Posts Tagged: Dimanche de Grégoire Palamas

Saint Grégoire Palamas

Source : synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos Petra au Mont-Athos

Le 14 novembre, l’Église orthodoxe fête la mémoire de notre saint Père Grégoire Palamas, archevêque de Thessalonique, le thaumaturge ([i]).

Notre saint Père Grégoire vit le jour à Constantinople en 1296. Ses parents, qui avaient fui d’Asie Mineure devant l’invasion turque, faisaient partie de la cour du pieux empereur Andronic II Paléologue (1282-1328). Malgré ses hautes fonctions, le père de Grégoire, Constance, avait une intense vie de prière et, siégeant au Sénat, il lui arrivait de ne pas entendre l’empereur s’adresser à lui, tant il était plongé dans la prière. Il mourut après avoir revêtu l’Habit monastique, alors que Grégoire était encore jeune. Son épouse désirait aussi prendre le voile, mais elle assura d’abord l’éducation de ses sept enfants. L’aîné, Grégoire, fut confié aux meilleurs maîtres dans les sciences profanes et il acquit en quelques années une parfaite maîtrise du raisonnement philosophique, à tel point que son maître croyait entendre Aristote lui-même en l’écoutant. Malgré ces succès intellectuels, le jeune homme n’avait d’intérêt véritable que pour les choses de Dieu. Il fréquentait les moines réputés de la capitale et avait pris pour père spirituel Théolepte de Philadelphie (1250-1322)([ii]), qui l’initia à la sobriété nepsis ([iii]) et à la prière intérieure.

Vers 1316 (ou 1314), Grégoire décida d’abandonner les vanités du monde. Il entraîna avec lui vers la vie monastique sa mère, deux de ses sœurs, deux de ses frères et un grand nombre de ses serviteurs. S’étant rendus à pied sur la sainte Montagne de l’Athos, Grégoire et ses deux frères s’installèrent aux environs du monastère de Vatopédi, pour vivre sous la direction de l’Ancien Nicodème, qui était venu du Mont Saint-Auxence. Exercé depuis son enfance à la pratique des vertus qui permettent de soumettre la chair à l’esprit : l’humilité, la douceur, le jeûne, la veille et les différentes austérités, le jeune moine fit de rapides progrès dans la sainte activité de la prière. Jour et nuit, il s’adressait à Dieu, l’implorant à travers ses sanglots : « Illumine mes ténèbres ! » Après quelque temps, la Mère de Dieu, qu’il avait comme confidente depuis sa jeunesse, lui envoya saint Jean le Théologien, par la bouche duquel elle l’assura de sa protection dans cette vie et dans l’autre. Au bout de trois ans, la mort prématurée de son frère Théodose, bientôt suivie de celle de Nicodème, poussa Grégoire et son autre frère, Macaire, à se rattacher au monastère de la Grande Lavra (1316). Nommé chantre, Grégoire y faisait l’admiration de ses compagnons pour son zèle dans la pratique de toutes les vertus évangéliques. Il menait une vie si austère qu’il semblait être délivré du poids du corps, et c’est ainsi qu’il put rester pendant trois mois quasiment sans s’accorder de sommeil. Bien qu’il fût parfait dans la vie commune, son âme était assoiffée des douceurs de la solitude, c’est pourquoi, après trois autres années, il se retira dans l’ermitage de Glossia([iv]), sous la direction d’un moine éminent : Grégoire de Byzance([v]). De la purification des passions, il put alors s’élever, par la prière, vers la contemplation des mystères de la création. Grâce à la solitude et à la quiétude intérieure (hésychia), Grégoire fixait en tout temps son intelligence au fond de son cœur, afin d’y invoquer le Seigneur Jésus avec componction, de telle sorte qu’il devenait tout entier prière et que de douces larmes coulaient continuellement de ses yeux, comme deux fontaines.

Cependant, les razzias incessantes des pirates turcs contraignirent bientôt Grégoire et ses compagnons à abandonner leur résidence (1322). Avec douze moines, il décida d’aller vénérer les Lieux saints et de trouver refuge au Mont Sinaï. Mais il ne put réaliser ce projet et resta quelque temps à Thessalonique, où il participa aux activités d’un cercle spirituel, créé sous l’inspiration du futur patriarche Isidore([vi]), qui s’efforçait de répandre la pratique de la Prière de Jésus parmi les fidèles, en leur faisant profiter de l’expérience acquise par les moines. En 1326, Grégoire fut ordonné prêtre, après avoir reçu dans une vision la confirmation que telle était bien la volonté de Dieu. Il partit ensuite fonder un ermitage aux environs de Bérée, sur les lieux sanctifiés jadis par saint Antoine le Jeune [fête le 17 janvier], où, pendant cinq années, il se livra à une ascèse encore plus rigoureuse. Vivant isolé cinq jours par semaine dans le jeûne, la veille et la prière baignée de larmes, il n’apparaissait que le samedi et le dimanche pour célébrer la Divine Liturgie, partager un repas fraternel et s’entretenir de quelque sujet spirituel avec ses compagnons d’ascèse. Il continua ainsi de s’élever vers les cimes de la contemplation, s’unissant étroitement avec Dieu en son cœur. À la mort de sa mère, il se rendit à Constantinople et en ramena ses sœurs, qu’il installa dans un ermitage proche du sien. Mais il ne put jouir longtemps de ce repos, car la région était régulièrement dévastée par les incursions des Serbes. Il décida alors de retourner à l’Athos, où il s’établit dans l’ermitage de Saint-Sabas, un peu au-dessus de Lavra (1331). Ce nouveau séjour fut pour lui l’occasion de s’isoler encore plus des hommes pour converser davantage avec Dieu. Il n’allait qu’exceptionnellement au monastère et ne communiquait avec ses rares visiteurs que le dimanche et les jours de fêtes. C’est ainsi que de la contemplation encore extérieure, Grégoire parvint à la vision de Dieu dans la lumière du Saint-Esprit et à la déification promise par le Christ à ses parfaits disciples. Un jour, il vit dans un songe qu’il était rempli d’un lait venu du ciel, lequel, en débordant de sa personne, se transformait en vin et remplissait l’atmosphère environnante d’un sublime arôme. C’était là un signe divin lui révélant que le temps était désormais venu d’enseigner à ses frères les mystères que Dieu lui révélait. Il rédigea alors quelques écrits ascétiques, puis fut nommé higoumène du monastère d’Esphigménou (1333/1334). Mais son zèle et ses exigences spirituelles ne furent pas compris des deux cents moines qui vivaient dans ce monastère, si bien qu’au bout d’an, Grégoire démissionna pour regagner son ermitage.

À cette époque, un moine originaire de Calabre, Barlaam (1290-1348), s’était acquis une brillante renommée dans les milieux intellectuels de la capitale, grâce à son habilité pour les spéculations abstraites. Il aimait particulièrement commenter les écrits mystiques de saint Denys l’Aréopagite [fête le 3 octobre] , mais il en donnait une interprétation purement philosophique, ne faisant de la connaissance de Dieu que l’objet de froids raisonnements et non le fruit d’une expérience vécue. Ayant rencontré quelques moines simples à Thessalonique, ce délicat humaniste avait été scandalisé par leurs méthodes de prière et par la place qu’ils laissaient à l’élément sensible dans la vie spirituelle. Il prit cette occasion pour calomnier les moines et les accuser d’hérésie messalienne auprès du Synode permanent de Constantinople (1337). Les hésychastes firent alors appel à Grégoire qui rédigea plusieurs traités, dans lesquels il répondait aux accusations de Barlaam en situant la spiritualité monastique dans une vaste synthèse théologique ([vii]). Il Y montrait que l’ascèse et la prière sont l’aboutissement de tout le mystère de la Rédemption, et qu’elles sont le moyen offert à chacun pour faire éclore la grâce déposée en lui au baptême. Il défendait aussi le bien-fondé des méthodes utilisées par les hésychastes pour fixer l’intelligence dans le cœur, car depuis l’Incarnation c’est dans nos corps sanctifiés par les sacrements et greffés par l’Eucharistie au Corps du Christ que nous devons rechercher la grâce de l’Esprit. Cette grâce est la gloire de Dieu elle-même qui, jaillissant du corps du Christ le jour de la Transfiguration, a frappé les disciples de stupeur (cf. Mt 17) et qui, lorsqu’elle resplendit dans notre cœur purifié de ses passions, nous unit vraiment à Dieu, nous illumine, nous déifie et nous donne un gage de la gloire qui brillera aussi sur le corps des saints après la résurrection générale. En affirmant ainsi la pleine réalité de la déification, Grégoire ne niait pourtant pas que Dieu est absolument transcendant et inconnaissable dans son essence. À la suite des saints Pères, mais de manière plus nette, il distingue en Dieu l’essence imparticipable et les énergies éternelles, créatrices et providentielles, par lesquelles le Seigneur fait participer les êtres créés à son être, à sa vie et à sa lumière, sans toutefois introduire aucune division dans l’unité de la nature divine. Pour saint Grégoire, Dieu n’est donc pas le concept des philosophes, mais il est Amour, Personne vivante et feu dévorant, comme l’enseigne l’Écriture, et Il fait tout pour nous déifier. D’abord reconnues par les autorités de l’Athos dans le Tome Hagiorite (1340)([viii]), les éblouissantes réfutations du saint furent ensuite adoptées par l’Église, qui condamna Barlaam – et avec lui l’humanisme philosophique qui devait bientôt animer la Renaissance européenne – au cours de deux Conciles réunis à Sainte-Sophie, en 1341.

Barlaam condamné et ayant trouvé refuge en Italie, la controverse n’en était pas close pour autant. Grégoire qui, pour rédiger ses traités, avait vécu quelque temps en reclus dans une maison de Thessalonique, avait à peine eu le temps de regagner son ermitage de l’Athos qu’un de ses anciens amis, Akindynos, reprenait l’essentiel des arguments du Calabrais, en accusant Grégoire d’introduire des nouveautés par la distinction entre l’essence et les énergies. D’abord arbitre entre Barlaam et Grégoire, Akindynos était un de ces conservateurs formalistes qui se contentaient de la répétition de simples formules pour condamner les humanistes, sans chercher à pénétrer l’esprit de la tradition. C’est alors qu’éclata une terrible guerre civile (1341-1347), due à la rivalité entre le grand-duc Alexis Apokaukos et l’ambitieux Jean Cantacuzène, ami de Palamas, pour obtenir la régence de l’Empire jusqu’à la maturité de l’héritier légitime, Jean V Paléologue. Le patriarche Jean Calécas (1334-1347) prit le parti d’Apokaukos et, par l’intermédiaire d’Akindynos, intenta à Grégoire un procès, à l’issue duquel on excommunia le saint avant de le condamner à la prison (1344). Pendant les quatre années de sa réclusion, Grégoire ne relâcha en rien son activité : il entretenait une vaste correspondance et rédigea un important traité contre Akindynos. Vers 1346, comme l’avantage passait à Cantacuzène, la régente, Anne de Savoie (†1365), prit la défense du saint confesseur et fit déposer le patriarche, la veille même de l’entrée triomphale de Cantacuzène dans la capitale. Celui-ci éleva Isidore à la dignité patriarcale (1347-1350) et réunit un nouveau concile pour justifier les Hésychastes (8 février 1347). La controverse ne trouva toutefois une issue définitive qu’en 1351, lors de la réunion d’un troisième concile contre l’humaniste Nicéphore Grégoras. Dans le Tome synodal, la doctrine de saint Grégoire sur les énergies incréées et sur la nature de la grâce était reconnue comme règle de foi pour l’Église Orthodoxe.

Isidore procéda à la nomination de trente-deux nouveaux évêques et confia à Grégoire le siège de Thessalonique (mars 1347). Mais comme la ville était aux mains du parti Zélote, adversaire de Jean Cantacuzène, le nouvel évêque ne put prendre possession de son siège. Réfugié quelque temps au Mont Athos puis à Lemnos, où il fit preuve d’un dévouement héroïque durant une épidémie, Grégoire put enfin revenir à Thessalonique, acclamé par les hymnes de Pâques, comme l’image du Christ triomphant (1350). Ses nombreuses activités pastorales lui permirent de répandre parmi ses fidèles les grâces qu’il avait acquises dans la solitude. Il faisait briller sur la ville la lumière qui illuminait son cœur et dispensait avec abondance ses enseignements inspirés, en insistant sur le lien étroit qui doit unir la prière et la vie sacramentelle dans la vie de chaque chrétien ([ix]). Par la puissance du Christ, il accomplit aussi plusieurs miracles et guérisons.

Au cours d’un voyage vers Byzance, il tomba entre les mains des Turcs et fut retenu prisonnier en Asie Mineure pendant un an (1354-1355). La relative liberté dont il disposait et son ouverture d’esprit, lui permirent d’entretenir là des discussions théologiques amicales avec des théologiens musulmans et le fils de l’émir Orkham. Délivré grâce à une rançon venue de Serbie, il regagna Thessalonique où il poursuivit son œuvre de pasteur et de thaumaturge. À la fin de 1354, Jean V Paléologue entra à Constantinople et força Cantacuzène à abdiquer ([x]). Il fit déposer le patriarche saint Philothée et se tourna contre les partisans de saint Grégoire. Nicéphore Grégoras († 1368), qui avait été condamné par le Concile de 1351, profita de cette situation pour reprendre ses accusations en arguant qu’on ne devait parler de Dieu que comme d’une essence simple. L’empereur organisa un débat public, en présence d’un légat du pape, mais cette discussion n’eut d’autre issue que la confirmation de la décision synodale (1355). En réponse aux arguments de son adversaire, saint Grégoire rédigea alors un vaste traité contre Grégoras, dans lequel il définit une nouvelle fois les principes de la « vraie philosophie » chrétienne.

De retour à Thessalonique, le saint évêque reprit sa tâche pastorale. Comme il était éprouvé par une longue et grave maladie, saint Jean Chrysostome lui apparut et l’invita à le rejoindre parmi le chœur des saints hiérarques, après la célébration de sa fête. Ce fut effectivement le 14 novembre 1357 (ou 1359) que saint Grégoire remit son âme à Dieu. Lorsqu’il expira, son visage rayonnait d’une lumière semblable à celle qui brilla sur saint Étienne (Act 6-7). Dieu montrait ainsi en la personne de son serviteur, la vérité de sa doctrine sur la réalité de la déification par la lumière incréée du Saint-Esprit. Le culte de saint Grégoire a été reconnu en 1368, lors d’une cérémonie solennelle à Sainte-Sophie, et ses nombreux miracles l’ont fait considérer comme le second protecteur de Thessalonique, après saint Dimitrios.

([i]) Sa fête est célébrée solennellement le second dimanche du Grand Carême, à la suite de la fête de l’Orthodoxie. Le culte de S. Grégoire commença immédiatement après sa mort, à la suite des miracles accomplis auprès de son tombeau à Thessalonique. Parallèlement un culte se développa au Mt Athos. En 1363, le patriarche Calliste ordonna aux évêques de la région de Thessalonique d’établir un dossier sur ses miracles et de réunir des témoignages sur sa sainteté. Ce dossier, envoyé au patriarche Philothée à Constantinople, permit la proclamation officielle de son culte, qui fut publiée dans le Tomos du concile de mars-avril 1368. Au monastère de la Grande Lavra, sa mémoire était déplacée le 5 nov. du fait de l’occurrence avec celle de S. Philippe; tandis que d’après le témoignage de S. Syméon de Thessalonique, à Thessalonique elle était célébrée le 13 avec celle de S. Jean Chrysostome. Sur les premières fresques (Vatopédi), qui le représentent, environ cinquante ans après sa mort, il est nommé «Nouveau Chrysostome ». La meilleure présentation de la vie et de la doctrine de S. Grégoire reste celle de J. Meyendorff, Introduction à l’étude de Grégoire Palamas (Patristica sorbonensia 3), Paris 1959, résumée dans: Grégoire Palamas et la mystique orthodoxe (« Maîtres spirituels 20 »), Paris 1959.

([ii]) Originaire de Nicée, Théolepte, resté veuf, devint moine au Mt Athos, où il acquit une profonde expérience de la vie mystique. Devenu métropolite de Philadelphie (1283), il dirigea la défense héroïque de la ville contre les Turcs en 1310, et accomplit dignement son œuvre pastorale dans les conditions difficiles de cette époque jusqu’à son repos (1322). Père spirituel d’Irène Choumnaina Paléologue et conseiller du monastère du Philanthropos Soter qu’elle avait fondé, il rédigea d’importants traités spirituels, dont certains ont été insérés dans la Philocalie, et fut, selon les mots de S. Grégoire Palamas, le principal précurseur de l’Hésychasme ; mais il n’a malheureusement pas encore été compté parmi les saints, voir la traduction d’un choix de ses lettres et traités dans «Les Pères dans la foi », Paris 2001.

([iii])  C’est-à-dire la vigilance sur les mouvements de la partie passionnée de l’âme qu’acquiert l’intelligence en train de se purifier.

([iv]) Située sur l’emplacement de l’actuelle skite de Provata, entre Caracallou et l’ancien monastère italien des Amalfitains (Morphonou), cette skite fut alors abandonnée par ses moines. Elle était presque délabrée lorsqu’elle fut finalement annexée par la Grande Lavra, en 1353.

(5) Nicéphore Grégoras le nomme Grégoire l’Amer (Drimys), et rapporte son activité à Byzance. Mais il s’agit peut-être de S. Grégoire le Sinaïte [fête le 27 novembre].

([vi]) Originaire de Thessalonique, saint Isidore (Boucheiras) vécut quelque temps à l’Athos, mais dut bientôt retourner dans sa ville natale où, pendant dix ans environ, il s’employa à répandre la pratique de la prière parmi les laïcs. Tonsuré moine par S. Grégoire (1335), il devint un de ses plus fidèles soutiens et l’accompagna au synode de 1341. Élu métropolite de Monemvasia, il fut déposé à cause de ses positions en faveur des hésychastes. Après la victoire de Jean Cantacuzène, il retrouva la faveur dont il jouissait et fut élu patriarche (1347), ce qui lui permit de faire élever S. Grégoire sur le siège épiscopal de Thessalonique. Il s’endormit en paix, au bout de trois années seulement de ministère (1350), laissant une réputation de sainteté. S. Philothée Kokkinos rédigea sa Vie, mais sa mémoire n’a pas encore été incluse dans le calendrier.

([vii]) Ils sont réunis dans les Triades ou Défense des saints Hésychastes, son œuvre la plus importante, trad. J. Meyendorff, Louvain (Spicilegium Sacrum Lovaniense. Études et documents 30-31,1972

([viii]) Trad. fr. dans Philocalie des Pères Neptiques, Paris 1995, t. II, 480-481.

([ix]) Grégoire Palamas, Douze Homélies pour les Fêtes, «l’Échelle de Jacob », Paris 1987.

([x]) Jean Cantacuzène devint moine sous le nom de Joasaph.

Traités démonstratifs sur la procession du Saint-Esprit de Grégoire Palamas

Les deux Traités démonstratifs sur la procession du Saint-Esprit sont les premières œuvres théologiques de saint Grégoire Palamas (1296-1359). Écrits à l’occasion des discussions gréco-latines qui venaient de se tenir à Constantinople et qui risquaient de déboucher sur un mauvais compromis doctrinal, ils sont dirigés contre le « Filioque » ajouté par l’Église latine au Credo ou Confession de foi.

L’affirmation que l’Esprit procède du Père et du Fils impliquant, selon l’Église orthodoxe dont Palamas est l’un des plus éminents théologiens, une conception fausse des trois personnes divines, de leur nature, comme de leurs relations.

Tout en réfutant les développements de la théologie latine sur ce point, ces traités constituent l’un des exposés les plus approfondis et les plus fins de la théologie trinitaire orthodoxe, et sont un document essentiel dans le débat entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique sur ce qui a été et reste encore une « pierre d’achoppement » sur la voie de leur unité.

Le traducteur

Ancien membre du CNRS (1981-2012), enseignant de hiératique à l’EPHE (IVe section) et de néo-égyptien à l’ELCAO, Yvan KOENIG est aujourd’hui à la retraite. Il a publié de nombreux articles scientifiques et ouvrages et continue à participer à des colloques internationaux.

Avec la collaboration de : Jean-Claude Larchet, Yvan Koenig

Collection Cerf Patrimoines

212 pages – avril 2017 – 24,00€

https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/17984/traites-demonstratifs

Sur la théologie de saint Grégoire Palamas

source :http://stmaterne.blogspot.com/2008/03/quest-ce-que-la-grce-dimanche-de-saint.html

traduction de : http://raphael.doxos.com/comments.php?id=3635_0_1_0_C

Grâce / Sotériologie et saint Grégoire Palamas

De: Huw Raphael | 2006.07.26:2125 (@142) : http://raphael.doxos.com/comments.php?id=3635_0_1_0_C

J’ai reçu le courriel suivant de mon ami le p. Nicholas, qui m’a autorisé à le republier : —

S’il vous plaît, prenez conscience que j’essaie ici d’expliquer plusieurs siècles de théologie et de n’égarer personne.

Pour le dire simplement, saint Grégoire et ses enseignements font maintenant partie de ce qu’est être Orthodoxe. Ils ne sont en rien optionnels. Ayant dit cela, je dois confesser qu’il resta pour moi juste un saint mentionné le 2ème dimanche du Grand Carême, jusqu’à ce que je me retrouve dans le monastère portant son nom et que j’y vive 13 ans.

Palamas n’était PAS un scolastique.. en fait, tout le problème fut son opposition à toute la méthode médiévale occidentale scolastique de “faire” de la théologie, basée sur la métaphysique aristotélicienne (catégories) qui avait été synthétisée par Thomas d’Aquin. L’enseignement de saint Grégoire est très étroitement associée au concept de déification (theosis), un autre concept qui fut (et est toujours) difficile à comprendre pour la théologie occidentale contemporaine (quoique ce ne fut pas le cas pour l’ère patristique occidentale). Bien que Thomas enseignait qu’il y avait une sorte de connaissance “infuse” (par le Saint Esprit), bien plus fiable et dès lors préférable est la connaissance “matérielle” acquise par l’utilisation de la raison humaine, faisant appel aux catégories aristotéliciennes de pensée telles que la distinction entre substance/caractéristique physique. Ceux d’entre nous qui ont vécu un certain nombre d’années dans le catholicisme-romain se souviendront que la “transsubstantiation” était définie comme un changement dans la “substance” du pain et du vin qui devenait le vrai Corps et Sang du Christ, alors que seules les caractéristiques physiques restent, à savoir l’apparence de pain et de vin.

Le combat que saint Augustin d’Hippone a mené contre le pélagianisme a laissé plaie béante ouverte influençant la théologie mystique occidentale postérieure et la majeure partie de l’expérience des mystiques et moines de l’Église antique finirent par être regardé avec réserve et même suspicion.. même de nos jours, vous trouverez des auteurs qui classent des saints tels que saint Benoît de Nursie, saint Léon le Grand (pape de Rome) et saint Grégoire le Grand (pape de Rome) comme “semi pélagiens”… une opposition inconsidérée à la déification, l’hésychasme et la distinction entre essence et énergie par la plupart des gens qui sont imprégnés de l’anthropologie catholique-romaine ou protestante du bas Moyen-Âge et des débuts de l’ère moderne. C’est véritablement une manière différente de comprendre l’humanité en son noyau. Ce fut le pivot de mon propre parcours vers l’Orthodoxie.

En tout cas, l’idée centrale de l’enseignement de saint Grégoire, c’est que Dieu EST directement connaissable, en contradiction avec les scolastiques qui enseignaient que Créateur et créature sont éternellement séparés et ne savent communiquer qu’à travers quelque sorte de médiation.. La dispute principale éclata lorsque Barlaam de Calabre, un moine Grec d’Italie formé à la scolastique, se moqua des “Latins” qui tentaient de “connaître Dieu” par l’utilisation de la raison humaine, car disait-il, c’était “impossible à réaliser.” Il se moqua aussi d’un groupe de moines Grecs qui pratiquaient l’antique tradition de l’hésychasme (silence et paix intérieure), qui disaient contempler la “lumière de Dieu.” Il les taxa de “contemplateur de leurs nombrils” (omphaloscopoi) et les classa parmi les hérétiques messaliens. (Les messaliens enseignaient que les sacrements sont essentiellement inefficaces, mais que par la prière dans l’église, les démons sont exorcisés et que l’ont pouvait expérimenter le Saint Esprit en eux à travers l’expression corporelle). Barlaam était la coqueluche du courant anti-occidental dans l’intelligentsia grecque, et il avait les faveurs de la court impériale et du patriarche Akyndinos à Constantinople.

Saint Grégoire était un des plus cultivés parmi les hommes de son époque, ayant été élevé à la court et eu le même tuteur que les enfants impériaux, Theodore Metochites; il était considéré comme le plus érudit de son temps. Lorsque Barlaam commença à écrire, Grégoire était devenu moine au Mont Athos. Les enseignements de Barlaam le laissèrent perplexe, et il commença à correspondre avec lui, demandant des éclaircissements. Ca dégénéra en une guerre de théologies, et pour cela, saint Grégoire fut traîné devant le patriarche et la court impériale et condamné. Mais tout l’Athos le soutint, de même que nombre de laïcs cultivés. Un concile réuni ultérieurement reconnu ses écrits et déclara qu’ils faisaient autorité, condamnant Barlaam. Ce concile fut accepté par toutes les autres Églises Orthodoxes et devint dès lors normatif. Il influença grandement l’iconographie de saint André Roubleev et saint Théophane le Grec.

Dans ses écrits, saint Grégoire commença à explorer à la fois les Écritures et l’expérience de ce qui est appelé “Prière du coeur.” Cette spiritualité n’était en rien nouvelle, ayant été pratiquée sous diverses formes depuis saint Maxime le Confesseur, saint Nil le Sinaïte et d’autres Pères qui seront par la suite repris dans la Philocalie, et avant eux dans nombre de traditions de prière monastique orale égyptiennes et palestiniennes. Le corps humain était important, et certains moines utilisaient des positions corporelles afin d’aider à la concentration dans la prière privée, agenouillés et la tête courbée, respirant lentement – d’où le quolibet dont Barlaam les avait affublés.

Saint Grégoire sentit que “connaître Dieu” était une partie du coeur même de l’anthropologie humaine. La distinction qu’il faisait entre “essence” et “énergies” de Dieu n’avait rien à voir avec les “catégories” dans la manière scolastique, mais était une manière d’expliquer que Dieu reste Dieu et “au delà” de l’expérience et du raisonnement humains, et cependant, à travers l’Incarnation, est capable de communion réelle et vraiment directement avec l’humanité. Il utilisa l’exemple suivant : regarder directement vers le soleil (essence) causera l’aveuglement, mais sans la lumière solaire (énergies) (qui est le soleil en action), toute vie cesserait. Cela tourne autour de la compréhension de ce que signifie la “grâce.” Pour la théologie latine médiévale, la “grâce” était une “chose” (res) crée par Dieu et accordée à l’humain à travers le baptême et les sacrements. Pour la théologie patristique tant de l’Orient que de l’Occident, et pour saint Grégoire, la “Grâce” est “incréée.” Ce n’est pas une “chose” mais en fait une extension directe de Dieu Lui-même, et elle est occasionnellement manifestée physiquement par la lumière (comme dans la Transfiguration ou à la Résurrection, ou dans l’Ancien Testament, la Shekinah – gloire dans le Tabernacle, ou l’effet sur la face de Moïse lorsqu’il eut “contemplé la face arrière de Dieu.”) Les Pères la virent comme la présence littérale de Dieu qui transforme la Création. Et saint Grégoire enseigna que cette interaction directe avec Dieu n’était pas un fait spécial ou rare et confiné à quelque personnes dans l’histoire, mais que c’était ouvert à tout Chrétien baptisé.

Comme je l’ai dit, ce n’est pas un problème entre Orient et Occident, mais un problème de scolastique médiévale latine contre la compréhension antique occidentale et continuelle orientale. L’on pourrait affirmer que le changement en Occident était survenu à l’époque de Bernard de Clairvaux, qui est toujours discuté dans les livres d’histoire comme étant un moine frénétique et étroit d’esprit, qui s’opposait à la “raison humaine” et le persécuteur des bien-aimés Abelard et Héloïse. En fait, il s’opposait au changement de modèle (paradigme) de l’antique tradition patristique qui estimait impossible de voir l’homme comme vraiment homme si vu à part de Dieu, vers le concept ultérieur qui se déploiera en toute puissance à la Renaissance, qui voudra voir “l’homme” séparément de Dieu avec la spiritualité optionnellement ajoutée après coup. Pour l’antique monde Chrétien, il n’existait rien de tel que cet “homme naturel” avec une “couche de grâce sanctifiante” qu’il aurait subséquemment soit entièrement perdue (protestants), soit temporairement (catholiques-romains) lors de la Chute.

L’essentiel de tout cela, c’est que saint Grégoire a établit une “clarification” dans la dispute, qui sera utilisée pour comprendre ce qu’est la voie “Orthodoxe.” Il cita et appliqua en fait les enseignements de saint Basile le Grand. Et après que ses enseignements aient été acceptés par l’Église comme faisant autorité, ils se fondirent tout simplement dans le paysage théologique. Comme la réintégration des Icônes dans la vie de l’Église après l’iconoclasme ou la théologie des Pères Cappadociens.

Contrairement à la théologie catholique-romaine (et son droit canon), la théologie Orthodoxe n’est pas prophylactique, c-à-d qu’elle n’établit pas des définitions tentant d’anticiper de futurs problèmes, et puis suit ces définitions. C’est plutôt comme un “centre d’intervention pour catastrophes,” une fois qu’une discussion dégénère en controverse ayant un impact négatif sur les fidèles. La controverse, permise par Dieu, devient un moyen de clarification lorsqu’une erreur (ou peut-être qu’une meilleure description pourrait être un “malentendu”) ou confusion surgit à propos de ce qu’est la Foi. C’est basé sur les faits, les clarifications dogmatiques le sont sur ce qui pose quelque problème. Ce n’est pas une définition “nette.” Intentionnellement, cela n’intervient que sur là où il y a des problèmes perturbants. Ce que les catholiques-romains appellent “magesterium” (magistère) n’arrive que dans les controverses. En fait, le “code” de droit canon, même occidental, n’a été réalisé sous sa forme présente qu’au début du 20ème siècle. Jusqu’alors, il était comme c’est le cas pour nous, non pas un livre de règles, mais une collection d’éclaircissements sur la Foi et de précédents, principalement afin de guider les évêques à discerner comment diriger l’Église. Les enseignements de saint Grégoire tels qu’approuvés par le Concile de Constantinople sont entrés dans cette vaste collection de décrets, règles et lois (Canons).

Je me souviens d’un ami qui était prêtre catholique-romain et qui cherchait (en vain) quelque chose ressemblant à “l’instruction sur la sainte liturgie” qui préface le missel romain. Il n’y en a pas. Chaque prêtre apprend d’un autre “comment accomplir” la Liturgie. Les paroles sont les mêmes, mais le vaste corpus d’action liturgique n’a pas de véritable manuel de “savoir faire.” Et cependant, chacun d’entre nous, “Grecs,” “Russes,”, etc, tenons le linge de communion, nous tournons dans la même direction, encensons, etc, virtuellement de la même manière. Cela laissa mon ami pantois. Et il est extraordinaire que le rituel de tout ce monde de l’Église que nous tenons tous pour acquis nous est transmis de la sorte. Cela explique certaines des différences d’un endroit à l’autre, qui semble être source de confusion (voire de scandale) pour les nouveaux convertis. Mais cela montre aussi à quel point c’est bien vivant.

C’est pour cela que non, nul ne pourrait écarter la théologie palamite, pas plus qu’on ne saurait le faire pour la vénération des Icônes, ou le titre de “Théotokos.” C’est devenu une part du tissus de la compréhension que l’Église a de la Voie Orthodoxe.

Saint Grégoire Palamas ne fut pas seulement un moine, mais devint archevêque de Thessalonique et thaumaturge. Et l’hésychasme est fondamental pour les pratiques populaires de la prière et même de l’iconographie. Les “grands mots” tels que “déification,” “synergie,” et même “incarnation,” sont comme “hésychasme,” inconnus de la plupart des grands-mères Orthodoxes, cependant elles vivent malgré tout au sein de la spiritualité formés par eux. L’affligeant schisme interne qui a eu lieu dans l’Église de Russie au 17ème siècle avait son coeur partagé entre ritualistes et hésychastes, jusqu’alors combinés. Saint Nil Sorsky et tout le parti des non-possesseurs perdit la faveur royale et partit, non pas exactement au loin, mais vers l’existence cachée. S. Joseph de Volokolomsk fut préféré, et sa théologie de la “3ème Rome” couplée avec une grandiose liturgie se transforma pour finir en Vieux Croyants après Pierre le Grand.

Le bouleversement causé par les Turcs infligea aussi des dégâts et même l’Athos avait quasiment oublié cette profonde forme de prière, lorsqu’au 18ème siècle, saint Nicodème l’Hagiorite, et saint Macaire de Corinthe, “déterrèrent” les livres patristiques et les traduisirent en grec moderne, de sorte que les gens puissent les comprendre. Saint Païssios Velichkovsky, un moine Ukrainien, passa du temps sur l’Athos, apprit le grec, collationna des livres, et ensuite partit pour la Moldavie où il traduisit ces même livres en Slavon, ce qui leur permit de trouver le chemin de la Russie. C’est ce qui amena à la floraison spirituelle dont saint Séraphim de Sarov est l’exemple le plus célèbre. Le “Récit du Pèlerin Russe” est une forme populaire de prière hésychaste de base.

Vous trouverez probablement plus que vous ne voulez en savoir à propos de saint Grégoire et de ses enseignements sur (en anglais) :

http://www.monachos.net/patristics/palamas_theology.shtml

Espérant vous avoir été de quelque secours,

P. Nicholas

Retrouver le séminaire de Yvan Koenig au Centre Dumitru Staniloae Sur Grégoire Palamas

http://www.apostolia.tv/3399/2017-02-21-centre-dumitru-staniloae-yvan-koenig-patristique-saint-gregoire-palamas-3e-seminaire-2e-cycle-master/ 

Troisième séminaire de Patristique, 2e cycle (master), du professeur Yvan Koenig, 1er semestre de l’année académique 2016-2017, sur Grégoire Palamas: L’importance et l’actualité de la théologie de saint Grégoire pour l’homme contemporain.

Le Pr. Yvan Koenig assure les cours de Patristique (voir les programmes des cours du 1er semestre) dans le cadre du Centre Orthodoxe d’Études et de Recherche « Dumitru Staniloae » (année universitaire 2016-2017).

Écoutez la conférence en podcast audio: 1 heure et 39 minutes de conférence.

Moines comme laïcs, tous les chrétiens doivent prier continuellement

Saint Grégoire Palamas

Dans la dernière homélie qu’il a prononcée à la crypte, Monseigneur Gabriel a insisté sur la similitude de vocation entre moines et laïcs. Le texte suivant, que l’on trouve en annexe de la Philocalie, illustre ces propos. Il montre que l’activité la plus haute proposée aux moines : la prière hésychaste est  possible et même très souhaitable pour les laïcs aussi. Derrière l’aspect surtout exhortatif du texte on trouve des éclairages précis sur l’anthropologie chrétienne. La prière qui est appelée ici “prière intellectuelle” ou “prière de l’intelligence” car elle est l’activité de la “puissance intellective” l’âme (le “nous” en grec) qui n’est pas seulement l’intelligence mentale mais la faculté contemplative. Cette intelligence doit hiérarchiser les autres puissances de l’âme comme aussi les facultés corporelles. Cela implique (ce que le texte ne souligne peut-être pas assez) qu’une vie chrétienne fervente et stricte est indispensable pour pratiquer cette prière avec profit et sans danger. Le dernier ouvrage de Monseigneur Kallistos (Ware) donne bien des éclairages sur ce dernier aspect [“Tout ce qui vit est saint”, éditions “Le sel de la terre”]

Michel Feuillebois

Qu’on n’aille pas penser, frères chrétiens, que seuls les prêtres et les moines ont le devoir de prier continuellement, et non les laïcs. Non, non. Tous les chrétiens ont en commun le devoir de se trouver toujours en prière.

Histoire du vieillard Job

Le Patriarche de Constantinople Philothée écrit dans la vie de saint Grégoire de Thessalonique (Palamas), que celui-ci avait un ami bien-aimé nommé Job, un homme très simple, très vertueux. Un jour que le saint était en conversation avec lui, il lui parla de la prière, il lui dit que tout chrétien devait simplement toujours s’efforcer de prier, et prier continuellement, comme l’ordonne l’apôtre Paul à tous: “Priez continuellement” (1 Thess. 5, 17), et comme le dit le prophète David, bien qu’il fût roi et eût tous les soucis de son royaume: “J’ai toujours le Seigneur devant moi”(Ps. 15(16), 8), c’est-à-dire : par la prière, dans mon intelligence, je vois toujours le Seigneur devant moi. De même, Grégoire le Théologien enseigne à tous les chrétiens qu’il nous faut, dans la prière, nous souvenir du nom de Dieu plus souvent que nous prenons notre respiration.

Le saint disait donc ces choses, et d’autres encore, à son ami Job. Et il et lui ajoutait qu’il nous fallait obéir aux recommandations des saints, et que non  seulement nous devions prier nous-mêmes continuellement, mais que nous devions aussi enseigner les autres, les moines et les laïcs, les sages et les ignorants, les hommes comme les femmes et les enfants, et les exhorter à prier toujours. La chose parut nouvelle au vieillard Job, et il se mit à contester. Il dit au saint que la prière continuelle est le seul fait des ascètes et des moines qui vivent en dehors du monde et de ses distractions, mais qu’il est impossible que prient toujours ceux qui sont dans le monde et ont tant de soucis et de travaux. Le saint lui donna encore d’autres témoignages, d’autres preuves irréfutables. Mais le vieillard Job ne se laissa pas persuader. Alors le divin Grégoire, fuyant le bavardage et la discussion, se tut. Et chacun rentra dans sa cellule. Plus tard, quand Job priait seul dans sa cellule, un ange du Seigneur lui apparut, envoyé de Dieu qui veut le salut de tous les hommes. L’ange lui reprocha d’avoir contesté ce que lui disait saint Grégoire et de s’être opposé à lui sur des choses dont il est évident qu’elles sont la source du salut des chrétiens. Il lui ordonna au nom du Dieu saint d’être attentif désormais et de se garder de rien dire contre une telle œuvre si utile à l’âme, car il s’opposerait à la volonté de Dieu. Il lui interdit donc d’accepter en lui désormais une pensée contraire, et il lui demanda de considérer les choses conformément à ce que lui avait dit le divin Grégoire. Alors le vieillard Job, cet homme simple, alla aussitôt voir le saint. Il tomba à ses pieds et lui demanda pardon de s’être opposé à lui et d’avoir contesté ses paroles. Et il lui révéla ce que l’ange du Seigneur lui avait dit.

Tous les chrétiens ont en commun le devoir de prier continuellement

Voyez-vous, frères, que tous les chrétiens, du plus petit jusqu’au plus grand, ont tous en commun le devoir de prier continuellement, de dire la prière intellectuelle”Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi”, et d’accoutumer leur intelligenceet leur coeur à la dire toujours ? Considérez-vous combien cette prière plaît à Dieu et quel avantage elle nous donne, dès lors que, dans son extrême miséricorde, il a envoyé un ange céleste pour nous le révéler, pour que nous n’ayons plus là-dessus aucun doute ? Mais que disent les hommes qui vivent dans le monde ?  “Nous sommes au milieu de tant d’affaires et de soucis. Comment est-il possible de prier continuellement  ?”.  Je leur réponds : “Dieu ne nous a rien demandé d’impossible. Il ne nous a ordonné que ce qu’il était en notre pouvoir de faire. Tout hommequi, en s’en donnant la peine, cherche le salut de son âme est capable de parvenir à la prière continuelle. Car si la chose était impossible, elle le serait pour tous les laïcs, et il ne se trouverait pas tant d’hommes dans le monde pour y parvenir.”

La vie du père de saint Grégoire

Le père de saint Grégoire en est un exemple entre bien d’autres. Cet homme admirable, nommé Constantin, travaillait dans le palais même du roi. On l’appelait le père et le maître du roi Andronique. Il s’occupait, chaque jour des affaires royales, sans parler des affaires de sa propre maison, car il était très riche, avait de nombreux domaines, des serviteurs, sa femme et ses enfants. Malgré tout, il ne se séparait jamais de Dieu. Il était si adonné à la prière intellectuellecontinue qu’il en oubliait souvent ce que lui disaient le roi et les ministres du palais à propos des affaires du royaume, qu’il devait les interroger plusieurs fois sur les mêmes affaires. Il arrivait que les autres ministres, quand ils ignoraient la cause, en étaient contrariés et lui reprochaient d’oublier si vite et de troubler le roi en répétant ses questions. Mais le roi, qui savait la cause, le défendait et disait: “Constantin, l’heureux homme, a ses propres pensées. Et elles l’empêchent d’être attentif aux affaires provisoires et vaines dont nous parlons. Mais son intelligenceest attachée à ce qui est vrai, aux choses du ciel. Et il oublie les choses terrestres. Car toute son attention est dans la prière et tournée vers Dieu.”

La prière continue est à la portée de tout chrétien

Frères chrétiens, je vous en prie donc avec le divin Chrysostome, pour le salut de vos âmes, ne négligez pas cette oeuvre de la prière. Imitez ceux dont nous avons parlé. Et autant que possible, suivez-les. Si la chose vous paraît difficile au début, soyez sûrs et certains, comme venant de Dieu lui- même qui domine l’univers, que le propre nom de notre Seigneur Jésus Christ, invoqué par nous chaque jour et continuellement, aplanira toutes nos difficultés, et qu’avec le temps, quand nous nous serons accoutumés à ce nom, quand nous aurons été comblés de douceur en lui, nous saurons d’expérience que son invocation continuelle n’est ni impossible ni difficile, mais possible et aisée. C’est pourquoi le divin Paul qui, mieux que nous, savait le grand bien que nous fait la prière, nous exhorte à prier continuellement. (cf. 1 Thess. 5,17.)

Or il n’a pas voulu nous recommander une chose difficile et impossible, que nous ne pourrions pas faire; nous aurions alors nécessairement désobéi, nous aurions transgressé son ordre, et par là même nous aurions été condamnés. Mais le but de l’apôtre en disant “Priez continuellement” était que nous priions avec notre intelligence; ce qu’il nous est toujours possible de faire. Quand nous travaillons de nos mains, quand nous marchons, quand nous nous asseyons, quand nous mangeons, quand nous buvons, nous pouvons toujours prier avec notre intelligence et porter en nous une prière intellectuelle qui soit vraie et plaise à Dieu. Nous pouvons travailler avec le corps et prier avec l’âme. L’homme extérieur peut accomplir toutes les tâches corporelles, et l’homme intérieur être entièrement consacré à l’adoration de Dieu, toujours porter cette oeuvre spirituelle de la prière de l’intelligence. C’est ce que nous demande Jésus, le Dieu Homme, quand il dit dans le saint Evangile : “Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme la porte sur toi et prie ton Père qui est dans le secret” (Matth. 6,6).

Les rapports entre l’âme et le corps

La chambre de l’âme est le corps. Les portes de notre être sont les cinq sens. L’âme entre dans sa chambre quand l’intelligencecesse d’aller et venir dans les choses du monde, mais se trouve au milieu de notre coeur. Et les sens demeurent fermés, quand nous ne les laissons pas s’attacher aux choses sensibles et visibles. Ainsi notre intelligenceest libérée de toute activité du monde. Par la prière intellectuellesecrète, elle s’unit à Dieu son Père. Le Christ dit alors: “Ton Père qui est dans le secret te donnera clairement ta récompense” (Matth. 6,6). Dieu, qui connaît le secret des coeurs, voit ta prière intellectuelle, et il la récompense en te donnant de grands charismes visibles.

Car cette prière intellectuelleest la vraie prière, la prière parfaite. Elle emplit l’âme de grâce divine et de charismes de l’Esprit, comme le parfum dont l’odeur, dans le vase, est d’autant plus forte que tu l’y as enfermé. Ainsi de la prière. Plus tu l’enfermes dans ton coeur, plus elle comble le coeur de grâce divine. Bienheureux ceux qui s’adonnent à cette oeuvre céleste. Car par elle ils surmontent toutes les tentations des démons malins, comme David a vaincu l’orgueilleux Goliath (cf. 1 Sam. 17,51) par elle ils éteignent les désirs désordonnés de la chair, comme les trois enfants ont éteint la flamme de la fournaise (cf. Dan. 3, 24-25),   par elle ils apaisent les passions, comme Daniel calma les lions sauvages (cf. Dan. 6, 18-19) ; par elle ils font descendre la rosée du Saint-Esprit dans les coeurs, comme Elie fit descendre la pluie sur le Carmel (cf. IRois 18,45). C’est cette prière intellectuellequi monte jusqu’au trône de Dieu, et est gardée dans des coupes d’or, d’où s’élève son parfum vers le Seigneur, comme dit Jean le Théologien dans l’Apocalypse: “Les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l’Agneau avec leurs cithares et des coupes d’or pleines de parfum, qui sont les prières des saints” (Apoc. 5,8)..“ Cette prière intellectuelleest une lumière qui éclaire toujours l’âme de l’homme et allume son coeur aux flammes  de  l’amour  de  Dieu. Elle  est  une  chaîne qui joint et unit Dieu et l’homme.

in La Philocalie,

traduction de J. TOURAILLE,

éditions DESCLEE DE BROUWER – J.C. LATTES

Tome 2, pages 831-835.

Publié en novembre dans le numéro 337 du Bulletin de la Crypte

Homélie prononcée le 27 mars 2005, à la Crypte, par le père André

Second dimanche de carême

Dimanche de saint Grégoire Palamas.

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Aujourd’hui, nous commémorons saint Grégoire Palamas.

Les deux premiers dimanches de Carême, l’Église ponctue notre effort de purification en mettant l’accent sur l’intégrité de la foi. Dimanche dernier, il s’agissait de la proclamation de la foi orthodoxe, telle qu’elle est formulée de manière définitive depuis le VIIIe siècle, de la foi des sept Conciles Œcuméniques, en particulier de la réalité de la nature humaine assumée par la Personne divine du Christ. Cela concerne aussi notre salut, car la réalité du salut est inséparable de la vérité de la foi. Les pères ont l’habitude de dire que ce qui n’est pas assumé n’est pas sauvé.

Aujourd’hui, le deuxième dimanche complète cette affirmation de la foi par les précisions apportées au XIVe siècle, et qui ont une valeur permanente pour notre vie spirituelle. C’est à Grégoire Palamas qu’il a été donné d’exprimer, en termes clairs, la foi de l’Église à un moment où elle était menacée par la confusion avec la pensée humaniste de la Renaissance, soutenue par Barlaam.

Je ne vais pas parler ici de la tradition hésychaste, ni de la doctrine des énergies incréées. Je voudrais seulement retenir avec vous quelques arguments de Grégoire Palamas concernant l’articulation de la nature et de la Grâce. (Dans ce mot nature, il faut entendre la nature créée, notre nature humaine avec toutes ses facultés, ce que nous sommes en tant qu’êtres créés.)

Ces précisions du XIVe siècle gardent toute leur actualité en notre temps qui ignore la grâce de Dieu et qui met sa foi dans les capacités naturelles de l’homme, dans notre société où il faut être performant, avec un culte excessif du corps (être bien dans son corps…) et une absolutisation de la raison depuis le siècle des lumières.

Or les moyens naturels et nos propres capacités sont insuffisants pour nous assurer le salut. « Porte-nous secours dans la tribulation, car le salut qui vient de l’homme est vanité » dit un psaume. La nature créée a besoin de la grâce pour s’accomplir, pour se dépasser et devenir conforme à sa vocation qui est de participer à la nature divine.

Lorsque le Christ guérit le paralytique, dans l’Évangile que nous venons d’entendre, Il ne se contente pas de la guérison physique, Il lui pardonne les péchés, Il le restaure dans son intégrité et dans sa vocation à la sainteté. La maladie du paralytique est un symbole de notre paralysie spirituelle. La paralysie spirituelle, n’est-ce pas d’être privé de la grâce ?

Et comment comprendre le commandement : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. Soyez saints car Je suis saint. »  ? La nature humaine n’a pas sa perfection en elle-même, mais dans la communion avec Dieu, qui seul est Saint. La perfection, c’est lorsque la nature a revêtu la grâce de Dieu.  « Vous êtes le Temple de Dieu, votre corps est le Temple de l’Esprit Saint » dit l’Apôtre Paul.   « Le but de la vie chrétienne est l’acquisition du Saint Esprit » dit saint Séraphim de Sarov. Ignorer cela, rester dans l’autonomie d’une nature refermée sur elle-même, coupée de Dieu, c’est déjà le péché.

À la base, Grégoire distingue nettement entre don de nature et don de grâce. Par exemple la faculté de connaissance qui, « même si on en fait bon emploi, est un don de nature et non de grâce, que Dieu accorde à tous sans exception et que l’on peut développer par l’exercice. Le fait qu’il n’échoit à personne sans effort et sans exercice est une preuve évidente qu’il s’agit d’un don naturel et non spirituel. »

À cela s’ajoute une complication : le péché qui pervertit nos facultés naturelles. « Aucune chose mauvaise n’est mau­vaise en tant qu’elle est, mais en tant qu’elle s’est écartée de l’action qui lui est propre et de la fin qui lui est assignée. »

Ainsi, la santé rendue au paralytique n’est une bonne chose que si elle est utilisée pour faire le bien, pour glorifier Dieu par sa vie. Si nous demandons la santé pour continuer à vivre dans le désordre ou pour mieux satisfaire nos convoitises, ce n’est plus une bonne chose.

C’est pourquoi il y a une purification et des renoncements nécessaires. Et Grégoire met à juste titre ces renoncements en relation avec la foi, l’espérance de la grâce divine et l’humilité. Voici un passage qui me semble tout à fait approprié pour ce temps de Carême : « Celui qui ne croit pas à ce grand mystère de la grâce nouvelle, celui qui ignore l’espérance de la déification, ne peut mépriser les plaisirs de la chair, l’argent, la richesse et la gloire humaine. Et s’il le peut pour un bref moment, c’est l’orgueil d’avoir déjà atteint la perfection qui prend place en lui et il retombe dans la catégorie des impurs. Celui qui désire cette espérance, même s’il a accompli toutes les bonnes actions, recherche la perfection plus que parfaite et infinie : il ne considère pas qu’il ait acquis quoi que ce soit et progresse ainsi dans l’humilité ; il pleure et s’écrie comme Isaïe : Malheur à moi  ! Je suis impur, j’ai des lèvres impures et j’ai vu de mes yeux le Seigneur Sabaoth. Mais ces larmes font progresser dans la purification et le Seigneur de la grâce y ajoute la consolation et l’illumination. »

Par ailleurs, cette purification n’a rien à voir avec une mortification. Pour Grégoire Palamas, « seules les passions mauvaises doivent mourir. » En effet, lorsque l’Apôtre dit : Faites mourir les membres qui sont sur la terre, il parle de l’impudicité, de l’impureté, de la cupidité et autres mauvaises passions.

Ni le corps, ni même la partie passionnée de l’âme, comme la puissance de désir et la combativité, ne sont à rejeter : « L’impassibilité ne consiste pas à faire mourir la partie passionnée de l’âme, mais à la transférer du mal vers le bien, à la diriger vers les choses divines. Car c’est le mauvais usage des puissances de l’âme qui engendre les passions. Mais si l’on s’en sert convenablement, on les fera agir en conformité avec le but que Dieu leur a proposé en les créant : avec l’appétit concupiscible, on embrassera la charité ; avec l’appétit irascible, on assumera la persévérance. » « Il faut donc offrir à Dieu la partie passionnée de l’âme, vivante et agissante, afin qu’elle soit un sacrifice vivant, de même que nos corps, comme l’a dit l’Apôtre : Je vous exhorte, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu.  »

C’est tout notre être qui a besoin de Dieu : « Mon âme a soif de Toi, ma chair Te désire… » dit encore un psaume.

C’est aussi de tout notre être qu’il faut prier pour demander l’Esprit Saint. Grégoire cite ces paroles de l’Apôtre Paul : Priez en tout temps dans l’Esprit, ainsi que du Seigneur : Dieu ne refusera pas l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent, ou encore de la prophétesse Anne :  Dieu donne la prière à celui qui prie. Et il ajoute : « Appliquons-nous à la prière continue, par nos actions, nos paroles et nos pensées, jusqu’à ce que nous recevions le don. »

Alors, lorsqu’elle « reçoit les dons de l’Esprit », notre nature est régénérée, elle « devient différente de ce qu’elle était : nouvelle, déiforme, spirituelle… »

Dans ces précisions sur les relations entre la nature et la grâce, Grégoire Palamas n’invente rien de nouveau, il réaffirme la conception chrétienne et biblique. Saint Paul n’exprime pas autre chose lorsqu’il oppose l’homme charnel à l’homme spirituel. Il ne veut pas dire que la chair est mauvaise en elle-même. La chair, d’ailleurs, dans le langage biblique, ne désigne pas seulement ce qui est corporel en nous, mais tout ce que nous sommes en tant qu’êtres créés. Saint Paul n’oppose pas deux parties de l’homme : le corps qui serait voué au péché et l’âme qui seule appartiendrait à Dieu, mais deux orientations, deux mouvements contraires.

L’homme spirituel est celui qui se tourne vers Dieu pour recevoir l’Esprit Saint et agir selon l’Esprit Saint, tandis que dans l’homme charnel, l’humain reste livré à ses seules forces, coupé de sa relation à Dieu.

Tout cela fait bien sûr partie de notre prière quotidienne, par exemple dans de nombreux psaumes : « Ce n’est pas dans mes propres forces, mais dans le Seigneur, que je mets ma confiance et mon espérance. » Mais souvent il y a une dichotomie entre notre prière et le reste de notre vie.

Les conceptions modernes ambiantes (un certain humanisme païen) présentent bien des affinités avec la pensée humaniste réfutée au XIVe siècle par Grégoire Palamas. Et comme elles ne sont pas sans générosité, on peut être tenté de considérer que les valeurs du monde et les valeurs de la religion se rejoignent. Or il y a un discernement à opérer entre les pensées du monde et les exigences de la vie spirituelle. Rendons grâces à Dieu de nous avoir donné des pères comme Grégoire Palamas pour nous rappeler comment rendre au monde ce qui appartient au monde et à Dieu ce qui appartient à Dieu.

Amen.

À voir sur Youtube

Ajoutée le 26 mars 2013

Après la période de pré-Carême, l’Église orthodoxe s’apprête à rentrer dans le temps du Grand Carême de Pâques qui commence lundi 18 mars. L’émission “L’Orthodoxie, Ici & Maintenant” de mars 2013 reviendra dans la deuxième partie de “La montée vers Pâques en son et image”, sur “Les dimanches du Grand Carême et leur signification dans la tradition orthodoxe”. Le dossier de cette émission sera consacré à “l’enseignement de la théologie orthodoxe en France: l’apport de l’Institut Saint Serge: histoire et perspective”. Carol Saba recevra pour ce faire Michel Stavrou, professeur de théologie des dogmes à l’Institut Saint Serge. L’émission proposera également un reportage, “L’icône bulgare, exposée en France”. L’actualité orthodoxe du mois sera présentée avant de terminer avec le Lexikon illustré, consacré ce mois-ci, à la crise iconoclaste et au triomphe de l’orthodoxie, à travers l’explication de deux termes “I comme Iconoclasme” et “D comme Dimanche du Triomphe de l’Orthodoxie”.

L’Orthodoxie, ici et maintenant du 26/03/2013.

Conférence de Bertrand Vergely “saint Grégoire Palamas” dans les Lundis de Port Royal

Commentaire patristique par Saint Hilaire de Poitiers

Commentaire de l’Évangile de Matthieu, 8,5 (trad. SC 254, p. 199 rev.)

« Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi »

[Dans l’évangile de Matthieu, Jésus vient de guérir deux étrangers en territoire païen.]

Dans ce paralytique, c’est la totalité des païens qui est présentée au Christ pour être guérie. Mais les termes même de la guérison doivent être étudiés : ce qu’il dit au paralytique n’est pas : « Sois guéri », ni : « Lève-toi et marche », mais : « Sois ferme, mon fils, tes péchés te sont remis » (Mt 9,2).

En un seul homme, Adam, les péchés avaient été transmis à toutes les nations. C’est pourquoi celui qui est appelé fils est présenté pour être guéri…, parce qu’il est la première œuvre de Dieu…; maintenant il reçoit la miséricorde qui vient du pardon de la première désobéissance. Nous ne voyons pas en effet que ce paralytique ait commis de péché ; et ailleurs le Seigneur a dit que la cécité de naissance n’avait pas été contractée à la suite d’un péché personnel ou héréditaire (Jn 9,3)…

Nul ne peut remettre les péchés hormis Dieu seul, donc celui qui les a remis est Dieu… Et pour que l’on puisse comprendre qu’il avait pris notre chair pour remettre aux âmes leurs péchés et pour procurer aux corps la résurrection, il dit : « Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre, dit-il au paralytique : Lève-toi et prends ton lit ».

Il aurait suffi de dire : « Lève-toi », mais…il a ajouté : « Prends ton lit et va-t’en chez toi ». D’abord, il a accordé la rémission des péchés, ensuite il a montré le pouvoir de la résurrection, puis il a enseigné, en faisant enlever le lit, que la faiblesse et la douleur n’atteindront plus les corps. Enfin, en renvoyant cet homme guéri à sa propre maison, il a montré que les croyants doivent retrouver le chemin conduisant au paradis, ce chemin qu’Adam, père de tous les hommes, avait quitté quand il a été brisé par la souillure du péché.

Commentaire patristique par Clément d’Alexandrie

“Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance”

Malades, nous avons besoin du Sauveur ; égarés, de celui qui nous conduira ; assoiffés, de la source d’eau vive ; morts, nous avons besoin de

la vie ; brebis, du berger ; enfants, de l’éducateur ; et toute l’humanité a besoin de Jésus…

Si vous le voulez, nous pouvons comprendre la suprême sagesse du très saint pasteur et éducateur, qui est le Tout-Puissant et le Verbe du Père,

lorsqu’il se sert d’une allégorie et se dit le pasteur des brebis ; mais il est aussi l’éducateur des tout-petits. C’est ainsi qu’il s’adresse longuement aux anciens, par l’intermédiaire d’Ezéchiel, et qu’il leur donne l’exemple de sa sollicitude : “Je soignerai celui qui est boiteux, et je guérirai celui qui est accablé ; je ramènerai celui qui s’est égaré, et je les ferai paître sur ma montagne sainte” (Ez 34,16). Oui, maître, conduis-nous vers les gras pâturages de ta justice. Oui, toi notre éducateur, sois notre pasteur jusqu’à ta montagne sainte, jusqu’à l’Eglise qui s’élève au-dessus des nuages, qui touche aux cieux.

“Et je serai leur pasteur, dit-il, et je serai près d’eux” (Ez 34,12). Il veut sauver ma chair en la revêtant de la tunique d’incorruptibilité…

“Ils m’appelleront, dit-il, et je dirai : Me voici” (Is 58,9)…

Tel est notre éducateur ; il est bon avec justice.

“Je ne suis pas venu pour être servi, dit-il, mais pour servir” (Mt 20,28).

C’est pourquoi, dans l’Évangile, on nous le montre fatigué (Jn 4,5), lui qui se fatigue pour nous, et qui promet de “donner sa vie en rançon pour la multitude” (Mt 20,28).

Il affirme que seul le bon pasteur agit ainsi. Quel donateur magnifique, qui donne pour nous ce qu’il a de plus grand : sa vie ! Quel bienfaiteur, l’ami des hommes, qui a voulu être leur frère plutôt que leur Seigneur ! Et il a poussé la bonté jusqu’à mourir pour nous.

(Sources Chrétiennes 70, p. 258)

Top