ils se mirent à pousser des cris de frayeur.

27 Mais Jésus leur parla aussitôt :
— Rassurez-vous, leur dit-il, c’est moi, n’ayez pas peur.

28 Alors Pierre lui dit :
— Si c’est bien toi, Seigneur, ordonne-moi de venir te rejoindre sur l’eau.

29 —Viens, lui dit Jésus.
Aussitôt, Pierre descendit de la barque et se mit à marcher sur l’eau, en direction de Jésus.

30 Mais quand il remarqua combien le vent soufflait fort, il prit peur et, comme il commençait à s’enfoncer, il s’écria :
— Au secours ! Seigneur !

31 Immédiatement, Jésus lui tendit la main et le saisit.
— Homme de peu de foi ! lui dit-il, pourquoi as-tu douté ?

32 Puis ils montèrent tous deux dans la barque ; le vent tomba.

33 Les hommes qui se trouvaient dans l’embarcation se prosternèrent devant lui en disant :
— Tu es vraiment le Fils de Dieu.

Première lettre de Paul aux Corinthiens – Si quelqu’un détruit son temple, Dieu le détruira

Chapitre III versets 9 à 17

9 Car nous travaillons ensemble au service de Dieu, et vous, vous êtes le champ qu’il cultive. Ou encore : vous êtes l’édifice qu’il construit.

10 Conformément à la mission que Dieu, dans sa grâce, m’a confiée, j’ai posé chez vous le fondement comme un sage architecte. A présent, quelqu’un d’autre bâtit sur ce fondement. Seulement, que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit.

11 Pour ce qui est du fondement, nul ne peut en poser un autre que celui qui est déjà en place, c’est-à-dire Jésus-Christ.

12 Or on peut bâtir sur ce fondement avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses ou du bois, du chaume ou du torchis de paille.

13 Mais le jour du jugement montrera clairement la qualité de l’œuvre de chacun et la rendra évidente. En effet, ce jour sera comme un feu qui éprouvera l’œuvre de chacun pour en révéler la nature.

14 Si la construction édifiée sur le fondement résiste à l’épreuve, son auteur recevra son salaire ;

15 mais si elle est consumée, il en subira les conséquences. Lui, personnellement, sera sauvé, mais tout juste, comme un homme qui réussit à échapper au feu.

16 Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieuet que l’Esprit de Dieu habite en vous ?

17 Si quelqu’un détruit son temple, Dieu le détruira. Car son temple est saint, et vous êtes ce temple.

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