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Homélie prononcée par le diacre Dominique Beaufils à la Crypte le 18 mars 2018, dimanche de Saint Jean Climaque

Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen.

Frères et sœurs en Christ,

Nous sommes maintenant dans la seconde moitié du saint carême, dans la montée vers la grande Semaine et la Résurrection du Christ.

Dimanche dernier, l’Eglise nous a rappelé le sens du carême, qui est aussi celui de notre vie : la vénération de la Croix du Christ, instrument de la passion, mais surtout de la résurrection ; de la résurrection du Christ et de notre propre résurrection.

Mais la croix est l’instrument de notre résurrection si, comme l’écrit le saint apôtre Paul aux romains, nous avons été  totalement assimilés à la mort du Christ.[i] Et le livre de l’Apocalypse prophétise : « heureux ceux qui sont morts dans le Seigneur »[ii]. Comment ? Le Christ nous dit : « si quelqu’un veut venir à Ma suite, qu’il… se charge de sa croix et qu’il Me suive ».[iii] Il nous faut donc nous charger de notre croix et suivre le Christ.

Nous avons trop tendance à assimiler notre croix à nos peines, nos afflictions, nos difficultés, à nos souffrances ou nos infirmités, en un mot à tout ce qui mine notre existence. Mais nous oublions que notre croix, c’est également nos passions, nos péchés, une vie centrée sur notre ego, sur le matériel. Finalement, notre croix, c’est tout ce que nous rappelle la prière de Saint Ephrem. C’est notre esprit d’oisiveté, de découragement, de domination, de vaines paroles ; c’est notre manque d’humilité, d’intégrité, de patience et d’amour ; c’est le jugement de nos frères sans voir nos fautes, et l’oubli de bénir – de rendre grâce – à Celui Qui est Seigneur et Maître de ma vie.

Aujourd’hui, Saint Jean Climaque vient à notre aide pour nous guider en nous montrant comment nous charger de cette croix et suivre le Christ. C’est ce que chante le lucernaire ton 8 des vêpres : « Tu es monté vers Dieu par ta foi, abandonnant les désordres de ce monde agité ; prenant ta croix, tu as suivi le Christ, maîtrisant sous le frein de l’ascèse les élans de ton corps, avec la force qui émane du Saint Esprit ».

Ce chemin qui mène à Dieu, Saint Jean l’a figuré dans l’échelle qui l’a fait nommer « Climaque ». Cette échelle, c’est celle que Jacob a vue en songe, plantée dans la terre et dont le sommet arrivait au ciel, et les Anges de Dieu montaient et descendaient sur elle[iv]. Cette échelle, c’est le pont entre la terre et le ciel, par laquelle il est donné à l’homme de monter vers Dieu, par laquelle il lui est donné de pouvoir devenir Dieu. Car cette échelle, nous dit Saint Jean Damascène[v], c’est la Très Sainte Mère de Dieu par Qui le Très Haut est descendu des cieux dans Son incarnation, elle qui est remontée au ciel dans sa glorieuse Dormition.

Ainsi, bien que la Mère de Dieu semble absente de l’échelle de Saint Jean Climaque, elle est en réalité partout présente, car elle est l’échelle sainte. C’est dans son intercession que l’homme peut progresser vers Dieu dans l’Esprit Saint. C’est le sens de ce qu’écrit Saint Jean Climaque, que  nous pouvons tout en Celui Qui nous fortifie si l’Esprit Saint descend sur nous comme sur la Vierge, si la vertu du Très Haut nous couvre de Son ombre de patience.[vi]

L’Archimandrite Placide, de bienheureuse mémoire, montre l’échelle comme une voie qui achemine vers la déification de l’homme, dont on ne peut avoir une intelligence véritable qu’en s’y engageant soi-même, en s’efforçant de percevoir ce que Dieu dit à travers elle, et en s’appliquant à suivre ses directives.[vii]

En ce dimanche de Saint Jean Climaque, nous avons entendu dans l’Evangile, le Christ Lui-même nous donner une échelle sainte pour nous élever vers Dieu, pour être rendus dignes d’une grande récompense dans les cieux, qui sera de devenir fils adoptifs du Père, comme frères du Christ et fils de la Très Sainte Mère de Dieu.

Les Béatitudes ne peuvent pas être comprises comme un enseignement datant de plus de vingt siècles, donné aux foules venues de Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de Judée et d’au-delà du Jourdain, comme nous le dit l’Evangile. Les Béatitudes sont un enseignement que le Christ donne aujourd’hui, ici même et à nous ; un enseignement immuable, dont les préceptes ne peuvent pas être changés, a fortiori abolis par le temps. Dans ce temps où la civilisation est bouleversée, où les valeurs essentielles de la vie sont renversées, où se réalise pour nous la promesse du Satan : « tout cela, je te le donnerai si tu m’adores », nous devons comprendre que les Béatitudes sont les jalons qui nous guident dans le chemin qui mène à Dieu ; la sécurité qui nous empêche de chuter de l’échelle sainte qui mène de la terre au ciel, de sombrer dans la traversée de la mer de Galilée, qui nous mène de la rive terrestre à celle du royaume des cieux.

C’est dans ce temps du présent éternel que nous devons cultiver l’esprit de pauvreté. L’esprit de pauvreté, ce n’est pas seulement ne pas rechercher le matériel, la richesse, le profit, c’est accepter avec joie et action de grâce tous ce qui est dons de Dieu ; c’est, comme le Christ le demande au jeune homme riche, vendre ce que nous possédons et le donner aux pauvres, figure symbolique de l’aumône, dont les pères de l’Eglise nous disent qu’elle est le gage du Royaume. Mais avoir l’esprit de pauvreté, c’est aussi être en quête de l’Esprit Saint. Saint Séraphim de Sarov nous dit que le but de la vie chrétienne, c’est l’acquisition de l’Esprit Saint. Et l’Esprit Saint, nous ne pouvons pas l’acquérir dans un supermarché ou sur internet : nous ne pouvons l’acquérir que dans la vie en Christ, dans la vie de l’Eglise, dans la prière et l’amour.

L’esprit de pauvreté entraîne tout le reste dans son sillage : la douceur, à l’image du Christ Qui est « doux et humble de cœur »[viii] ; cette douceur qui nous permet de nous supporter les uns les autres, comme le demande le saint apôtre Paul aux éphésiens[ix], et par laquelle nous pouvons être témoins du Christ dans ce monde où règnent discorde, rivalité ou haine. La consolation des pleurs, car la quête de l’Esprit Saint procède de l’espérance et de la joie. Et les larmes du repentir et de la pénitence sont une consolation très douce que nous donne le Christ Lui-même. La faim et la soif d’une justice qui ne soit pas la justice pénale des hommes, fluctuante avec les déviations des mœurs et selon les circonstances, mais la justice divine, qui est la justification, permanente et immuable, que traduit Saint Isaac le Syrien lorsqu’il dit : « c’est nous qui avons péché, mais c’est le Christ Qui est mort sur la croix pour nos péchés. » C’est pour cette justification divine que le Christ nous demande d’accepter d’être persécutés. Ce désir de la justice divine nous amène à avoir un cœur pur, qui voit dans ses frères non pas les défauts mais l’Image de Dieu. C’est aussi pour cela que le Christ nous dit que les cœurs purs verront Dieu. La miséricorde, sans esprit de revanche, qui culmine dans l’amour des ennemis qui permet d’être pacificateurs, porteurs de la paix du Christ dans un monde déchiré par les guerres.

Tout cela, frères et sœurs en Christ, est d’une parfaite actualité ; tout cela, nous devons le vivre dans toute notre vie. Mais aussi, nous devons nous préparer à vivre la dernière Béatitude, d’être insultés, persécutés, calomniés à cause du Christ, dans un monde où les chrétiens sont persécutés, chassés et même tués pour leur foi en Christ ; dans une civilisation qui veut se passer de Dieu, et où l’on est méprisés, marginalisés lorsque l’on défend les valeurs Chrétiennes.

C’est de cette croix que nous devons nous charger pour suivre le Christ, avec le même Amour que le Christ. C’est cette croix que nous devons assumer pour être témoins du Christ dans le monde – conscients que témoins et martyrs sont le même mot, la même chose – et devenir dignes d’une récompense qui sera grande dans les cieux.

Frères et sœurs en Christ, prions pour que, par l’intercession de la bienheureuse Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, le Christ Lui-même soit notre aide, notre soutien pour progresser sur l’échelle sainte.

A Lui la gloire dans les siècles des siècles.

Amen.

[i] Rm.6,5

[ii] Ap.14,13

[iii] Mt.16,24

[iv] Gn.28,12

[v] 3ème homélie sur la dormition, 2, in St. Jean Damascène : « Homélies sur la nativité et la dormition », Cerf Ed. Paris 1961, p.181

[vi] cf. quatrième degré, 40, p.70

[vii] « L’échelle sainte », Abbaye de Bellefontaine Ed. Bégrolles-en-Mauges, 1978, pp.8-9

[viii] Mt.11,29

[ix] Eph.1,2

Notice sur l’Acathiste à la Mère de Dieu

Cet acathiste fut chanté la première fois pour célébrer la protection que la Mère de Dieu offrit à la ville de Constantinople, lors de son siège en 626. La ville était assiégé par les armées arabes et musulmanes alors que l’empereur byzantin Héraclius était parti en guerre contre les Perses. Tandis que les quelques forces grecques présentes organisaient la défense de la Ville, le patriarche Serge implora la protection de la Mère de Dieu (dont l’attribut est  Hodighitria c’est-à-dire « celle qui guide ») et le peuple de Constantinople fit une procession avec son icône. La bataille fut gagnée.

« Et le peuple reconnaissant de Constantinople, rendant grâce à la Mère de Dieu, lui chanta une hymne toute la nuit, sans s’asseoir (acathiste), puisqu’elle n’avait pas cessé elle-même de veiller sur eux et qu’avec une surnaturelle puissance, elle avait remporté la victoire sur les ennemis. Depuis lors, en souvenir de ce prodige si grand et surnaturel, l’Église a pris l’habitude de consacrer cette fête à la Mère de Dieu, en ce temps de l’année où elle donna la victoire. Et on l’appelle acathiste, puisque c’est debout qu’elle fut alors célébrée par le clergé de la ville et par tout le peuple. »

En 678 et en 718, Constantinople fut à nouveau sauvée par l’intercession de la Mère de Dieu ; les citoyens de cette ville invoquèrent l’aide de la Vierge Marie à laquelle Constantinople était consacrée. En 678, la flotte du calife de Damas assiégea la ville mais dut se replier devant la résistance byzantine. Ainsi, après avoir expérimenté la protection de la Mère de Dieu, ils la remercièrent par des chants et des veilles en son nom. Debout, pendant toute la nuit, le peuple chanta l’Akathistos, la grande hymne à la Mère de Dieu, dont l’auteur est inconnu. Et lorsque Constantinople finit par tomber le 29 mai 1453, prise par les forces ottomanes conduites par Mehmet II, le patriarche Georges Scholarios s’adressa à la Mère de Dieu en disant : « Les fidèles ont cessé de vous invoquer pour sauver la ville, mais ils continuent à vous invoquer pour les garder toujours dans la foi des Pères de l’Église. »

Cette hymne adressée à la Mère de Dieu est l’une des expressions les plus hautes et les plus célèbres de la piété mariale de la tradition orthodoxe byzantine. Selon les mots du byzantiniste Louis Bréhier, « par sa forme élégante, par la profondeur du sentiment mystique et la beauté musicale des mots, l’Akathiste est unique dans la littérature byzantine ».

Il est considéré comme un chef-d’œuvre littéraire et théologique qui présente, sous la forme d’une prière, la foi commune et universelle de l’Église des premiers siècles au sujet de la Vierge Marie. Les sources qui ont inspiré cette hymne sont les Saintes Écritures, la doctrine définie par le Concile œcuménique de Nicée, ceux d’Éphèse et de Chalcédoine, ainsi que la réflexion des Pères de l’Église orientale des IVe et Ve siècles. Durant l’année liturgique, l’hymne acathiste est chantée solennellement et intégralement le cinquième samedi de Carême.

L’usage s’est établi de faire précéder cette célébration intégrale par quatre offices durant chacun desquels sont chantés successivement, lors des quatre premiers samedis du Grand Carême, chacun des quatre quarts de l’hymne (stances 1 à 6, puis 7 à 12, puis 13 à 18 et 19 à 24). Il est fréquent aussi de déplacer des matines à complies cette célébration qui est ainsi anticipée au vendredi soir tout en demeurant dans la journée liturgique du samedi.

Le chant de l’hymne est repris en de nombreuses autres occasions à l’église ou à la maison. Son usage est recommandé à la piété du clergé, des moines et des fidèles.

Source : Wikipedia

Homélie prononcée par Père André Jacquemot, le 2 avril 2006 à la Crypte

Dimanche de saint Jean Climaque

Quatrième dimanche du Grand Carême

Hébreux VI, 13-20 ;

Évangile selon saint Marc IX, 17 – 31

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

 

Saint Jean Climaque

« Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’Homme va être livré aux mains des pécheurs, et ils Le feront mourir ; mais le troisième jour Il ressuscitera. » Ces paroles du Seigneur, qui concluent l’Évangile d’aujourd’hui, nous allons désormais les entendre, comme un refrain, comme un rappel constant. Arrivés au quatrième dimanche de Carême, en effet, nous avons maintenant en vue la Semaine Sainte. La Pâque du Seigneur est proche.

Toute la semaine qui vient de se terminer, depuis dimanche dernier, était d’ailleurs consacrée à la vénération de la Croix. Cette Croix est maintenant devant nous comme un point de mire. La Croix vivifiante, la Croix source de grâce et porte du paradis, comme nous le chantons dans nos hymnes, la Croix instrument de la victoire sur le mal, la Croix qui chasse les démons.

Bien sûr, la Croix n’agit pas de manière extérieure, elle n’éloigne pas le mal par un effet de magie : elle est source de grâce dans la mesure où elle est réellement confessée et vécue. Son efficacité est liée à la foi, à la prière et à l’engagement de notre vie. Lorsque nous disons que la Croix chasse les démons, nous comprenons que c’est en réalité le Seigneur. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, nous voyons comment Il fait sortir l’esprit impur de l’enfant possédé. Il le fait en relation avec la foi, et Il précise que certaines sortes de démons « ne peuvent sortir que par la prière et le jeûne. » Face à l’incapacité des disciples qui n’ont pas pu guérir l’enfant, et face à la demande hésitante du père de l’enfant – « si Tu peux le guérir… » dit-il, dans un appel où la sincérité est mêlée au doute –, le Seigneur affirme que c’est la foi qui rend possible : « tout est possible à celui qui croit. » Et aussitôt, le père de l’enfant s’écrie en pleurant : « Je crois, Seigneur, viens en aide à mon manque de foi. » Cette parole paradoxale exprime bien la réalité de notre foi, qui est souvent hésitante mais qui est appelée à grandir.

La foi n’a rien à voir avec la crédulité, cette disposition qui consiste à croire ce qui nous arrange. Il y a des professionnels qui savent faire commerce de la crédulité des gens ou de leurs peurs. La foi n’est pas non plus une opinion : croire que Dieu existe ou qu’Il n’existe pas sont des opinions qui se valent si elles n’engagent pas notre vie.

Pour saint Paul, « La foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas. » La foi est un point d’ancrage pour notre vie, une certitude qui transcende toute assurance humaine. « Je crois, Seigneur, viens en aide à mon manque de foi. » Cette parole indique que la foi est en nous, mais qu’elle ne vient pas de nous. C’est un don de Dieu. Un don de l’Esprit Saint. Un don qui, pour pouvoir s’épanouir, a cependant besoin d’être reçu dans un cœur bien disposé. La foi consiste à donner un espace à Dieu dans notre cœur pour qu’Il puisse vivre et agir dans notre vie. La foi est une adhésion libre de tout notre être, sans laquelle le Christ ne peut triompher du mal en nous. La foi est une relation vivante avec Dieu, qui demande à se développer, à s’affermir. Qui connaît des épreuves aussi, qui est l’objet d’un combat, et pour laquelle nous acceptons de faire des sacrifices. C’est une relation de fidélité (la “foi” et la “fidélité” c’est le même mot en grec). C’est notre fidélité qui rejoint la fidélité de Dieu. Car Dieu le premier est fidèle. Son amour pour nous est fidèle. Dieu est fidèle à son dessein de salut pour nous.

Dans l’épître qui a été lue aujourd’hui, saint Paul nous explique comment, dans la promesse faite à Abraham, Dieu nous montre “l’immuable fermeté de Son dessein”  .

Et comment la fidélité de Dieu est source de foi : « Cette espérance, nous la possédons comme une ancre de l’âme, sûre et solide ; elle pénètre au-delà du voile, là où Jésus est entré pour nous comme précurseur, ayant été fait souverain sacrificateur pour toujours, selon l’ordre de Melchisédek. »

Alors, la foi devient une foi qui sauve. « Ta foi t’a sauvé » dit Jésus à plusieurs occasions : à la femme hémorroïsse qui a été guérie en touchant Son vêtement, ou encore à la femme pécheresse venue oindre Ses pieds . La foi se nourrit de la prière et en même temps s’exprime dans la prière et anime la prière. Il y a un lien étroit, une profonde unité, entre la foi, la prière et toute notre vie. Elle se traduit en particulier dans l’effort spirituel qui doit être le nôtre en cette période de Carême.

Pour accompagner cet effort, qui est en même temps une montée vers la Lumière, une montée vers Dieu, l’Église a institué en ce quatrième dimanche de Carême la commémoration de saint Jean Climaque, un grand moine et ascète du VIIe siècle qui, après avoir mené le combat spirituel dans la solitude, a été higoumène du monastère Sainte-Catherine, au Sinaï (dans ce site grandiose, pour ceux qui ont eu la chance de pouvoir le visiter, et qui est resté un haut lieu de prière jusqu’aujourd’hui). L’Église honore saint Jean Climaque et nous le présente comme témoin d’une tradition sûre et authentique, comme modèle de la vie spirituelle chrétienne avec ses deux faces inséparables : d’une part l’ascèse, l’effort, le repentir, et d’autre part l’illumination par la grâce de Dieu. Le tropaire qui a été chanté le qualifie de “père théophore”, porteur de Dieu. Nous le connaissons principalement par son œuvre célèbre : l’Échelle (climax en grec, d’où le nom de Jean Climaque), avec les 30 degrés vers la perfection.

Voici quelques-uns des thèmes qui y sont développés :

– La violence évangélique (l’ascèse corporelle, les jeûnes, les veilles… c’est-à-dire toute la dimension de combat dans la vie spirituelle) : « La vie monastique est une violence continuelle faite à la nature et une vigilance incessante sur les sens » . En effet, notre nature créée est appelée, non à se satisfaire d’elle-même, mais à se dépasser avec la grâce de Dieu.

– Le repentir, qui est la conscience vive de la séparation de Dieu et le retournement vers Dieu. Loin d’être une manifestation de découragement, « La pénitence est fille de l’espérance, elle est le renoncement au désespoir. »

– La prière, le souvenir permanent de Dieu, le tout culminant dans le trentième degré qui est l’Amour.

Cet enseignement de Jean Climaque ne nous éloigne pas du thème de la foi salvatrice qui est contenu dans l’Évangile d’aujourd’hui. Il témoigne d’une foi vécue de manière très concrète.

Que Dieu nous soutienne dans notre prière, qu’Il augmente et affermisse notre foi et nous fasse participer à la lumière de Pâques.

Amen.

Commentaire de sainte Thérèse d’Avila docteur de l’Eglise romaine (XVIe siècle)

Thérèse d’Avila : ” Je crois ! Viens au secours de mon peu de foi ”

Certaines vérités concernant la grandeur de Dieu demeurent tellement imprimées dans l’âme que, quand même la foi ne serait pas là pour lui dire qui il est et l’obliger à le reconnaître pour son Dieu, elle l’adorerait comme tel. Voilà ce qu’a fait Jacob après la vision de l’échelle mystérieuse (Gn 28,12s). Il est probable que ce patriarche a compris en cet instant d’autres secrets qu’il n’a pas pu expliquer ensuite… Je ne sais pas si je m’exprime bien, car bien que j’en aie entendu parler, j’ignore si mes souvenirs sont exacts. Moïse lui non plus n’a pas pu expliquer tout ce qu’il avait vu dans le buisson, mais uniquement ce que Dieu lui a permis de révéler. Mais si Dieu n’avait pas communiqué à son âme la certitude de ces choses secrètes, s’il ne lui avait pas donné de voir et de croire que cela venait de Dieu, il n’aurait rien entrepris de ses grandes et nombreuses épreuves. Il a sûrement découvert au milieu des épines de ce buisson des vérités tellement profondes qu’elles lui ont donné le courage de faire ce qu’il a fait pour le peuple d’Israël.

Nous n’avons donc pas à chercher des raisons de comprendre les choses cachées de Dieu. Mais puisque nous croyons qu’il est tout-puissant, nous devons croire également que, dans notre grande pauvreté, nous sommes incapables de comprendre ses grandeurs. Contentons-nous de le bénir puisqu’il veut bien nous en dévoiler quelques-unes.

Thérèse d’Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l’Église romaine

Le Château intérieur, 6e demeure, ch. 4

Passage de la Lettre de saint Jacques

Lettre de saint Jacques : chapitre III, verset 13-18.

13 Quelqu’un, parmi vous, a-t-il la sagesse et le savoir ? Qu’il montre par sa vie exemplaire que la douceur de la sagesse inspire ses actes.

14 Mais si vous avez dans le cœur la jalousie amère et l’esprit de rivalité, ne vous en vantez pas, ne mentez pas, n’allez pas contre la vérité.

15 Cette prétendue sagesse ne vient pas d’en haut ; au contraire, elle est terrestre, purement humaine, démoniaque.

16 Car la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes.

17 Au contraire, la sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie.

18 C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix.

Commentaire patristique “Viens au secours de mon peu de foi” Le Pasteur d’Hermas

“Viens au secours de mon peu de foi” Chasse de ton âme le doute, n’hésite jamais à adresser à Dieu ta prière, en te disant : “Comment pourrais-je prier, comment pourrais-je être exaucé, après avoir tant offensé Dieu ?” Ne raisonne pas ainsi ; mais tourne-toi de tout ton cœur vers le Seigneur, et prie-le avec une pleine confiance. Tu connaîtras alors l’étendue de sa miséricorde ; tu verras que, loin de t’abandonner, il comblera les désirs de ton cœur. Car Dieu n’est pas comme les hommes qui gardent le souvenir du mal ; chez lui, pas de ressentiment, mais une tendre compassion envers ses créatures. Purifie donc ton cœur de toutes les vanités du monde, du mal et du péché…, et prie le Seigneur.

Tu obtiendras tout…, si ta prière est faite avec une entière confiance.

Mais si le doute se glisse dans ton cœur, aucune de tes demandes ne sera exaucée. Ceux qui doutent de Dieu sont des âmes doubles ; ils n’obtiennent rien de ce qu’ils demandent… Quiconque doute, à moins de se convertir, sera difficilement exaucé et sauvé. Purifie donc ton âme du doute, revêts-toi de la foi, car elle est puissante, et crois fermement que Dieu exaucera toutes tes demandes. Et s’il arrive qu’il tarde un peu à exaucer ta prière, ne retombe pas dans le doute pour n’avoir pas obtenu tout de suite ce que tu demandes ; ce retard est pour te faire grandir dans la foi. Ne cesse donc pas de demander ce que tu désires… Garde-toi du doute : il est pernicieux et insensé, il déracine la foi chez beaucoup, même chez ceux qui étaient très fermes… La foi est forte et puissante ; elle promet tout et elle réussit en tout ; le doute, faute de confiance, échoue en tout.

Hermas (IIe siècle)

Le Pasteur (trad. coll. Icthus, vol. I, p. 168)

Tout est possible à celui qui croit !

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc

Chapitre IX verset 17 à 31

Évangile : Génération incrédule ! … Tout est possible à celui qui croit !

9,17 Un de la foule lui répondit : “Maître, je vous ai amené mon fils, qui a un esprit muet.

18       Partout où il s’empare de lui, il le jette contre terre, et il écume, grince des dents et se raidit. Et j’ai dit à vos disciples de le chasser, et ils ne l’ont pu.”

19       Il leur répondit : “O génération incrédule, jusques à quand serai-je près de vous? Jusques à quand vous supporterai-je? Amenez-le-moi.”

20       Et ils le lui amenèrent. À sa vue, l’esprit le jeta aussitôt à terre, et tombé sur le sol, il se roulait en écumant.

21       Et il demanda au père : “Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive? – Depuis l’enfance, dit-il.

22       Et souvent il l’a jeté dans le feu et dans l’eau pour le faire périr. Mais, si vous pouvez quelque chose, venez à notre aide par pitié pour nous.”

23       Jésus lui dit : “Si vous pouvez ! Tout est possible à celui qui croit.”

24       Aussitôt le père de l’enfant s’écria : “Je crois ! Venez au secours de mon manque de foi !”

25       Jésus, voyant accourir une foule, commanda avec force à l’esprit impur, lui disant : “Esprit muet et sourd, je te le commande, sors de lui et ne rentre plus en lui. ”

26       Et ayant poussé un grand cri et l’ayant jeté à terre avec violence, il sortit; et il devint comme mort, si bien que beaucoup disaient : “Il est mort.”

27       Mais Jésus, l’ayant pris par la main, le fit lever, et il se tint debout.

28       Lorsqu’il fut entré dans la maison, ses disciples lui demandèrent en particulier : “Pourquoi n’avons-nous pu le chasser? ”

29       Il leur dit : “Ce genre ne peut être chassé que par la prière [et le jeûne].”

30       Étant partis de là, ils cheminèrent à travers la Galilée, et il ne voulait pas qu’on le sût,

31       car il donnait cet enseignement à ses disciples : “Le fils de l’homme va être livré entre les mains des hommes, et ils le mettront à mort, et mis à mort, il ressuscitera après trois jours.”

 

Immuabilité du dessein et de la promesse de Dieu

Épître aux Hébreux- Chapitre 6 verset 13 à 20

Épître – Immuabilité du dessein et de la promesse de Dieu

6, 13 Dans la promesse qu’il fit à Abraham, Dieu ne pouvant jurer par un plus grand que lui, il jura par lui-même,

14       et dit: “Oui, je te bénirai et je te multiplierai.

15       Et ce fut ainsi que ce patriarche, ayant patiemment attendu, entra en possession de la promesse.

16       En effet, les hommes jurent par celui qui est plus grand qu’eux, et le serment, servant de garantie, termine tous leurs différends.

17       C’est pourquoi Dieu, voulant monter avec plus d’évidence aux héritiers de la promesse l’immuable stabilité de son dessein, fit intervenir le serment,

18       afin que, par deux choses immuables, dans lesquelles il est impossible que Dieu nous trompe, nous soyons, nous qui avons cherché en lui un refuge, puissamment encouragés à tenir ferme l’espérance qui nous est proposée.

19       Nous la gardons comme une ancre de l’âme, sûre et ferme, cette espérance qui pénètre jusqu’au delà du voile,

20       dans le sanctuaire où Jésus est entré pour nous comme précurseur, en qualité de “grand prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédech.”

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