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Homélie prononcée par père Boris à la crypte le 17 avril 2005 pour le dimanche de sainte Marie l’Égyptienne

5e dimanche du Grand Carême.

Épître aux Galates 3, 23-29 ;

Évangile selon saint Luc 7, 36-50.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit

Aujourd’hui, à l’occasion de la fête de sainte Marie l’Égyptienne, une des grandes figures de sainteté de l’Église ancienne, l’Évangile nous fait assister à une scène particulièrement émouvante par sa portée prémonitoire.

Un pharisien, Simon, a invité Jésus à dîner. Au cours du repas, une femme surgit on ne sait comment. Sous le regard réprobateur du maître de maison, elle lave de ses larmes les pieds du Seigneur et, sans mot dire, les enduit de parfum.

Dans cet épisode, il y a d’abord le contraste entre deux attitudes envers le Maître. Celle de Simon, superficiel et peu prévenant, sans doute orgueilleux et sûrement hypocrite, dont nous avons entendu la réflexion dédaigneuse et celle de cette femme pécheresse dont nous avons vu l’élan, les gestes et l’amour profond.

Comment ne pas être sensible aussi à ce que j’appellerais la compassion réciproque entre le Maître et la femme ? À l’occasion de ce repas, c’est tout le statut de la femme qui est remis en question. Une femme pécheresse c’était ce qu’il y avait de plus méprisable et Jésus au contraire la relève, et avec elle Il relève et revalorise le statut de toutes les femmes. À la différence du pharisien imbu de lui-même qui invite Jésus pour l’observer, la femme pécheresse, impure, dissolue, est mue d’une immense compassion. Son cœur n’est ni aveuglé, ni endurci. En effet, nous voyons parfois combien l’orgueil ou la suffisance endurcissent et ferment le cœur à la réalité, à la souffrance, à la présence de l’autre.  De ce point de vue, le péché du corps n’est probablement pas le péché le plus grave, il ne s’agit évidemment pas de s’en réjouir ni de le justifier, et le Seigneur ne justifie nullement ses péchés mais Il lui pardonne. Il lui pardonne parce qu’elle a beaucoup aimé, parce qu’il y a en elle une compassion à la mesure, certes toujours insuffisante, de la compassion du Seigneur Lui-même. En face de Jésus, dans cette femme s’est éveillé un sentiment complexe : Conscience de son indignité, de son impureté, et peut-être aussi nostalgie d’une vie pure à l’image de sa prime enfance, et surtout une intense compassion, que je qualifierais de maternelle, envers Jésus.

Dans une tendresse de mère, elle lave les pieds de Jésus de ses larmes, les essuie de ses cheveux, les embrasse avant de répandre un parfum de grand prix dont l’odeur envahit la maison de Simon le pharisien.

Cette femme pressent-elle la destinée du Maître ? nous l’ignorons. Ici, nous ne sommes encore qu’au début du chemin de Jésus en Galilée. Mais nous savons que dans deux autres circonstances analogues, peu avant la sainte Cène, cette fois, et peu avant Sa Passion, deux autres femmes – une dans la maison de Simon non plus le pharisien mais Simon le lépreux et Marie, sœur de Lazare et de Marthe – feront le même geste d’oindre Jésus et de verser sur Lui un parfum de grand prix, et à ces deux occasions Jésus donnera le sens profond de cette onction en vue de l’embaumement de la sépulture de Celui qui devait mourir pour le Salut des hommes.

Cette femme s’est humiliée sous les regards méprisants et scandalisés des bien-pensants et des justes, et Jésus la relève, et Jésus la justifie. Ainsi Jésus ne rejette pas ses caresses, ses baisers, sa tendresse, Il les lui rend au centuple « Je ne te juge pas, tes péchés te sont pardonnés, va en paix  ! »

Que dire de plus ?

Dans cet épisode, nous retrouvons en Jésus Celui qui est oint de toute éternité. Jésus est Celui qui aura lu dans la synagogue de Nazareth la prophétie d’Isaïe rappelant « L’Esprit du Seigneur est sur moi et c’est pourquoi Il m’a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ». Jésus est oint de cette onction spirituelle qui symbolise la présence plénière en Jésus du Saint-Esprit et cela de toute éternité.

Il faut bien connaître le sens de ces mots, n’oublions pas que le terme “oint” se dit en hébreu “Mashiah”, le Messie, et qu’il se traduit en grec par le terme “Christos”, Christ. Par conséquent quand nous adorons le Seigneur Jésus comme le Christ nous rappelons son onction, et reconnaissons en Lui la présence en plénitude de l’Esprit Saint.

Et voici donc que Celui qui est oint de toute éternité de l’Esprit, que Celui dont l’Esprit manifeste Sa présence au baptême du Jourdain, que le Messie accepte l’onction matérielle, terrestre, profane d’une femme pécheresse  !

Combien la tendresse maternelle de la femme est-elle magnifiée ici. Nous retrouverons cette tendresse maternelle en différentes circonstances : toutes ces femmes qui suivront Jésus jusqu’à la Passion, ces “filles de Jérusalem” qui accompagnent Jésus jusqu’à la Croix, ces femmes qui aideront Joseph et Nicodème à descendre Son corps de la Croix pour le mettre au tombeau, et, avant tout bien sûr, la Mère de Dieu qui porte en elle, qui embrasse, qui étreint d’abord la croix et qui ensuite étreindra le corps du Seigneur mis à mort. Et toute l’iconographie témoigne hautement de cet amour maternel, de la tendresse profonde de toutes ces femmes.

Ainsi au moment culminant de Sa Passion c’est la Mère de Dieu qui se tiendra au pied de la Croix. Nous aussi, nous voulons nous tourner en silence au pied de la Croix. Nous recueillir devant cette Croix vivifiante qu’il fut donné à Marie l’Égyptienne – dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire – de pouvoir contempler en pénétrant dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

Toute indigne qu’elle était, toute pécheresse qu’elle était, Marie l’Égyptienne put à son tour voir cette Croix puis se prosterner devant elle et enfin l’étreindre.

Bientôt, nous aussi, avec les femmes myrrhophores, nous participerons à l’embaumement du corps de Jésus dans le tombeau donné par Joseph. Dès à présent, offrons donc nos larmes et notre tendresse au Seigneur qui marche vers Jérusalem, qui monte vers Sa Passion volontaire. Offrons-Lui notre amour en Lui demandant de nous donner en retour Sa compassion, Son pardon afin que, nous aussi, nous puissions entendre cette parole que le Seigneur a dite aujourd’hui à la femme pécheresse « Je ne te juge pas, tes péchés te sont pardonnés, va en paix  ! »

De sorte que, nos péchés étant consumés, à notre tour nous puissions être remplis de ce que saint Paul appelle “la bonne odeur du Christ” . Cette “bonne odeur du Christ” est précisément ce qui émane de l’onction, non seulement de l’onction matérielle du parfum que reçut Jésus de la femme pécheresse, mais encore de l’onction spirituelle : c’est l’odeur même du Saint-Esprit.

En retour de notre tendresse, de notre adoration, de notre louange, en retour du parfum de notre repentance, le Christ nous donne le parfum et répand sur nous la bonne odeur du Saint-Esprit comme viatique pour notre cheminement vers le Seigneur.

Puissions-nous être emplis de cette bonne odeur, puissions-nous l’exhaler autour de nous  !

Amen

Père Boris

Notes

(1) Voir l’évangile selon saint Matthieu 26, 6ss et saint Marc 14, 3ss.

(2) Voir l’évangile selon saint Jean 12,1ss

(3) Voir l’évangile selon saint Luc 4, 17 et Isaïe 51, 1.

(4) Cf. Seconde épître aux Corinthiens 2, 15.

Homélie prononcée par le Père Boris à la crypte le 25 mars 2007

Annonciation de la Très Sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie

Épître aux Hébreux II, 11-18 − évangile selon saint Luc I, 24-38

 

Père Boris Bobrinskoy

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Nous vivons aujourd’hui ce grand événement, au commencement même de notre Salut, l’Annonce à la Vierge Marie par l’archange Gabriel de la naissance virginale de Jésus, c’est à dire de la naissance en elle d’un enfant, du Fils de Dieu, Lui-même, devenu pour notre salut le Fils de l’homme.

Ce miracle annoncé est un événement étonnant d’une telle ampleur que les mots manquent pour en parler. Marie est révélée ici comme celle non seulement vers qui converge déjà toute l’histoire d’Israël mais encore en qui se rassemble toute l’histoire de l’humanité. Cette pauvre humanité que la désobéissance du premier Adam et de l’Ève ancienne, a plongée dans le désordre, la corruption, le péché et, surtout, la séparation provisoire d’avec le Seigneur.

Aussitôt après la désobéissance, dès l’expulsion du Paradis, Dieu a annoncé combien sera décisif le rôle joué par la femme dans la réalisation de Son plan éternel. S’adressant au serpent, le Seigneur a dit en effet : “Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre sa semence et ta semence. Tu chercheras à la mordre au talon, elle t’écrasera la tête .” Et depuis, nous assistons à la réalisation du plan de Dieu à travers des événements qui contrecarrent ou dépassent la nature humaine. C’est ainsi qu’Isaac naquît dans la vieillesse d’Abraham et de Sarah. C’est un miracle analogue pour la naissance du prophète Samuel . Plus tard, Marie naîtra de la vieillesse de Joachim et Anne, puis de Zacharie et Élisabeth naîtra Jean-Baptiste. Ces naissances, bien que miraculeuses, ne contredisent pas absolument les lois de la nature et il n’y a donc qu’une analogie avec la naissance virginale de Jésus. Pourtant ces naissances demeurent miraculeuses dans la mesure où c’est le Seigneur qui a rendu fécond le sein de ces femmes stériles. Par Son intervention, Dieu témoigne de Sa volonté comme le dit le Prologue de l’Évangile de Jean : “Ceux qui croient en Son Nom […], ce n’est pas du sang, ni du désir de la chair ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu qu’ils sont nés. ”

Et voici qu’à la fin des temps, au cœur même des temps, dirais-je, advient celle que saint Irénée aura appelée la nouvelle Ève. La première Ève fut séduite par le serpent, c’est dire l’ange maléfique, le père du mensonge, la seconde, ou plutôt la nouvelle Ève fait confiance à l’ange qui lui annonce cette nouvelle inouïe, incompréhensible, inacceptable même : comment ne connaissant pas d’homme pouvait-elle, elle-même, concevoir et mettre au monde un enfant ? L’ange explique “Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la Puissance du Très-Haut te couvrira de Son ombre…” et sans hésiter Marie accepte sa vocation.

Nous sommes là en face de ce qui apparaît comme une folie et un scandale pour la sagesse de ce monde, et si Marie interroge, bien sûr, c’est pour se soumettre aussitôt à l’incompréhensible, à l’inacceptable, c’est à dire, avant tout, à la volonté de Dieu.

Elle obéit solennellement en prononçant ses paroles mémorables qui resteront gravées dans nos propres cœurs afin que chacune et chacun d’entre nous puisse redire dans toutes les circonstances de notre propre vie : “Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon Sa parole”. Et l’ange se retira.

“Je suis la servante, je suis le serviteur du Seigneur” Il faut s’arrêter un moment sur ce thème de la servante et du serviteur, parce que ce n’est pas un mot banal, ce n’est pas un terme anodin. Derrière ce titre de serviteur ou de servante se déploie toute une vision de l’offrande de notre vie.

Permettez-moi de souligner ici, une profonde correspondance. Il y a quinze jours nous fêtions la Sainte Croix qui manifeste, elle aussi, le plan de Dieu, non seulement dans la vie de Jésus Lui-même mais encore dans la vie de celui qui veut suivre Jésus, être son serviteur ou sa servante et porter sa croix. Il est dit dans l’épître de Saint Pierre et dans l’Apocalypse que l’Agneau de Dieu était immolé avant ou dès la création du monde. Cela signifie que dans le plan de Salut de l’humanité pécheresse, la Croix était déjà disposée et préfigurée par l’arbre de vie dans le jardin d’Éden. Par conséquent, notre contemplation du mystère marial, notre louange, notre vénération, notre prière à la Mère de Dieu sont indissociables du mystère de la Croix. C’est pourquoi l’évangéliste Jean s’est souvenu que Marie était présente au pied de la Croix où, à ce moment-là, elle reçut du Seigneur l’apôtre Jean comme son fils, et à travers lui, toute l’humanité, pour l’envelopper dans sa prière et son intercession . Voilà pourquoi il nous faut méditer sur le lien qui unit la Sainte Croix à l’obéissance de Marie.

Ainsi, être serviteur, être enfant, être obéissant, c’est soumettre totalement et unir intimement notre propre volonté à la volonté de Dieu. Finalement, notre volonté se soumet tellement qu’elle se confond avec la volonté de Dieu. Au fur et à mesure qu’elle se laisse envahir par la volonté divine, elle fusionne avec celle-ci, nous en arrivons à ne faire qu’un, et c’est ainsi qu’en nous agit le Seigneur. Quand nous soumettons notre désir, notre identité intérieure, tout notre être au Seigneur, alors vraiment – mais alors seulement – le Seigneur peut agir en nous.

C’est ainsi que va s’opérer ce miracle, cet événement annoncé par l’ange et par Marie : Marie conçoit Celui qui pénètre en elle par l’effusion, la grâce et l’action de l’Esprit Saint, elle conçoit Celui qui est le Fils éternel. Marie devient le Tabernacle et le Temple. Marie devient encore le Buisson Ardent comme le remarquent les Pères qui aiment comparer le Buisson qui fut contemplé par Moïse au Sinaï et qui brûlait sans se consumer avec la Vierge Marie qui reçut aussi le Feu divin, le Feu immatériel, sans se consumer.

Et c’est aussi notre chemin, car nous sommes appelés à la suite de Marie à cette condition de serviteur ou de servante du Seigneur. Ici nous entrons dans ce mystère de Marie, car si Marie conçoit et met au monde le Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme, si Marie met au monde le Seigneur, elle demeure pour toujours et dans toute éternité Sa Mère comme Il demeure son enfant. Désormais, Son Fils qui trône, Lui qui est né avant les siècles, demeure pour toujours le fils de Marie.

Demeurant éternellement le fils de Marie, Il est aussi Celui qui récapitule et rassemble en Lui. Le Seigneur Jésus rassemble en Lui tous les êtres humains qui sont tous appelés à entrer dans l’amour du Christ. Certes, nous pouvons refuser cet amour, nous pouvons nous détourner de Lui, et alors c’est une grande tristesse dans le cœur du Seigneur. Le cœur du Christ saigne d’amour et de douleur lorsqu’Il voit que Ses enfants se détournent de Lui, et Marie est là justement comme celle qui nous aide, nous guide et, par son amour maternel nous introduit dans l’amour du Christ. Depuis la visite de l’archange Gabriel, toute la vie de Marie est restée tournée vers le Seigneur. Et par le fait même, Marie est aussi toute entière tournée vers le monde. Et comme on le dit parfois, elle marche encore parmi nous pour consoler ceux qui sont dans la souffrance, la peine, la quête, la maladie de l’âme et du corps.

Dans toute la tradition de l’Église, Marie demeure celle qui intercède, car l’amour maternel est parfois plus proche de nous, mieux à notre portée, plus accessible que l’amour de Dieu. L’amour de Dieu est si grand, si fort, si puissant qu’il nous intimide et nous impressionne au point qu’il nous paraît incroyable ou inaccessible. Marie est, quant à elle, cette mère qui intercède pour nous.

Ainsi donc Marie se tient au terme de toute l’histoire ancienne de l’humanité et d’Israël ainsi qu’au début et à l’origine, dirais-je, de toute la vie même de l’Église. Par conséquent, avec les anges, les saints et tous ceux qui nous entourent, nous aiment et nous aident, Marie occupe dans l’Église une fonction très réelle et très singulière en raison de sa maternité. Et cette Maternité de Marie si particulière inspire et préside la maternité de l’Église toute entière.

Ainsi puissions-nous, nous aussi, dans notre propre vie graver dans nos cœurs cette parole de la Mère de Dieu : “Je suis la servante, le serviteur de Dieu”. Puissions-nous véritablement chacun de nous où que nous soyons, quoi que nous fassions, quelle que soit notre profession, quel que soit notre âge, enfant, adulte, vieillard, malade bien-portant… dire et redire constamment cette parole “Je suis le serviteur, la servante du Seigneur, et qu’il nous soit fait selon Sa parole.” Puissions-nous désirer vivre cette parole de la Mère de Dieu !

Alors la grâce de Dieu agit à travers nous, la grâce de Dieu devient en nous une lumière dont l’éclat rayonne de joie, de paix, d’offrande et d’amour. Car cet amour est tellement contagieux qu’il attire à lui. Nous sommes donc appelés à vivre cette filiation à Marie, et à travers elle à nous mettre au service de la volonté de Dieu, à apprendre l’obéissance, à offrir notre vie et notre volonté au Seigneur et alors s’accomplit la gloire de Dieu à travers notre faiblesse humaine.

Mes amis, rendons grâce d’être aujourd’hui rassemblés pour célébrer l’Annonciation de la Mère de Dieu ! Qu’elle ouvre les yeux de notre cœur et de notre intelligence pour la contemplation de tous les mystères du Salut.

Amen

Père Boris

Notes

(1) Cf. Genèse III, 15.

(2) Voir 1-Samuel I, 1-20.

(3) Cf. évangile selon saint Jean I, 12-13.

(4) Voir successivement la Première épître de saint Pierre I, 19-20 et Apocalypse XIII, 8.

(5) Cf. évangile selon saint Jean XIX, 25-27.

Homélie prononcée par le Père Boris à la crypte le 25 mars 2006 pour l’Annonciation de la Très Sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie

Épître aux Hébreux II, 11-18 − évangile selon saint Luc I, 24-38

Père Boris Bobrinskoy

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Cette fête que nous appelons “fête de l’Annonciation” est beaucoup plus que l’annonce d’une maternité inattendue, on peut dire que c’est véritablement l’annonce de l’Évangile, c’est-à-dire de la Bonne Nouvelle, c’est l’annonce de la venue de notre Salut.

L’ange qui vient vers Marie, une jeune fille vierge de Nazareth, porte en lui la plénitude du message trinitaire : “Je suis Gabriel je me tiens devant Dieu” disait-il à Zacharie. Et, à présent, l’archange Gabriel se tient, toujours au nom de Dieu, devant cette jeune fille toute stupéfaite et même emplie de crainte devant cette apparition.

Il lui annonce la naissance d’un fils. Et quand elle s’interroge “Comment cela peut-il se faire car je ne connais pas d’homme ?” Il lui répond “L’Esprit Saint descendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de Son ombre.” Ainsi l’archange Gabriel est celui qui annonce la venue de l’Esprit Saint.

L’Esprit Saint est Celui que saint Paul appelle “l’Esprit de la filiation”, c’est-à-dire l’Esprit par Lequel, nous-mêmes, nous crions intimement, du plus profond de nous-mêmes “Abba, Père  !”. En effet, quand nous sommes tournés vers le Père dans la liturgie eucharistique ou dans notre prière la plus personnelle c’est par l’Esprit Saint, dans l’Esprit Saint et pour l’Esprit Saint que cela se réalise.

Si l’Esprit Saint est cet Esprit de la filiation c’est non seulement dans le temps de notre salut, mais c’est aussi de toute éternité, car l’Esprit et le Fils sont ensemble issus tous deux mystérieusement et éternellement du sein du Père et demeurant éternellement dans le sein du Père.

Ainsi, l’Esprit révèle le Fils éternel et, à son tour, lorsque l’Esprit vient en nous Il nous confère la grâce de devenir enfants de Dieu, fils et filles de Dieu.

Aujourd’hui s’accomplit en Marie ce que l’on a pu appeler quelquefois la “Pentecôte personnelle de Marie”. “Pentecôte personnelle”… mais la Pentecôte est toujours personnelle : la Pentecôte est toujours ecclésiale pour l’Église entière et pour le monde, mais elle est également et toujours personnelle car il y a la découverte d’une relation personnelle qui se noue avec le Seigneur.

Et aujourd’hui, Marie est remplie de l’Esprit Saint, non pas qu’elle ne le fut pas auparavant car elle était choisie et élue depuis toujours pour être le réceptacle et le temple de la venue du Sauveur, mais dorénavant l’Esprit Saint demeure en elle et demeurera en elle pour toujours. Pour toujours… déjà pendant les neuf mois de la grossesse de Marie et de la gestation du Fils de Dieu devenu Fils de l’Homme en elle, et ensuite pendant tout le temps de sa maternité jusqu’à l’âge adulte de Jésus. Pendant les trente années de la vie cachée de Jésus, Marie accomplira sa vocation de maternité dans et par l’Esprit Saint. L’Esprit Saint est, en effet, toujours Celui par lequel s’accomplissent les vocations que Dieu nous offre et les services qu’Il nous confie.

Ainsi Marie continuera donc à être toujours le réceptacle d’élection de l’Esprit Saint jusqu’au jour où après avoir été, elle-même, témoin de la résurrection de son Fils elle se retrouvera au cénacle, dans la chambre haute, avec les disciples pour recevoir une nouvelle fois l’Esprit Saint.

Par ailleurs, ce qu’il nous faut aussi retenir aujourd’hui de cette grande fête, de ce grand mystère de l’Annonciation, c’est le “oui” de Marie : “Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole !” Car, le Seigneur Dieu avait besoin de ce “oui”, de cette acceptation, de cette adhésion de la créature, de cette faible créature que nous sommes tous, pour que s’accomplisse le plan trinitaire du Salut.

Dieu avait en effet besoin du “oui” de son humble servante. Et à partir de ce “oui” “Toutes les générations, dira Marie à Élisabeth, me diront bienheureuse”. Il nous faut donc bien comprendre que Dieu est toujours à notre écoute dans l’attente du “oui” de Ses serviteurs et de Ses servantes, Dieu ne cesse d’attendre le “oui” de ses enfants. Bien sûr, la grâce de Dieu peut surgir et faire irruption dans nos cœurs et dans nos vies, mais cette grâce de Dieu ne s’impose pas, elle respecte notre liberté, elle se propose, s’offre et nous sollicite, Nous sommes toujours, je dirais, humblement sollicités par la grâce de Dieu qui désire entrer en nous.

Et alors c’est toujours par l’entremise d’un ange que nous est communiqué le don de l’Esprit Saint, Puis, quand l’Esprit Saint vient en nous, alors notre vie intérieure est tout illuminée. Et, dès lors, peu à peu, au prix d’un nécessaire combat spirituel, avec des efforts, des chutes et des relèvements nous réalisons notre filiation pour devenir véritablement enfants de Dieu. En effet, si le Fils de Dieu est devenu Fils de l’Homme c’est pour que les enfants des hommes deviennent enfants de Dieu, voici donc tout le programme immense, infini, indicible de notre vocation.

Par son “oui”, Marie ouvre doublement une porte, elle ouvre la porte à la grâce de Dieu et elle ouvre la porte à la créature pour que s’opère véritablement cette rencontre, ces épousailles entre Dieu et l’humanité, entre Dieu et l’homme, entre le Christ et toute âme humaine, Ainsi, dès aujourd’hui ces épousailles se réalisent.

Voilà pour quoi nous chantons “Marie, réjouis toi, épouse inépousée…” car c’est par l’acceptation de cette jeune épouse inépousée que s’accomplissent les épousailles de toute âme humaine avec le Seigneur. Ce “oui” de Marie anticipe et prépare le “oui” de toute créature, et c’est pourquoi, chacun de nous doit à son tour dire “Je suis la servante ou le serviteur du Seigneur, que soit accomplie en moi Sa parole.”

Amen.

Notice sur la Sainte Marie l’Égyptienne (VIe siècle)

Fête au 1er avril et au 5e dimanche du Carême

La liturgie byzantine dédie à la Mémoire de Marie l’Égyptienne le 5e dimanche du Grand Carême, le dernier avant la fête des Rameaux. Cette figure du monachisme évoque la puissance du repentir, à la mesure de ses années de péché. La vie, le repentir et les miracles de Marie nous sont essentiellement connus par saint Sophrone de Jérusalem. Elle était née en Égypte, alors province de l’Empire d’orient sous le règne de Justinien (527-565). Très jeune elle quitta sa famille pour la ville d’Alexandrie où elle se livra, dès l’âge 12 ans, à la débauche pour assouvir sa passion charnelle. Elle n’avait même pas l’excuse de la misère, vivant notamment du tissage du lin Ses dérèglements l’amenèrent un jour à se mêler, dans le but de les corrompre, à un groupe de pèlerins qui se rendaient à Jérusalem pour vénérer la Sainte-Croix. Pendant le voyage elle entreprit de détourner ses compagnons, jeunes et vieux.

Elle fut néanmoins convertie par un fait miraculeux : alors que le groupe pénétrait dans l’église afin de se prosterner devant le bois de la Croix, une force surnaturelle l’empêcha d’avancer. Elle se prosterna dès lors devant une icône de la Mère de Dieu.

Elle lui adressa cette prière : “Vierge Souveraine qui as enfanté Dieu dans la chair, je sais que je ne devrais pas regarder ton icône, toi qui es pure d’âme et de corps, car, débauchée comme je suis, je dois t’inspirer le dégoût. Mais puisque le Dieu né de toi est devenu homme pour appeler les pécheurs au repentir, viens à mon aide. Permets-moi l’entrée de l’église pour me prosterner devant sa Croix. Et dès que j’aurai vu la Croix, je te promets de renoncer au monde et aux plaisirs, et de suivre le chemin de salut que tu me montreras.”

Elle se sentit soudain délivrée de cette puissance qui la retenait et put entrer dans l’église, où elle vénéra avec ferveur la sainte Croix. Puis, revenue vers l’icône de la Mère de Dieu, elle se déclara prête désormais à suivre le chemin qu’elle lui indiquerait. Une voix lui répondit d’en haut: “Si tu passes le Jourdain, tu y trouveras le repos.” En sortant de l’église, elle acheta trois pains avec l’aumône reçue d’un pèlerin, se fit indiquer la route qui menait au Jourdain et elle arriva le soir à l’église de saint Jean-Baptiste. Après s’être lavée dans les eaux du fleuve, elle communia aux saints Mystères, mangea la moitié de l’un des pains et s’endormit sur le rivage. Le lendemain matin, elle passa le fleuve et vécut dès lors dans le désert, pendant quarante-sept ans, sans y rencontrer personne, ni homme ni animal. Pendant les dix-sept premières années de son séjour, ses vêtements étant bientôt tombés en lambeaux, brûlant de chaleur le jour et grelottant de froid la nuit, elle se nourrissait d’herbes et de racines sauvages.

Mais, plus que les épreuves physiques, elle devait affronter les violents assauts des passions et le souvenir de ses péchés, et c’est en se jetant à terre qu’elle suppliait la Mère de Dieu de lui venir en aide. Protégée par Dieu, qui ne désire rien de plus que le pécheur revienne à Lui et vive (1), elle déracina de son cour toutes les passions par cette ascèse extraordinaire et put convertir le feu du désir charnel en une flamme d’amour divin, qui lui faisait endurer avec joie, tel un être incorporel, l’implacable désert. Après tant d’années, un saint vieillard, nommé Zosime,(2) s’était engagé dans le désert au-delà du Jourdain pour y passer le Grand Carême, aperçut un jour un être humain, le corps noirci par le soleil et les cheveux blancs comme de la laine tombant jusqu’aux épaules. Il courut derrière cette apparition qui s’enfuyait à son approche, en la suppliant de lui accorder sa bénédiction et quelque parole de salut. Quand il parvint à portée de voix, Marie, appelant par son nom celui qu’elle n’avait jamais vu, lui révéla qu’elle était une femme et elle lui demanda de lui jeter son manteau afin de couvrir sa nudité.

Sur les instances du moine, ravi d’avoir enfin rencontré un être théophore qui avait atteint la perfection de la vie monastique, la sainte lui raconta avec larmes sa vie et sa conversion. Puis, ayant achevé son récit, elle le pria de se rendre l’année suivante, le Grand Jeudi, avec la sainte Communion sur les bords du Jourdain. Le jour venu, Zosime vit Marie apparaître sur l’autre rive du fleuve. Elle fit un signe de Croix et traversa le Jourdain en marchant sur les eaux. Ayant communié avec larmes, elle dit “Maintenant, ô Maître, Tu peux laisser aller en paix ta servante, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut”(3).

Puis elle congédia Zosime, lui donnant rendez-vous l’année suivante à l’endroit de leur première rencontre. Lorsque l’année fut écoulée, Zosime trouva à l’endroit convenu le corps de la sainte étendu à terre, les bras croisés et le visage tourné vers l’orient. Son émotion et ses larmes ne lui permirent pas de découvrir tout de suite une inscription tracée sur le sol des mains de la sainte, qui disait : “Abba Zosime, enterre à cet endroit le corps de l’humble Marie, rends à la poussière ce qui est à la poussière, après avoir prié pour moi. Je suis décédée le 1er du mois d’avril, la nuit même de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, après avoir reçu la sainte Communion.”

Consolé de son chagrin en apprenant le nom de la sainte, Zosime fut étonné de constater qu’elle avait franchi en quelques heures une distance de plus de vingt jours de marche. Après avoir vainement essayé de creuser le sol avec un morceau de bois, il vit tout à coup un lion s’approcher du corps de Marie et lui lécher les pieds. Sur l’ordre du vieillard, la bête creusa de ses griffes une fosse où Zosime déposa avec dévotion le corps de la sainte.

De retour au monastère, il raconta les merveilles que Dieu accomplit en faveur de ceux qui se détournent du péché pour revenir vers Lui de tout leur cour. De pécheresse invétérée, sainte Marie est devenue pour quantité d’âmes accablées sous le poids du péché, une source d’espérance et un modèle de conversion. C’est pourquoi les saints Pères ont placé la célébration de sa mémoire à la fin du Carême, comme un encouragement adressé à tous ceux qui ont négligé leur salut, proclamant que jusqu’à la dernière heure le repentir pourra les ramener vers Dieu.

Sources : synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos-Petra au mont Athos et site Orthodoxos Synaxaristis

Notes

(1) cf. livre d’Ezéchiel 33, 11

(2) Selon une tradition instaurée par saint Euthyme

(3) cf. Evangile de Luc chapitre 2, verset 29

 

 

Extrait du Diatessaron de saint Ephrem le Syrien

“Le Fils de l’homme est venu…pour donner sa vie ”

“Si c’est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ” (Mt 26,39). Pourquoi as-tu repris Simon-Pierre qui disait : “Que cela ne t’arrive pas, Seigneur !” (Mt 16,22), toi qui dis maintenant : “Si c’est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ” ? Il savait bien ce qu’il disait à son Père, et qu’il était possible que cette coupe s’éloigne, mais il était venu la boire pour tous, afin d’acquitter par cette coupe la dette que la mort des prophètes et des martyrs ne pouvait pas payer… Celui qui avait décrit sa mise à mort dans les prophètes et qui avait préfiguré le mystère de sa mort par les justes, lorsque le temps est venu de consommer cette mort, il n’a pas refusé de la boire. S’il n’avait pas voulu la boire, mais la repousser, il n’aurait pas comparé son corps au Temple dans cette parole : “Détruisez ce Temple et, le troisième jour, je le relèverai” (Jn 2,19) ; il n’aurait pas dit aux fils de Zébédée : “Pouvez-vous boire à la coupe que je boirai ?” et encore : “Il y a pour moi un baptême dont je dois être baptisé” (Lc 12,50)…

“Si c’est possible, que cette coupe s’éloigne de moi.” Il dit cela à cause de la faiblesse qu’il avait revêtue non en faisant semblant mais réellement. Puisqu’il s’était fait petit et avait réellement revêtu notre faiblesse, il devait craindre et être ébranlé dans sa faiblesse. Ayant pris chair, ayant revêtu la faiblesse, mangeant quand il avait faim, fatigué par le travail, vaincu par le sommeil, il fallait que soit accompli tout ce qui relève de la chair lorsque le temps de sa mort est venu…

Pour apporter par sa Passion le réconfort à ses disciples, Jésus ressenti ce qu’ils ressentent. Il a pris en lui leur peur afin de leur montrer, par la ressemblance de son âme, qu’il ne faut pas se vanter au sujet de la mort avant de l’avoir subie. Si, en effet, celui qui ne craint rien a eu peur et a demandé d’être délivré alors qu’il savait que c’était impossible, combien plus faut-il que les autres persévèrent dans la prière avant la tentation afin d’en être délivrés lorsqu’elle se présentera… Pour donner courage à ceux qui craignent la mort, il n’a pas caché sa propre crainte, afin qu’ils sachent que cette peur ne les mène pas au péché, du moment qu’ils ne demeurent pas en elle. “Non, Père, dit Jésus, mais que ta volonté soit faite” : que je meure pour donner la vie à une multitude.

Extrait du Diatessaron de saint Ephrem le Syrien (v. 306-373), 20, 2-7 (SC 121, p. 344s)

 

Commentaire patristique par saint Jean Damascène Homélie pour la Nativité de la Vierge

« Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,5)

Aujourd’hui le Créateur de toutes choses, Dieu le Verbe, a composé un ouvrage nouveau, jailli du coeur du Père pour être écrit, comme avec un roseau, par l’Esprit qui est la langue de Dieu… Fille toute sainte de Joachim et d’Anne, qui as échappé aux regards des Principautés et des Puissances et « aux flèches enflammées du Mauvais » (Col 1,16; Ep 6,16), tu as vécu dans la chambre nuptiale de l’Esprit, et as été gardée intacte pour devenir épouse de Dieu et Mère de Dieu par nature… Fille aimée de Dieu, l’honneur de tes parents, les générations des générations te disent bienheureuse, comme tu l’as affirmé avec vérité (Lc 1,48). Fille digne de Dieu, beauté de la nature humaine, réhabilitation d’Ève notre première mère ! Car par ta naissance, celle qui était tombée est relevée… Si, par la première Eve « la mort a fait son entrée » (Sg 2,24; Rm 5,12), parce qu’elle s’était mise au service du serpent, Marie, elle, qui s’est fait la servante de la volonté divine, a trompé le serpent trompeur et introduit dans le monde l’immortalité. Tu es plus précieuse que toute la création, car de toi seule le Créateur a reçu en partage les prémices de notre humanité. Sa chair a été faite de ta chair, son sang de ton sang ; Dieu s’est nourri de ton lait, et tes lèvres ont touché les lèvres de Dieu… Dans la prescience de ta dignité, le Dieu de l’univers t’a aimée ; comme il t’aimait, il t’a prédestinée et « dans les derniers temps » (1P 1,20) il t’a appelée à l’existence… Que Salomon le très sage se taise ; qu’il ne dise plus : « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil » (Eccl 1,9).

Homélie pour la Nativité de la Vierge, 7, 10 (trad. SC 80, p. 63 rev.)

Évangile pour le 5e Dimanche du Carême

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc

Marc

Chapitre X verset 32 à 45 (Mt 20,17-19  ; Lc 18,31-33)

Jésus annonce sa Passion pour la troisième fois

32 Ils étaient en route, montant à Jérusalem ; et Jésus marchait devant eux, et ils étaient dans la stupeur, et ceux qui suivaient étaient effrayés. Prenant de nouveau les Douze avec lui, il se mit à leur dire ce qui allait lui arriver :

33 “Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens,

34 ils le bafoueront, cracheront sur lui, le flagelleront et le tueront, et après trois jours il ressuscitera.”

35 Jacques et Jean, les fils de Zébédée, avancent vers lui et lui disent : “Maître, nous voulons que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander.”

36 Il leur dit : “Que voulez-vous que je fasse pour vous ?”.

37 “Accorde-nous, lui dirent-ils, de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire.”

38 Jésus leur dit : “Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire et être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ?”

39 Ils lui dirent : “Nous le pouvons.” Jésus leur dit : “La coupe que je vais boire, vous la boirez, et le baptême dont je vais être baptisé, vous en serez baptisés ;

40 quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder, mais c’est pour ceux à qui cela a été destiné.”

41 Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean.

42 Les ayant appelés près de lui, Jésus leur dit : “Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir.

43 Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur,

44 et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l’esclave de tous.

45 Aussi bien, le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude.”

Épître pour le Dimanche de Marie l’Égyptienne

Lettre de Paul aux Galates

Chapitre III verset 23 à chapitre IV verset 5

l’usage grec lit le passage 3,24 à 4,5 et

l’usage slave lit le passage 3,23 à 3,29/

De la Loi à la Foi

L’Arbre de Jessé3,23 Avant que vînt la foi, nous étions enfermés sous la garde de la Loi, en vue de la foi qui devait être révélée.

24       Ainsi la Loi a été notre pédagogue pour nous conduire au Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi.

25       Mais la foi étant venue, nous ne sommes plus sous un pédagogue.

26       Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus.

27       Vous tous, en effet, qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ.

28       Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme: car vous n’êtes tous qu’une personne dans le Christ Jésus.

29       Et si vous êtes au Christ, vous êtes donc “descendance” d’Abraham, héritiers selon la promesse.

4,1      Or je dis ceci: Aussi longtemps que l’héritier est enfant, il ne diffère en rien d’un esclave, quoiqu’il soit le maître de tout;

2          mais il est soumis à des tuteurs et à des curateurs jusqu’au temps marqué par le père.

3          De même, nous aussi, quand nous étions enfants, nous étions sous l’esclavage des rudiments du monde.

4          Mais lorsque est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme, né sous la Loi,

5          pour affranchir ceux qui sont sous la Loi, afin de nous conférer l’adoption.

Évangile pour le Dimanche de Marie l’Égyptienne La pécheresse pardonnée et aimante

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

Chapitre VII versets 36 à 50

La pécheresse pardonnée et aimante

vie de sainte Marie l’Egyptienne7,36 Un Pharisien l’invitant à manger avec lui, il entra dans la maison du Pharisien et se mit à table.

37       Et voici qu’une femme (1) qui, Dans la ville, était pécheresse, ayant appris qu’il était à table dans la maison du Pharisien, apporta un vase d’albâtre (plein) de parfum ;

38       et se tenant par derrière, près de ses pieds, tout en pleurs, elle se mit à arroser ses pieds de ses larmes, et elle essuyait avec les cheveux de sa tête et embrassait ses pieds, et elle les oignait de parfum.

39       A cette vue, le Pharisien qui l’avait invité se dit en lui-même: “S’il était prophète (2), il saurait qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, que c’est une pécheresse.”

40       Et prenant la parole, Jésus lui dit: “Simon, j’ai quelque chose à te dire.” Et lui: “Maître, parlez,” dit-il.

41       “Un créancier avait deux débiteurs : l’un devait cinq cents deniers et l’autre cinquante.

42       Comme ils n’avaient pas de quoi rendre, il fit remise à tous les deux. Lequel donc d’entre eux l’aimera davantage? ”

43       Simon répondit : “Celui, je pense, auquel il a remis le plus.” Il lui dit: “Tu as bien jugé.”

44       Et, se tournant vers la femme, il dit à Simon : “Vois-tu cette femme,? Je suis entré dans ta maison, et tu n’as pas versé d’eau sur mes pieds ; mais elle, elle a arrosé mes pieds de (ses) larmes et les a essuyés avec ses cheveux.

45       Tu ne m’as point donné de baiser ; mais elle, depuis que je suis entré, elle ne cessait pas d’embrasser mes pieds.

46       Tu n’as pas oint ma tête d’huile ; mais elle, elle a oint mes pieds de parfum.

47       C’est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés lui sont pardonnés, parce qu’elle a beaucoup aimé ; mais celui à qui l’on pardonne peu, aime peu.”

48       Et à elle, il dit : “Tes péchés sont pardonnés.”

49       Et les convives se mirent à se dire en eux-mêmes : “Qui est celui-ci qui même pardonne les péchés ?”

50       Et il dit à la femme : “Ta foi t’a sauvée, va en paix.”

Notes :

(1) On déduit du contexte des chapitres suivants que cette pécheresse anonyme n’est ni Marie de Béthanie (10,39), sœur de Marthe, ni Marie de Magdala (8,2).

(2) Un prophète lit dans les cœurs Jn 4,19

Saint Macaire d’EgypteCommentaire patristique par saint Macaire d’Égypte (?-405),

L’accueil du pharisien et l’accueil de la pécheresse

Accueillons notre Dieu et Seigneur, le véritable médecin qui seul est capable de guérir notre âme en venant à nous, lui qui a tant peiné pour nous. Il frappe sans cesse à la porte de notre cœur pour que nous lui ouvrions, afin qu’il entre, qu’il repose dans notre âme, que nous lui lavions les pieds et les couvrions de parfum, et qu’il fasse chez nous sa demeure. En effet, Jésus blâme celui qui ne lui a pas lavé les pieds, et ailleurs il dit : “Voici que je me tiens à la porte ; si quelqu’un m’ouvre, j’entrerai chez lui” (Ap 3,20). C’est pour cela en effet qu’il a supporté tant de souffrances, livré son corps à la mort, et nous a rachetés de la servitude : c’est pour venir dans notre âme et y faire sa demeure.

C’est pour cela que le Seigneur dit à ceux qui lors du jugement seront à sa gauche et seront envoyés dans la géhenne : “J’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli ; j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire” (Mt 25,42s). Car sa nourriture, sa boisson, son vêtement, son toit, son repos, sont dans notre cœur. C’est pour cela qu’il frappe sans cesse, voulant entrer chez nous. Accueillons-le donc et introduisons-le au-dedans de nous, puisqu’il est aussi notre nourriture, notre boisson, notre vie éternelle.

Et toute âme qui ne l’accueille pas maintenant dans son intérieur, pour qu’il y trouve du repos, ou plutôt pour qu’elle se repose en lui, n’héritera pas du Royaume des cieux avec les saints et ne pourra pas entrer dans la cité céleste. Mais toi, Seigneur Jésus Christ, donne-nous d’y entrer, nous qui glorifions ton nom avec le Père et le Saint Esprit, dans les siècles. Amen.

Homélies spirituelles, 30, 9 (trad. Deseille, coll. Spi. Or. n° 40, Bellefontaine 1984, p. 284)

Épître pour la fête de sainte Marie l’Égyptienne

Épître aux Hébreux

Chapitre IX versets 11 à 14

Le nouveau sacrifice ouvre le nouveau sanctuaire

11 Le Christ, lui, survenu comme grand prêtre des biens à venir (1), traversant la tente plus grande et plus parfaite qui n’est pas faite de main d’homme, c’est-à-dire qui n’est pas de cette création,

12 entra une fois pour toutes (2) dans le sanctuaire, non pas avec du sang de boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle.

13 Si en effet du sang de boucs et de taureaux et de la cendre de génisse (3), dont on asperge ceux qui sont souillés, les sanctifient en leur procurant la pureté de la chair,

 14 combien plus le sang du Christ, qui par un Esprit éternel s’est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour que nous rendions un culte au Dieu vivant.

Notes

(1) Les biens à venir sont ceux du temps messianiques (Osty).

(2) Comparaison avec le Grand Prêtre qui entrait chaque année dans le sanctuaire avec le “sang des boucs et des jeunes taureaux”, etc.

(3) Voir Livre des Nombres 19, 2-10 : “Voici un décret de la Loi que Yahvé a prescrite. Parle aux Israélites. Qu’ils t’amènent une vache rousse sans défaut ni tare, et qui n’ait pas porté le joug etc.”

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