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Homélie prononcée par Père Boris le 19 août 2003 en l’église de la Transfiguration à Bussy

Seconde épître de saint Pierre chapitre Ier, versets 10 à 19
Évangile selon saint Matthieu chapitre XVII, versets 1 à 9

Père Boris Bobrinskoy
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Célébrant aujourd’hui le mystère de la Transfiguration de notre Sauveur sur le mont Thabor, je peux dire qu’en Église, nous sommes les témoins de cette Transfiguration et que nous voyons nous aussi le Sauveur, illuminé dans son visage, dans son corps et dans ses vêtements, devenus “plus blancs que neige”. Nous en sommes les témoins, parce qu’en Église, la distance et l’espace entre nous et le Seigneur est abolie. En réalité, nous sommes déchirés entre deux situations : d’une part un état d’union avec Lui, union qui se fortifie lors de la Sainte Communion, lorsque nous écoutons la Parole vivante de l’Évangile. Nous sommes déjà en Lui, car Jésus nous le dit Lui-même : “Celui qui croit en moi est déjà passé de la mort à la vie.” (1) Mais d’autre part, nous sommes encore en marche vers le Royaume, difficilement, péniblement, portant toute la lourdeur et la pesanteur de notre être.

Ce mystère de la Transfiguration est très étrange. Jésus n’avait pas besoin de cela. Depuis sa conception en Marie et jusqu’à la Croix incluse, non seulement Il était porteur de la divinité, mais encore Il était Dieu Lui-même. Comme le dit saint Paul : “toute la plénitude de la divinité demeure en Lui corporellement.” (2) Plénitude, gloire, sagesse, bienveillance du Père, vie de l’Esprit Saint. En tant que Dieu devenu homme, l’humanité de Jésus était remplie de la divinité. Pourtant, Jésus ne voulait pas le montrer. Il le montrait à travers sa parole vivante, qui enflammait les cœurs ; Il le montrait à travers ses miracles qui étaient des signes de miséricorde avant tout. Jésus n’était pas un thaumaturge faiseur de miracles, Il avait pitié des gens : Il donnait du pain à ceux qui avaient faim, Il guérissait les malades, Il chassait les démons. En cela déjà se manifestait la gloire éternelle du Père dans le Fils par la puissance de l’Esprit Saint. Jésus n’avait pas besoin pour Lui-même de montrer extérieurement la lumière et la gloire éternelles du Père qui étaient en Lui. Il préférait les garder cachées en Lui.

Tout le mystère de Jésus, c’est justement son abaissement, son Incarnation. Il est devenu un petit enfant faible, n’ayant d’autre lieu pour venir au monde qu’une mangeoire d’animaux. “Le Fils de l’Homme, disait-il, n’a pas où reposer sa tête.” (3) Il est devenu pauvre, parmi les plus pauvres, Lui qui était servi invisiblement par les anges et dont le cœur était constamment rempli de Dieu. Il était à la fois tourné totalement vers le Père et tourné totalement vers les hommes. Il cachait sa divinité, car Il ne voulait pas qu’une manifestation extérieure de sa gloire et de sa puissance puissent mener à une sorte d’intronisation extérieure. Combien de fois le peuple juif voulait Le faire roi et Le couronner ! Mais Jésus fuyait cela, car Il n’était pas venu pour cela.

À mesure que passent les années de la prédication publique de Jésus et de ses miracles, Il commence à préparer ses disciples : “Voici que le Fils de l’Homme doit monter à Jérusalem pour être livré aux mains des pécheurs, souffrir et être crucifié.”

Dans le cadre de cet enseignement de sa montée vers la Passion, vers la mort, il y a cet épisode qui est une sorte de vision céleste, de moment printanier. Non pas pour Jésus, car Jésus savait ce qui était en Lui. Et pourtant Il connaîtra l’angoisse, humainement. Quand Il priera au jardin des Oliviers, sa sueur sera comme des gouttes de sang, et Il dira : “Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi !” et sur la Croix : “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Humainement Jésus a connu toute la solitude, toute la désolation que l’homme peut connaître dans la souffrance et la déréliction.

Mais avant la Passion, il y a ce moment extraordinaire où Jésus monta sur la montagne du Thabor pour prier. C’était probablement la nuit, même si cela n’est pas dit, puisque les disciples, fatigués, avaient sommeil. Jésus s’éloignait souvent, seul, la nuit, sur une montagne ou dans un endroit désert, pour prier le Père. Jésus avait besoin de solitude, de silence, Lui qui était tellement entouré de gens, de bruit, de mouvement, de désirs, de haine et de joie. Tout cela qui était en Lui, Il le portait vers le Père.

Ce jour-là, Il prit avec Lui trois disciples pour leur enseigner, d’une autre manière, qu’il fallait que le Fils de l’homme monte à Jérusalem. C’est là qu’illuminé par la gloire divine, son visage devint plus brillant que le soleil. Ensuite ils voient Moïse et Élie près de Lui, ces deux grands voyants de Dieu de l’Ancienne Alliance qui, enfin, voient Dieu face à face. Ils ne L’avaient vu qu’en symbole, en espérance, en signe. Aujourd’hui, c’est la réalité : à travers le corps de Jésus se manifeste la lumière incréée de la divinité. Et ils en sont les témoins avec les apôtres. Cela montre comment tout l’Ancien Testament était tourné vers ce point final, dans lequel tout se résout et tout s’accomplit, dans lequel “tout est accompli” comme le dit jésus sur la Croix en mourant. Tout se résume en Jésus, en son amour, en son don de Lui-même.

Que signifie tout cela pour nous ? Nous ne sommes pas extérieurs au miracle. L’Église nous introduit, au-delà du temps et de l’espace, dans un nouvel espace qui est déjà celui du Royaume. La Transfiguration du Christ est déjà un avant-goût du Royaume. Il fut donné aux disciples, gratuitement, sans qu’ils l’aient mérité, sans qu’ils l’aient demandé, de pouvoir regarder avec leurs yeux de chair, leurs yeux pécheurs, la gloire divine, la lumière céleste, la lumière du Royaume. Nous aussi, mes amis, intérieurement, lorsque nous sommes en Église, lorsque nous nous tournons vers le Christ, lorsqu’à travers la parole de Dieu, à travers les icônes, à travers la Sainte Communion où nous recevons le Christ en nous-mêmes, nous sommes des visionnaires du Royaume, nous sommes les témoins de la lumière du Thabor.

Cette lumière est avant tout intérieure. De même qu’en Christ elle était intérieure avant de se manifester à l’extérieur pour un court moment, en nous elle est à l’intérieur, et elle grandit intérieurement. Cependant cette énergie de la lumière intérieure se transmet, invisiblement, insensiblement. Comme le disait saint Sérafim : “Acquiers un esprit de paix, – on pourrait dire “acquiers la lumière du Christ, acquiers sa force et son amour” –, et des milliers trouveront le salut autour de toi.” Cette lumière du Christ agit de manière mystérieuse, au-delà de nos paroles, dans notre silence, dans la nuit de notre existence. Ainsi nous sommes non seulement les témoins du Thabor, mais aussi les relais de cette lumière de la Transfiguration qui est appelée à rayonner sur le monde.

“La lumière luit dans les ténèbres” dit saint Jean dans son prologue. Ces ténèbres sont à la fois les ténèbres extérieures et les ténèbres de notre propre cœur. Nous vivons dans les ténèbres et en nous, au fond de notre cœur, il y a ce combat entre la lumière et les ténèbres. Nous devons savoir que la lumière luit dans les ténèbres et que les ténèbres ne peuvent pas l’étouffer, l’embrasser. Cette lumière demeure vivante pour nous aussi. Nous devons l’accueillir, la garder et même la protéger pour qu’elle-même nous fasse grandir. Enfin, cette Transfiguration conduit à la Croix.
Comme le Seigneur marchait vers sa Croix, nous devons nous aussi accomplir la parole du Christ : “Celui qui veut venir à ma suite, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.”

Lorsque nous vivons ce mystère de la Transfiguration, la Croix du Christ cesse d’être seulement une croix d’épreuve et de souffrance pour devenir une croix de lumière, une croix de bénédiction, une croix de promesse de vie éternelle.

Amen.

Père Boris

Notes
(1) cf. évangile selon saint Jean V, 24.
(2) cf. épître aux Colossiens II, 9.
(3) cf. évangiles selon saint Matthieu VIII, 20 et saint Luc IX, 58.

Homélie prononcée par le P. Michel Evdokimov, le 8 août 2004

Seconde épître de saint Pierre chapitre Ier, versets 10 à 19
Évangile selon saint Matthieu chapitre XVII, versets 1 à 9.

Homélie prononcée par le P. Michel Evdokimov, le 8 août 2004 à la crypte

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Ce récit de la Transfiguration de notre Seigneur sur le mont Thabor est un récit qui nous remplit d’émerveillement, nous sommes éblouis par la beauté de Jésus dans cette lumière divine qui l’enveloppe. Et en même temps, nous ne pouvons pas nous empêcher d’éprouver le sentiment que cette scène, d’une beauté magnifique, est un peu lointaine, elle paraît éloignée de nous, de ce que nous sommes et de la vie que nous menons.

Un jour, donc, le Christ gravit une montagne avec Pierre, Jacques et Jean Ce sont trois disciples avec lesquels Jésus a une relation tout à fait particulière. Ce sont eux qui l’accompagneront encore pendant l’agonie à Gethsémani, la veille de la crucifixion.

Ils gravissent une montagne. Dans la Bible, la montagne est un lieu important, elle symbolise l’effort de l’homme pour s’éloigner du monde et de la foule, pour s’élever vers Dieu, là où l’air est plus pur.

Et soudain, Jésus se trouve tout auréolé, tout embrasé d’une lumière merveilleuse que l’on appelle la “lumière incréée”. Cela signifie qu’il ne s’agit ni d’une lumière naturelle comme celle qu’émet le soleil ou que reflète la lune, ni d’une lumière artificielle comme celle que nous pouvons produire avec une allumette, un cierge ou une ampoule électrique. C’est, au contraire, une lumière qui vient d’ailleurs et qui est la manifestation de Dieu sur terre. Et nous savons qu’au cours de l’histoire de l’Église, un certain nombre d’hommes ont eu la grâce de voir cette lumière.

Cette lumière est interprétée par les Pères de l’Église comme étant la présence de l’Esprit Saint. Jésus est là, tout nimbé de lumière, et la voix du Père retentit « Celui–ci est mon Fils bien–aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. Écoutez–le ! » La Transfiguration du Christ sur le mont Thabor est, par conséquent, une manifestation de Dieu en trois personnes.

Auparavant, à droite et à gauche du Christ apparaissent deux personnages, Moïse et Élie, dont on dit souvent qu’ils représentent l’un la Loi et l’autre les Prophètes,

Essayons de comprendre pourquoi Moïse et Élie sont présents sur le mont Thabor aux côtés du Seigneur Jésus. Ils sont présents peut-être aussi parce qu’ils ont connu l’expérience de la Lumière incréée. Ils ont vu cette gloire de Dieu.

Moïse. Quelques mois après la sortie d’Égypte, Moïse passe de nombreux jours sur le mont Sinaï en compagnie de Dieu. Il redescend en portant les deux tables de la Loi, et c’est alors qu’il a un choc brutal car les Hébreux se sont fabriqué une idole, le veau d’or. Il brandit alors les tables de la Loi et les jette à terre. Elles se brisent. Puis il remonte sur le mont Sinaï afin d’intercéder en faveur des Hébreux. Dieu se réconcilie avec Son peuple et entre en conversation avec Moïse. Moïse reprend courage et peu à peu retrouve ses énergies. À un moment donné, il va soudain prononcer une parole absolument extraordinaire : avec audace il dit à Dieu « Montre-moi Ta gloire. » C’est important car cela concerne aussi notre vie spirituelle. Cela correspond au fait que dans notre vie spirituelle nous nous approchons petit à petit – certes bien faiblement mais nous nous approchons quand même – de Dieu et de Sa lumière et que nous avons toujours le désir d’en voir davantage. Nous avons toujours le désir que Dieu nous en offre davantage. Et Dieu répond à Moïse « Oui, Je te montrerai Ma gloire mais tu me verras de dos, Je passerai devant toi, tu ne pourras pas voir Mon visage car celui qui voit Mon visage meurt aussitôt. » Et alors Moïse voit passer le Seigneur dans Sa gloire. Mais auparavant le Seigneur parle : « Dieu l’Éternel, le Seigneur de miséricorde et de pitié, compatissant, lent à la colère, toujours plein de bonté… » et c’est ainsi qu’Il passe après avoir prononcé ces paroles qui proclament Son être profond. Son être profond est la bonté, l’amour, la miséricorde. Ici, ce qui est capital pour nous c’est que Sa miséricorde passe avant Sa gloire. En un sens Sa miséricorde est plus importante que Sa gloire.

Élie. À un moment donné dans sa vie, Élie est profondément découragé car il a dû s’enfuir pour échapper aux persécutions du roi Achab et, surtout, de cette terrible reine, Jézabel, qui s’adonnait à des pratiques païennes. Seul, il s’enfonce dans le désert. Après un jour de marche Élie s’assied et pense qu’il va mourir, il se couche et s’endort. Mais un ange vient et le nourrit. Élie se relève, marche pendant quarante jours et arrive dans une caverne à flanc du mont Horeb. Alors, Dieu s’adresse à Élie et lui annonce : « Je vais venir te parler. » Mais avant que Dieu ne vienne il y eut d’abord un vent violent. Un vent de tempête se déchaîne avec une telle violence que les arbres sont déracinés et que les rochers sont brisés nous dit le texte de la Bible. Mais Dieu n’était pas dans la tempête. Puis, il y eut un tremblement de terre. C’est un terrible séisme au point que les assises de la montagne semblent craquer et qu’on a l’impression que la montagne va s’effondrer. Mais Dieu n’était pas dans le tremblement de terre. Ensuite il y eut un incendie. Un incendie qui embrase toute la végétation à flanc de montagne, un incendie beaucoup plus ravageur que ceux que l’on peut déplorer, de temps en temps dans le midi de la France. Mais Dieu n’était pas dans l’incendie. Et enfin, il y eut un murmure léger, ténu, à peine audible. Et Dieu était dans ce murmure léger et ténu. À cet instant, Dieu parle à Élie. Là encore c’est important pour nous : Dieu n’est pas dans la manifestation de la puissance. Dieu – pensons à Jésus qui meurt sur la Croix – Dieu est dans la manifestation d’une humilité et d’une paix, Dieu est dans une manifestation qui est à notre portée, à la portée de nos oreilles et de ce que nous pouvons entendre.

Voici donc trois manifestations de la gloire de Dieu – il y en a, bien sûr, beaucoup d’autres – le mont Thabor, Moïse et Élie, trois manifestations de Dieu dans la lumière. Et cette lumière, Jésus la reprend avec Ses paroles quand Il dit « Je suis la lumière du monde », ou bien encore, songeons à cette parole que le prêtre prononce dans la liturgie des dons présanctifiés « Le Christ est la lumière qui illumine tout homme. » Cela signifie qu’il y a en tout homme une lumière. Cette lumière, nous cherchons à la découvrir en nous à travers notre prière, à travers nos gestes, nos actions, à travers notre manière de vivre sous le regard de Dieu. Et nous comprenons alors qu’en tout être humain il y a un peu de cette lumière. En effet, d’après tous les grands spirituels, nous sommes appelés à découvrir cette lumière sur le visage de tout être humain. Comme le dit un apophtegme « Vois Dieu. Et après, vois Dieu en tout homme. »

Il était une fois un jeune homme qui était au bord du désespoir. Il se trouvait dans un autobus et se tenait tout pelotonné sur lui-même.

Soudain, il sent un regard. Il perçoit qu’un regard de douceur et de tendresse le pénètre. Cela l’émeut et le bouleverse. La personne qui lui avait jeté ce regard descend de l’autobus. Depuis, le jeune homme est comme changé dans sa vie. Alors il refait cette ligne d’autobus et se promène autour de l’arrêt où était descendu cet homme. Ses efforts sont récompensés car il le retrouve. Cet homme était un chrétien, un pasteur protestant. Alors le jeune homme demande « Mais pourquoi m’avez-vous regardé comme ça ? » et l’homme lui répond « J’ai senti en vous une grande souffrance. Alors j’ai invoqué le Seigneur. J’ai demandé au Seigneur Jésus de vous aider, de vous donner Sa paix, de vous faire sentir Sa tendresse. » Ainsi le jeune homme fut sauvé par un simple regard qui lui a été donné au milieu de cette foule, au milieu de cette ville grouillante si oppressante parfois. Peut-être, c’est ainsi que la Transfiguration se fait proche de la vie que nous menons, peut-être qu’une expérience de transfiguration est quelque chose de très simple. Il y a bien sûr le mont Thabor mais n’oublions pas qu’il y a aussi une étincelle de lumière en chacun d’entre nous. À nous de la découvrir.

Amen

Père Michel

Homélie patristique de saint Jean Damascène

Seconde épître de saint Pierre chapitre Ier, versets 10 à 19
Évangile selon saint Matthieu chapitre XVII, versets 1 à 9.Saint Jean Damascene

“Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui”

“Une nuée lumineuse les couvrit de son ombre” et les disciples ont été saisis d’une grande crainte en voyant Jésus le Sauveur, avec Moïse et Élie, dans la nuée.

Jadis, il est vrai, quand Moïse a vu Dieu, il est entré dans la nuée divine(1), donnant ainsi à comprendre que la Loi était une ombre.

Écoute ce que dit saint Paul : “La Loi, en effet, n’avait que l’ombre des biens à venir, non la réalité même”(2).

Israël, en ce temps-là, “n’avait pas pu fixer les yeux sur la gloire passagère du visage de Moïse”(3). “Mais nous, le visage découvert, nous reflétons la gloire du Seigneur et nous sommes transformés d’une gloire en une gloire plus grande, par l’action du Seigneur qui est Esprit”(4). C’est pourquoi la nuée qui a couvert les disciples de son ombre n’était pas remplie de ténèbres mais de lumière.

En effet, “le mystère resté caché depuis les siècles et les générations a été révélé”(5) et la gloire perpétuelle et éternelle est manifestée. Voilà pourquoi Moïse et Élie, aux côtés du Sauveur, personnifiaient la Loi et les prophètes. Celui qu’annonçaient la Loi et les prophètes, c’est, en vérité, Jésus, le dispensateur de la vie.

Moïse représente aussi l’assemblée des saints qui se sont endormis jadis (6) et Élie, celle des vivants(7), car Jésus transfiguré est le Seigneur des vivants et des morts. Et Moïse est enfin entré dans la Terre promise, car c’est Jésus qui y conduit.

Autrefois, Moïse avait vu de loin seulement l’héritage promis(8); aujourd’hui il le voit clairement.

Saint Jean Damascène (675-749)

Notes
1. Exode chapitre XXIV, verset 18
2. Épître aux Hébreux chapitre X, verset 1
3. Deuxième Lettre aux Corinthiens chapitre III, verset 7
4. verset 18
5. Lettre aux Colossiens chapitre Ier, verset 26
6. Deutéronome chapitre XXXIV, verset 5
7. Deuxième Livre des Rois chapitre II, verset 11
8. Deutéronome chapitre XXXIV, verset 4

Commentaires patristiques par saint Nicolas Cabasilas (XIVe siècle) et par saint Aphraate le Sage Persan (IVe siècle)

Commentaire patristique par saint Nicolas Cabasilas

Il ne faut pas s’étonner si ce qu’on voit est poussière et rien d’autre. Car le trésor est à l’intérieur.
“Notre vie, dit l’Écriture, est cachée” ; et l’écrin est un vase d’argile. Nous avons ce trésor dans des vases d’argiles, a dit Paul. Aussi ceux qui ne perçoivent que l’extérieur ne peuvent-ils voir que l’argile.

Mais quand le Christ se montrera, cette poussière manifestera aussi sa propre beauté, lorsqu’elle apparaîtra comme membre de cet éclair, qu’elle s’ajustera au soleil et qu’elle émettra le même rayonnement que lui.

“Les justes, dit le Christ, resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père” ; ce qu’il appelle “royaume du Père”, c’est ce rayonnement dans lequel, resplendissant lui-même, il apparut aux apôtres, qui ont vu “le royaume de Dieu, comme il le dit lui-même, venu avec puissance.”

Les justes resplendiront aussi ce jour-là d’une splendeur et d’une même gloire, joyeux eux de recevoir et lui de donner. Car ce pain-là, ce corps qu’ils auront emportés de la sainte Table en quittant ce monde, quand ils arriveront là-bas, c’est lui qui paraîtra alors aux yeux de tous sur les nuées, et montrera son éclat de l’orient à l’occident, tel un éclair, en un instante.

C’est avec ce rayonnement que vivent les bienheureux et une fois morts la lumière ne les quitte pas

Commentaire patristique par saint Aphraate le Sage Persan († v.345)

“Les disciples comprirent qu’il leur parlait de Jean le Baptiste”

Notre Seigneur témoigne de Jean qu’il est le plus grand des prophètes, mais il a reçu l’Esprit de façon mesurée, puisque Jean a obtenu un esprit pareil à celui qu’avait reçu Élie.

De même qu’Élie était demeuré dans la solitude, ainsi l’Esprit de Dieu a emmené Jean demeurer dans le désert, dans les montagnes et dans les grottes. Un corbeau avait volé au secours d’Élie pour le nourrir ; Jean mangeait des sauterelles volantes. Élie portait une ceinture de peau ; Jean portait un pagne de peau autour des reins. Élie a été persécuté par Jézabel ; Hérodiade a persécuté Jean. Élie avait réprimandé Achab ; Jean a réprimandé Hérode. Élie avait divisé les eaux du Jourdain ; Jean a ouvert le baptême.

Le double de l’esprit d’Élie s’est posé sur Élisée ; Jean a imposé les mains à notre Sauveur, qui a reçu l’Esprit sans mesure (Jn 3,34). Élie ouvrit le ciel et s’éleva, Jean vit les cieux ouverts et l’Esprit de Dieu descendre et se poser sur notre Sauveur.

Homélie d’Anastase le Sinaïte pour la Transfiguration

Aujourd’hui le Seigneur est vraiment apparu sur la montagne. Aujourd’hui la nature humaine, créée autrefois semblable à Dieu mais obscurcie par les figures informes des idoles, a été transfigurée en l’ancienne beauté de l’homme créé “à l’image et à la ressemblance de Dieu”[i]

Aujourd’hui sur la montagne, l’homme, qui était vêtu de tuniques de peau sombres et tristes[ii], a endossé le vêtement divin, “drapé de lumière comme d’un manteau”[iii]

Moïse contemple de nouveau le feu qui ne consumait pas le buisson[iv], mais qui donne la vie à toute chair…, et il dit : “Maintenant je te vois, toi qui es vraiment et pour toujours, toi qui es avec le Père et qui m’as dit :‘Je suis Celui qui est[v]’ … Maintenant je te vois, toi que je désirais voir autrefois en disant : ‘Laisse-moi contempler ta gloire’[vi].Je te vois non plus de dos, caché dans le creux du rocher[vii], mais je te vois, Dieu plein d’amour pour les hommes, caché dans une forme humaine. Tu ne m’abrites plus de ta droite[viii],mais tu es la Droite du Très-Haut révélée au monde. Tu es le médiateur à la fois de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance, Dieu ancien et homme nouveau

Toi qui m’as dit sur le Sinaï : ‘Un être humain ne peut pas me voir et rester en vie’[ix],comment peut-on te contempler maintenant face à face sur la terre, dans la chair ? Comment habites-tu parmi les hommes ? Toi qui es la vie et qui donnes la vie, comment te hâtes-tu vers la mort ? Toi qui demeures parmi les êtres au plus haut des cieux, comment avances-tu plus bas que les êtres les plus délaissés, vers ceux qui sont morts ?.. Car tu veux apparaître aussi à ceux qui se sont endormis depuis des siècles, visiter les patriarches dans le séjour des morts, descendre délivrer Adam de ses douleurs”

Car c’est ainsi que “resplendiront les justes lors de la résurrection”[x]; c’est ainsi qu’ils seront glorifiés, ainsi qu’ils seront transfigurés.

Jésus montra ce mystère à ses disciples sur le mont Thabor. Tandis qu’il cheminait au milieu d’eux, il les avait entretenus de son règne et de son deuxième avènement dans la gloire. Mais parce qu’ils n’étaient peut-être pas suffisamment certains de ce qu’il leur avait annoncé au sujet de son règne, il voulut qu’ils finissent par être très fermement convaincus au fond de leur cœur, et que les événements présents les aident à croire aux événements à venir.

C’est pourquoi, sur le mont Thabor, il leur fit voir une merveilleuse manifestation divine, comme une image préfigurative du royaume des cieux. C’est exactement comme s’il leur disait : “Pour que le retard n’engendre pas en vous l’incrédulité, dès maintenant, immédiatement, vraiment, je vous le dis, il y en a parmi ceux qui sont ici qui ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme venir dans la gloire de son Père.”

Et, voulant montrer que la puissance du Christ s’accorde avec sa propre volonté, l’évangéliste ajoute : “Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène à l’écart sur une haute montagne Et il fut transfiguré devant eux, son visage devint brillant comme le soleil et ses vêtements, blancs comme la neige. Et voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.”

Telles sont les merveilles divines de la présente solennité ; tel est le mystère, accompli pour nous sur la montagne aujourd’hui, mystère qui est en même temps un acte sauveur. Car ce qui nous réunit est en même temps initiation au mystère du Christ et rassemblement pour sa célébration. Afin donc que nous pénétrions dans les mystères sacrés et inexprimables avec ceux qui ont été choisis parmi les disciples inspirés par Dieu, écoutons la voix divine et très sainte qui, comme d’en haut et du sommet de la montagne, nous convoque de la façon la plus persuasive. “Venez, criez vers la montagne du Seigneur, au jour du Seigneur, vers le lieu du Seigneur et dans la maison de votre Dieu”. Écoutons, afin qu’illuminés par cette vision, transformés, transportés…, nous invoquions cette lumière en disant :
“Qu’il est redoutable ce lieu ; il n’est moins de rien que la maison de Dieu et la porte du ciel”[xi].

C’est donc vers la montagne qu’il faut nous hâter, j’ose le dire, comme l’a fait Jésus qui, là comme dans le ciel, est notre guide et notre avant-coureur. Avec lui nous brillerons pour les regards spirituels, nous serons renouvelés et divinisés dans les structures de notre âme et, avec lui, comme lui, nous serons transfigurés, divinisés pour toujours et transférés dans les hauteurs.

Accourons donc, dans la confiance et l’allégresse, et pénétrons dans la nuée, ainsi que Moïse et Élie, ainsi que Jacques et Jean. Comme Pierre, sois emporté dans cette contemplation et cette manifestation divines, soit magnifiquement transformé, sois emporté hors du monde, enlevé de cette terre ; abandonne la chair, quitte la création et tourne-toi vers le Créateur à qui Pierre disait, ravi hors de lui-même : Seigneur, il nous est bon d’être ici

Certainement, Pierre, il est vraiment bon d’être ici avec Jésus, et d’y être pour toujours.

Qu’y a-t-il de plus heureux, qu’y a-t-il de plus sublime, qu’y a-t-il de plus noble que d’être avec Dieu, que d’être transfiguré en Dieu dans la lumière ? Certes, chacun de nous possédant Dieu dans son cœur, et transfiguré à l’image de Dieu doit dire avec joie : Il nous est bon d’être ici, où tout est lumineux, où il y a joie, plaisir et allégresse, où tout, dans notre cœur, est paisible, calme et imperturbable, où l’on voit Dieu : là il fait sa demeure avec le Père et il dit, en y arrivant : Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison. Là tous les trésors des biens éternels sont présents et accumulés. Là sont présentées comme dans un miroir les prémices et les images de toute l’éterni

[i]Gn 1,26

[ii]Gn 3,21

[iii]Ps 103,2

[iv](Ex 3,2)

[v](v. 14)

[vi]  (Ex 33,18)

[vii](v. 23)

[viii] (v. 22)

[ix] (v. 20)

[x](Mt 13,43)

[xi](Gn 28,17)

Notice sur la Transfiguration

Le 6 de ce mois, nous célébrons la mémoire de la sainte TRANSFIGURATION de notre
Seigneur Dieu et Sauveur JÉSUS-CHRISTI,

Six jours après avoir déclaré à ses disciples: «Il en est ici qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Royaume de Dieu venu en puissance» (Mt 16,28 ; Mc 9, 1)2, Jésus prit avec lui ses Disciples préférés: Pierre, Jacques et Jean, et les emmenant à l’écart, il monta sur une montagne élevée: le mont Thabor en Galilée, pour y prier. Il convenait en effet que ceux qui allaient assister à son agonie à Gethsémani et qui seraient les témoins privilégiés de sa Passion fussent préparés à cette épreuve par la manifestation de sa gloire. Pierre, car il venait de confesser sa foi en sa divinité; Jacques, car il fut le premier à mourir pour le Christ, et Jean qui témoigna de son expérience de la gloire divine en faisant retentir comme fils de tonnerre, la théologie du Verbe venu dans la chair.
Il les fit monter sur la montagne, en signe de l’ascension spirituelle qui, de vertu en vertu, conduit à la charité, vertu suprême qui ouvre l’accès à la contemplation de Dieu. Cette ascension était en fait le résumé de toute la vie du Seigneur qui, revêtu de notre faiblesse, nous a frayé le chemin vers le Père, en nous enseignant que l’ hésychia est la mère de la prière et que c’est la prière qui nous manifeste la gloire de Dieu.
Et comme il priait, soudain, l’aspect de son visage devint autre, il se transfigura et brilla comme le soleil, tandis que ses vêtements devinrent resplendissants, d’un blanc fulgurant, tel qu’aucunfoulon sur la terre ne peut blanchir (Le 9, 28, Mc 9, 3, Mt 17). Le Verbe de Dieu incarné manifesta ainsi la splendeur naturelle de la gloire divine, qu’il possédait en lui-même et qu’il avait gardée en son Incarnation, mais qui restait cachée sous le voile de la chair. Dès le moment de sa conception dans le sein de la Vierge, en effet, la divinité s’est unie sans confusion avec la nature de la chair, et la gloire divine est devenue, hypostatiquement, gloire du corps assumé. Ce que le Christ manifestait ainsi à ses disciples au sommet de la montagne n’était donc pas une réalité nouvelle, mais la manifestation éclatante de la divinisation en Lui de la nature humaine tout entière – y compris le corps – et de son union avec la splendeur divine.
Alors que le visage de Moïse avait resplendi d’une gloire qui venait de l’extérieur après la révélation du mont Sinaï (cf. Ex 34, 29), le visage du Christ apparut au Thabor comme une source de lumière, source de la vie divine rendue accessible à l’homme, et resplendissant aussi sur ses «vêtements », c’est-à-dire sur le monde extérieur et sur les produits de l’activité et de la civilisation humaines.
«Il est transfiguré, assure saint Jean Damascène, non pas en assumant ce qu’il n’était pas, mais en montrant à ses disciples ce qu’il était, leur ouvrant les yeux et, d’aveugles qu’ils étaient, les faisant voyants »3. Le Christ ouvrit les yeux de ses disciples, et c’est d’un regard transfiguré par la puissance de l’Esprit Saint que ces derniers virent la lumière divine indissociablement unie à son corps. Ils furent donc eux-mêmes transfigurés, et c’est dans la prière qu’ils purent voir et connaître le changement advenu à notre nature du fait de son union avec le V erbe’.
«Tel est le soleil pour les choses sensibles, tel est Dieu pour les spirituelles »” c’est pourquoi les évangélistes rapportent que le visage du Dieu-Homme, qui est la « lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde» (ln 1,9), brillait comme le soleil. Mais cette lumière était en fait incomparablement supérieure à toute lumière sensible et, incapables de supporter son éclat inaccessible, les disciples tombèrent à terre.
Lumière immatérielle, incréée et intemporelle, elle était le Royaume de Dieu venu dans la puissance du Saint-Esprit, conformément à ce que le Seigneur avait promis à ses disciples. Entrevue alors pour un instant, cette lumière deviendra l’héritage permanent des élus dans le Royaume, quand le Christ viendra à nouveau, resplendissant dans tout l’éclat de sa gloire. Il reviendra dans la lumière, dans cette lumière qui a brillé au Thabor et qui a jailli du tombeau le jour de sa Résurrection, et qui, se répandant sur l’âme et le corps des élus, les fera resplendir eux aussi comme le soleil (Mt 13,43).
« Dieu est lumière, et sa vue est lumière »6. De la même manière que les Disciples au sommet du Thabor, de nombreux saints ont été témoins de cette révélation de Dieu dans la lumière. Toutefois la lumière n’est pas pour eux seulement objet de contemplation, elle est aussi la grâce déifiante qui leur permet de « voir» Dieu, de sorte que se vérifient les paroles du Psalmiste : Dans ta lumière, nous verrons la lumière (Ps 35,10).
Au sein de cette vision glorieuse, apparurent aux côtés du Seigneur Moïse et Élie, les deux sommets de l’Ancien Testament, représentant respectivement la Loi et les Prophètes, qui lui portaient témoignage en tant que maître des vivants et des morts’. Et ils s’entretenaient avec Lui, dans la lumière, de l’Exode qu’Il allait accomplir à Jérusalem, c’est-à-dire de sa Passion, car c’est par la Passion et par la Croix que cette gloire devait être donnée aux hommes.
Étant sortis d’eux-mêmes, ravis dans la contemplation de la lumière divine, les Apôtres étaient comme accablés de sommeil et, ne sachant pas ce qu’il disait, Pierre dit à Jésus: «Maître, il est bon que nous soyons ici, et si tu veux nous ferons trois tentes: une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie ». Détournant son disciple de ce désir trop humain, qui consistait à se contenter de la jouissance terrestre de la lumière, le Seigneur leur montra alors une «tente» meilleure et un tabernacle de beaucoup supérieur pour abriter sa gloire. Une nuée lumineuse vint les couvrir de son ombre, et la voix du Père se fit entendre au sein de cette nuée, portant témoignage au Sauveur : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui Je me suis complu; écoutez-le. » Cette nuée représentait la grâce de l’Esprit d’adoption; et, comme lors de son Baptême au Jourdain, la voix du Père rendit ainsi témoignage au Fils et manifesta que les trois Personnes de la Sainte Trinité, toujours unies, concourent au Salut de l’homme.
La lumière de Dieu, qui avait d’abord permis aux Disciples de «voir» le Christ, les fit accéder à un état supérieur à la vision et à la connaissance humaines quand elle brilla plus intensément. Sortant de tout ce qui se voit ainsi que d’eux-mêmes, ils entrèrent alors dans la ténèbre supra-lumineuse, dans laquelle Dieu fait sa retraite (cf. Ps 17, 12), et «fermant la porte de leurs sens », ils y reçurent la révélation du mystère trinitaire, qui transcende toute affirmation et toute négations.
Insuffisamment préparés à la révélation de tels mystères, car ils n’étaient pas encore passés par l’épreuve de la Croix, les Disciples en furent fort effrayés. Mais quand ils relevèrent la tête, ils virent Jésus, seul, ayant retrouvé son aspect habituel, qui s’approcha d’eux et les rassura. Puis, descendant de la montagne, Il leur recommanda de garder le silence sur ce qu’ils avaient vu, jusqu’à ce que le Fils de l’Homme se relève d’entre les morts.
La fête d’aujourd’hui est donc par excellence celle de la divinisation de notre nature humaine et de la participation de notre corps corruptible aux biens éternels, qui sont au-dessus de la nature. Avant même d’accomplir notre Salut par sa Passion, le Sauveur montra alors que le but de sa venue dans le monde était précisément de conduire tout homme à la contemplation de sa gloire divine. C’est pour cette raison que la fête de la Transfiguration a connu une faveur particulière parmi les moines, qui ont consacré toute leur vie à la quête de cette lumière’.
Le même jour, mémoire de notre saint Père THÉOCTISTE, évêque de TCHERNIGOV,
Saint Théoctiste devint moine à la Laure des Grottes de Kiev alors que saint Théodose en était l’higoumène [3 mai]. Après le trépas de ce dernier, il fut l’un des Pères qui fit revenir à la raison le moine Nicétas tombé dans l’illusion [31 janv.]. En 1103, il fut élu higoumène de la Laure et manifesta ses vertus en guidant les âmes avec grand discernement. Il fit construire un réfectoire pour le monastère et fonda une église dédiée aux saints Boris et Gleb à Vychegorod, où il fit transférer les reliques de ces saints; et il montra sa dévotion pour son père spirituel en faisant introduire le nom de saint Théodose dans les commémorations liturgiques. Apprécié en tout lieu pour sa sagesse et son sens pastoral, il fut ensuite consacré évêque de Tchernigov, à la grande joie de la maison princière. Père spirituel du prince David Sviatoslavovitch et de son épouse Théodosie, ce fut grâce à son influence que leur fils, Sviatoslav-Pancrace, devint le premier des princes russes à recevoir la tonsure monastique, sous le nom de Nicolas. Après avoir ainsi brillé sur le candélabre de l’église pendant de nombreuses années, saint Théoctiste remit en paix son âme à Dieu (t 1123).

Par les prières de tes saints,
Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous. Amen.

1. La Transfiguration étant célébrée pendant le carême de la Dormition, on n’accorde aujourd’hui qu’une dispense de poisson, et non dispense totale de jeûne, comme pour les autres fêtes du Seigneur. Un bon nombre d’homélies des saints Pères sur cette fête sont maintenant traduites dans: Joie de la Transfiguration d’après les Pères d’Orient, « Spiritualité Orientale 39 », Abbaye de Bellefontaine, 1985.
2. Le récit de S. Luc mentionne un délai de huit jours, en incluant les deux jours extrêmes. Les deux versions suggèrent le dépassement de ce monde, créé en six jours, pour atteindre le Royaume éternel, symbolisé par le nombre huit. Selon certains, la Transfiguration eut lieu quarante jours avant la Passion; c’est pourquoi cette fête a été fixée quarante jours avant celle de l’Exaltation de la Croix.
3.S. JEAN DAMASCÈNE, Homélie sur la Transfiguration, 12, PG 96, 564.
4.S. GRÉGOIRE PALAMAS, Homélie 34 sur la Transfiguration, PG 151,432.
5.S. GRÉGOIRE LE THÉOLOGIEN, Discours 28, 30, SC 250,169, citation de PLATON, République VI, 508.
6.S. SYMÉON LE NOUVEAU THÉOLOGIEN, Discours Éthique V, 276, SC 129, 10 1.
7.Moïse était mort avant d’entrer dans la Terre Promise, et Élie fut transféré dans un lieu mystérieux sans connaître la mort
8. La théologie mystique de S. Denys l’Aréopagite a été appliquée au mystère de la Transfiguration principalement par S. Grégoire Palamas.
9. De très nombreux monastères ont été dédiés à cette fête, surtout depuis la controverse hésychaste du XIVe S., qui portait précisément sur la nature de la lumière du Thabor et de la contemplation. Notons en outre que, d’après une tradition qui circulait au temps de l’iconoclasme, la première icône, peinte par les Apôtres eux-mêmes, fut celle représentant la Transfiguration. Il s’agit bien sûr moins d’un fait historique, que d’une interprétation symbolique, rendant compte du lien intime entretenu dans la tradition de l’Église entre l’art de l’icône et cette fête de la vision du Christ dans la gloire.

Fête de la Transfiguration La bénédiction des fruits

Seconde épître de saint Pierre chapitre Ier, versets 10 à 19
Évangile selon saint Matthieu chapitre XVII, versets 1 à 9.

Constantin Andronikof : “La bénédiction des fruits”

La liturgie de ce jour-là est suivie par un rite touchant et lourd de sens : celui de la bénédiction des fruits. Les nations méridionales apportent à l’église le raisin, symbole de tous les produits de la terre. Avec le blé, le raisin constitue les “espèces” de l’eucharistie. Les peuples septentrionaux, à défaut de vigne, apportent les pommes, dont le symbolisme n’est pas indifférent : c’est celui de la connaissance du bien et du mal. (1)

Avant la Transfiguration, les fruits sont encore “enténébrés”, comme la nature d’Adam et à cause d’elle ; ils n’ont pas encore été touchés par la lumière de l’Esprit ; de même qu’Adam, microcosme et roi de la nature, n’a pas encore obtenu la capacité de divinisation. Les produits de la terre le sont que matière. Ils ont reçu la grâce de vivre, puisqu’ils existent ; celle de la sanctification, puisqu’ils ont eu la grâce de la palingénésie du Baptême (2) ; non pas encore celle de l’illumination dans la beauté édénique. La Trinité le leur communique sur le Thabor. (3)

En Russie, par exemple, les paysans ne mangeaient pas de fruits avant le 6 août, date de la Transfiguration. Ce jour-là, ils venaient à l’église faire bénir des pommes rouges (le rouge, couleur du sang, symbolise la vie ; et le mot voulait dire beau).

Si l’homme n’avait pas à faire d’acte propitiatoire ni à demander de sanctification pour la nature avant qu’il n’eût été chassé du Royaume, y ayant été saint et dans la présence continuelle de Dieu ; et s’il n’aura plus à le faire dans le Royaume retrouvé, où il n’y a “pas de temple, car le Seigneur, Dieu Tout-puissant, en est le temple” (4), car, “quand le pardon des péchés est acquis, il n’y a plus d’offrande pour le péché” (5) ; entre l’exil et le retour, l’homme élève vers le ciel ce qu’il tire de la terre. La Transfiguration étant la vision prophétique de l’illumination finale, l’Église veut en étendre la lumière sur les fruits de la nature, dès lors que celle-ci a reçu la sanctification baptismale dans le Jourdain, et à l’époque de l’année ou ces produits mûrissent au soleil et où l’homme est sur le point de récolter ce qu’il a semé.

Certes, l’usage de faire bénir les produits du sol remonte aux offrandes antiques et se retrouve dans toutes les religions sacrificielles. Ce qui nous intéresse directement ici, c’en est l’origine vétéro-testamentaire. La première oblation de cet ordre que mentionne l’Écriture est celle de Caïn (6) ; la deuxième, celle d’Abel (7).

L’on aperçoit tout ce que la théologie et la symbolique peuvent en tirer. En tout cas, ce fut un rite de l’ancienne alliance, prescrit au Sinaï (8) et codifié par le Lévitique (9). Il a été repris assez tôt par l’Église du Nouveau Testament, comme en témoignent la 3e des “Constitutions Apostoliques” (10) et le 28e canon du VIe Concile Œcuménique. La coutume est aussi restée d’apporter à bénir fleurs et branchages le Dimanche des Rameaux, à la Pentecôte, à l’Exaltation de la Croix ; des préparations de miel, de blé et de fruits secs, à Noël ; des gâteaux spéciaux et des œufs, à Pâques ; le pain, à toutes les liturgies eucharistiques.

Constantin Andronikov
Le Sens des Fêtes – Cerf 1970
pp 251-253

Notes
(1) Voici l’essentiel de la prière pour “la consommation du raisin le 6e jour d’août”:
“Bénis, Seigneur, ce fruit nouveau de la vigne… qu’il soit pour notre joie, en T’apportant un don pour la purification des péchés, par le corps sacro-saint de Ton Christ”.
Prière “pour ceux qui apportent les prémices des légumes” (ou des pommes): “Seigneur notre Dieu, Toi qui as enjoint à chacun de T’apporter ce qui est à Toi et qui vient de Toi” (paroles de l’anaphore)… “accepte maintenant ce qu’apporte Ton serviteur (untel) et rends-le digne de demeurer ainsi dans Tes retraites éternelles…”
(2) cf. Le Sens des Fêtes chapitre III La Théophanie pp. 175-224
(3) Le refus de l’Esprit de vie et l’ignorance de la Transfiguration par la grâce sont parmi les grandes indigences du matérialisme. Celui-ci voue la matière à une existence sans avenr et la chair, à une mort sans résurrection. Il renonce au renouveau éternel et se condamne soit au statu quo, dans une durée indéterminée, soit à l’entropie mortifiante. Outre la notion de matière, et pour les mêmes raisons “pneumatiques”, la notion d’énergie perd la majeure partie de son sens et sa profondeur dans le matérialisme.
(4) Apocalypse chapitre XXI, verset 22
(5) Épître aux Hébreux chapitre X, verset 18
(6) Genèse chapitre IV, verset 3
(7) ib., verset 4
(8) Exode chapitre XXIII, verset 19
(9) Lévitique chapitre XXIII, versets 10 sq.
(10) Si cette compilation syrienne est du début du Ve siècle, elle a été faite à partir de documents bien plus anciens (P.G.I, 555 sq.)

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