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Homélie prononcée à la Crypte par le Père Boris le 7 avril 1996

La Résurrection de Lazare

Samedi de Lazare – Fin de la Sainte Quarantaine

Lectures de la Résurrection de Lazare

Épître aux Hébreux XII, 28 – XIII, 8

Évangile selon saint Jean XI 1-45

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

En ce jour qui précède la Semaine Sainte, l’Église nous donne de voir et de participer comme des témoins au plus grand miracle que Jésus ait fait avant sa propre résurrection. En lui nous vivons déjà en anticipation le mystère de la Pâque du Seigneur, le mystère de la puissance de Dieu, le mystère de l’union du Fils avec le Père, le mystère aussi de l’amour divin et celui de l’amour humain qui se rejoignent en ce jour d’une manière étonnante. C’est une réalité invraisemblable, incompréhensible et pourtant nécessaire.

D’une part Dieu aime les hommes : «  Dieu a tant aimé l’homme qu’il a envoyé son Fils unique » [1] et si Jésus meurt sur la croix, c’est par amour non seulement d’un tel et d’un tel, mais de tout homme venant dans le monde. On peut dire que Dieu n’a de cesse, que Jésus n’a de cesse d’attirer les hommes vers Lui : «  Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi. » [2]

D’autre part, nous voyons dans la vie de Jésus que certains êtres ont été particulièrement proches du Seigneur, – comme le sont au cours des siècles les saints et tous ceux qui laissent grandir dans leur cœur le feu de l’amour de Dieu. Parmi les êtres qui entouraient de plus près le Seigneur, il y a ceux qu’Il a choisis et qu’Il a aimés : il y a les enfants qui venaient à Lui et qu’Il embrassait ; il y a ce jeune homme qui demandait ce qu’il lui fallait faire pour obtenir la vie éternelle et dont il est dit que Jésus «  le regarda et l’aima. » [3] Il y a Lazare dont les sœurs disent à Jésus : «  Seigneur, celui que tu aimes est malade ». C’est l’affirmation d’un amour direct, d’un amour personnel, comme celui qui touche «  le disciple que Jésus aimait ».

On sent une sorte d’intimité, de tendresse qui vient de l’intérieur et devant laquelle Dieu lui-même, on peut le dire, se laisse attendrir et aime.

C’est dans ce cadre que nous pouvons essayer, non pas de comprendre, mais de contempler ce que Jésus a pu vivre en ce jour-là, en particulier son émotion lorsque Marthe vient lui annoncer, «  encore en dehors de Béthanie », que Lazare est mort. «  Si tu avais été là, dit l’Évangile de Jean, mon frère ne serait pas mort ». Jésus lui annonce alors la Résurrection, non pas la résurrection lointaine du dernier jour, mais la Résurrection dont il est lui-même la personnification : «  Je suis la résurrection et la vie ».

Marthe part ensuite prévenir sa sœur Marie qui pleurait à l’intérieur de la maison et que les Juifs essayaient de consoler. Lorsque Marie à son tour s’approche du Seigneur et se jette à ses pieds, elle lui redit la même chose : «  Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ». Et voici que, à la suite de Marthe, à la suite de Marie, Jésus se met à pleurer. «  Jésus pleura ». Une phrase si courte, si simple : Jésus pleura. Puis Jésus frémit. On sent que l’évangéliste tente de transmettre l’ébranlement intérieur de l’âme humaine de Jésus, aimante, sensible, frémissante. «  Frémissant de nouveau en lui-même, Jésus se rendit au sépulcre ».

Les premiers pleurs et frémissement sont ceux de la compassion vis-à-vis des vivants, vis-à-vis de ceux qui sont dans la tristesse et la désolation. Le second frémissement est devant la mort. Jésus frémit devant le tombeau dont la pierre a été ôtée, il frémit devant l’horreur de la mort elle-même, il frémit en face du combat qu’il va engager avec la mort et dont il sortira victorieux.

Pourtant il ne faut pas nous abuser, il s’agit d’un véritable combat : Jésus ne peut pas supporter, non pas simplement l’odeur fétide de la décomposition, il ne peut pas supporter la présence de la mort, qui se dresse comme personnifiée en face de lui dans le cadavre de son ami. L’Église parle dans ses chants, en particulier dans ceux du Samedi Saint, de l’Enfer, du Démon et de la Mort en les personnifiant. Nous savons que le combat de Jésus est un combat décisif : c’est le combat de la vie contre la mort. Ressuscité, le Sauveur descend aux Enfers et «  Il illumine l’enfer de l’éclat de sa divinité ». Cette victoire lumineuse est anticipée aujourd’hui.

Maintenant nous allons entrer avec le Seigneur dans le temps de la Passion, dans sa marche ultime vers la croix, vers la souffrance et vers la mort. L’Église nous le rappelle, c’est volontairement que Jésus va vers la mort : «  Nul ne m’ôte la vie, je la donne de moi-même et j’ai le pouvoir de la donner et de la reprendre » [4] dit le Sauveur. C’est là le mystère de l’amour infini de Dieu qui va vers la mort, qui épuise la mort en entrant dans son repos, qui arrache les morts à la domination de l’enfer et de la mort, qui les arrache comme aujourd’hui il arrache Lazare à la corruption par sa parole souveraine et victorieuse : «  Lazare, sors  ! ». Nous sommes témoins aujourd’hui de Lazare sortant du tombeau, nous voyons ce cadavre qui redevient vivant pour vivre le temps que Dieu lui donnera à nouveau de vivre.

Souvenons-nous sans cesse des paroles que le Seigneur dit à Marthe : «  Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. » [5]

Depuis ces paroles prévaut une nouvelle conception de la mort, qui est celle du chrétien. Dans le même évangile, Jésus l’avait dit d’une autre manière : «  Celui qui croit en moi et accomplit ma parole ne verra pas la mort mais il est déjà passé de la mort à la vie. » [6] La mort, en tant que destruction de l’être tout entier, est déjà derrière nous. Nous sommes non seulement en marche vers la Résurrection, mais nous en savourons déjà dans l’Esprit Saint l’avant-goût et la puissance.

Amen.

 

Père Boris

[1] Cf. Jean III, 16.

[2] Jean XII, 32.

[3] Marc X, 21.

[4] Jean X, 18.

[5] Jean XI, 25.

[6] Jean V, 24.

Commentaire patristique par saint Jean Damascène : Jésus pleura. Les Juifs se dirent : Voyez comme il l’aimait

Saint Jean DamascèneÉtant Dieu véritable, tu connaissais, Seigneur, le sommeil de Lazare et tu l’as prédit à tes disciples… Étant dans la chair, toi qui es pourtant sans limite, tu viens à Béthanie. Vrai homme, tu pleures sur Lazare ; vrai Dieu, par ta volonté tu ressuscites ce mort de quatre jours. Aie pitié de moi, Seigneur ; nombreuses sont mes transgressions. De l’abîme des maux, je t’en supplie, ramène-moi. C’est vers toi que j’ai crié ; écoute-moi, Dieu de mon salut.

Pleurant sur ton ami, dans ta compassion tu as mis fin aux larmes de Marthe, et par ta Passion volontaire tu as essuyé toute larme du visage de ton peuple (Is 25,8). “Dieu de nos Pères, tu es béni.” (Esd 7,27) Gardien de la vie, tu as appelé un mort comme s’il dormait. Par une parole tu as déchiré le ventre des enfers et tu as ressuscité celui qui s’est mis à chanter : “Dieu de nos Pères, tu es béni”. Moi, étranglé par les liens de mes péchés, relève-moi aussi et je chanterai : “Dieu de nos Pères, tu es béni”…

Dans sa reconnaissance Marie t’apporte, Seigneur, un vase de myrrhe comme un dû pour son frère (Jn 12,3), et elle te chante dans tous les siècles. Comme mortel, tu invoques le Père ; comme Dieu, tu réveilles Lazare. C’est pourquoi nous te chantons, ô Christ, pour les siècles des siècles… Tu réveilles Lazare, un mort de quatre jours ; tu le fais surgir du tombeau, le désignant ainsi comme témoin véridique de ta résurrection le troisième jour. Tu marches, tu pleures, tu parles, mon Sauveur, montrant ta nature humaine ; mais en réveillant Lazare tu révèles ta nature divine. De manière indicible, Seigneur mon Sauveur, selon tes deux natures, souverainement, tu as accompli mon salut.

Saint Damascène (v. 675-749)

des Matines du Samedi de Lazare, Odes 6-9

 

Commentaire patristique par saint Grégoire de Nazianze : Lazare, viens dehors !

Saint Grégoire de Nazianze”Lazare, viens dehors !”Couché dans la tombe, tu as entendu cet appel retentissant. Y a-t-il une voix plus grande que celle du Verbe ?

Alors tu es sorti, toi qui étais mort, et pas seulement depuis quatre jours, mais depuis si longtemps. Tu es ressuscité avec le Christ…; tes bandelettes sont tombées. Ne retombe pas maintenant dans la mort ; ne rejoins pas ceux qui habitent les tombeaux ; ne te laisse pas étouffer par les bandelettes de tes péchés. Car pourrais-tu ressusciter une autre fois ? Pourrais-tu sortir de la mort d’ici la résurrection de tous, à la fin des temps ?…

Que l’appel du Seigneur résonne donc à tes oreilles !

Ne les ferme pas aujourd’hui à l’enseignement et aux conseils du Seigneur.

Si tu étais aveugle et sans lumière en ton tombeau, ouvre les yeux pour ne pas sombrer dans le sommeil de la mort. Dans la lumière du Seigneur, contemple la lumière ; dans l’Esprit de Dieu, fixe les yeux sur le Fils. Si tu accueilles toute la Parole, tu concentres sur ton âme toute la puissance du Christ qui guérit et ressuscite… Ne crains pas de te donner du mal pour conserver la pureté de ton baptême et mets dans ton coeur les chemins qui montent vers le Seigneur. Conserve avec soin l’acte d’acquittement que tu as reçu par pure grâce…

Soyons lumière, comme les disciples l’ont appris de celui qui est la grande Lumière : “Vous êtes la lumière du monde” (Mt 5,14).

Soyons des luminaires dans le monde en tenant bien haut la Parole de vie, en étant puissance de vie pour les autres. Partons à la recherche de Dieu, à la recherche de celui qui est la première et la plus pure lumière.

Saint André de Crète : Sermon pour les Rameaux

Hosanna ! béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël

Courage, fille de Sion, ne crains pas : « Ton roi s’avance vers toi ; il est humble, et monté sur un âne, le petit d’une ânesse »(1). Il vient, lui qui est partout présent et remplit l’univers, il s’avance pour accomplir en toi le salut de tous. Il vient, « lui qui n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs à la conversion »(2), pour faire sortir du péché ceux qui s’y sont fourvoyés. Ne crains donc pas : « Dieu est au milieu de toi, tu es inébranlable » (3). Accueille en élevant les mains celui dont les mains ont dessiné tes murailles. Accueille celui qui a accepté en lui-même tout ce qui est nôtre, sauf le péché, pour nous assumer en lui… Réjouis-toi, fille de Jérusalem, chante et danse de joie… « Resplendis, car voici ta lumière, et la gloire du Seigneur se lève sur toi. » (4)

Quelle est cette lumière ? « Celle qui illumine tout homme qui vient au monde » (5) : la lumière éternelle… apparue dans le temps ; lumière manifestée dans la chair et cachée par cette nature humaine ; lumière qui a enveloppé les bergers et conduit les mages ; lumière qui était dans le monde dès le commencement, par qui le monde a été fait et que le monde n’a pas connue ; lumière qui est venue chez les siens et que les siens n’ont pas reçue.

Et la gloire du Seigneur, quelle est-elle ? C’est sans aucun doute la croix sur laquelle a été glorifié le Christ, lui, la splendeur de la gloire du Père. Lui-même le disait à l’approche de sa Passion : « Maintenant, dit-il, le Fils de l’homme est glorifié et Dieu est glorifié en lui, et il le glorifiera bientôt » (6). La gloire dont il parle ici, c’est sa montée sur la croix. Oui, la croix est la gloire du Christ et son exaltation. Il l’a dit : « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi ». (7)

Saint André de Crète (660-740)

Sermon pour les Rameaux ; PG 97, 1002 (trad. Orval)

(1) cf. Zacharie chapitre 9, verset 9 “Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse.”

(2) cf. Évangile de Luc 5,32 Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs, pour qu’ils se convertissent.

(3) cf. Ps 45,6 Dieu s’y tient : elle est inébranlable ; quand renaît le matin, Dieu la secourt.

(4) cf. Is 60,1 Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.

(5) cf. Évangile de Jean 1,9-11 Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.

(6) cf. He 1,3 Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être, le Fils, qui porte l’univers par sa parole puissante, après avoir accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux

(6) Évangile de Jean 13,31-32 Quand il fut sorti, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt. »

(7) cf. Évangile de Jean 12,32 et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes.

Résurrection de Lazare : Commentaire patristique par saint Jean Chrysostome

Le Seigneur a fait la lumière et les ténèbres, une chose que les hommes tiennent pour agréable, une autre qu’ils regardent comme pénible, puisqu’ils en viennent à maudire la nuit ; et voilà justement ce qu’ils font sous le premier rapport.

Mais la nuit et les ténèbres ne doivent pas plus être accusées que l’exil et la servitude.

Quel mal, je vous prie, voyez-vous dans les ténèbres  ? Ne nous reposent-elles pas de nos travaux  ? ne nous délivrent-elles pas de nos sollicitudes  ? n’imposent-elles pas une trêve à nos douleurs  ? ne raniment-elles pas nos forces  ?

Sans les ténèbres et la nuit, eussions-nous pu jouir de la lumière  ? Cet être animé qu’on appelle l’homme ne tomberait-il pas bientôt épuisé  ?

Il y a des insensés néanmoins qui prétendent que les ténèbres sont un mal ; mais il n’en est rien : elles concourent même à nous rendre le jour utile, en nous rendant plus aptes au travail par le repos qui le précède.

 

Epître des Matines de la résurrection de Lazare

Chapitre XII verset 28 à Chapitre XIII verset 8

Que l’amitié fraternelle demeure

12,28 Puisque nous recevons un Royaume inébranlable, retenons fermement la grâce, et par elle rendons à Dieu un culte qui lui soit agréable, avec religion et crainte.

29 En effet, notre Dieu est un feu consumant (1).

13,1 Que l’amitié fraternelle demeure.

2 N’oubliez pas l’hospitalité, car c’est grâce à elle que quelques-uns, à leur insu, hébergèrent des anges.

3 Souvenez-vous des prisonniers, comme si vous étiez dans les liens avec eux, et de ceux qui sont maltraités, comme étant vous aussi dans un corps.

4 Que le mariage soit honoré de tous et le lit nuptial sans souillure. Car Dieu jugera fornicateurs et adultères.

5 Que votre conduite soit exempte d’avarice, vous contentant de ce que vous avez présentement ; car Dieu lui-même a dit : Je ne te laisserai ni ne t’abandonnerai ;

6 de sorte que nous pouvons dire avec hardiesse : Le Seigneur est mon secours ; je ne craindrai pas. Que peut me faire l’homme ? (2)

7 Souvenez-vous de vos chefs, eux qui vous ont fait entendre la parole de Dieu, et, considérant l’issue de leur carrière, imitez leur foi.

8 Jésus Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais.

NOTES

(1) Deutéronome 9,3.

(2) Psaume 118 (117),6.

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